‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 4)Chapitre 112 sur 121 · RI. S · texte numérisé non relu

RI. S

3 Id. LL. 1058, p. 97.

4 Id. LL. 1039, p. 78.

5 Bibl. nat. ms. fr. 16857, p. 48.

15 Arch. nat. S. 2858.

Les bâtiments des termes de Bailly et de Lilandry étaient en ruines et demandaient à être restaurés. Pour éviter de faire des dépenses inutiles, les religieux de Saint-Germain-des-Prés décidèrent d’unir les deux domaines et de bâtir seulement à Lilandry (24 juillet 1651). On ne voit pas que cette résolution ait eu son entier effet. La déclaration de 1790 désigne séparément les biens de Bailly et de Lilandry L

Seigneurie temporelle.

Les documents que nous trouvons au commencement du xnie siècle nous montrent le prieur de Sainte-Marie-du-Bois occupé à défendre les droits de son monastère. Aux lépreux de Saint-Lazare-de-Meaux, qui réclament une partie de la dîme sur le territoire de Romainvilliers, il promet de payer annuellement, dans l’octave de Saint-Denis, 4 setiers de blé, 2 de froment et 2 d’avoine (1203) 2. Ansel, évêque de Meaux, approuve et notifie cet accord 3.

Le prieuré de la Celle-en-Brie 4 avait des terres dans la censive de Sainte-Marie-du-Bois et par conséquent sujettes au dîmage. Le titulaire ne semblait pas disposé à payer cette redevance. En 1205, le pape Innocent III désigna l’abbé de Sainte-Geneviève et maître Pierre de l’Hôpital, chanoine de Saint-Marcel, pour juger cette affaire. Cité à comparaître, le prieur de la Celle-en-Brie répondit qu’il ne savait pas de quels biens on lui réclamait la dîme. On lui donna, sans doute, le temps de prendre des informations et de s’instruire, car il se présenta une seconde fois, devant les commissaires pontificaux, mieux renseigné. Cependant il trouva encore un subterfuge. Le domaine en question ne lui appartenait pas, dit-il; il relevait de Marmoutiers. On comprendrait qu’il ne pouvait rien décider à ce sujet. Ajourné, l’abbé de Marmoutiers députa le prieur de Notre-Dame-des-Cliamps pour le représenter devant les juges délégués par le pape. Celui-ci leur constesta toute qualité pour prononcer une sentence et en appela à Rome. Les commissaires apostoliques, sans prendre en considération cette démarche, passèrent outre et rendirent un arrêt en faveur de Saint-Germain-des-

4 Bibl. nat. ms. fr. 16855.

2 Arch. nat. L. 765, S. 2963.

3 Id.

4 Celle-en-Brie. Celle-sur-Morin, canton de Coulommiers (Seine-et-Marne).

Prés. Ils adjugèrent au prieuré de Sainte-Marie-du-Bois les dîmes qui lui revenaient naturellement l.

Ce litige ne paraît pas avoir été tranché d’une manière définitive, car de nouvelles difficultés surgirent bientôt. Rémond, abbé de Saint-Germain, et Robert, abbé de Marmoutiers, soumirent leur désaccord à l’arbitrage de Pierre de Tillier, chanoine de Saint-Martin de Tours. Ce dernier condamna les religieux de Marmoutiers à payer à Saint-Germain-des-Prés la dîme pour les possessions qu’ils avaient à Romainvilliers, mais exception était laite pour les terres nouvellement défrichées (mars 1284) 2.

Une transaction du 23 avril 4 350 délimita rigoureusement les droits du prieuré de Bailly et décida que le prieuré de la Celle-en-Brie lui payerait chaque année un niuid de blé et un rnuid d'avoine 3.

Tout eu veillant sur les intérêts de sa communauté, le prieur de Bailly n’oubliait point de défendre sa propre personne, comme nous allons le voir, lorsqu’il la sentait en péril. Un jour, en repoussant une attaque dirigée contre lui, il frappa peut-être trop violemment son agresseur, qu’on trouva mort le lendemain. On pouvait l’accuser de meurtre. Il se hâta de se disculper et demanda une lettre de rémission, où l’incident se trouve raconté avec détails 4. Nous la citerons, pour donner une idée des mœurs de l’époque.

« Charles ... savoir faisons à tous présens et avenir de les partis » de Jehan de Monmadi, prieur de Bailli, religieux de Saint-Germain- » des-Prés lez Paris, et de Jehan de Foucaud de Noe, fermier dudit » prieur audit Bailli, nous avoir esté exposé que, ja soit ce que le dit » prieur et ses gens eussent été mis en nostre sauvegarde et nos « penuncels (pannonceaux) mis sur sa porte et la dite sauvegarde » signifiée duement à Jehan Tourpaut, néantmoins après ce, le dit » Jean Tourpaut vint un dymanche après la messe, armé d’espée et » de coustiaux menaçant le dit prieur de le injurier en lui disant qu’il » le tuerait, dont le dit prieur se complaigny au bailli de Meaulx, » le quel répondi au dit prieur que ce n’estait que paroles. Et « depuis, le dit Jehan Tourpaut en persévérant en sa mauvaise » voulonté, le samedi, jour de la conception de Nostre Dame dernière » passée, vint de nuit ... en l’hostel du dit prieur et ouvry luys moult

1 Arch. nat. L. 765, n° 29.,

2 Id. L. 765, n° 36; LL. 1026, p. 246.

3 Id. L. 765, n° 37.

4 Elle émane du roi Charles V.

» lourdement tant qu’il entra dedans tout armé d’armes moines, » c’est assavoir d’un demy glaive, d’une espée et d’un grand coustel » et demanda à cui il avoit à faire. Et le dit prieur qui escripvoit au » feu pensa que ce fust un des varletz de son hostel qui estait hors; » mais quant il aperçut le dit Tourpaut ainsi garni de demi glaive, il » fu tout esperdu et respondi qu’il n’avait à personne nulle affaire. » Et lors ledit Tourpaut lui dit : Es-tu le Jarres sanglant? Je te tueray, » et appointa son glaive contre ledit prieur et le lui cuida frapper ou » corps et l’eust fait, si n’eust esté ledit Jehan Fonçant, fermier du » dit prieur, qui empoingna ledit glaive et le t.oli audit Tourpaut, » lequel, quand ledit fermier lui a tolu ledit glaive, saisi a son espée et en » volt tirer ledit prieur, et lors ledit fermier mit la main audit Tourpaut » pour lui oster son espée et ledit prieur print un baston et en donna » un cop sur la teste et un cop sur l’épaule audit Tourpaut dont il » chey à terre et depuis se leva et fu boutez hors dudit hostel et fu » luys fermer après lui afin qu’il n’y rentrâst. Mais cenonobstant ledit » Tourpaut s’efforça depuis d’y entrer pour injurier ledit prieur et » ses gens. Quant il vit qu’il n’y pot entrer s’en alla ledit, se couchea » en son lit et le dymanche ensuyvant au matin l’on vint audit prieur » que ledit Tourpant estait mort. Pour lequel fait lesdits exposans se » doublèrent d’être poursuivis ou rigoureusement tractéz paraulcuns » justiciers, ja soit ce que le dit Tourpaut fust en coulpe et assaillant » par la manière que dit est et nous ont humblement fait supplier les » dits exposans que considéré la manière du dit lait, leur veillons sur ce » eslargir notre grâce. Nous, es choses considérées, enclin à leur » supplication, le fait dessus dit et toute peine et amende corporelle, » criminelle et civile en quoy pour occasion de ce les dits exposans » et chacun d’eulx sont et peuvent estre encourruz envers nous, leur » avons et à chacun d’eux au cas dessus dit, quictié, perdonné et » remis, quittons, perdonnons et remettons de grâce spéciale et cer- » taine science et de nostre autorité royale et les avons remis et » remettons au païs à leurs bonnes renommées et à leurs biens autant » que en nous est. Donné à Paris, en nostre chastel du Louvre ou moys » de décembre, l’an de grâce mccclxxv et le xne de nostre règne L Lorsqu’on créa l’impôt appelé droit de procuration, que les églises et les établissements religieux devaient payer à l’évêque et à son archidiacre, pour les indemniser de leurs visites dans le diocèse, il fut fixé à 10 livres 10 sols pour le prieur de Bailly. Quant à l’église

1 Arck. nat. .IJ. 108, f. 28°, n° 44bis,

paroissiale, on l’en exempta, ainsi que le constate une déclaration de l'archevêque de Sens, de l’an 1348 L Le 20 septembre 1370, le prieuré de Bailly fut taxé à un écu de rente, payable au gouvernement civil, qui prélevait alors des subsides sur tous les biens ecclésiastiques.

Afin de satisfaire à l’imposition royale, qui atteignait le clergé et qui s’élevait pour Bailly à la somme de 29 livres 7 sols 10 deniers tournois, on dut vendre 6 arpents et demi de terre faisant partie des 8 arpents situés au terrain de Courtevroult, 10 mai 1373. Un contrat du 27 juin 1613 porte que ces terrains furent rachetés 1 2.

Le 24 novembre 1693, les habitants de Bailly consentirent à ce que le fermier des religieux payât seulement 130 livres pour la taille 3.

En 1228, ils avaient aussi renoncé, en faveur des religieuses de Pont-aux-l)ames, aux droits et usages qu’ils avaient dans la forêt de Crécy 4.

Seigneurie spirituelle.

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés étaient curés primitifs de Bomainvilliers et plus tard de Bailly. En outre, ils jouissaient des grosses dîmes dans la paroisse. Il leur incombait donc de pourvoir à la subsistance du vicaire perpétuel. Suivant un accord passé en 1202, il fut convenu que ce desservant et ses successeurs recevraient annuellement des Bénédictins pour leur gros 2 muids de blé, 17 septiers d’avoine et un septier de légumes, dans l’octave de Saint-Denis. Cette transaction, qui mettait tin à de pénibles démêlés, fut approuvée par Ansel, évêque de Meaux, et sanctionnée par Innocent III et HonoriusIII5.

Vers la tin du xive siècle, un curé de Bailly, messire Pierre Méliton, ne gardait pas la résidence; déféré au tribunal de l’évêque pour ce délit, il subit une sentence qui le condamna à perdre son litre (1394) 6.

Le prieur de Bailly avait des droits sur les offrandes faites à l’église. Il les céda au curé, (pii s’engagea à lui payer chaque année 7 sols 6 deniers tournois, à la Saint-Martin d’hiver, et à célébrer,

1 Arch. nat. S. 2963, Almanach historique S. et M., an 1864.

2 Id. G8, 1207 p. 1, S. 2963.

a Id. S. 2963.

4 Almanach hist., an 1864.

5 A rch. nat. L. 773, n° 31 ; L, 237, n° 47 ; LL. 1132, p. 86; LL. 1023. p. 72.

r> Id. LL. 1146, p. 609.

en son lieu et place, le service divin aux quatre principales fêtes de l’année (1448) l.

Notre-Dame de Bailly semble avoir été jadis un lieu de pèlerinage. Dans un acte du 20 juin 1449, le prieur, Jean Cloisier, certifie que, d’ancienneté, les paroissesdeVilliers-sur-Morin,Cuvilly,Saint-Germainles-Gouilly, Courte vroult,Villeneuve-le-Comte,Montry,Yely,Coupvray, avoient acoustumé d’y venir en procession générale, chacun an, la veille de l’Ascension de Notre Seigneur et d’y assister à une messe solennelle.

Le prieur de Courtevroult célébrait le saint sacrifice et les habitants de Coupvray devaient fournir le gref (graduel) pour chanter 2.

Le gros que les Bénédictins devaient fournir au desservant de Bailly donna lieu à plusieurs transactions. Le 16 janvier 1029, Antoine Oranger, prieur commendataire, s’engagea à donner au vicaire perpétuel, pour sa portion congrue, 3 muids de grains, les 2/3 en blé et le 1/3 en avoine, 60 livres tournois, la moitié des menues dîmes et des offrandes; mais ce dernier devait le décharger de la messe aux quatre grandes fêtes et à l’Assomption, et le remplacer en cette circonstance. Les religieux se réservaient de célébrer l’office divin, quand bon leur semblerait.

Ce contrat subit de nouvelles modifications, le 18 juillet 1643. Le monastère de Saint-Germain-des-Prés, par l’entremise de Romain Rodoger, procureur, régla que le curé recevrait chaque année 2 muids de blé, 1 muid d’avoine, 80 livres en argent, et la moitié des oblations. Les terres, qui dépendaient de son bénéfice, devaient être exemptes des grosses dîmes, tant qu’il en jouirait par lui-même 3.

Le curé de Bailly crut pouvoir se plaindre des religieux et leur réclamer les dîmes novales. Une sentence, rendue au bailliage de Crécy en Brie, lui donna raison et lui accorda ce qu’il demandait (7 avril 1768) 4.

Un an plus tard, il formula de nouvelles revendications. Claude May et Christophe Courtin, avocats au parlement, furent choisis comme arbitres et lui reconnurent le droit de percevoir les dîmes novales sur 62 arpents de terre récemment défrichée. Pour éviter toute discussion avec le fermier, les Bénédictins consentirent à lui payer 50 sols par arpent (29 janvier 1769) 5.

Au xvme siècle, Nicolas Mondolo, curé de Bailly, échangea,

1 Arch. nat. S. 2963.

2 Id. LL. 1146, p. 610.

3 Arch. nat. LL. 1127, p. 223.

4 Bib. nat. ms. fr. 16.859, p. 270.

5 Id. 10.859, p. 313.

avec monseigneur de Maupéou, évêque de Castres, des biens situés à Bailly et Villeneuve-le-Comte, qu’il légua ensuite à la fabrique de son église. Ces biens, dépendant en partie du tief des Cardinaux, relevaient de la terre de Magny-le-Hongre et de la Tournelle, réunie à la baronnie de Coupvray l.

L’église de Bailly, dédiée à l’Assomption de la Sainte Vierge, est petite et de construction irrégulière. Les religieux de Saint-Germaindes-Prés en nommèrent les desservants jusqu’à la révolution. Le 28 janvier 1652, ils résolurent de donner 300 livres pour réparer le clocher, qui menaçait ruine 2. Quelques documents de la fin du xve siècle, conservés aux archives de Meaux, désignent Bailly sous le nom de Notre-Daine-de-la-Condre. Cette paroisse a perdu de son importance. Elle est desservie par le curé de Sevris, commune voisine. Le célèbre de Tourville, qui habita le château de Bailly, dut souvent prier dans l’église de ce village 3 4.

Seigneurie spirituelle.

Étaient prélevés sur les revenus de la grange Batard :

1° Le 24 février ou le 6 des calendes de mars, lx sols pour l’anniversaire de Gislart (?).

2° Le même jour, lx sols pour l’anniversaire de Jobert, ancien maire d’Issy et de Marie, son épouse.

3° Aux nones d’avril ou le 5 de ce mois, lx sols pour l’anniversaire de Manassés Mauvoisin.

4° Le 5 des calendes de juillet ou le 27 juillet, xxx sols pour l’anniversaire de Pierre Hersent.

5° Le 2 des ides d’août ou le 12 du même mois, l sols pour l’anniversaire de Nicolas Anode.

6° Le 2 des ides d’octobre ou le 14 du même mois, lx sols pour l’anniversaire de Raoul de Gulnis (?) de Ghaunes (ou de Culmis).

7° Aux nones de décembre ou le 5 du même mois, lx sols pour l’anniversaire de Hugues d’Issy, abbé de Saint-Germain- des-Prés L

1 Almanach historique S. et M., an 1864.

'l Bib. nat. ms. fr. 16.85a.

3 Félix Pascal, t. I, p. 546.

4 Arch. nat. LL. 1027.

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