‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 3)Chapitre 2 sur 261 · NOTRE-DAME-LA-DÉSIRÉE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME-LA-DÉSIRÉE

Donner l’histoire de ce sanctuaire qui s’élève dans la paroisse de Saint-Martin-la-Garenne, près de Mantes, département de Seine-el-Oise, c’est exposer son origine, citer les noms de ses bienfaiteurs, mentionner les acquisitions qui furent faites pour le doter, et énumérer les privilèges qui lui furent concédés.

D’après une légende, à laquelle on ne peut guère ajouter foi, faute de preuves authentiques, le roi Charles V se serait égaré en chassant dans sa forêt d’Arthies. Après avoir erré à l’aventure pendant de longues heures, accablé par la fatigue et la désespérance, le souverain éleva son âme vers le ciel et supplia la Mère du Sauveur de lui tendre une main secourable. Réconforté par l’ardeur de sa prière, il se mit résolument en marche, et, dès les premiers pas, ses yeux, pénétrant l’épaisseur du fourré, aperçurent la flèche élancée du blanc clocher de Saint-Martin-la-Garenne. Convaincu que la Vierge l’avait entendu et exaucé, le prince, obéissant à un sentiment de pieuse reconnaissance, jura d’édifier une chapelle là où avait fini sa peine et de la dédier à Notre-Dame-la-Désirée. Ce récit nous paraît invraisemblable ; car l’exiguïté et les proportions mesquines de cette chapelle ne conviennent point à la majesté d’un puissant monarque. Nos rois avaient coutume d’imprimer à leurs œuvres un cachet de grandeur que nous ne retrouverons pas ici.

L’historien de Saint-Germain-des-Prés, Dom Bouillait, nous donne un autre version. Henri de Villemorin (ou Yillemorien), gentilhomme du diocèse de Langres, avait passé sa jeunesse au service du roi, Charles V. Les nombreuses et graves fautes qu’il avait commises lui revinrent à la mémoire. Touché de la grâce et saisi de repentir, il résolut de finir ses jours dant la solitude. Un seigneur, nommé Mathieu de Ver, panetier du duc d’Anjou, lui permit de demeurer dans un endroit de ses terres dépendant de la châtellenie de Chaumont. Henri de Villemorin y éleva quelques bâtiments

pour se loger. Louis, comte d'Etampes, lui ayant obtenu de l’archevêque de Rouen les permissions nécessaires, il fit construire, à ses frais, une chapelle en l'honneur de l’Annonciation de la sainte Vierge, sous le vocable de Notre-Dame-la-Désirée. Le pieux solitaire légua tous ses revenus à ce sanctuaire, et Charles V amortit 25 livres tournois de rente annuelle et perpétuelle sur des biens acquis ou à acquérir pour l’entretien d’un chapelain qui le deservirait (1374) *•

Aussi l’acte suivant désigne-t-il le roi de France comme fondateur de la chapellenie de Notre-Dame-la-Désirée :

« A tous ceux qui ces lettres verront, salut... Sachent tous que... « Massiot de Ver, escuyer, panetier de monsieur d’Anjou, de sa « bonne volonté reconnut et confessa avoir donné pour Dieu et en « pure et perpétuelle aumône à Henri Villemorin une place assise « entre Saint-Martin-de-la-Garenne et Vétheuil, au lieu appelé Morignv, « contenant un demi-arpent ou environ pour faire en icelle son habiu tation, et, autour de la fontaine du Bois, un arpent de terre, « lesquelles places le dit Massiot tenait en l’appartenance du fief qu’il « tient du Roi, Notre Sire,... et auquel lieu, le roi, notre Seigneur, a « fondé et édifié une chapellenie en l’honneur de Dieu et de la « sainte Vierge et son Annonciation, appellée Notre-Dame-la-Désirée, « et à ce que ledit Ilenriot y ait et puisse avoir plus convenablement « son habitation et que le divin service soit fait perpétuellement, le « dit Massiot transporte au roi, notre dit Seigneur, tout le droit que lui « Massiot avait à ces dites places... pour y fonder et édifier la dite « chapelle et y faire sa pleine volonté, comme fondateur et patron « d’icelle, et y ordonner chapellenie perpétuelle, pour telle manière « que quand il y aura chapelain ordinaire ou mutation de chapelain, « que le dit Massiot ou ses hoirs, procréés de son corps, présentera au «roi, notre dit Seigneur... une personne convenable, comme chape- « lain, et le dit roi, notre dit Seigneur, comme fondateur et patron « d’icelle, donnera et confirmera en la personne convenable pré- « sentée par le dit Massiot ou ses hoirs. — Donné le vendredi « 2 janvier 1 37G 2 . »

1. Dom Bolillvrt, preuves; Arcli. nat. LL. nâG, p. 7G/1. a. Charlrier du château de la Rochcguyon.

Nous voyons que le Seigneur de Saint-Martin-la-Garenne, Mathieu de Ver, ajouta à ses premières libéralités et déféra au roi le droit de ratifier le choix du chapelain*. Charles Y contribua à doter la chapelle de Notre-Dame-la-Désirée. En 1378, il acquit à cet effet, moyennant 25 francs d’or, une pièce de vigne et une rente de 4o sols à prendre sur les biens de Mathieu de Ver. Le roi Charles YI, suivant l’exemple de son père, voulut également compter parmi les bienfaiteurs de Notre- Dame-la-Désirée. Il lui donna une pièce de pré, située dans une ile nommée Petel, qui lui coûta cinquante francs d’or, et une pièce de vigne dans le territoire de Saint-Martin-la-Garenne, qu’il paya i4 livres, en 1 385. Plus tard, en i54o, Jean Bourgeois, seigneur du Bois, laissa une rente de 5 livres tournois pour dire tous les samedis une messe en l’honneur de Notre-Dame-des Sept-Douleurs.

On se demandera avec raison pourquoi Henri de Villemorin, originaire de Langres, est venu se fixer sur le territoire de Saint-Martin-la- Garenne. Qui l’avait attiré dans ce pays inconnu ? Voulait-il échapper aux visites trop fréquentes et trop mondaines de ses anciens amis et compagnons ? Faute de renseignements précis, il nous est impossible de reconnaître le mobile qui guida les pas de ce noble pénitent. Mais il est certain qu’alors Morigny n’avait pas encore de sanctuaire, comme le montre la réponse des vicaires généraux de Rouen 1 2.

Henri de Villemorin avait passé environ 22 ans dans cette sanctifiante retraite. Voulant assurer l’existence de la chapelle qu’il avait élevée, il la donna à l’abhaye de Saint-Germain-des-Prés. Le roi Charles VI confirma cette translation par des lettres patentes du mois d’octobre 1397 3, à la condition qu’on célébrerait tous les ans dans cette chapelle deux messes solennelles à son intention : l’une, le jour de la Purification, et l’autre, le jour de la Nativité de la sainte Vierge.

A peine en possession de ce bénéfice, les Bénédictins eurent quel-

1. Ce document demande quelque explication. A en prendre les termes dans un sens rigoureux, il semble indiquer que le roi de France participa, au moins, à la construction de la chapelle de Notre-Dame-la-Désirée. Cette interprétation est contredite par une charte de Charles VI datée de l’année i 3q7 : «... Iienricus de Villemorin, quamdam càpellam, vulgari preloquio, B. Marie Desiderate vocabulo nuncupatam, cum nonnullis edificiis, suis propriis surnptibus construi fecit et fundavit. » ( Arch . nat., LL. ii3i, p. i83.)

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