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probe volonté de rechercher des résultats, seuls enseignements dont on doive profiter, on demandera ce qu’est devenue la puissance romaine dans le nord de l’Afrique? Quelles traces on y trouve de cette Home, la maîtresse du monde? Alors on constatera qu’il n’y existe plus que des traces mortes^ des ruines^ quelques pierres. . .
Le souffle de la destruction n’a pu balayer, anéantir les pierres, mais il a effacé toute trace vimnte de ce peuple-roi et de sa civilisation^
En Afrique , il n’existe aucune famille à laquelle on puisse assigner une origine romaine, sans recourir à des étymologies équivoques, ou sans constater dans ces débris une absence complète de similitude avec ce qui fut romain.
En vain objecterait-on que , par la chute de Rome, sa puissance a dû crouler en Afrique : la puissance romaine a croulé partout ; mais en Espagne , en Angleterre , dans les Gaules et dans la Germanie, la Rome antique vit encore. Dans les Gaules surtout, on pourrait remonter, à la rigueur, jusqu’à l’origine des familles romaines qui s’y sont établies ; la législation et la civilisation romaines y existent; il y a un peuple romain en France, de même qu’il y a un peuple franc à côté des débris des Gaulois.
Rien de semblable en Algérie ; on n’y rencontre que des Kabaïles qu’on présume être un mélange des anciens indigènes et des Vandales , puis les Arabes
venus de l’Orient. La Rome intellectuelle , législative; y est absente, et l’on pourrait , à la rigueur, révoquer en doute les écrits des historiens qui nous parlent de la présence des Romains en Afrique , si des pierres n’attestaient leur passage , si de gigantesques ruines ne prouvaient que leur domination y a duré des siècles.
Ceux qui ne connaissent l’Afrique que par les livres , s’appuyant sur ce que ce pays fut jadis le grenier de l’Italie, croyent que les Romains y étaient forts et bien établis. Ils citeront au besoin les noms de vingt-six c-o/oAz/ej'romaines.Nous répondrons que le mot ancien de colonie n’avait pas la meme acception que de nos jours ; il signifiait ville, cité.
Les livres n’ont que des indications peu sûres pour quiconque n’a pas vu les choses avec un esprit d’analyse dépouillé de toute vue intéressée. Qui, en France , comprend la Bible , s’il n’a pas vécu avec les Arabes? Qui ne croit que Samson a ébranlé des colonnes pareilles à celles de la Bourse à Paris , ou du moindre de nos édifices ? Qui comprend que le lit du paralytique guéri par Jésus-Christ n’était qu’une simple natte en jonc?
Ce que les livres n’enseignent pas, et ce que Pin* spection des localités démontre, c’est que l’occupation des Romains n’a été de tout temps qu’une occupation militaire. En effet , l’Afrique est couverte de ruines, de forteresses ; toutes ces ruines sont unies entre elles par des voies qu’on pourrait encore suivre aujourd’hui; sur toutes ces voies sont éche-
ionnés, à de très courtes distances , des postes fortifiés , destinés à y assurer la circulation. Preuve évidente que les espaces qui séparaient ces colonies, ou plutôt ces villes , n’étaient pas habitées par un peuple ami. Les villes [præsidia) elles-mêmes étaient presque toutes bâties sur des points déjà fortifiés par la nature.
C’est , en définitive, sur cet ensemble de travaux,, et sur ce réseau de communications fortifiées qu’était basée la puissance romaine. Ce système s’étendait jusqu’à 40 ou 50 lieues des côtes , en plein Sahara. Il avait évidemment pour but de maintenir sous l’obéissance de Rome les populations alors passablement nombreuses du nord de l’Afrique. C’était , comme nous l’avons dit , l’occupation militaire pure et simple ( 1 ) .
Mais tout ce qui était Romain en Afrique, n’était pas militaire ; la famille romaine y était à l’état d’exception.
On n’y trouvait que les familles des principaux officiers, des employés du fisc, de quelques patriciens et leurs nombreux esclaves. Cette assertion trouverait sa preuve dans les concussions impunies de presque tous les fonctionnaires.
Si l’Afrique n’avait pas été peuplée presque exclusivement d’esclaves , de peuples vaincus et ex-
(1) M. le général Duvivier a publié, en 1841, sous le tilre de Rtcherehes et notes sur la partie au Sud de Guelma, un remarquable mémoire qui cou firme cette assertion.
ploités, les agents de Rome auraient-ils pu accomplir les dilapidations qu’on leur reprocha si vivement? Si un peuple romain avait habité l’Afrique, ces dilapidations effroyables auraient - elles été possibles, et seraient-elles demeurées impunies ? Ne sait-on pas que Salluste lui-même, étant proconsul à Stora, y fît une fortune colossale?
Rome n’avait, en effet, en Afrique que des proconsuls^ des maltütlers, des exploitateurs et des soldats , elle n’y avait pas de peuple ; où aurait-elle pris , en effet, des populations romaines pour les implanter en Afrique, pour peupler tous les pays qu’elle avait conquis et réduits en provinces romaines?
Rome a fait tout ce qu’elle pouvait faire ; cependant, après sept siècles d’occupation, elle n’était pas encore installée dans cette Afrique , d’où elle a été effacée.
A quoi tient cet effrayant désastre? A quoi l’attribuer? Selon nous, à l’absence de populations romaines; à l’état permanent de l’occupation militaire.
Quand l’armée vaincue a disparu, tout a disparu avec elle, tout s’est éci'oulé. Un peuple n’aurait pu être effacé aussi complètement. Le peuple irlandais a-t-il péri sous l’oppression de l’Angleterre; les Grecs ont-ils disparu sous le sabre des Turcs ; et le peuple du Canada n’est-il pas encore français?
Aveugles sont donc les hommes qui dirigent notre œuvre ; n’ont-ils pas été frappés de ce silence
(le mort de Rome en Afrique, et la vue des ossements épars du colosse romain n’a-t-elle donc pour eux que de stériles enseignements ^
En Algérie , il n’y a plus rien à exploiter, si ce n’est la terre , par un travail opiniâtre. Ce n’est pas du blé que nous demandons à la terre d’Afrique, et nous n’avons plus d’esclaves pour la fertiliser, à moins qu’on ne considère l’armée comme une population d’esclaves, et comme sept années de servage, les sept années que les citoyens sont , en vertu de la loi de recrutement , tenus de consacrer à la défense de la patrie; mais nous avons en France un excédant de population à attirer plutôt qu’à transporter en Afrique ; mais nous avons à former au delà de la Méditerranée une annexe de la métropole , une seconde France à toujours inséparable de la mèrepatrie, en un mot , à créer en Afrique un peuple de Français et non un peuple éC Algériens.
Notre rôle est donc bien défini et nous ne saurions le fausser sans nous exposer à de cruels mécomptes.
Il y a donc folie à alléguer que nous ne devons pas nous plaindre de n’avoir pas achevé en peu d’années l’œuvre que les Romains ont mis des siècles à accomplir, attendu, dit-on, que nous sommes dans des circonstances analogues. (1).
Nous prétendons , au contraire, que c’est précisément de cette perte de temps que la France doit se plaindre , parce que nous ne sommes nullement
(1) LcUred'un voyageur à son frère.
dans des circonstances analogues, ainsi que nous venons de le prouver
Il n’y a de même aucune analogie entre la situa tion de l’Algérie, et ce que l’on appelle rujourd’hui colonies de la France.
Aux Antilles , les indigènes ont disparu pour faire place à quelques planteurs , et à un nombre si exagéré d’esclaves que, si ce n’était le peu d’étendue territoriale de ces îles et les garnisons qu’y entretient la France, elles auraient depuis longtemps subi le sort de Saint-Domingue, où les esclaves, après avoir égorgé leurs maîtres , se sont rendus maîtres du pays.
En Algérie comme au Canada , il n’y aura ni maîtres ni esclaves ; il n’y aura ni planteurs ni denrées coloniales , ce pays sera peuplé de Français et de quelques indigènes que nous ne pouvons avoir la pensée de détruire , et qui, comme nous le démontrerons plus tard, formeront à peine le cinquième de la population que le pays peut recevoir. Ce n’est ni -chez les Romains ni dans nos colonies actuelles que nous devons chercher des précédens pour l’Algérie, mais bien au Canada, qui fut fondé avec une population française et les institutions de la mère-patrie (1).
C’est donc avec un vif sentiment de douleur que
(1) Les idées révolutionnaires de 89 eurent leurs cours au Canada, et forcèrent, en 1791, le ministre Pitt à accorder une constitution et un parlement aux Canadiens.
lors de la discussion des crédits supplémentaires , dans les séances de la Chambre des députés des 5 et 6 juin dernier, nous avons acquis la conviction que les députés qui se sont posés comme les défenseurs de l’Algérie sont restés sous l’empire des vieilleries coloniales, en déclarant qu’il ne pouvait être question pour les Français de l’Algérie de leur accession aux droits politiques. Ils ont déplacé la question en s’occupant longuement des colonisations militaire et administrative, de la ligne saharienne et de la colonisation éparpillée, etc., objets dont nous ferons ressortir plus tard l’importance secondaire pour ne pas dire nulle.
Mais avant de poursuivre notre argumentation, il est nécessaire, pour qu’elle soit bien comprise, de faire connaître la situation exacte de l’Algérie sous les rapports de sa population, de ses ressources financières et militaires el de la constitution de la propriété.
Les deux chapitres suivants seront consacrés à cette exposition.