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DENTS D’HIPPOPOTAME

Les dents d’hippopotame, baptisées du nom pompeux d ’osanores par des industriels fantaisistes, sont les plus détestables dents artificielles dont on puisse faire usage. Elles jaunissent très rapidement, communiquent à l’haleine une odeur infecte,

et sont complètement détruites en peu de mois. Ce n’est que dans des cas tout à fait exceptionnels, comme, par exemple, lorsque la muqueuse buccale est d’une sensibilité exagérée, qu’il faut en faire usage.

DENTS MINERALES

Ces dents ont été très perfectionnées dans ces derniers temps par les dentistes américains, et sont supérieures à tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour. Ce sont les seules qui soient complètement inaltérables. En outre, comme il est facile de leur donner la teinte que l’on veut, on peut les rendre tout à fait semblables aux dents restantes. Ce n’est qu'avec des substances minérales qu’on peut également fabriquer les pièces dites à gencive continue.

Les substances les plus diverses parmi lesquelles l’or, le platine, l’aluminium, ont été proposées pour servir de base aux râteliers. Nous nous sommes arrêté, ainsi que nous le dirons plus loin, à la vulcanite. Mais parmi les substances nouvelles proposées récemment, il en est deux que nous croyons devoir mentionner : nous voulons parler du collodion et de l’aluminium.

Tout le monde connaîtle collodion, celiquidesirupeux qu’on obtient en dissolvant du coton-poudre dans l’éther alcoolisé, et dont les chirurgiens et les photographes font journellement usage. On ne

soupçonnait guère qu’avec ce liquide il serait possible de fabriquer une substance ayant l’aspect et la dureté de l’ivoire. C’est cependant ce qu’on fait aujourd’hui. Avec le collodion, on fabrique une substance destinée à remplacer l’os et l’ivoire dans leurs innombrables applications : manches de couteau et d’instruments de chirurgie, boutons, peignes, etc., avec cette supériorité sur l’os et l’ivoire, 'que cette nouvelle substance se moule aussi facilement que la cire.

Notre frère, le docteur Adolphe Préterre, de New- York, a pensé que ce produit nouveau pourrait être employé à la confection de dentiers, et il a présenté, il y a quelques années, à l’association polytechnique de l’Institut de New-York, un dentier fait avec du collodion, qui, examiné avec soin parles médecins et dentistes présents, a été reconnu posséder toutes les conditions requises de solidité. Plusieurs assistants ont fait remarquer que cette substance serait préférable à celle employée actuellement à la confection des dentiers, qui occasionne quelquefois de la salivation mercurielle, à cause du bisulfure de mercure qui entre dans sa composition. Les journaux scientifiques américains, notamment V American Journal of mining, l’ American Artisan, etc., ont entretenu leurs lecteurs de celte application du collodion.

Nous avons fait avec le collodion plusieurs expériences dont les résultats n’ont pas été assez concluants pour nous engager à le substituer à la vulcanite.

Le collodion durci employé pour la confection ces dentiers a reçu en Amérique le nom de celluloïde, du nom de la cellulose, d’où il dérive. La façon de la préparer .est la suivante :

On prend la cellulose du chanvre transformée en papier par les procédés ordinaires, on plonge ce papier pendant assez longtemps dans un mélange d’acides nitrique et sulfurique, et on obtient ainsi de la pyroxiline qui est le principal ingrédient de la celluloïde. On réduit cette pyroxiline en pulpe et on compose le mélange suivant :

Pyroxiline 100 parties.

Camphre 40 id.

Oxyde de zinc 2 id.

Vermillon 0.6 id.

On soumet ensuite le tout à deux reprises à une pression hydraulique de 500 kilogrammes par centimètre carré, et on laisse sécher pendant deux mois. Le résultat de ces opérations donne la celluloïde prête à être employée.

Les journaux spéciaux et les sociétés odontalgiques américaines se sont beaucoup occupés de

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cette nouvelle substance qui a soulevé bien des discussions et dont des charlatans se sont emparés pour en faire le sujet de leurs réclames annonçant ces dentiers comme inconnus en Europe.

Nous avons essayé h plusieurs reprises la celluloïde, mais nous ne l’employons qu'avec une certaine timidité. Car, si dans quelques cas elle nous a donné des résultats satisfaisants, dans d’autres, au contraire, elle a laissé beaucoup à désirer. Entre autres inconvénients, elle paraît avoir celui de se déformer à l’usage. Nous attendrons, pour en faire un emploi suivi, qu’elle ait fait ses preuves d’une façon plus complète et qu’elle ait reçu les derniers perfectionnements.

Quant à l’aluminium, la légèreté qu’il possède en fuit un métal précieux pour une foule d’usages. Quelques dentistes ont songé à l’appliquer à la fabrication des dentiers, et, tout récemment encore, de nouveaux essais ont été tentés en Amérique dans cette voie. Nous croyons que jamais l’aluminium ne pourra être utilisé pour la fabrication des pièces artificielles destinées à séjourner dans la bouche, et nous basons notre croyance sur l’altérabilité bien connue de ce métal sous l’influence d’un grand nombre d’agents chimiques, la salive notamment.

Les expériences que nous avons fai tes à ce sujet avec notre ami, M. W. Rutterford, de Londres, ne

laisseront assurément aucun doute dans l’esprit de nos lecteurs.

Nos essais ont porté sur les substances avec lesquelles un dentier d’aluminium pourrait se trouver le plus fréquemment en contact, c’est-àdire l’eau, le sel marin et le vinaigre. Des lames d’aluminium ont été introduites dans des flacons contenant :

Flacon n° I. Eau, 1 00 ; vinaigre, ICO; sel, 100.

Flacon n° 2. Eau, 1000; vinaigre, 1.

Flacon n° 3. Eau, 1000; sel marin, 1.

Flacon n° 4. Eau ordinaire.

Les lames placées dans le flacon n° 1 furent attaquées et rongées très rapidement. Celles du flacon n° 2 furent rongées moins vite. Celles des flacons nos 3 et 4 ne présentèrent d’abord aucune trace sensible d’altération, mais au bout de quelques semaines, la surface du métal était légèrement corrodée .

Ces expériences démontrent l’impossibilité d’employer l’aluminium à la fabrication des pièces artificielles.

Examinons maintenant les moyens de faire tenir les pièces artificielles dans la bouche.

On a d’abord eu recours, pour obtenir leur adhérence, à des fils, des crochets et des ressorts.

Aujourd’hui, ces divers moyens sont abandonnés des dentistes habiles, qui n’y ont plus recours que dans quelques cas spéciaux.

En voici la raison :

Les fils et les crochets ébranlaient les dents choisies pour point d’appui et pouvaient en amener la chute.

Les ressorts, moyen commode, pour un dentiste peu soigneux, de suppléer au défaut d’ajustementde ses pièces, constituent un mécanisme délicat, facile à déranger, susceptible de se briser dans le milieu d'un repas en entraînant pour conséquencela chute hors de la bouche de l’appareil démantibulé ! Les ressorts, par la pression continue qu’ils exercent, provoquent en outre, d’une part la chute des dents restantes, et de l’autre, la déformation inévitable de la mâchoire, qu’on ait ou qu’on n’ait plus de dents naturelles. Cette déformation se traduit par la difformité qu’on appelle vulgairement le menton de galoche, et vient détruire la symétrie des traits.

Je passe sous silence les autres inconvénients qu’entraînent trop souvent ces divers procédés : l’ulcération des gencives, l’inflammation des joues et l’excoriation des muqueuses.

Aussi, dès 1835, les Américains auxquels, on ne saurait trop le répéter, on doit tous les progrès de l’art dentaire, ont tenté de remplacer ces moyens défectueux parla force d’adhérence, obtenue parla pression atmosphérique, facilitée par une cavité du vide, sorte de chambre à air avec ou sans soupape ménagée dans la plaque.

Les premiers essais ne donnèrent pas les résultats qu’on en attendait, et ce n’est que dix ans plus tard, en 1845, que les docteurs Dwinell et Jahial Parmly, de New-York, construisirent des plaques avec chambre à air parfaitement adhérentes.

Nous revendiquons l’honneur d’avoir apporté le premier ce procédé en France. Nous avons fait plus encore, nous l’avons perfectionné en supprimant la chambre à air, quia le défaut d’exercer sur les muqueuses une action irritante.

Nos pièces artificielles, grâce à leur minutieux et irréprochable ajustement, adhèrent solidement par la seule puissance de la pression atmosphérique résultant du vide produit en aspirant fortement l’air renfermé entre les gencives et l’appareil ; c’est pour cette raison que nous leur avons donné le nom d’appareil à succion.

L’on nous excusera d’entrer ici dans quelques détails sur une innovation si importante, qui nous a

Figure 99. — Deux dents rosées sur base à succion.

Figure 100. — Dentier de haut à succion, vu de face. — Introduit par nous en Europe en 1853.

Figure 101. — Le même appareil, vu intérieurement.

valu de nombreuses récompenses, telle que l’unique médaille accordée à ce genre d’appareil à l’exposition universelle de Paris de 1855, la grande médaille à l’exposition de Londres en 1862, la seule qui ait été décernée sur cent quatre-vingt-un concurrents. Depuis, nos travaux nous ont encore valu la seule médaille d’or qui ait été décernée aux dentistes aux expositions universelles de 1867 et 1878 et un grand prix delà Faculté de médecine de Paris. Voici, du reste, un extrait du rapport sur les objets exposés par nous dans la section des États-Unis d’Amérique :

« Les échantillons de dents aurifiées et de pièces artificielles, que M. Préterre a soumis à l’appréciation du public et du jury de l’Exposition, constituent, à n’en pas douter, le plus haut degré de perfection qui ait encore été atteint dans ces deux branches de l’art du dentiste...

« Cet heureux perfectionnement a amené la

suppression complète des pièces en hippopotame ou en dents humaines dont lesnombreux inconvénients sont aujourd’hui bien connus, et que les dentistes américains ont depuis longtemps bannies de leur pratique, ainsi que les ressorts si gênants et les pièces à crochets fixes qui ébranlent et détruisent peu à peu les dents sur lesquelles elles s’appuient, et dont le déplacement est toujours difficile, sinon

impossible. On comprend aisément que la fixité d’une pièce ne permettant pas de la nettoyer, les parcelles alimentaires s’y accumulent, s’y corrompent, causent l’inflammation des gencives et donnent une odeur désagréable.

« Par une nouvelle méthode qui repose sur une loi physique, M. PréLerre obtient une adhérence complète qui permet la suppression de toute espèce de mécanisme ou de ressorts : dès lors, l’application des pièces a lieu sans aucune souffrance ; aucun dérangement n’est à craindre dans leur usage, et le déplacement s’en fait à volonté.

« Un autre avantage de son système est la facilité avec laquelle, lorsqu’un accident survient à un dentier, il peut remplacer une ou plusieurs dents, en soumettant de nouveau la pièce au feu, ce qu’on ne peut faire avec les autres méthodes de dentiers en pâte minérale ordinaire, dont la réparation est presque toujours impossible.

« En résumé, avec ce nouveau procédé :

« Solidité plusgrande, suppression de tout mécanisme.

« Ressemblance toujours parfaite des dents et des gencives.

« Inaltérabilité de la substance composant les pièces.

« Réparation facile.

« Prix égal à celui des systèmes le plus en vogue. »

En 1859, nous avons encore amélioré ces procédés en introduisant en France un perfectionnement de la plus haute importance. Aux plaques d’or, de platine ou d’argent, naguère employées, nousavons substitué une matière aussi inaltérable, mais souple et élastique, sans éclat métallique, mais susceptible d’un extrême poli et d’une couleur qui s’harmonise, au gré de l’opérateur, avec les nuances plus ou moins rosées des gencives. Cette substance, à laquelle on a donné le nom de vulcanite, est composée de sève de balata (1), additionnée de matières colorantes. Avec elle les empreintes et les contreempreintes sont d’une fidélité bien plus parfaite que par les anciens procédés, et l’ajustement des pièces se fait plus correctement. On reprochait auxplaques métalliques leur extrême conductibilité, qui transmet au collet des dents et à la muqueuse les températures variées des matières alimentaires : rien n’est moins conducteur du calorique que la matière nouvellement employée.

Nous n’employons actuellement l’or que dans quelques cas exceptionnels et autant que possible nous ne le mettons pasen contact avec la muqueuse buccale.

(1) Sapota Mulleri ( sapotacées ).

Pour bien comprendre le principe sur lequel repose notre système de dents artificielles, il suffit de se rappeler une expérience qu’on répète dans tous les cours de physique et qui est connue sous le nom d’expérience des hémisphères de Magdebourg. Ces hémisphères sont composés, comme on sait, de deux calottes sphériques s’emboîtant parfaitement et qu’on peut séparer avec la plus grande facilité avant qu’on y ait fait le vide. Mais aussitôt qu’on a enlevé avec une machine pneumatique l’air qu’elles renfermaient, il devient à peu près impossible de les séparer. Il en est de même de nos appareils quand, après les avoir appliqués, on aspire fortement l’air contenu entre eux et les gencives ; ils adhèrent avec presque autant de force que les dents naturelles. C’est à cette petite opération, nécessaire pour les faire tenir, que nos dentiers doivent le nom de dentiers à succion ou à pression atmosphérique.

Les ventouses appliqués contre des glaces pour supporter des objets, ou encore l’expérience d’un pavé qu'on peut enlever avec un simple morceau de cuir et une ficelle, donneront une idée suffisante du principe de nos appareils aux personnes qui ne connaissent pas l’expérience des hémisphères de Magdebourg.

On a cru pendant longtemps que le système qui

précède ne pouvait être employé que lorsqu’il s’agissait d’un dentier complet, parce qu’on pensait qu’une pièce ne portant qu’un petit nombre de dents ou une seule, n'offrirait pas à la pression atmosphérique une surface assez large. L’expérience a démontré que cette opinion est erronée, et on a reconnu qu’il était aussi facile de poser une seule dent artificielle qu’un râtelier très complet. Toutefois, quand il s’agit d’une seule dent ou d’un très petit nombre de dents, nous préférons, quand la chose est possible, poser des dents à pivot (1).

Les dentiers à succion ne produisent tous les effets qu’on est en droit d’en attendre que lorsqu’ils ont été construits avec beaucoup de soins, car l’adhérence de la base du dentier aux gencives résulte de l’exactitude de son adaptation. Pour que l’adhérence soit complète, il faut que cette adaptation soit parfaite, ce qui constitue une grande difficulté. Il est aussi difficile d’obtenir une empreinte parfaite que de faire un portrait ressemblant. Si la plaque a été mal moulée ou si elle s’est déformée pendant que l’on y soudait les dents, elle ne se maintiendra pas en place quand elle sera placée sur la mâchoire. C’est donc avec raison que le profes-

(1) Nous avons consacré une leçon enlière du cours que nous avons fait à l’école dentaire de Paris à la pose des dents à pivot.

seur Harris dit : « Quand on n’apporte pas à la fabrication de ces dentiers des précautions judicieuses et une habileté spéciale, on peut s’attendre à les voir échouer complètement, ou au moins à adapter des pièces dont l’usage ne sera ni satisfaisant ni avantageux. Beaucoup de praticiens qui ont essayé de placer des dents artificielles suivant cette méthode ont échoué et l’ont condamnée, tandis que l’insuccès ne devait être attribué qu’à quelque faute commise dans l’adaptation de la plaque aux gencives. Un grand nombre d’insuccès sont dus à à ce qu’on place la pièce trop tôt. En effet, quoique la plaque sur laquelle sont fixées les dents s’adapte bien à la forme des gencives au moment où on l’applique, elle cessera bientôt de s’appliquer exactement, si on la pose avant le temps nécessaire pour que les changements qu’éprouve le bord alvéolaire après l’avulsion des dents naturelles soient complètement achevés. Lorsque les choses se passent ainsi, l’air s’introduit entre la plaque et les gencives, et par conséquent l’appareil ne tient plus. Si, au contraire, on laisse à ces changements le temps de s’accomplir, l’appareil tiendra bien et pour longtemps. »

On voit, par ce qui précède, quels soins exigent les pièces artificielles. Comme le public ne peut apprécier au simple aspect la différence existant entre

une pièce bien ou mal faite, ou entre une opération bien ou mal dirigée, il va d’abord au meilleur marché sans soupçonner les conséquences désastreuses qui peuvent en résulter pour lui. Uneopération mal faite entraîne la perte de la dent ou des dents opérées ou encore la perte d’une racine qui est peutêtre plus tard d’une immense ressource, et si peu qu’on ait payé une telle opération, elle est toujours payée trop cher. Une pièce mal réussie entretient une gêne continuelle dans la prononciation et la mastication, ou compromet la solidité des dents restantes. Le client qui a cru faire une économie reconnaît trop tard qu’il s’est trompé, etaprès avoir perdu son argent et ses dents, il attribue à l’imperfection de l’art dentaire ce qui n’est que le résultat de l’ignorance du praticien auquel il s’est adressé. C’est bien à tort qu’on apporte la plus grande légèreté dans le choix d’un dentiste et qu’on se laisse le plus souvent guider uniquement par une question d’économie ou les annonces pompeuses des journaux: jamais on ne devrait oublier que lorsqu’il s’agit de sasanté on a toujours tort de se montrer parcimonieux.

Une pièce se fixant sur les dents restantes, doit tenir solidement dès qu’elle est posée. Le contraire est la règle pour les pièces à succion. Elles tiennent très peu dès le début, et leur adhérence

s’accroît progressivement à mesure qu’elles sont portées, et qu’elles s’adaptent de plus en plus à la muqueuse qui d’abord leur fait résistance.

La forme, et jusqu’à un certain point, le système de pièces artificielles doit varier suivant Tétât delà bouche du sujet., la forme de son palais, les points d’appui restants, etc., et il est impossible de poser aucune règle générale sur ce point. C’est là ce que paraissent ignorer les charlatans qui annoncent dans les journaux des systèmes uniformes pour tous les cas, tels que, par exemple, les pièces dites à pont ou sans plaques et sans palais, etc., etc.

Quelque bien exécutée que soit une pièce artificielle, il arrive souvent qu’on est obligé d’y retoucher. Certaines portions des gencives peuvent, en effet,, sous la pression de l’appareil, s’excorier ou s’enflammer et éprouver par la pression des changements de forme qui nécessitent des modifications correspondantes dans l’appareil, toutes les parties du palais ne pouvant pas supporter une égale pression.

Toute personne douée de patience et qui présente une conformation ordinaire de la bouche, peut retrouver, au moyen d’une pièce artificielle, une élocution aisée, la parfaite articulation des mots et la faculté de mâcher toute sorte d’aliments.

Lorsqu’on pose un appareil complet ou même la

plus petite pièce clans la bouche d’un individu qui n’en a jamais porté, ou qui n’en a pas porté depuis quelque temps, ou encore qui échange une pièce ancienne contre une nouvelle, il éprouve une certaine gêne. Non-seulement il lui est impossible souvent de bien mâcher les aliments avec les nouvelles dents, mais encore il éprouve de la difficulté à prononcer les mots ; quelquefois même, ce qui est du reste rare, il est pris de légers vomissements. Au bout de quelques semaines, souvent dès le premier jour, parfois même dès la première heure, ces inconvénients ont complètement disparu.

Outre la gêne que produit souvent un dentier neuf ou une pièce partielle, ils possèdent quelquefois, lorsqu'ils viennent d'être posés, un aspect crû et criard peu propre à satisfaire le client, qui commence toujours par trouver des défauts à sa pièce et, en résumé, reste convaincu qu’il n'arrivera jamais à supporter un appareil qui lui semble aussi laid qu’incommode. Sa physionomie lui paraît complètement changée, et elle l’est, en effet, car la figure d'une personne qui n'a pas de dents est loin de ressembler à la figure d'une personne qui en possède, et il faut quelque temps à celui qui porte un appareil pour s'habituer à sa nouvelle ou, pour mieux dire, à son ancienne figure telle qu’elle était alors qu'il possédait toutes ses dents.

En résumé, l’impression produite par la pose récente d’un dentier est rarement satisfaisante, et souvent nous avons vu des clients passer plusieurs heures devant une glace contractant tous les muscles de leur figure et leur imprimant un véritable tic nerveux, ne découvrant qu’une lèvre, alors qufils devaient soulever les deux comme dans le sourire naturel, sous prétexte de rendre leur pièce bien visible et de juger complètement de son effet, qui, on le comprend facilement, ne peut dans ce cas qu’être infiniment disgracieux, car chacun des mouvements de la face peut déplacer l’appareil.

Il faut souvent, du reste, ainsi que nous l’avons dit plus haut, faire subir à la pièce plusieurs retouches avant qu’elle soit parfaitement adaptée aux organes. Ce n’est qu’après ces diverses opérations, qu’on pourrait nommer le réglage du dentier, et alors que le client a repris tout son calme, qu’ilpeut se servir utilement et sans gêne de son appareil, et juger alors de l’œuvre achevée, ce qui était impossible auparavant.

Nous avons déjà écrit plusieurs fois et nous no cessons de répéter, car cette image nous semble pleine de justesse, qu’il en est d’un dentier comme d’un instrument de musique. Ce n’est qu’avec le temps qu’on apprend à s’en servir. N’en est-il pas de même pour tous les objets dont on fait usage pour

la première fois ? Est-on jamais satisfait complètement d’une chaussure neuve ? D’un côté ou d’un uutre, elle nous gêne et son aspect nous semble parfois plus ou moins désagréable. Ce n’est qu'après l’avoir portée quelque temps que tous ces inconvénients disparaissent et que nous sommes satisfaits. Il ne suffit pas qu’on mette une plume ou un instrument de musique dans la main d’un enfant pour qu'il sache écrire ou jouer ; il faut, et l'individu porteur d’un dentier est dans le même cas, qu'il apprenne à s'en servir. La patience est la première condition du succès.

Ce sont là des vérités banales que nous répétons sans cesse à tous nos clients, mais qui, paraît-il, ne sont pas encore assez connues, puisque nous nous voyons constamment dans la nécessité de les rappeler.

Il est bien entendu que, dans ce qui précède, nous n’avons eu en vue que les cas difficiles, on pourrait dire exceptionnels. Il nous arrive tous les jours de poser des appareils qui sont immédiatement supportés sans gêne par le client et à sa plus grande satisfaction.

Parmi les causes qui compromettent au plus haut degré le succèsdes pièces artificielles, il faut placer au premier rang le manque de confiance envers le dentiste et la rapidité avec laquelle le client veut

souvent être servi. Nous ne saurions mieux faire que de répéter à ce sujet les sages réflexions d’un praticien trop tôt enlevé à la science, le docteur Gaillard, de Périgueux :

« Trompé sans doute parles réclames pompeuses de tant d’illustres coryphées, dit ce médecin, on se rend chez le dentiste pour commander une pièce artificielle ou une opération, comme s’il s’agissait d’un simple vêtement, et lorsque le praticien déclare l’urgence d’un traitement préparatoire, on lui répond : Ça presse ; il faut que dans vingt-quatre heures ce soi t affaire bâclée.

« Vous aurez beau faire observer que les gencives sont malades, que les alvéoles, récemment dégarnies de leurs racines, ne sont pas encore oblitérées et que les rebords des maxillaires subiront nécessairement des modifications qui ne permettront plus une adaptation parfaite de la pièce artificielle, tout est inutile ; l’essentiel, c’est que le travail soit fait et posé à l’heure indiquée. Tel est le langage de beaucoup de gens qui se figurent que le progrès existe dans la nature comme dans les choses industrielles, et qu’on peut régir les actes réparateurs de l’organisme au gré de leurs désirs.

« Evidemment, ce serait élever contre la prothèse des griefs injustes que de lui imputer les fâcheux

résultats qui peuvent se produire à la suite de ces exigences inconsidérées. Aussi, en signalant cette funeste tendance à tout précipiter, n’ai-je pas d’autre intention que de démontrer l’importance d’un traitement préparatoire, traitement qui varie, bien entendu, suivant les cas, mais qui a toujours pour but de mettre la surface gencivale et les parties environnantes dans les meilleures conditions de résistance et de stabilité (1). »

Ce n’est qu’au moyen de soins convenables qu’on peut préserver les pièces artificielles de toute altération ; les poudres ordinaires ne suffisant pas a les nettoyer, on doit les brosser tous les jours avec notre poudre dentifrice gaulthérine, et les rincer

(1) Quand nous voyons l’impatience des clients à se servir immédiatement d’une pièce, cela nous rappelle la lettre écrite à la fin du siècle dernier par Washington à son dentiste Greenwood, de Philadelphie.

« Mon cher ami, il y a maintenant neuf mois que je porte votre admirable machine, je commence à bien p’arler et j’entrevois dans un avenir très prochain le moment où je pourrai manger ; euvoyez-moi quelques pieds de ressorts, car ils s’usent vite et je suis obligé de les remplacer souvent. »

Que diraient les clients de nos jours, dont l’impatience a cru encore plus vite que les progrès ? Ce n’est plus au bout de neuf mois qu’ils se contenteraient de bien parler et de manger, c'est sur-le-champ qu’ils voudraient faire les deux, et nous y arrivons souvent. Si Washington et son dentiste revenaient de l’autre monde, ils seraient sans doute bien étonnés !

ensuite dans l'eau additionnée de notre élixir gaulthérine. Cette poudre et cet élixir anti-putrides et composés spécialement pour l’entretien des pièces artificielles leur assurent une conservation très longue.

On ne doit pas garder la nuit les pièces artificielles, afin que les gencives puissent se reposer de leur contact.

Quelques personnes ne les retirent jamais ; d’autres se contentent de les retirer une ou deux fois par semaine, s’en tenant à les nettoyer en se rinçant la bouche. Nulle pratique n’est plus préjudiciable ! Il est impossible que la pièce soit tenue propre en se rinçant simplement la bouche, il faut l’ôter pour la bien nettoyer. D’ailleurs, la bouche s’affectera nécessairement, et les gencives s’ulcéreront si elles restent constamment recouvertesd’une partie artificielle.

Si l’on enlève alors la pièce artificielle, on trouvera la muqueuse rouge, enflammée, injectée de sang, très ramollie et saignante au moindre. attouchement. Sur la surface de la plaque, en contact avec la muqueuse, une matière sébacée, blanche, excessivement irritante, se sera concrétée.

On doit avoir grand soin de ne pas contracter la mauvaise habitude de garder la nuit une pièce artificielle, à moins que cela ne soit absolument exigé

par des convenances impérieuses ; mais c’est là un cas exceptionnel, et quand il se présente, on devrait changer de pièce le soir, en remplaçant celle qu’on porte dans la journée par une autre à base plus étroite que celle dont on se sert pour mâcher.

On ne retire qu’un seul avantage des pièces portées la nuit, c’est de tenir les mâchoires séparées, écartées l’une de l'autre. Les gencives étant, à l’état naturel, constamment baignées par la salive et nettoyées par le frottement de la langue et des aliments, il est grandement à désirer qu’elles restent libres au moins huit heures sur vingt-quatre, pour faciliter le renouvellement de la membrane epitheliale.

Lorsqu’on ne garde pas une pièce artificielle dans la bouche, elle doit être placée dans un verre plein d’eau additionnée d’une petite cuillerée de gaulthérine.

Il est essentiel, quand on porte une pièce artificielle, le dentier à succion surtout, de s’exercer à mâcher des deux côtés à la fois, en débutant par de petites bouchées et en mâchant avec la plus grande lenteur, sous peine de voir la pièce perdre son adhérence.

Une pièce artificielle est un instrument dont il faut apprendre à se servir comme on le fait d’un instrument quelconque.

II faut avoir recours aux pièces artificielles dès qu’on aura perdu une ou deux dents principales. Ces dents non seulement servent à la mastication, mais encore maintiennent les dents restantes qui, isolées, tomberaient ou dévieraient rapidement.

Si on prenait l’habitude de mâcher avec les dents de devant, celles du haut seraient bientôt rejetées en avant ou usées, en raison de la pression qu’exercent sur elles celles d'en bas, et la difformité dite menton de galoche, en serait bientôt la conséquence. Les incisives ne sont pas conformées de façon à broyer les aliments, et il est inutile de chercher à les faire servir à cet usage.

Nous ne saurions trop insister, en terminant, sur la difficulté extrême qu’il y a à bien réussir un râtelier ou la plus petite pièce artificielle. Un dentiste expérimenté et possédant des ateliers convenablement organisés, et où existe la division du travail, peut seul conduire cette opération à bonne fin. Les industriels qui posent à bas prix des râteliers en 24 et 48 heures sont des charlatans ignorants, indignes de toute confiance. Si on réfléchit que ce n’est que par la pression atmosphérique qu’adhèrent les dentiers dits à succion, on comprendra avec quelle précision rigoureuse ils doivent être ajustés, et quels soins et quel temps exige leur adaptation sur des parties encore très sensibles ;

il en est de même pour les moindre pièces. On a tort de tant chercher à se procurer des dents artificielles ou des râteliers à prix réduits, car pour un organe aussi précieux et aussi indispensable que les dents, on doit toujours exiger quelque chose de parfait. Un dentier ou une pièce artificielle ma construite ne donnent que de mauvais résultats, d’amères déceptions, et peuvent occasionner chez ceux qui les portent les accidents les plus graves, ainsi que nous en avons vu trop d’exemples. Quant aux dents artificielles isolées, lorsqu’elles sont mal ajustées, on ne peut s’en servir sans gêne, et elles ont pour résultat inévitable la carie ou la chute des dents voisines, tandis que leur rôle essentiel devrait être de les soutenir.

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