MAROLLES
Nous verrons, dans l’étude sur Saint-Germain-Laval, la donation qu’avait faite, en 786, Charlemagne à l’abbaye de Saint-Germain-des- Prés, de sa ville de Marolles, située dans le pays sénonais. Nous concluons avec M. Longnon, decettedernièreindication topographique, qu’on ne peut voir dans cette localité la ville actuelle de Marolles, qui s’élève dans le pays de Melun, sur la rive gauche de la Seine, et nous l’identifions avec le bourg désigné, plus tard sous le nom de Vieilles-Marolles. Néanmoins, si le Marolles de Charlemagne n’est pas la ville de Marolles, située à une lieue de Montereau, sur la rivière de Seine, il lui a pourtant donné naissance aux débuts du xne siècle. Quand nous sortons des ténèbres de la période précédente et que les documents nous parlent de l’existence de cette dépendance de l’abbaye de Saint-Germain, nous trouvons la ville de Marolles établie sur l’em-
1 Bibl. nat. ms. lat. 1:2838.
2 Arch. nat. L. 80G.
3 Id. L. 754, LL. 1024. p. 58, BOUILLART, p. 81.
placement qu’elle occupe aujourd’hui; quelques maisons éparses dans une enclave de la prévôté de Saint-Germain-Laval, autour de l’antique église de Saint-Pierre, étaient les seuls vestiges de la ville primitive; le fief de Pontville qui les comprenait et qui relevait de la seigneurie des religieux, en attendant de rentrer dans leur domaine direct, est souvent désigné, à cause de cela, sous le nom de Vieilles-Mavolles.
A la suite de quel événement s’était produite cette transformation? Fut-ce pour se procurer une position plus forte et plus facile à défendre contre les invasions ennemies, que les seigneurs de Marolles construisirent leur donjon sur l’autre rive de la Seine et y groupèrent leurs vassaux à l’abri des nouvelles murailles? Fut-ce d’un commun accord que les sires de Marolles, avoués de Saint-Germain, et les religieux conclurent ce changement de résidence, dans le but d’établir entre eux une paix que la proximité de ces deux juridictions rivales venait sans cesse troubler? G’est ce que nous 11e saurions préciser, quoique nous soyons assez incliné à admettre la seconde hypothèse.
Une charte de Thibaud II, comte de Blois et de Troyes, fait supposer que ces deux causes contribuèrent simultanément à ce résultat, car il y est dit que le sire Hilduin de Marolles reconnaissait tenir en fief du comte une redevance de 100 muids de vin sur le territoire de Saint-Germain-Laval; mais « cette terre, ayant été à peu près com- » plètement dévastée, soit par les guerres, soit par les oppressions » exercées par ce même Hilduin et ses prédécesseurs, n’avait plus » qu’un petit nombre d’habitants et les vignes étaient demeurées en » friche. » Devant les menaces du sire de Marolles qui exigeait, malgré tout, le payement intégral de cette redevance, le reste de la population, s’apprêtant à chercher son salut dans la fuite, l’abbé Hugues s’adressa au comte Thibaud et obtint de lui la réduction des prétentions d’Hilduin L
Nous voyons, en outre, que les religieux de Saint-Germain-des-Prés étaient seigneurs censitaires en partie du bourg de Marolles. « Cette » seigneurie leur appartient, nous dit un document du xvne siècle, à « cause de leur prieuré de Saint-Germain dudit Marolles, annexé de » temps immémorial à leur mense conventuelle. Dans l’église dudit » prieuré seize environ le milieu dudit Marolles, il y a paroisse dont » les dits religieux sont curés primitifs, patrons fondateurs, présen- » tateurs et décimateurs universels de la terre dudit Marolles, avec » une maison seigneuriale qui sert à héberger les dîmes 1 2. »
1 Arch. nat. LL. 1124. p. 5t.
2 Id. M-29.
Nous lisons dans divers historiens des versions contradictoires sur l’origine des droits des religieux de Saint-Germain-des-PrésàMarolles. D’après Michelin, Hilduin, qui était seigneur de Marolles, abandonna ses droits sur cette paroisse à l’abbaye de Saint-Denis, qui lui procura l’argent nécessaire pour aller en Palestine L M. Luchaire, dans ses études sur les actes de Louis VII, prétend qu’il y avait à Marolles un prieuré dépendant de Saint-Martin-des-Champs. Ces deux assertions sont exactes, à la condition de remplacer les monastères de Saint- Denis et de Saint-Martin-des-Champs par celui de Saint-Germaindes-Prés.
Nous lisons, en effet, dans le même ouvrage de Michelin, qu’en 1154 Louis VII confirma à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés la seigneurie de Marolles.
Nous serions plus porté à croire que les seigneurs de Marolles, en abandonnant avec leurs vassaux leur ancien territoire, s’établirent sur une autre partie de la terre des religieux et auprès de l’église, que ces derniers avaient déjà construite à celte époque sous le vocable de Saint-Germain et qui devint la paroisse de cette population ainsi augmentée.
En 829, dans le partage des biens de l’abbaye par l’abbé Hilduin, nous voyons qu’il assigna pour les habits et autres besoins des moines et des malades la terre de Marolles, près Montereau. L’abbaye y plaça le siège d’un prieuré où le prieur était curé primitif de cette église, exerçait les fonctions paroissiales, qu’il devait remettre plus tard à un vicaire perpétuel, et percevait les dîmes de ce territoire.
C’étaient de puissants seigneurs que ces sires de Marolles, dont la protection assura en peu de temps la prospérité du prieuré. Nombreux étaient les hommes qui venaient chercher leur sécurité à l’ombre des murailles de leur donjon et cultivaient les fertiles terres de la contrée. Au commencement du xme siècle, Eudes de Pogy, seigneur de Marolles, était connétable de Champagne. Son père Milon et lui avaient fondé dans leur ville de Marolles une Maison-Dieu pour les pauvres malades de la région. Le sire de Marolles était un des quatre seigneurs qui portaient sur leurs épaules l’archevêque de Sens, lors de sa première entrée dans sa cathédrale. Nous verrons, dans notre étude sur la prévôté de Saint-Germain-Laval, que ces barons eurent des luttes sans cesse renouvelées avec les religieux- au sujet de leurs
i Michelin, Essais sur le département de Seine-et-Marne, p. iS.'iS.
prétentions sur «les corvées à imposer aux vassaux de ces derniers; nous verrons les archevêques de Sens et les légats du Pape intervenir pour rétablir la paix et déterminer les droits de chacun. Mais cette paix ne fut définitivement acquise qu’après que Jean de Valéry, seigneur de Marolles, et Agnès, sa femme, eurent cédé, au prix de 400 livres de Provins, les droits qu’ils prétendaient avoir sur les vassaux de Saint-Germain-Laval l.
Les religieux de Saint-Germain étaient seigneurs de Marolles, en 1073, puisque Gaultier Gornut leur lit hommage de tout ce qu’il possédait en ce lieu 2.
Ces mêmes seigneurs, qui étaient des rivaux redoutables pour les religieux, jouissaient de la seigneurie temporelle de Saint-Germain- Laval, entretenaient des relations très pacifiques et très amicales avec les prieurs de Saint-Germain-de-Marolles, dont la juridiction était surtout spirituelle et qui étaient intéressés à la prospérité de la seigneurie de Marolles, puisque par là était augmenté le revenu qui leur provenait des dîmes de ce territoire.
Aussi voyons-nous ce même Reynald de Pogy, qui s’était signalé par l’acharnement de sa lutte contre l’abbaye, donner à l’église de Saint-Germain, sise dans la ville de Marolles, la moitié du four de cette localité 3. En 1168, un de ses descendants, Odon de Pogy, céda volontairement aux religieux un bois situé entre Marolles le Vieux, Saint-Germain sous Montereau et Fresnières4. En 1209, Milon de Pogy, qui avait quelques différends avec les habitants de Marolles au sujet de la jouissance de certains prés situés sur la chaussée de Marolles, se désista de ses prétentions et ne se réserva sur les terres en litige que les droits de cens et de justice 5 6; il faisait, de plus, cession à Reynald, prêtre de l’église de Saint-Germain de Marolles, de trois arpents de prés. Par un acte daté du mois de novembre 1227, Jean de Valéry, seigneur de Marolles, et Hugues, son frère, consentent à ce que le prieur de Saint-Germain de Marolles tienne et possède les saussaies du territoire et les cens qui y sont annexés c.
Les Templiers possédaient des terres et des fiefs dans ces parages; dans le but, sans doute, de réunir en une préceptorerie unique tous
1 Arch. nat. L. 780.
2 Id. LL. 1024, p, 103.
3 Id. LL. 1025, p. 129; LL. 1026, p. 209.
4 Bonnin, Principaux droits de Saint-Germain-des-Prés en Seine-et-Oise.
5 Arch. nat. L. 780; LL. 1026, p. 209.
6 Id. L. 780.
ces domaines, augmentés des acquisitions ultérieures, ils entrèrent en pourparlers avec les religieux, seigneurs fonciers de cette partie du territoire. En 1184, ils conclurent un accord par lequel les chevaliers du Temple étaient autorisés à faire et à posséder les acquisitions qu’ils voudraient dans la seigneurie de Marolles, à la condition de laisser aux religieux le tiers des propriétés acquises. De cette condition étaient exceptées la maison et les terres de Milon Le Cornu, achetées avant l’accord, une censive de 8 deniers et, en général, tout ce que possédaient déjà les Templiers dans ce territoire. Les deux parties échangèrent leurs chartes d’accord; celle d’Aimon « humble maître du Temple en deçà des murs, » fut signée par frère Joceran, maître du Temple dans la province de France, frère Robert Briant, précepteur de la maison du Temple de Paris, frère Guillaume, aumônier, et frère Milon Le Cornu, dont les donations avaient été, sans doute, l’occasion du présent traité L
Enfin, en 1230, ce même Jean de Valéry, du consentement d’Agnès, sa femme, déchargea les hommes de Marolles des corvées et charrois auxquels ils étaient tenus pour les réparations du château du dit lieu, ainsi que d’autres corvées, moyennant le paiement par les religieux d’une somme de 400 livres provinoises 1 2. Cette cession fut confirmée, au mois d’octobre 1231, par Thibaud, comte de Champagne 3. En 1244, Jehan de Valéry et son fils, Erard, cédèrent au prieur de Marolles 10 arpents dans leurs pâturages, au lieu dit Trouble 4 5.
En outre de ces développements, dus à la bienveillance des sires de Marolles, les prieurs de cette localité augmentaient leurs possessions par des acquisitions successives. Des fondations pieuses venaient de temps en temps accroître ce domaine.
Le samedi avant la fête de saint Barnabé de l’année 1235, Adam de Saint-Germain, qui avait un moulin à Marolles dans la censive des religieux, établit, en faveur de ces derniers, une rente annuelle de 40 sols sur le dit moulin, pour fonder un anniversaire en son honneur et en l’honneur de son père et de sa mère 6.
En 1257, l’abbé de Saint-Germain-des-Prés permit au pitancier de l’abbaye de tenir en main-morte les terres que feu Foulque, jadis
1 Arch. nat. LL. 1027. p. 151,
2 Id. L. 789.
3 Id. L. 780.
4 Id. L. 780.
5 Id. LL. 1026, p. 209.
prieur de Marolles, avait achetées de ses deniers, avec la permission de l’abbé et du convent, pour la fondation de son anniversaire L
Des contestations temporaires entre les seigneurs et les prieurs de Marolles furent terminées par une transaction. Guillaume deThyanges, chevalier, seigneur de Marolles, et sa femme, Hélissent des Barres, réclamaient « le gort de feu Thierry, pour le rendre peschable; » les religieux de Saint-Germain-des-Prés demandaient, de leur côté, le fief de la maison de la Tombe, appuyant leurs prétentions sur un acte de foi et d’hommage, prêté jadis pour ce fief à l’abbé de Saint-Germain-des-Prés par « messire Pierre des Barres, par la grâce de Dieu, archevêque de Reims. » L’affaire fut remise à l’arbitrage de messires Erard de Thyanges, sire de Valéry, et Jehan, sire de Courpalay, chevaliers, qui, au mois de mars 1312, prononcèrent leur sentence, par laquelle les religieux devaient renoncer au fief de la Tombe et le seigneur de Marolles, à son gort peschable 1 2.
Le dénombrement de 1381, nous fait connaître l’importance du prieuré de Marolles et les désastres subis pendant la guerre : « Item, » en la ville de Marolles, un hostel, lequel fu destruit par les guerres; » item, une grant granche et estable emprès la dicte ville qui fut » arse par les ennemis; item, environ ixxx arpens de terres en friche; » item, les cens et les rentes soloient bien valoir lx livres qui ne » valent à présent que x livres, et fault que le prieur qui soloit » demourer sur le lieu et deux religieux avec lui pour faire le service » du dit prioré, demeurent à présent à l’église (abbaye de Saint- » Germain-des-Prés), pour ce que ils n’auroient de quoy vivre sur » le lieu; et néantmoins il fault qu’il paye son disme (décime au Pape) » qui monte lxiv sols et vii livres au convent pour anniversaires. » Item, la disme des grains d’icelle ville puet valoir environ iiij muis « qui soloit valoir xij et fault paier ij muis de gros au curé du dit » lieu; item, le dit prieur a la moitié de l’ostelaige qui puet valoir » par an L sols; item, le dit prieur a le quint denier des » gens de condicion qui trespassent entre les deux rivières de Saine » et Yonne 3. »
Quand ils purent se relever de ces désastres, les religieux de Saint-Germain songèrent à en tirer parti pour accroître leur domaine. En 1442, ils obtinrent des lettres du roi Charles VII les autorisant
1 Arch. nat. LL. 1027, p. loi.
2 Id. LL. 1061, p. 17-18.
3 Id. L. 760, n° 29. Doin du Bourg, Saint-Germain au XIVe siècle, 31.
à s’emparer d’un certain nombre de terres demeurées en friche au territoire de Marolles 1.
A partir de cette période, les religieux n’ayant plus la possibilité de résider à Marolles, ce prieuré fut donné en commende à des séculiers et demeura dans cette situation jusqu’à la fin du xvr siècle. Il était alors possédé par un certain maître Jacques, prêtre, qui, très âgé et détaché des choses de ce monde, consentit, le 9 avril 1580, à rendre au monastère de Saint-Germain-des-Prés le prieuré de Marolles, qui fut uni à la mense conventuelle; les religieux s’engagèrent à payer à l’ancien prieur une rente viagère de 200 livres tournois, que la mort du titulaire vint éteindre deux ans plus tard 2.
Les archives nous apprennent que, pour les décimes dues au Roi, qui s’élevaient pour le prieuré au capital de 5 escus de rente, les religieux aliénèrent, en 1575 et en 1577, un certain nombre d’arpents de terre sis au finage de Marolles 3. Mais dans le dénombrement de 1588, par suite sans doute des réclamations faites, le prieuré-cure de Saint-Germain de Marolles n’est pas taxé, comme uni à la mense conventuelle de Saint-Germain-des-Prés 4.
Le domaine temporel des religieux à Marolles était loin d’être considérable et leur seigneurie n’apportait pas de gros revenus au trésor de Saint-Germain. Les terres étaient de mauvaise qualité et les cultivateurs étaient généralement disposés à abandonner le pays pour aller se fixer ailleurs. Le fief comprenait, en 1640, 180 arpents de terre en censive et 50 maisons de paysans; cette censive se montait alors à huit livres. Cent ans plus tard, elle ne rapportait plus que quarante sols, car elle ne comprenait plus que 29 arpents et 24 maisons. En 1758, « messire Jean-Baptiste de Brion, chevalier, marquis de Marolles, seigneur de Motteux, Fresnières et autres lieux, » proposa aux religieux de lui vendre ce fief, qui ne rapportait presque rien à l’abbaye et que, par un motif de convenance personnelle, il consentait à prendre sur le pied où il était en 1640. Les religieux s’empressèrent d’acquiescer à la proposition avantageuse du marquis et, le 11 janvier 1758, signèrent un acte d’échange par lequel ils cédaient à leur voisin tous les droits féodaux et seigneuriaux
1 Arch. nat. S. 2905.
2 Bib. nat. ms. fr. 12838, p. 01.
3 Arch. nat. G8. 1208-1209.
4 ld. G8. 139i.
dépendant du prieuré de Saint-Germain de Marolles, pouvant valoir 32 livres, et en recevait quatre arpents de ses meilleurs prés L Divers baux successifs nous font connaître la valeur du prieuré à diverses époques En 1546, le prieuré était affermé 340 livres 1 2 et deux douzaines de chapons gras; en 1685, 675 livres 3. Le 5 février 1746, les religieux baillèrent en ferme, au prix de 650 livres, leur grange dîmeresse de Marolles avec ses 66 arpents de terre labourable, 6 arpents de pré et 14 de bois taillis, les grosses dîmes dépendantes du prieuré, la moitié des novales et menues dîmes et les droits seigneuriaux qui n’étaient pas encore aliénés; le preneur devait livrer au curé de Marolles, pour son gros annuel, 64 bichets de froment, 64 de seigle, 32 d’orge, 48 d’avoine, au jour de la Saint-Martin. Il était tenu de faire célébrer une messe basse (c’est-à-dire d’en payer les honoraires) les dimanches et jours de fêtes, dans l’église de Saint- Germain de Marolles, et d’employer, tous les ans, la somme de 8 sols, en réparations et augmentations aux bâtiments du chœur de la grande église ou de la grange 4 5. En 1790, d’après la déclaration des religieux, le prix de la ferme susdite, avec les mêmes contenances et charges, mais avec les modifications apportées par l’échange de 1758, était fixé, par le bail du 18 juin 1780, à 1104 livres 3 sols 4 deniers 6.
Seigneurie spirituelle.
La ville et le territoire de Marolles n’étaient pas tout entiers sous la juridiction spirituelle du prieur de Saint-Germain, dont le monastère s’élevait au centre de la place et la chapelle était devenue l’église paroissiale. L’abbaye augustine de Saint-Jean de Sens avait aussi sa part de juridiction et possédait, sur la place à Marolles, une seconde église sous le vocable de Saint-Georges. Ces deux juridictions voisines devaient forcément être rivales. C’est ce que nous voyons se produire au xne siècle. En 1126, l’abbé de Saint-Germain-des-Prés et celui des chanoines de Saint-Jean de Sens terminèrent par une transaction amiable des discussions qui duraient depuis longtemps. Dans cet accord, l’abbé de Saint-Germain-des-Prés, avec l’assentiment de son
1 Bib. nat. ms. fr. 16859, p. 122. Arch. nat. S. 2965.
2 Arch. nat. S. 2965.
3 Bib. nat. ms. fr. 16857, p. 203.
1 Id. 16859, p. 39.
5 Dom Poirier, Bib. nat. ms. fr. 20818, p. 27.
chapitre, concéda aux chanoines de Saint-Jean la libre disposition de leur église de Saint-Georges; il réserva néanmoins que les legs faits, pendant leur maladie, par les paroissiens de Marolles à l’église de Saint-Georges seraient également partagés entre les moines et les chanoines; si ces legs étaient laits par des serfs de Saint-Germain, les immeubles ne pouvaient être reçus par les chanoines qu’avec la permission des moines, et les biens meubles devaient être partagés entre les deux églises. La charte d’accord, pour lui assurer plus d’efficacité et de durée, fut munie du seing et du sceau d’Henri, archevêque de Sens, et signée par les abbés, les moines de Saint-Germain et les chanoines de Saint-Jean. L’anathème était prononcé contre le violateur de ces conventions L
Malgré toutes ces garanties, cet accord ne mit pas un terme aux difficultés trop naturelles pour pouvoir disparaître du premier coup. En 1164, le pape Alexandre III, dans le cours de son voyage à travers la France, avait fixé pour quelque temps sa résidence dans le palais archiépiscopal de Sens. C’est là que se présenta Hugues, abbé de Saint-Germain-des-Prés, qui venait porter ses plaintes contre l’abbé de Saint-Jean de Sens, l’accusant de ne pas se conformer aux stipulations de l’accord de 1126, relativement aux divers legs faits à l’église de Saint-Georges. Le pape chargea deux des cardinaux présents, Hubald, du titre de Sainte-Croix, et Wilhelm, du titre de Saint-Pierreaux-Liens, d’instruire cette affaire et de la terminer par un accord amiable. Au cinquième jour des Kalendes de septembre de la cinquième année du Pontificat d’Alexandre III, les deux cardinaux rendirent leur sentence arbitrale : l’abbé de Saint-Germain-des-Prés, agissant avec l’assentiment de son chapitre, abandonnait toutes ses prétentions sur les legs faits à l’église de Saint-Georges de Marolles. Comme témoignage de gratitude pour cette concession, l’abbé et le chapitre de Saint-Jean s’engageaient à payer au prieur de Marolles un cens annuel de 2o sols provinois, payable à la fête de saint Pierre-aux- Liens; ils renouvelaient la promesse de ne recevoir de patrimoines des serfs de Saint-Germain que du consentement de l’abbé et des moines. Les deux cardinaux munirent de leurs sceaux le parchemin dans lequel était écrite la transaction 1 2. Le même jour, le pape Alexandre III adressait à Hugues, abbé, et aux frères de Saint-Germain-des-Prés une bulle confirmative de la sentence de ses deux délégués 3.
1 Arch. nat. L. 780. LL. 1024, p. 57.
* Id. LL. 1024, p. GG. LL. 1026, p. 209.
3 Id. L. 230, n° 19. LL. 1024, p. 12.
Malgré la solennité des actes qui avaient dû mettre fin aux difficultés, nous voyons ces dernières surgir de nouveau entre les prieurés voisins et par suite rivaux, et provoquer de nouveaux traités. En 1192, Foulque, abbé de Saint-Germain-des-Prés, transigea avec l’abbé des chanoines de Saint-Jean de Sens : il fut arrêté que les chevaliers habitant à Marolles auraient seuls, pour eux, leurs familles et leurs serviteurs, le droit de sépulture au cimetière de Saint-Georges, tandis que les autres habitants devaient être transportés à l’église de Saint-Germain et puis ensevelis dans le cimetière de cette église 1. Depuis cette époque, la paix ne semble pas avoir été troublée entre les deux églises.
Les religieux eurent plusieurs fois à défendre leurs droits contre les prétentions des archevêques et des archidiacres de Sens, au sujet des procurations dans les diverses dépendances que l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés possédait dans ce diocèse, Esmans, Saint-Germain-Laval et Marolles. Les papes intervinrent, comme nous l’avons dit ailleurs, pour maintenir les exemptions de l’abbaye. En 1202, Manassès, archidiacre de Sens, donna à l’abbé Jean de Yernon une reconnaissance, par laquelle il déclare que ni lui ni ses prédécesseurs n’avaient jamais eu droit de procuration ou de gîte dans les villages d’Esmans et de Marolles. Malgré cette déclaration formelle, le successeur de Manassès, l’archidiacre Jean, renouvela ces prétentions que l’abbé Jean de Vernon dut réprimer, en recourant à l’autorité pontificale 2.
En 1230, les seigneurs de Marolles, Jean et Hugues de Valéry, donnèrent à l’église de Saint-Germain de Marolles le quart d’une saussaye et vendirent le reste à l’abbé Eudes pour le prix de six cents livres 3.
En 1614, nous voyons le prieur de Saint-Germain de Marolles se faire représenter par procureur à l’assemblée du clergé du balliage de Provins, pour l’élection d’un député aux États Généraux 4.
Soit à cause de leur vétusté, soit par suite des désastres des guerres, les bâtiments du prieuré, qui s’élevaient près de l’église, ne formaient plus qu’une ruine, que les religieux avait cessé depuis longtemps d’habiter. En 1635, maître Martin Hébert, curé de Marolles, vint représenter au prieur « que la ruine du logis prioral permettait l’abord de l’église aux animaux immondes; » il demandait, en consé-
1 Arch. nat. L. 765.
2 Bouillard, p. 1 11.
i Arch. nat. G8, 93.
quence, l’autorisation d’entourer d’une muraille l’église qu’il espérait, grâce aux aumônes des habitants, pouvoir bientôt reconstruire x.
Un peu plustard, la bonne harmonie n’existait plus entre les religieux et le curé, ou plutôt le vicaire perpétuel, qui tentait de s’affranchir d’une dépendance gênante. En 1661, un arrêt du grand Conseil maintint les religieux de Saint-Germain-des-Prés, comme curés primitifs de l’église de Saint-Germain-de-Marolles, dans le droit de percevoir la moitié des notables et menues dîmes, que leur disputait « maître Martin Hébert, vicaire perpétuel de cette église 1 2. »
Du reste, le prieuré de Marolles, qui abritait jadis un prieur avec deux moines, pour pourvoir au service divin et à l’administration spirituelle et temporelle de ce bénéfice, était devenu un simple prieuré-cure réuni à la mense conventuelle, situation qu’il conserva jusqu’à la fin.
Tombe
De ce prieuré dépendait un fief, sis au village de la Tombe, à une lieue au-dessus de Marolles, sur la rivière de la Seine. Ce fief consistait en censive sur une partie des maisons et jardins clos dudit village, ainsi que plusieurs terres dans ses dépendances. Mais la rivière de la Seine avait causé de grands dommages, en ruinant par ses atterrissements plusieurs maisons bâties sur son rivage 3.