Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés
Avant de livrer au public le second volume des Dépendances de Saint-Germain-des-Prés , on me permettra de remercier tous ceux qui ont facilité ma tâche par leurs conseils, leurs lumières, et spécialement M. Coüard, le sympathique et savant archiviste de Seine-et-Oise, qui n’a cessé de me témoigner, même au milieu d’un deuil cruel, un actif et bienveillant intérêt. Il me fut donné, en 1900, d’apprécier son zèle pour l’histoire. A l’Exposition universelle de cette même année, dans un pavillon du Champ-de-Mars, au milieu d’un salon bien aménagé, se trouvaient les monographies, souvent volumineuses, de toutes les communes de Seine-et-Oise, présentées par les instituteurs de ce département. Elles dénotaient une prodigieuse somme de travail et indiquaient qu’on avait consulté les documents anciens et modernes. Qui avait guidé les recherches de ces érudits, soucieux d’accomplir intégralement leurs devoirs et d’élever un monument à l’honneur des études primaires? On le devine sans peine. J’ai passé des heures, des journées, des semaines entières à lire attentivement ces compositions multiples, et le voisinage de nombreuses
machines aux proportions colossales, au ramage presque étourdissant, ne me fit, rien perdre du vif intérêt qu’inspiraient ces travaux. Je ne veux point dire qu'ils eussent tous la même valeur, la même impartialité. C’est à peine si quelques-uns accusaient la hâte, une dangereuse précipitation, un défaut de contrôle. Les auteurs, après avoir longtemps cherché, trouvaient, dénonçaient de terrifiantes oubliettes où les ossements blanchis de malheureuses victimes criaient vengeance ! ! ! Il est fort regrettable qu'ils aient oublié de citer les témoins, les preuves de ces lugubres trouvailles. Tout le monde le sait, il n’est point permis de faire des versions, des assertions purement utiles ; rien ne saurait les justifier. On ne peut, sans manquer à la dignité humaine, abuser de la crédulité de ses semblables.
Les écoles primaires des temps anciens ont mérité l’attention de nombreux instituteurs. La plupart admirent le dévouement, l’abnégation, le désintéressement, la conduite édifiante, exemplaire des maîtres, mais ils finissent par leur adresser un reproche mérité : ils passaient trop de temps à l’église et l’enseignement en souffrait. Hélas! ce n’élait point leur faute, s’il fallait, en chantant l’office, parfaire un traitement trop maigre légué par un bienfaiteur local. Pour les juger, il faut tenir compte des besoins, des sentiments de l’époque. Sans doute, ils ne connaissaient point les méthodes perfectionnées de notre enseignement qui développe si merveilleusement rintelligence, sans fatiguer, surmener les jeunes élèves. J’aurai peut-être l’occasion de revenir sur un sujet aussi noble. Si l’instruction primaire a progressé, les études supérieures n’ont point faibli, Depuis quelques années, je remarque avec bonheur qu’on se passionne pour les recherches historiques. Jadis on considérait le sanctuaire des archives comme interdit au profane vulgaire, et on se gardait bien d’aller troubler la quiétude des
sommités scientifiques qui s’y prélassaient tout à leur aise. Aujourd’hui, les choses ont changé : les salles mises à la disposition du public 11e suffisent pas à contenir sa bonne volonté. Des professeurs émérites, des laïques, des ecclésiastiques de tout âge s’y pressent et consultent le passé, guidés par des maîtres bienveillants, doctes, expérimentés. Ces louables efforts ne peuvent produire que d’heureux résultats : inspirer le respect, rapprocher des hommes de sentiments divers, mais également amoureux du vrai.
D. Anger.