‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 2)Chapitre 53 sur 85 · VAUGIRARD · texte numérisé non relu

VAUGIRARD

La partie de notre capitale, qui porte ce nom, n'est jilus un misérable village isolé, perdu au bout de la plaine de Grenelle. Si les temps ont changé, les lieux ont aussi subi de notables modifications. Ce modeste hameau n'avait pas d'histoire, avant le xii'' siècle. C'est vers cette époque que les terres fertiles des environs attirèrent des pâtres et des éleveurs de bestiaux. Ils s'y construisirent des étables. De là est venu le nom de Valboitron ou Valboitnon, composé des mots latins : vallis, bos, stare. D'autres lui donnent encore comme origine les expressions : vallis et bostar. Suivant Albin, religieux de Saint-Germain, poète à ses heures, ce dernier mot signitie une étable où se tient le bœuf. Ce territoire relevait de l'abbaye de Saint-Germain, comme dépendance d'Issy. Les Bénédictins y firent diverses acquisitions. On nous permettra de les signaler dans l'ordre où elles se présenteront.

Raoul Denis avait vendu aux religieux de Saint-Germain-des-Prés une maison au lieu dit Valboitron. Au mois de mai 4234, Amauri Veltrion, d'Issy, leur permit de la posséder en mainmorte, après qu'ils lui eurent payé 12 livres. Il accordait cette autorisation, en qualité de seigneur féodal ^.

En 1249 (décembre). Ferry de Samoisy et Agnès, son épouse, donnèrent en aumône à l'abbaye de Saint-Germain 4 arpents et demi de vigne situés au même endroit, et 5 arpents, à Suresnes '^.

Gérard de Moret, abbé de ceite communauté, prit ce lieu en affection. Considérant que le manoir de Valboitron, propriété de l'aumônier du monastère, convenait fort bien comme maison de santé, il l'adjoignit à la mense conventuelle, après avoir dédommagé l'aumônier, en lui donnant quelques terres en échange.

Il établit là un hospice pour les religieux convalescents, avec une chapelle. Ce sanctuaire, dédié à saint Vincent, fut détruit en 1704, par ordonnance de Monseigneur de Noailles, sur la demande des religieux. Depuis 30 ans, il n'était plus d'aucune utilité. Au contraire, cette masure abandonnée pouvait devenir un refuge et un rendezvous pour les malfaiteurs. Cette fondation contribua à l'accroissement rapide du nouveau village, et les habitants, par reconnaissance.

1 Arch. nat. L. 809.

l'appelèrent du nom de leur bienfoiteur, Vnl^irard. Vaiilgerard, et par suite, Vaugirard ^

Gérard de Parme et Euslachie, sa femme, vendirent aux religieux Bénédictins, moyennant 6 livres, 3 arpents de terre, situés en cet endroit (mars 1283 -k

En 1320, Pierre de Courpalay, abbé de Saint-Germain, acquit pour la somme de 200 livres de nouveaux biens à Issy et à Vaugirard. Ils lui furent vendus par Jean Oudard et Henri Valegrand, tous deux gentilshommes et héritiers de leur oncle, de Vaugeville ^.

En 1336, les habitants d'Issy voulaient agrandir leur église. Les Bénédictins consentirent à leur céder une maison qui était attenante; mais ils demandèrent en retour qu'on n'exigerait plus à l'avenir les 37 setiers de vin, que la fabrique percevait sur leurs pressoirs chaque année, et qu'on s'engagerait à entourer d'une muraille, haute de 10 pieds, le clos de Vaugirard et son moulin -.

Le dénombrement de 1384 parle aussi de Vaugirard : Item, à Valgerard, ladite église ha un hostel et une grange, toute justice haulte, moyenne et basse en la ville et environ 4 livres de m^nus cens paies à plusieurs termes '\

Quelle était l'importance des propriétés de Saint-Germain à Vaugirard ? Nous ne |)ouvons la donner que d'une manière approximative.

Un autre dénombrement de 1521 nous dit que les Bénédictins possèdent dans cette localité :

1" Un manoir et pourpris, corps d'hostel, chapelle, masures, granges, étables, bergeries, cour, puits, jardin, garenne derrière où il y a un colombier et une guette aussi à pied, qui soûlait être un moulin à vent. Tous ces lieux contiennent environ lo arpents et sont de petit revenu.

2° Une autre maison avec appartenances, sur la grande rue et près de l'église de Vaugirard, en laquelle sont deux pressoirs banniers, l'un à arbre et l'autre à roue, tout contenant deux arpents. Tout cela coûte beaucoup et rapporte à peine o livres par an et souvent rien.

3'' Trois arpents de vigne en une pièce au lieu dit le Rémls-l'abbé.

4" Dix-huit arpents de terre labourable, produisant par an 8 sétiers de grain esteil, et sont fort maigres. Quelques rentes foncières sur les immeubles de l'endroit et 10 livres de cens sur le village ^.

i Arch. mi. LL. 1029. f. oi»; LL. 1049. p. llfS; LL. lUrîo. \t. \i.

2 Id. L. 809;LL. 1049, p. 8.

3 Id. LL, 1049. p. 9.

* M. LL. 1049. p. 2-2.

5 L'abbaye df 8aint-Gerinain-des-Prés au IIV' siècle, par Dom di Boi rc. p. ih. G Arch. nat. S. 2970.

Un bail du 15 mars 1524 nous montre que l'abbaye de Saint-Germain avait, en outre, 14 arpents de terre dans l'île de Bussy et 14 arpents de prés en l'île de Villemont. Le gort Jaillard ^ lui appartenait aussi 2.

En 1604, les possessions des Bénédictins, à Vaugirard, comprenaient 112 arpents de terres labourables. Elles étaient affermées, avec les grosses et menues dîmes, pour le prix annuel de 340 livres K

Le bail de la seigneurie de Vaugirard et de ses dépendances et les droits sur les dîmes de grain, de vin, des oisons, agneaux et cochons s'élevait à 500 livres, en 1628 *.

Le 24 juillet 1562, les religieux baillèrent, à perpétuité, à Guillaume Dufoux 5 quartiers 9 perches et 2/3 de perche de terre, faisant partie du grand clos de Vaugirard. Le preneur s'engageait à payer 12 livres chaque année, à édifier un moulin à vent et à moudre franchement les grains des moines ^.

Le couvent de Saint-Germain-des-Prés fil une transaction avantageuse, le 3 juin 1622. Il vendit à des maçons et entrepreneurs 3 arpents de terre, d'où l'on pouvait extraire d'excellentes pierres, moyennant 900 livres l'arpent *'.

En 1638, les religieux cédèrent, pour la somme de 800 livres, au sieur Beaussan deux arpents de terre, qui se trouvaient derrière sa maison. Ils devaient employer cet argent à acquérir 4 arpents et un quartier de terrain pour augmenter leur grand clos ^

Sous la date de l'année 1641, nous voyons que Robert Chappelain, marchand et bourgeois de Paris, possédait une maison à Vaugirard, où il avait deux pressoirs, l'un à arbre et l'autre à roue. Il payait de ce chef aux Bénédictins 20 livres de cens annuel ^.

Nous trouvons encore dans cette localité un petit fief, appelé le fief au maire. Il contenait 3 arpents et 1/2 et rapportait, en 1345, 35 sols par an '',

1 LegorlJaillartet legort Gaillart, que nous, Iroiivon.s mentionnés à Lssy, à propos des anniversaires, sont-ils une et même chose?

2 Arch. nat. LL. 1143, p. 204.

3 M. LL. llio, p. 213.

4 Id., LL. 1058. p. 107.

5 Id. LL. 1145, p. 206.

6 Chap. conv. Bib. nat. ms. fr. 16.851, pp. 182-183. ■^ Arch. nat. LL. 1143, p. 209.

8 Id. LL. lOoO.

L'aumônier de Saint-Germain affermait 7 quartiers à l'Espinette pour le prix de 32 sols (o février 1511) ^

En 1409, Adam Âlorge, prévôt de Villeneuve-Saint-Georges, acquit de Jehan Moreau, pour la somme de 60 livres tournois, une maison avec cour et jardin, une masure et 4 arpents de terre et de vigne, le tout situé à Vaugirard -. Plus tard, il augmenta ces possessions. Raoul de la Chaussée lui vendit, moyennant six vingt livres tournois, une maison avec cour et jardin, 8 arpents de terre et de vigne et onze sols parisis de rente ^.

Les Augustins établis dans le faubourg Saint-Germain, désirant faire une acquisition de 3000 livres dans la seigneurie de Vaugirard, demandèrent aux Bénédictins la remise des lods de ventes (13 juillet 16o4) ^. Nous ne savons pas quel fut le résultat de cette démarche.

Seigneurie temporelle.

Lorsque le détenteur d'un fief mourait, s'il n'avait pas d'héritier, le seigneur féodal pouvait s'emparer du fief en déshérence et l'exploiter. Simon de Bussy était passé de vie à trépas et personne ne s'était présenté pour lui succéder. Comme il possédait une île de la Seine, aux environs d'Issy, où il avait douze arpents de Saulsaies, les religieux de Saint-Germain se mirent en devoir de les couper et de les exploiter. Alors intervint Raoul de Mauprouvé, curé de Vaugirard, qui prétendait être le légataire de Simon de Bussy. Il affirmait avoir des droits sur ces douze arpents de Saulsayes, parce qu'il devait percevoir 20 livres de rente sur ce fonds. Les religieux lui répondirent qu'il ne pouvait avoir plus de droit que son patron; car Simon de Bussy avait le patronage de l'église de Vaugirard. Ce dernier avait confessé qu'il tenait cette île en fief et non en censive. Raoul de Mauprouvé, n'ayant pas de preuves pour infirmer cette assertion, fut débouté de sa requête et condamné par sentence du Chàtelet 13 mars 14oo) ^.

Les curés de Vaugirard ne vivaient pas toujours en bonne intelligence avec les Bénédictins de Saint-Germain. Plusieurs fois, ils leur contestèrent le droit de percevoir la dîme. Ils n'eurent pas gain de

1 Arcli. 'liât. LL. 1U5, p. 207.

2 m. LL. 1070. pp. o3-.o4.

3 Id. LL. 1070, p. m.

* Qha^. convent. Bib. nat. ms. fr. 16.7oo. â Arch. nat. L. 809.

cause. Le parlement affirma, à rencontre de messire Tavernier, le 12 décembre 1S92, que les religieux avaient les dîmes dans toute l'étendue de Vaugirard. Déjà, le 27 septembre 1566, une sentence des requêtes avait détendu à maître Guillaume Gaillard de les troubler dans la jouissance de ce privilège ^ Six ans plus tard, le 20 septembre 1572, un arrêt de la cour enjoignait à toutes les personnes, qui avaient des terres et des vignes à Vaugirard, de payer la dîme au monastère de Saint-Germain '^.

La taxe de la dîme semble avoir subi des variations à diverses époques. En 1582, on payait 6 pintes par muid pour le vin, et on donnait, en 1612, 4 gerbes ou 10 sols par arpent pour les pois et les fèves. Le 14 août 1626, un arrêt du parlement déléndit aux Bénédictins d'exiger plus de 20 sols par arpent pour les terres ensemencées de pois, fèves, légumes, et plus de 4 pintes de vin par muid ^. En 1519, les pressoirs banniers et la dîme du vin étaient affermés pour le prix de 28 livres parisis *.

Plusieurs communautés se fixèrent sur le territoire de Vaugirard. Des religieuses de Laon vinrent s'y établir tout d'abord.

Un pauvre prêtre, nommé Claude Bernard, y fonda le séminaire de la Sainte-Famille, destiné à recevoir .33 pauvres jeunes gens, en mémoire des années que le Sauveur a passées sur la terre.

Vers 1640, Madame Marie Lhuillier, femme de Claude-Marcelle de Villeneuve, y institua les Filles de la Croix. Cette congrégation se retira, en 1669, au faubourg Saint-Germain.

Les Théatins et plus tard l'abbé de la Salle eurent une maison de repos à Vaugirard.

C'est là que Monsieur Olier, vers 1642, commença l'œuvre bienfaisante des séminaires, qui devait donner naissance à la société de Saint-Sulpice. Monsieur de Rochefort lui donna une belle et spacieuse maison, dans le voisinage de l'église paroissiale, avec plusieurs fermes. Quant à Dom Tarisse et à Dom Bataille, ils furent heureux de lui procurer leurs conseils et leurs encouragements ^ Lorsque celte congrégation se fut transportée à Paris, elle continua de posséder des immeubles à Vaugirard. En 1763, elle payait aux religieux de Saint- Germain une rente de 35 livres 15 sols, comme cens et indemnité de

^ Arch. nat. LL. 1 U;j, p. l9o.

'^ Id. \\\ri. \). 194.

■5 Ici. lU.'J, p. 19ri-96.

4 Id. \uri.

» Vie de M. Olier, par Faillon (1843), 1, 336, 373.

— llfi —

dîmes. La même année, ayant fait d'importantes acquisitions, elle leur remit une somme de o890 livres 1 sol 10 deniers pour lods et ventes K

Les Bénédictins ne rencontraient pas toujours cet empressement pour solder ce qui leur était dû. Les entrepreneurs de l'école militaire avaient établi des carrières dans une pièce de 16 arpents, située derrière les murs de la seigneurie de Yaugirard. L'abbaye de Saint- Germain avait éprouvé de ce fait un dommage estimé à 2825 livres. C'est en vain qu'elle réclamait cette somme; on différait toujours de la solder il 763) 2.

Le 21 avril 1661, les religieux de Saint-Germain permirent à Anne Rouillé, veuve de messire Antoine Barthélemi, seigneur d'Oinville, d'avoir en sa maison de Vaugirard un petit pigeonnier à 80 boulins ^.

Seigneurie spirituelle.

Les habitants de Vaugirard se plaignaient que l'église d'Issy était trop éloignée. Il leur était difficile, spécialement en hiver, d'assister à la messe, et puis ils couraient grand risque de mourir sans recevoir les sacrements. Ils demandèrent donc à Jean de Precy la faculté de bâtir une chapelle.

En 1341, ils achetèrent une place, que leur vendit cet abbé de Saint- Germain. Sans tarder, ils jetèrent les fondements d'un édifice qui fut dédié à la Sainte Vierge. Cela ne suffisait pas aux habitants; ils désiraient se constituer en paroisse. Simon de Bucy, seigneur principal du lieu, fut, en cette occasion, le grand protecteur de Vaugirard. Il jouissait d'un véritable crédit, et il en usa pour présenter une requête à Foulques de Chanac, évêque de Paris, demandant l'érection de la chapelle en église paroissiale. Il obtint ce qu'il souhaitait (1342) *.

Le roi permit aux manants de Vaugirard d'acheter un fonds de 32 livres de rente sur les terres de son domaine, pour doter leur église, et leur fit remise des droits d'amortissement. En 1344, la paroisse fut définitivement instituée, en vertu de lettres patentes de Philippe de Valois et d'une ordonnance épiscopale. Par forme de dédommagement envers la paroisse d'Issy,. et, comme souvenir de leur

1 Arck. nat. S. 2912.

2 Id. S. 29H.

3 Chapitre conventuel, Bih. nat. nis. fr. 16.836. p. l.o8.

^ Arch. nat. L. 809, LL. 1143, p. 194. ^ovxu.kiki. pièces justifie, p. 74-76.

ancienne dépendance, les habitants de Vaugirard furent contraints de payer 10 livres parisis de rente au curé d'Issy et 2 livres chaque année à la fabrique de l'église; puis ils s'engagèrent à assurer 20 livres de revenu à leur propre curé. Pour donner une solide garantie du payement de ces rentes, on acheta une maison à Montlhéry, que l'on céda à bail à deux habitants de cette ville, Jacques Rose et Guillemine, sa femme, Pierre Rose et Jeanne, sa femme. Cette acquisition, ainsi que les frais qu'elle occasionna, montèrent à plus de 800 livres. Simon de Bucy fournit les moyens de satisfaire à toutes ces conditions. Sa charité ne s'arrêta pas là. Ému de la pauvreté de ses concitoyens et des lourdes charges qui pesaient sur eux, il consentit à leur assurer 60 livres de rente; mais ils durent lui promettre de payer, en son nom, à l'abbaye de Saint-Germain des-Prés une rente de 20 livres, dont il se reconnaissait débiteur. Il donna, en outre, au curé et à ses successeurs une maison presbytérale avec un jardin, au vicaire, une demeure attenant à celle du curé et, dans le voisinage, un local affecté aux écoles de garçons tenues par un chapelain. Enfm, devant la chapelle était un terrain suffisant pour former un cimetière; il est converti aujourd'hui en une place publique. Au bout de ce cimetière se trouvait une petite maison donnant sur la grand'rue et où se faisait l'école des filles; Simon de Bucy en était également le donateur. La chapelle ne suffit bientôt plus à la population; une troisième fois, elle fut agrandie par ce même seigneur. Le titre de fondateur-patron fut dès lors acquis à lui, à sa femme Nicole, et à ses héritiers ou successeurs. Les rentes furent exactement payées à la paroisse d'Issy, pendant 80 ans; mais, en 1433, les héritiers de Rose, ayant fait de mauvaises spéculations, ne remplirent plus leurs obligations. Il s'ensuivit entre les deux paroisses un procès, qui fut porté devant l'évêque de Paris, Jacques du Chastelier. Il commit, pour examiner l'affaire et prononcer un jugement canonique, Jean Chuffardé, chancelier du chapitre. Les habitants d'Issy, dans leur plainte, rappelaient les engagements contractés par la fabrique de Vaugirard, qu'elle refusait, disaient-ils, de remplir sans motif raisonnable, et ils demandaient que, faute d'y être fidèle, Vaugirard fut réintégré à la même paroisse. Les habitants de Vaugirard, par la bouche de Raoul de Mauprouvé, leur curé et leur fondé de pouvoirs, alléguaient : \° Que la séparation avait pour motifs l'éloignement de l'église paroissiale, la difficulté des communications pendant les mauvais temps surtout et la négligence des curés, qui ne voulaient pas traverser les glaces et les neiges, en hiver, pour aller au loin porter les sacrements ;

2" Que, dans le principe, Vaugirard avait fait d'immenses sacrifices, dont on devait lui tenir compte:

3" Qu'il convenait de comparer la situation des deux paroisses. Issy était riche et grandement peuplé ; Vaugirard était pauvre et abandonné par toutes les familles riches. Ils concluaient, en demandant au moins diminution et modération des charges qui leur incombaient. Le roi lui-même l'avait fait pour les impôts publics. Le jugement intervint en 1436 : il portait que, pour les trois annates passées, Vaugirard payerait 6 livres avant Pâques; que, pendant 4 ans, il ne payerait plus que 4 livres, mais que, ces 4 années révolues, il donnerait 12 livres, comme dans le principe. Le curé fit appel de ce jugement, mais ce fut en vain. Vaugirard se vit astreint à cette redevance jusqu'en 1789 K

Un bail du 7 février 1406 nous indique que l'église de Vaugirard possédait quelques biens. Perret de Lorme et Thomas Leroy, marguilliers de cette paroisse, les baillèrent à Philippot de la Salle et Perrette, sa femme, pour 12 sols 4 deniers de rente. Us se composaient :

1" D'un quartier de vigne, à Brizebarre;

2° 1/2 quartier, au Périer;

3° 3 quartiers, au lieu dit les Plains;

4" 1/2 arpent de terre, à Hautmers ^.

Le domaine de la cure comprenait, le 6 septembre 1567 :

1" Une maison presbytérale, cour, jardin, enclos de murailles; derrière, un demi-arpent de terre;

2" Une autre pièce contenant 3 quartiers, derrière le dit clos;

3" Trois arpents de vigne, près le cimetière d'Issy ;

4" Un arpent de pré converti en terre labourable, à [ssy près les Moulinaux;

o" 20 sols parisis de rente sur trois quartiers de vigne, au territoire de Vaugirard, au lieu dit le Perruchet;

6** 7 sols 6 deniers sur un demi-arpent, au lieu dit le Raule Rabbez;

7° o sols quatre deniers sur un demi-arpent de vigne, au Raule Rabbez;

8" 20 sols parisis sur deux maisons, sises à Vaugirard, en la grande rue ;

9" 4 sols parisis de rente sur une autre maison ;

10" 0 sols parisis et deux setiers de vin sur un demi-arpent de vigne ^

1 Gaidreai'. Histoire de Vaugirard. — Arch. nat. LL. 1070. p. 21 . LL. lOoO,, p. 134.

2 Id. 1070. p. .^0.

3 Id. 1U3, p. 195.

Enl3S0, Vaugirard était un hameau de 300 âmes; mais les ravages de la guerre le firent bientôt décroître. Sous Charles VII, les habitants des communes suburbaines avaient eu beaucoup h souffrir. Les habitants logeaient dans des étables ou des caves obscures. On disait plus tard d'une personne embarrassée pour écrire devant une compagnie, qu'elle ressemblait au greffier de Vaugirard. Il ne pouvait, en effet, écrire en présence de témoins; car, vu l'exiguïté de son local, ils se seraient forcément placés devant l'unique porte qui lui procurait la lumière.

Au temps du poète La Fontaine, Vaugirard avait peu d'importance, puisque le fabuliste le cite comme un hameau sans valeur. En faisant allusion aux gens qui parlent de tout et n'ont rien vu : ils prendraient, dit-il, Vaugirard pour Rome (faOle du singe et du dauphin).

En 1734, Vaugirard eut à soutenir un procès contre Saint-Étiennedu-Mont, qui voulait le dépouiller d'un quart de ses habitants, de 80000 toises de ses enclos et d'une vingtaine de maisons très riches, comme le château de Frileux, hostel appartenant au cardinal de Gesvre, et autres habitations vers Paris et Grenelle. Il obtint gain de cause, grâce à l'énergie de son curé, M. Délangle. Vaugirard comprenait à ce moment 1800 âmes; en 1790, il y avait 2400 habitants ^

Église. — L'église de Vaugirard n'a jamais été un monument très remarquable. Le 23 septembre 1623, les marguilliers de Vaugirard demandèrent aux religieux de Saint-Germain la permission de bâtir une sacristie au bout de l'église. Ceux-ci acquiescèrent, tout en faisant observer qu'ils ne contribueraient point à l'entretenir '^.

La piété des habitants avait dédié l'église d'abord à la Sainte Vierge, mais elle fut placée plus tard sous un double patronage. En 1453, les reliques de saint Lambert, évéque de Maestricht, données probablement à l'abbaye de Saint-Germain, furent apportées à Vaugirard avec une grande pompe. De nombreux pèlerins accoururent de la ville et des bourgs voisins. Une confrérie s'établit en l'honneur du bienheureux, et Guillaume Chartier, évêque de Paris, l'approuva, le 11 juin 1453. Dans les provisions de la cure, en 1564, et sur une épitaphe qui date de 1635, on ne lit plus que paroisse de Saint-Lambert ^.

Les curés de Vaugirard étaient curés de Paris. Ils se réunissaient à ceux de la ville pour la nomination des députés à l'assemblée du clergé. C'est pour cette raison qu'ils refusèrent à plusieurs reprises les prières nominales aux religieux de Saint-Germain,

1 Gaudreau, Histoire de Vaugirard.

2 Arch.nat. 1145, p. 195.

3 Gaudreau. Ouv. cité.

qui prétendaient les y contraindre et les assimiler, par cette exigence, aux curés de campagne. En vain, l'abbaye intenta-t-elle un procès au curé, en 1718, et le lit-elle condamner à accorder les droits honorifiques par une sentence, qui ne lui donnait que le nom de vicaire perpétuel ^ Le curé, le sieur Longré, fit casser cette sentence par un jugement de l'ofïîcialité diocésaine, et fut maintenu dans sa prérogative de n'accorder un tel honneur qu'aux seuls seigneurs patrons 2.

Autrefois, à la droite du chœur, était le banc des seigneurs patrons, qui jouissaient des droits honorifiques. Leurs armes étaient aux clefs de quelques voûtes et aux belles grilles de fer qui décoraient l'entrée du chœur. A gauche, était un banc pour les abbés de Saint-Germain, qui, seigneur haut justicier d'une portion du village, y entretenaient un procureur fiscal, et avaient établi le poteau de la justice derrière la sacristie. Un peu plus bas, était celui de l'abbé de Sainte- Geneviève, seigneur haut justicier d'une partie moins considérable.

11 avait également son procureur fiscal, et avait fait planter un poteau de la justice en face du parc de l'école militaire.

Bienfaiteurs. — Isabelle Masurier avait fait abandon d'une place, où l'on avait bâti les deux petites maisons habitées par le vicaire et le chapelain maître d'école. La première avait été construite par les soins des seigneurs, la seconde, avec un don de 400 livres fait par Alexandre Maréchal et Jean Débonnaire. En outre, un bourgeois de Paris, le sieur Jacques, avait légué 1000 livres au chapelain, pour l'enseignement gratuit du plain-chant à ses élèves. Les écoles de filles avaient été aussi suffisamment dotées. La veuve Luçon légua 376 livres, la veuve Richard, 37o0 livres, et le sieur Durost oO livres de rente aux institutrices

Les familles importantes et respectables de Vaugirard se cotisaient et réunissaient chaque année une somme de 100 pistoles pour les pauvres. Il y avait encore une fondation annuelle destinée aux

12 enfants pauvres, choisis pour la cérémonie de la cène. Toutes ces fondations ont disparu. Une seule a survécu aux orages révolutionnaires, c'est celle de monsieur le marquis de Vézannes et sa femme, dont une table de marbre noir, scellée dans l'église, perpétue la mémoire. Ils avaient laissé une rente de 300 livres pour les pauvres, et une autre de 430 livres, pour habiller quatre petites filles vertueuses, nées à Vaugirard de parents chrétiens, et admises à la

1 Arck. nat. 10i9, p. i49.

2 GAroREAr. Ouii. cité.

communion, n la condition qu'elles prieraient pour le repos de leurs âmes, soit avant, soit après la communion. Ces rentes ont été réduites; 16S livres sont encore employées à la bonne œuvre dont nous venons de parler ^

Avant de terminer cette notice, nous citerons brièvement quelques fondations et transactions faites en faveur de Saint-Germain-des-Prés et concernant plus ou moins Vaugirard.

En 1398, Guillaume de Villeflain et Jacquette, sa femme, donnèrent aux Bénédictins 10 livres tournois de rente qu'ils avaient sur des héritages situés à Vaugirard, à Issy sur des fiefs, à Montreuil et Villeflain, près de Versailles, pour augmenter la fondation de deux messes dans l'église de Saint-Germain-des-Prés 2.

Les religieux de Saint-Germain avaient à Montreuil, près Versailles, un fief qui relevait du doyen du chapitre de Paris. Ils le cédèrent à Guillaume de Villeflain et à Jacquette, son épouse. Ces derniers leur abandonnèrent, en échange, 10 livres de rente perpétuelle à prendre :

1° 4 livres sur une maison à Paris, rue de l'Hirondelle;

2" 20 sols sur une maison, rue de Saint-Germain, à l'enseigne des Maillots;

3" 60 sols sur une maison, sise à Saint-Germain-des-Prés;

4" 40 sols sur une maison à Vaugirard, à l'extrémité vers Paris, et sur les jardins devant l'hostel du dit abbé (3 avril 1380) ^

Le 19 mars 1491, Robert Deguebas, laboureur, donna aux religieux de Saint-Germain-des-Prés. en les invitant à prier pour lui après sa mort, environ IS quartiers de terre labourable, à la pointe de Vaugirard *.

Jeanne, veuve de feu Pierre Guyart et auparavant d'Estienne Sandrin, abandonna aux mêmes 20 sols parisis de rente à prendre sur 100 sols que cette femme percevait sur une maison et ses appartetenances, situées à Vaugirard, à la charge d'une messe basse (13 décembre 1467) ^.

Le 6 avril 1626, madame des Careaux échangea 12 arpents de terre à Vaugirard avec 8 arpents, que les religieux de Saint-Germain avaient au faubourg près des petites maisons. Ceux-ci demandèrent 4800 livres en retour, et 10 livres par arpent de rente annuelle.

1 Gai'DREAu, Ouvr. cité.

2 Arch. nat. LL. S070, p, 32.

3 Id. LL. H45, p. 215.

4 Id. L. 809.

5 Id. LL. lli.j, p. 21.0.

Cette transaction était faite au profit de l'abbesse de Saint-Remy de Senlis, qui désirait établir un monastère à Paris. Il fut stipulé que les droits de lods et ventes seraient payés à chaque changement d'abbesse \

(Aires de Vaugivard.

Jean Itier, 1346.

Pierre Prouet, 13o9.

Jean Garde, 1370.

Jean Demeville, 1384.

Jean ISevou, 1426.

Isambert Morel, 1427.

Raoul Mauprouvé, 1447.

Jean de Montholon. 1460.

Jean Rosart, 1488.

Hugues Lepage, lo09.

Pierre Lefebure, 1513.

Louis Latoué, 1337.

Alexandre Gouirot, lo47.

Ives Rivière, lool.

Guillaume Gaillard, 1567, docteur.

Ponce Manitte, 1376,

Nicolas Tavernier, 1581.

Pierre Poussemotte, 1633.

Pierre Coppin, 1639, docteur.

Pierre Régnier, 1660, docteur de

Sorbonne.

Charles Lefebure, 1662, docteur.

Georges Guérin, 1680, docteur.

Faron Leclerc, 1685, docteur de

Sorbonne.

Denis Huon, 1697.

Guill.René Delangle, 1713, docteur Longré, 1718.

Gilbert Martinaux de Preneuf,

1718, docteur.

Antoine Rousselle, 1747.

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