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CHAPITRE PREMIER

La nation française est colonisatrice.

On a répété à satiété , jusqu’à en faire un article de foi , que la France n’est pas douée du génie colonisateur, et que tous les mécomptes que nous avons éprouvés en colonisation sont dus à ce défaut d’aptitude. I! est également reçu que l’Angleterre seule a su coloniser et qu’à elle seule appartient le droit de fonder des colonies.

Quand on a prononcé ces paroles sacramentelles, d’un ton dogmatique, on s’imagine avoir porté un jugement sans appel, et l’on prend en pitié l’œuvre qui est dévolue à la France en Afrique.

Par un simple exposé de faits^ nous prouverons, au contraire, que la France est une nation essentiellement douée de ce génie, et que le peuple anglais, voué par son organisation sociale actuelle au commerce et à l’exploitation des peuples , a perdu tous ses instincts colonisateurs.

Lorsque la France eut réuni sous un même sceptre toutes les provinces comprises entre la Manche, rOcéan, les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes et une partie du Rhin, l’Angleterre, restreinte aux territoires que lui laissait la mer, tomba au rang de puissance du second ordre. Sa hère aristocratie, irritée de cette infériorité qui lui était imposée par la nature, tendit les ressorts de son génie, et ne fut pas longtemps à se convaincre que l’or pourrait seul remplacer son glaive impuissant. Il fallut donc à tout prix conquérir l’or du monde. (Nous empruntons ici à M. Louis Blanc sa lucide exposition des moyens que l’Angleterre employa pour parvenir à ce but.) (1)

Celte citation, un peu longue, est nécessaire pour bien faire comprendre la situation de l’Angleterre sous le rapport commercial et colonial.

Elle se dit : « Les productions de l’Angleterre sont trop uniformes pour fournir au commerce une longue carrière ; eli bien, nous formerons des matelots et nous construirons des navires qui nous puissent livrer le commerce du monde. Nous habitons une lie; eh bien, nous prendrons à l’abordage tous les continents. Le nombre des matières premières qu’offre notre agriculture est trop circonscrit; eh bien, nous irons chercher aux extrémités de la terre des matières à manufacturer. Tous les

(1) OrganisalioD du travail, page 50 et suivantes.

})euples deviendront consommateurs des produits de l’Angleterre, qui travaillera pour tous les peuples. Produire, toujours produire, et solliciter par tous les moyens les autres nations à consommer, c’est à cette œuvre que s’emploiera la force de l’Angleterre ; c’est là ce qui fera sa richesse et développera le génie de ses enfants. »

« Gigantesque plan î que, depuis près de deux siècles, l’Angleterre a suivi avec une incroyable persévérance ! Oh ! certes, être enfermé dans une lie petite, peu féconde, brumeuse, et sortir de là un jour pour conquérir le globe, non plus avec des soldats, mais avec des marchands; lancer des milliers de vaissaux vers l’orient et l’occident, vers le nord et le midi; enseigner à cent contrées la jouissance de leurs propres trésors; vendre à l’Amérique les productions de l’Europe, et à l’Europe les riches productions de l’Inde ; faire vivre toutes les nations de son existence, et en quelque sorte les attacher à sa ceinture par les innombrables liens d’un commerce universel; trouver dans l’or une puissance capable de balancer celle du glaive, et dans Pitt un homme capable de faire hésiter l’audace de Napoléon, il y a dans tout cela un caractère de grandeur qui éblouit l’esprit et l’étonne. »

« Mais aussi, pour atteindre son but, que n’a point tenté l’Angleterre ? jusqu’où n’a-t-elle pas poussé la rapacité de ses espérances et le délire de ses prétentions? Faut-il rappeler comment elle s’est emparée d’Tssequibo et de Surinam, de Ceylan et de Deme-

rary , de Tabago et de Sainte-Lucie, de Malte et de Corfou, enveloppant le monde dans l’immense réseau de ses colonies? On sait de quelle manière elle s’est établie à Lisbonne depuis le traité de Méthuen, et par quel abus de la force elle a élevé dans les Indes sa tyrannie marchande, à côté de la domination hollandaise, mélée aux débris de l’édifice colonial bâti par Vasco de Gama et Âlbuquerque. Nul n’ignore enfin le mal que son avidité a fait à la France, et par quelle guerre de sourdes menées, d’instigations perfides, elle est parvenue à renverser dans le sang les établissements espagnols de l’Amérique méridionale. Et que dire des violences qui lui ont pendant si longtemps assuré l’empire des mers ; A-t-elle jamais respecté ou même reconnu les droits des neutres? Le droit de blocus n’est-il pas devenu, exercé par elle, la plus arrogante des tyrannies; et n’a-t-elle pas fait du droit de visite le plus odieux de tous les brigandages? Et tout cela, pourquoi? Pour avoir, nous le répétons, des matières premières à manufacturer et des consommateurs à servir. »

(( Cette pensée a été si bien la pensée dominante de l’Angleterre depuis deux siècles, qu’on l’a vue sans cesse décourager dans ses colonies la culture des objets de subsistance, tels que le riz, le sucre, le café, tandis qu’elle donnait une impulsion fébrile à celle du coton et de la soie. Mais quoi ! pendant qu’elle frappait de droits exorbitants, et, si l’on peut ainsi parler, homicides, l’importation des subsistances, elle ouvrait presque librement ses ports à toutes les

matières [U’eniières; anomalie monstrueuse qui a fait dire à M. Rubicbon : c< De toutes les nations du rnonde^ la nation anglaise est celle qui a le plus travaillé et le plus jeûné, »

« Là, devait conduire, en effet, cette économie politique sans entrailles, dont Ricardo a si complaisamment posé les prémisses, et dont Maltlius a tiré avec tant de sang-froid l’horrible conclusion. »

« Cette économie politique portait en elle-même un vice qui devait la rendre fatale à rAngleterrc et au monde. Elle posait en principe que tout se borne à trouver des consommateurs; il aurait fallu ajouter : des consommateurs qui paient. A quoi sert d’éveiller le désir si on ne fournit point la faculté de le satisfaire? N’était-il pas aisé de prévoir qu’en substituant son activité à celle des peuples qu’elle voulait pour consommateurs, l’Angleterre finirait par les ruiner, puisqu’elle tarissait pour eux la source de toute ricliesse, le travail? En se faisant peuple producteur par excellence, les Anglais pouvaient-ils espérerqueleursproduits trouveraient longtemps des débouchés parmi les peuples exclusivement consommateurs? Cette espérance était évidemment insensée. Un jour devait venir où les Anglais périraient d’embonpoint en faisant périr les autres d’inanition. Un jour devait venir où les peuples consommateurs, ne trouveraient plus matière à échanges : d’où résulteraient pour l’Angleterre l’encombrement des marchés, la ruine de nombreuses manufactures, la mi-

aère d’une foule d’ouvriers et l’ébranlement universel du crédit. »

« Pour savoir jusqu’où peut aller Pim prévoyance,, la folie de la production , on n’a qu’à interroger l’histoire industrielle et commerciale de l’Angleterre. Tantôt ce sont des négociants anglais apportant du Brésil, où l’on n’a jamais vu de glace, des cargaisons de patins (1); tantôt, c’est Manchester, envoyant, dans une seule semaine, à Rio- Janeiro (2), plus de marchandises qu’on y en avait consommé pendant les vingt dernières années. Toujours, la production exagérant ses ressources, épuisant son énergie, sans, tenir compte des moyens possibles de consommation ! »

« Mais , encore une fois , amener une nation à se décharger sur autrui du soin de mettre en œuvre les éléments de travail qu’elle possède, c’est lui enlever peu à peu son capital, c’est l’appauvrir ; c’est la rendre par conséquent de plus en plus impropre à la consommation , puisqu’on ne consomme que ce qu’on est en état de payer. L’appauvrissement général des peuples dont elle avait besoin pour consommer ses produits, voilà le cercle vicieux dans lequel l’Angleterre tourne depuis deux siècles; voilà le vice, le vice profond, irrémédiable, de son système. Ainsi (et nous insistons sur ce point de vue,, parce qu’il est de la plus haute importance) , elle

(1) Mawe Travels en BrazU.

(2) Ibid,.

s’est placée dans cette situation étrange, et presque unique dans l’histoire, de trouver deux causes de ruine également actives et dans le travail des peuples et dans leur inertie : dans leur travail, qui lui crée des concurrents qu’elle ne saurait toujours vaincre ; dans leur inertie, qui lui enlève des consommateurs dont elle ne saurait se passer. »

« C’est ce qui est arrivé déjà sur une petite échelle, et doit inévitablement arriver sur une échelle plus grande. Que de pertes l’Angleterre n’a-t-elle pas éprouvées par ce seul fait que ses produits s’étaient accrus dans une proportion que n’avaient pu atteindre les objets contre lesquels ils devaient s’échanger? Combien de fois l’Angleterre n’a-t-elle pas produit d’après des prévisions dont l’événement est venu cruellement châtier l’extravagance ? On n’a pu oublier de sitôt la grande crise qui servit de dénoûment aux intrigues des Anglais dans les contrées qui s’étendent du Mexique au Paraguay. A peine la nouvelle était-elle arrivée en Angleterre que l’Amérique méridionale présentait un champ libre aux aventuriers de l’industrie, qu’aussitôt tous les cœurs battirent de joie et toutes les têtes s’exaltèrent.. Ce fut un délire universel. Jamais la production n’avait eu en Angleterre un tel accès de frénésie. A entendre les spéculateurs, il ne s’agissait que de quelques jours et de quelques vaisseaux pour transporter dans la Grande-Bretagne les immenses trésors que renfermait l’Amérique. La confiance était si grande, que les banques se hâtèrent de battre mon-

. naieavec les espérances du premier venu. Et de ce grand inouveriient, que résulta-t-il? On avait calculé surtout, excepté sur l’existence des objets d’échange et la facilité de leur transmission. L’Amérique garda son or, qu’on ne peut extraire de ses mines ; le pays, qui avait été mis à feu et à sang, n’eut à donner, en échange des marchandises qu’on lui apportait, ni son coton, ni son indigo. Ce que cette grande mystification coûta aux Anglais de millions et de larmes, les Anglais le savent, et l’Europe aussi !»

c( Et qu’on ne dise pas que nous concluons de l’exception à la règle. Le vice que nous avons signalé a enfanté tous les maux qu’il portait en lui. Car, tandis que l’Angleterre, au dehors, s’épuisait en efforts à peine croyables pour rendre l’univers entier tributaire de son industrie, quel spectacle son histoire intérieure offrait-elle à l’observateur attentif? Les ateliers succédant aux ateliers ; l’invention du lendemain succédant à l’invention de la veille ; les fourneaux du nord ruinés par ceux de l’ouest ; la population ouvrière s’accroissant hors de toute mesure sous les mille excitations de la concurrence illimitée ; le nombre des bœufs, qui servent à la nourriture de l’homme, restant bien loin de celui des chevaux, que l’homme est obligé de nourrir ; le pain de l’aumône remplaçant peu à peu celui du travail ; la taxe des pauvres introduite et faisant pulluler la pauvreté; l’Angleterre, enfin, présentant au monde surpris et indigne le spectacle de l’extrême misère couvée sous l’aile de rextrême opulence : tels sont

les résultats que devait donner la politique qui. était partie de ce principe d’égoïsme national : il faut que l’Angleterre cherche partout et à tout prix des consommateurs. »

c< Et pour les obtenir , ces désastreux résultats , combien n’a-t-il pas fallu que l’Angleterre commit d’injustices^ encourageât de trahisons, semât de discordes, fomentât de guerres, salariât de coalitions iniques et combattît de glorieuses idées î »

c< Mais je n’irai pas plus loin, je n’achèverai pas cette histoire lugubre, afin que personne ne m’accuse d’avoir voulu insulter à cette forte et vieille race des Anglais. Non, je ne veux ni ne puis oublier^ malgré tout le mal qu’elle a fait au monde et à mon pays, que l’Angleterre peut , elle aussi , réclamer dans l’histoire des peuples quelques pages immortelles; que l’x\ngleterre a été visitée par la liberté a vaut tous les peuples de l’Europe; que ses lois, même sous le joug d’une aristocratie écrasante, ont rendu à la dignité humaine d’étonnants et solennels hommages. »

Telle est la situation de l’Angleterre sous le rapport de ses possessions d’outremer; c’est un immense réseau commercial qu’elle a étendu sur le monde, et qui n’a rien de commun avec le système des colonies véritables.

Aujourd’hui, la France ne possède, sauf rx\lgérie, que quelques rares points sans importance sur le globe commercial. Ce n’est donc point dans sa situation actuelle que nous trouverons la preuve de ses

instincts colonisateurs. 11 faut, pour cela, remonter au siècle de Louis XIV.

A ce sujet, nous répéterons ici ce que nous disions sur le Canada , dans notre ouvrage V Algérie prise au sérieux^ passage emprunté d’un ouvrage de M. Michel Chevalier (1).

« Le Canada, dit-il, est à peu près la seule coloc( Ionie que nous ayons fondée exclusivement avec (( des Français. On transporta une organisation so- « ciale complète. Une fois le pays reconnu, la flotte « royale y débarqua des seigneurs, à qui le roi avait « octroyé des fiefs. Ils étaient suivis de vassaux « qu’ils avaient pris en Normandie et en Bretagne, c( et à qui ils distribuèrent des terres. Elle y déposa c( en meme temps un clergé régulier et séculier (( doté lui-même d’amples domaines territoriaux, c( et qui, de plus, préleva la dîme. Puis, vinrent a des marchands et des compagnies a qui des pric< viléges étaient accordés pour la traite des pellea teries et pour le commerce. En un mot, les trois « ordres, clergé, noblesse et tiers état, furent imc( portés tout d’une pièce de la vieille France à la « nouvelle. La seule chose que les colons laissèrent « derrière eux fut la misère du plus grand nombre. « Le système était bon pour l’époque ; le principe (( d’ordre et de hiérarchie qui y présidait, sous la « seule forme possible alors, était en harmonie avec

(1) Lettres sur l’Amérique du Nord.

li ~

« le caractère du peuple. Ce qui l’atteste c’esL que c< sous ce régime, auquel les Anglais conquérants « n’ont rien changé, le Canada a fleuri et la popuc( lation s’y est multipliée au sein d’une douce ai-

« sance. »

a On ne serait pas fondé à prétendre que les proc< grès du Canada se sont réalisés en dépit du mode « de colonisation ; la discussion entre le parce cpie (( et le quoique est aisée à terminer dans ce cas. Tout <( ce que le système primitif avait d’onéreux subsiste « encore intact, et la population ne s’en plaint pas.

« Les redevances seigneuriales, la dime, le droit de « mouture, le four banal, y sont actuellement en (( pleine vigueur; et, chose incroyable , rien de tout « cela ne figure dans l’interminable liste des 93 « griefs, récemment dressée par les Canadiens, con^ « tre le régime qui les gouverne.

« En France , il n’y a plus de seigneurs, de

« vassaux, ni de dime, les trois ordres sont abolis; c< il n’y a plus de royauté absolue; mais nous avons « un gouvernement à trois têtes qui dispose de resc( sources bien autrement inépuisables, de moyens (( d’action bien autrement énergiques. Le pouvoir « central, le seul qui subsiste maintenant, doit faire « intervenir sa direction là où autrefois la royauté « et les divers ordres imposèrent la leur. Nous ne « fonderons de colonie ni à Alger, ni ailleurs, à « moins que le gouvernement ne se charge d’y rem--

« plir, saut les modifications exigées par le progrès « des temps et par les circonstances , le rôle que « jouèrent, au Canada, la noblesse et le clergé.

Ce fut seulement sous Louis XIV que le Canada commença à prospérer ; ce grand roi , avait parfaitement compris, qu’à part le commerce des pelleteries, le Canada ne pouvait être exploité pour ses produits. Il avait parfaitement jugé que c’était une annexe, un appendice de la France qu’il fallait créer au nord du continent américain , et que le seul élément possible de cette création était un peuple français avec sa puissante intelligence; il sentit que le moyen le plus énergique de faire prospérer rapidement cet établissement, était de donner à la population les lois et les institutions alors en vigueur en France.

Les résultats dépassèrent toutes les espérances, et la population du Canada s’éleva , en moins d’un siècle, à plus de 500 mille âmes(l); caries Français d’alors avaient compris qu’aller au Canada, c’était changer de climat sans quitter la France.

Que faisaient les Anglais en présence d’un aussi grand succès? Accablant sous le poids de la tyrannie la colonie fondée par Guillaume Penn , ils y poussèrent l’exaction et l’illégalité si loin, que la révolte

(l) D'après le recensement fait le mars 1834, la population du Bas- Canada était de 600 mille âmes ; 75 mille d’origine britannique et 525 mille Français catholiques. Le liant Canada est peuplé plus particulièrement d’Écossais et d’Irlandais au nombre de 250 mille.

leur arracha le vaste empire derArnérique JuNord, et que la seule terre où les Anglais se sont véritablement établis à l’état de colons {les Etats-Unis) est devenue leur plus puissante rivale , si ce n’est leur plus puissante ennemie.

Le seul pays où la France a véritablement colonisé , c’est le Canada , et bien que ce pays lui ait échappé par le honteux traité de 1763, il est encore français de cœur , et serait glorieux d’appartenir à la mère-patrie.

Qui maintenant oserait douter de l’instinct de la France à coloniser? Tous les peuples sont aptes à le faire; Finsuccèsa toujours eu pour cause Finhabilité des mesures gouvernementales et les mille résistances que peuvent créer l’inintelligence et la routine.

Sous ce rapport, en France, nous en sommes, en fait de colonisation, aux idées qui étaient en circulation il y a cent ans. Les traditions du Canada sont oubliées, et les modifications sociales survenues depuis 89 sont comme non avenues. Et cependant si , en moins d’un siècle , malgré la distance et les difficultés de la navigation , plus de 500 mille Français se sont établis au Canada, parce qu’ils savaient s’installer dans une nouvelle France, quel ne serait pas le rapide essor de l’émigration en Algérie , avec l’aide de la vapeur , pour franchir le court espace qui sépare la France du rivage africain, si le peuple et les capitalistes savaient y trouver la France telle qu’ils la connaissent ?

Nous ne saurions donc accepter les raisonnements du gouvernement algérien et de ses publicistes ( 1 ) qui, négligeant Texemple du Canada, seul couronné du succès le plus complet , creusent l’histoire pour rechercher chez les Romains des modèles à suivre et des justifications aux systèmes qu’ils prônent.

Selon nous , c’est la marche inverse qu’il faut suivre; si on veut consulter l’histoire c’est pour y apprendre ce qu’il ne faut pas faire , comment il ne faut pas agir. ^

Autrefois, quand les Romains exploitaient le nord de l’Afrique, c’était pour se procurer le blé que l’Italie , les Gaules et la Germanie , alors couvertes d’épaisses forêts , ne pouvaient produire en assez grande abondance pour nourrir les populations. Aujourd’hui les Anglais exploitent les Indes pour les précieux produits de ces riches contrées. Mais ce n’étaient pas plus des mains romaines qui labouraient la terre en Afrique , que ce ne sont de nos jours des mains anglaises qui font produire au sol hindou tous les trésors dont s’empare une avide et cruelle compagnie. En Afrique , des milliers d’hommes courbés sous le joug de l’esclavage , étaient les seuls travailleurs des Romains , comme aujourd’hui des millions d’Hindous opprimés par la cupidité , sont les seuls travailleurs des Anglais.

(l) Aperçu sur l’Elat d’Alger ou Lettres d’un voyageur à son frère; ouvrage Ocrit par une main 1res habile cl très connue, mais inipuissanie à th'guiscr l’absence complète de logique qu'on y remarque à chaque page.

Le gouverneiiieiiL dictatorial militaire des Romains était motivé par la nécessité de nourrir Rome. L’Afrique était le grenier de ritalie ; il fallait le tenir toujours approvisionné ; des esclav es étaient employés à ce travail, et Rome n’en manquait pas. Dans les Indes , les Anglais n’ont d’autre pensée, d’autre intérêt que l’exploitation de l’Ilindostan au profit de quelques privilégiés , et le peuple hindou est l’instrument de cefe exploitation. Les moyens que ces deux nations oiit adoptés étaient en harmonie avec le but (|u’elles s’étaient proposé et en rapport avec les obstacles à surmonter , savoir : en Afrique , des populations nombreuses et guerrières ; et dans les Indes , des multitudes , moins guerrières il est vrai , mais redoutables par leur nombre et leur force d’inertie. C’était un appareil militaire qui opprimait les deux pays.

Aujourd’hui, le nord de l’Afrique n’est plus le pays des Numides; les nombreuses villes de Jugurtha n’existent plus, le vent de l’Islamisme a dépeuplé l’Algérie comme il a dépeuplé l’Orient et toutes les contrées sur lesquelles il a soufflé. Il n’y a plus de population à exploiter, les faibles débris des Numides et des Vandales se sont réfugiés dans les montagnes, sous le nom de Kabaïles ; les Arabes occupent les plaines, et quand bien meme nous aurions 100 mille soldats en Afrique, nous ne pourrions tirer des populations vaincues , les avantages obtenus par les Romains.

Si donc on inten^oge l’histoire, avec la ferme et

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