CHAPITRE XIX
Les dents artificielles dans l’antiquité. — Substances dont peuvent se composer les dents artificielles.— Dents humaines. — Dents d’hippopotame. — Dents naturelles. — Substances dont est composée la base des dentiers : vulcanite, celluloïde, etc. — Gencive continue. — Pièces à pont sans plaque sur le palais.— Pose des pièces artificielles. — Moyens divers employés pour les faire tenir. — Dentiers à succion. — Soins qu’ils exigent. — Durée de la gêne que produit la pose d’un dentier. — Soins journaliers des pièces artificielles. — Dents à pivot. — Leur importance et leur utilité.
Dans le premier chapitre de cet ouvrage nous avons parlé de l’importance des dents et des effets de leur absence sur les maladies de l’estomac. La perte de plusieurs dénis ayant une influence considérable non seulement sur la santé, mais encore sur la beauté, il est absolument nécessaire de faire remplacer les dents naturelles perdues par des dents artificielles. C’est le seul moyen de remédier aux maux de l’estomac, aux névralgies résultant de
la perte des dents et à la déformation des traits du visage. Cette opération s’exécutait d’une façon bien imparfaite, il y a quelques années à peine ; mais les progrès de la chirurgie dentaire ont été si rapides qu’il est possible maintenant de remplacer les dents absentes par des dents ayant exactement le même aspect et servant aux mêmes usages que les dents naturelles.
On croit généralement que les applications de la prothèse dentaire sont récentes. Les recherches que nous avons faites pour éclaircircet intéressant sujet nous ont conduit à reconnaître que chez les Romains l’art de
• .réparer des ans l’irréparable outrage
était parfaitement connu.
Plusieurs épigrammes de Martial font allusion aux dents artificielles :
Dentibus atgue comis, nec te puclet , uteris emptis.
Quid faciès oculo, Lœlia ? non emitar.
« Tu portes les cheveux et les dents que tu as achetés, Lélia. Mais comment faire pour ton œil ? on n'en vend pas. »
Dans une autre épigramme, le même poète s’exprime ainsi :
Thaïs habet nigros , niveos Lucania dentes ;
Quœ ratio est ? Emptos hæc habet, ilia suos.
« Thaïs a les dents noires, Lucania les a blanches. Pourquoi ? C'est que la première a ses dents naturelles, tandis que l’autre a celles qu’elles a achetées. »
De quelle manière étaient formés ces râteliers artificiels ? Martial encore va nous le dire :
Sic dentata sibi videlur Æcjle Emptis ossibus Iiidicoque cornu.
« Eglése figure qu’elle a des dents, parce qu’elle porte un râtelier d’os ou d’ivoire. »
A l’époque où écrivait Martial, -c’est-à-dire pendant le premier siècle de l’ère chrétienne, la prothèsedevait être arrivée à un certain degré de perfection, car elle était en usage depuis plusieurs siècles. Dans la loi des Douze Tables, qui remonte à l’année 450 avant Jésus-Christ, il est dit qu’il est défendu d’ensevelir les morts avec de l’or. On ne faisait exception que pour l’or qui pouvait se trouver dans la bouche pour lier les dents.
Jusqu’au siècle dernier, l’art du dentiste reste dans l’enfance ; on le voit renaître pendant quelques années à l’époque où existaient les « experts dentistes, » puis disparaître de nouveau. Ce n’est qu’au commencement de ce siècle que les Américains élevèrent cet art à l’état de science.
Ajoutons à ce qui précède que nous possédons, depuis plus de trente ans, un dentier fait chez
les sauvages Peaux-Rouges de l’Amérique. Celte pièce curieuse figurait dans notre collection de l’Exposition universelle de 1867. A quel âge remonte sa fabrication? C’est ce que nous ne saurions dire.
Bien que d’ignorants charlatans imposent chaque jour aux dents artificielles les noms les plus variés, et des modes d’adaptation les plus excentriques, toutes les espèces connues se réduisent à trois. Ce sont les dents humaines, les dents d’hippopotame, dites osanores, et les dents minérales.