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ANESTHÉSIE PAR LE PROTOXYDE D'AZOTE

Figure 98. — Appareil Préterre pour produire le protoxyde d’azote et l'administrer.

incomplète de l’acide azotique. Le gaz ainsi obtenu serait irrespirable.

Pour obtenir dans un état de pureté absolue de grandes quantités de protoxyde d’azote, nous avons fait construire et installer dans notre laboratoire des appareils que nous avons successivement perfectionnés, et qui nous permettent d’obtenir à volonté de très grandes quantités de gaz. En voici la description abrégée :

Dans un ballon chauffé au moyen d’une lampe h gaz (1), disposé de façon à permettre de mesurer avec précision l’intensité de la flamme, on place du nitrate d’ammoniaque parfaitement pur et on chauffe modérément, condition essentielle pour avoir de bon gaz. Le gaz qui se dégage traverse une série de flacons laveurs contenant des agents chimiques susceptibles de neutraliser les produits impurs qui pourraient se dégager avec lui (eau distillée, sulfate de fer, potasse, acide sulfurique, etc.).

Ainsi purifié, le gaz arrive dans un gazomètre à

(I) Pour rendre parfaite la préparation du protoxyde, nous avons imaginé une lampe disposée de telle façon, que c’est le dégagement du gaz lui-même qui règle l’intensité de la flamme. Ou est sûr, par ce moyen, d’éviter de trop chauffer le ballon contenant le uitrate d’ammoniaque, et ou est préservé de toute explosion.

cloche en fer blanc d’environ 400 litres de capacité. Nous avons préféré le gazomètre à cloche à celui de Mitscherlich, généralement en usage dans les laboratoires, parce que toutes les fois qu’on a vidé le gaz que contient ce dernier, il faut le remplir d’eau, manœuvre très fatigante quand on opère sur des volumes considérables. Avec le gazomètre à cloche, la même quantité d’eau sert indéfiniment. De plus, le protoxyde d’azote étant soluble dans l’eau, on en perdrait de grandes quantités à chaque opération si l’on ne se servait pas d’un liquide qui en soit saturé. A ce gazomètre, nous en avons ajouté deux autres de 300 litres de capacité, que nous nommons gazomètres de condensation, dans lesquels nous laissons séjourner le gaz pendant longtemps avant d’en faire usage. Toutes les matières volatiles qu’il a pu entraîner s’y déposent.

Lorsque nous voulons soumettre une personne à l’action du protoxyde d’azote, nous appliquons sur sa bouche une embouchure mise en communication par un tube en caoutchouc, soit avec les gazomètres installés dans notre laboratoire, soit avec un sac rempli de gaz. L’embouchure dont nous faisons usage, et qui est de notre invention, est construite de façon à permettre de mélanger une certaine quantité d’air avec le protoxyde d’azote et à rejeter

au dehors le gaz expiré, au lieu de le renvoyer dans l’appareil.

N’oublions pas d’ajouter que le gaz, pour être absolument pur, doit avoir été préparé par un excellent chimiste, et que l’opération doit être pratiquée par une main habile, car la rapidité est une condition indispensable du succès.

L’anesthésie produite par le protoxyde d’azote est extrêmement rapide ; après une à deux minutes au plus elle est obtenue. Elle dure en général une à trois minutes environ, temps parfaitement suffisant pour pratiquer une petite opération (ongle incarné, dents, abcès, etc.). En prolongeant les inspirations du gaz on obtient lacilement la prolongation de l’anesthésie. En Amérique, les chirurgiens en sont arrivés maintenant à pratiquer toute sorte d’opéralions chirurgicales, amputations, accouchement, etc. avec le protoxyde d’azote. Ils ont reconnu qu’avec des moyens spéciaux, un individu pouvait être placé sans inconvénient pendant plus de quarante minutes sous l’influence du protoxyde d’azote (1).

Le protoxyde d’azote est un agent précieux qui depuis nos travaux a été adopté en France pour les petites opérations chirurgicales et surtout pour l’ex-

(1) Voyez, à ce sujet, les articles que nous avons publiés dans l'Art dentaire.

traction des dents. On hésite souvent, et avec raison, à soumettre un malade à l’action de l’éther ou du chloroforme pour une petite opération telle que celle de l’ongle incarné, l’extraction d’une dent, l’ouverture d’un abcès, etc., car on sait que l’anesthésie produite par ces substances a souvent été suivie de mort. Le proloxyde d’azote ne présente au contraire, quand on l’emploie parfaitement pur, aucun danger. A l’époque où on a commencé à l’étudier, c’est-à-dire il y a plus de soixante ans, des milliers d’individus l’ont respiré sans inconvénient. Il ne s’est produit des accidents que lorsqu’on respirait du gaz impur. Nous avons respiré plusieurs centaines de fois le protoxyde d’azote sans en être nullement incommodé; il en a été de même chez les 28,000 personnes auxquelles nous l’avons admiministré.

Depuis la dernière édition de cet ouvrage, le protoxyde d’azote a été l’objet de travaux importants que nos lecteurs trouveront exposés dans la huitième édition de notre mémoire sur le protoxyde d’azote. Nous ne parlerons pas ici de l’emploi de ce gaz sous pression suivant la méthode de M. Paul Bert, parce que si ce procédé est excellent pour les grandes opérations chirurgicales, il ne présente aucun intérêt pour l’extraction des dents ; mais nous ne saurions passer sous silence une

nouvelle méthode d’emploi du protoxyde d’azote, dont le lecteur trouvera tous les détails dans notre mémoire et qui a rendu l’administration de ce gaz aussi pratique pour les dentistes que pouvait l’être l’usage du chloroforme ou d’un anesthésique liquide quelconque. Nous voulons parler de l’emploi du protoxyde d’azote liquéfié.

L’importance qu’a prise le protoxyde d’azote dans ces dernières années depuis nos recherches est devenue telle qu’il existe aujourd’hui plusieurs usines qui livrent le gaz à l’état liquide, c’est-àdire sous une forme aussi portative que l’éther et le chloroforme.

Le protoxyde d’azote, comme tous les gaz connus, possède la propriété de se liquéfier sous l’influence du froid ou de la pression, et dans cet état il occupe un volume inversement proportionnel à sa pression, c’est-à-dire très faible, parce que la pression nécessaire pour le liquéfier est très grande.

Le protoxyde d’azote liquide reprend rapidement l’état gazeux quand il est exposé à l’air libre.

Si on plonge un thermomètre dans un vase contenant du protoxydedJazoteliquide,l’instruments’abaisse rapidement à 90 centigrades au-dessous de 0.

Si on jette du mercure dans un vase contenant du protoxyde d’azote liquide, ce métal se solidifie aussitôt et prend la consistance et la ténacité de

l’argent en barre. Si au lieu de mercure on plonge dans le liquide un fil de métal, celui-ci produit un bruit analogue au sifflement que fait entendre un fer rouge au contact de beau.

Le protoxyde d’azote liquide conserve en partie les propriétés du protoxyde d’azote gazeux. Comme lui, il entretient la combustion des corps. En jetant un charbon allumé dans u^ vase contenant du protoxyde d azote liquide, ce charbon brûle avec un vif éclat.

Le protoxyde d’azote peut être, comme nous l’avons vu, liquéfié de deux façons : par la pression et par le froid. A la température de 15 degrés audessus de 0, une pression de 50 atmosphères, c’est-à-dire une pression égale au poids d’une colonne d’eau 6 à 7 fois plus haute que le Panthéon, est nécessaire pour le liquéfier. A une température de 110° au-dessous deO, il se liquéfie sous la pression de l'atmosphère.

La fabrication du protoxyde d’azote liquide, qui étaitfort difficile il y a quelques années, est devenue tout à fait industrielle aujourd'hui.

La compression du protoxyde d’azote s’obtient au moyen d’une pompe à 3 pistons agissant l’un après l’autre ; la pompe est mise en mouvement par une machine de 3 chevaux.

La liquéfaction se fait entre 65 et 70 atmos-

phères, mais lorsque le gaz est refroidi, la pression descend à 50 environ.

Afin de pouvoir opérer facilement en ville, nous avons fait construire des bouteilles de capacité restreinte et ne contenant que la quantité de gaz nécessaire pour quelques opérations ; elle est contenue, avec le sac de caoutchouc et les ustensiles nécessaires, dans un pgtit sac du volume d’une trousse à amputation. Rien n’est plus simple et plus pratique que ce mode d’emploi du protoxyde d’azote et nous avons la persuasion que son emploi, vu la facilité de se procurer le protoxyde liquéfié dans le commerce, se généralisera rapidement. Le protoxyde d’azote à l’état liquide constitue le procédé d’emploi de ce gaz le plus simple et le plus pratique auquel puissent recourir les dentistes.

Nous pouvons résumer tout ce qui précède, en disant que le protoxyde d’azote présente, au double point de vue de la commodité et de l’innocuité, une supériorité incontestable sur tous les autres anesthésiques. Nous n’en connaissons aucun qui puisse lui être comparé. Il est infiniment supérieur aux anesthésiques généraux, tels que l’éther et le chloroforme, et aux anesthésiques locaux (1), tels que l’électricité et la réfrigération

(1) Rappelons que les anesthésiques locaux sont ceux qui

avec l’appareil de Richardson. Nous n’employons ces derniers procédés, efficaces quelquefois, mais peu commodes, que pour satisfaire les exigences de ceux de nos clients qui sont assez pusillanimes pour craindre d’être endormis. Dans tous les cas, toutes nos opérations sont actuellement pratiquées sans douleur pour le patient.

n’agissent que sur la partie à insensibiliser sans produire le sommeil.

On trouvera dans la dernière édition de notre mémoire sur le protoxyde d’azote un exposé complet de toutes les méthodes d’anesthésie générale ou locale connues jusqu’à ce our.

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