BAILLY
Histoire territoriale.
Dans un lieu boisé, à l’une des extrémités de l’ancien diocèse de Meaux, sur les contins de celui de Paris et dans l’étendue de la paroisse de Romainvilliers, canton de Crécy (Seine-et-Marne), s’élevait, au milieu du xne siècle, un prieuré sous le nom de Bosco (du Bois), dont la fondation ne nous est pas connue. Dédié à Sainte-Marie et h Saint-Antoine, il était un des nombreux bénéfices relevant de Saint- Germain-des-Prés. Le siège de l’ancienne paroisse de Romainvilliers ayant été, avant 1284, transféré à Bailly, le prieuré du Bois prit ce dernier nom, venant de Baïlci et signifiant, suivant certains étymologistes, soin, garde, protection.
Romainvilliers, devenu simple hameau, conserva néanmoins une chapelle de dévotion, sous le vocable de Notre-Dame. Ce sanctuaire était situé au milieu d’une ferme, appartenant au prieuré de la Celleen-Brie et nommée Saint-Blandin.
Bailly fut uni à la mense conventuelle par arrêt du conseil du roi du 6 juin 1537 L
Nous trouvons la mention de plusieurs ventes et donations faites au prieuré du Bois.
En 1207, Simon du Bois, chevalier, et Jacqueline, sa femme, possédaient 16 sols et 4 deniers tournois de cens sur le territoire de Bailly, dans le voisinage du prieuré. Ils cédèrent, en qualité d’aumône, la cinquième partie de ces biens à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et lui vendirent le reste, pour la somme de 18 livres parisis 1 2.
En 1242, Hugues de Chatillon donna au prieuré qui nous occupe une pièce de bois contenant 4 arpents, située près de Mersant sur la route de Yilleneuve-le-Comte 3.
Au mois de juillet 1268, l’official de la cour de Meaux certifie que devant maître Robert de Dammartin 4, clerc juré et tabellion, s’est
1 Almanach historique de Seine-et-Marne (1864). Félix Pascal. Histoire du département de Seine-et-Marne.
2 Arch. nat. L. 765, S. 2963.
3 Id. S. 2963.
4 Dammartin-en-Brie (Seine-et-Marne).
présentée Isabelle de Dammartin, veuve de l'eu Ferry de Valenton, chevalier, et qu’elle a affirmé qu’elle possédait de son propre héritage : 1° Un manoir, situé près Romainvilliers et appelé grandie Batard (quoddam manerium situm juxta Romatum Villare, quod vocatur granchia batardï).
2° Soixante-quinze arpents de terre labourable dans le voisinage de ce manoir et près la grange des religieux de Saint-Germain-des-Prés, nommée Lilandri (granchia quœ vocatur locus Landerici). Ces 75 arpents, distribués en trois pièces, mouvaient de l’abbaye bénédictine et payaient 4 deniers de cens par arpent.
3° Huit arpents de bois en une pièce, près le manoir de la grange' Batard, tenant au bois des seigneurs de Mont (dominorum de Monte) d’une part et d’autre, au bois de Gilon de Montgieri (?). Ce bois relevait de Nicolas dit Hochet, à 5 deniers et 1 obole de cens, payables chaque année en la fête Saint-Remy (apnd curiam Evridi) à Courtevroult U
4° Quatre arpents de terre labourable en deux pièces tenant au dit manoir d’un côté, et d’autre, à la terre du prieur de la Celle. Us relevaient du prieur de la Celle, à 4 deniers de cens payables annuellement à Romainvilliers, en la fête de Saint-Remy.
5° Quatre arpents de terre labourable, situés près du dit manoir, en une seule pièce sur le chemin allant (de curia Ebrodi) de Courtevroult à Villeneuve d’un côté, et de l’autre, à la terre de Gilon de Béchières, chevalier. Ces quatre arpents relevaient du prieur de Courtevroult à 9 deniers de cens, payables à la Saint-Remy.
6° Sept arpents de pré, situés au territoire de Leubeton (?), audessous de la grange des moniales du Pont-aux-Dames 1 2 et touchant à leurs prés et terres. Us relevaient des censives de Villeneuve-le- Comte à 32 deniers de cens, payables annuellement au maire de Villeneuve-le-Comte 3, à la fête Saint-Remy.
Elle avoua qu’elle avait vendu tous ces biens à l’abbé et au couvent de Saint-Germain-des-Prés, pour la somme de 360 livres tournois, et que ce contrat était approuvé par son mari et ses enfants 4.
Les religieux de Saint-Germain achetèrent dans la même localité quelques pièces de terre, au prix de 15 livres (juin 1273) 5 .
1 Courtevroult., canton de Crécy (Seine-et-Marne).
2 Pont-aux-Dames, commune de Couilly (Seine-et-Marne).
3 Canton de Rozoy-en-Brie (Seine-et-Marne).
4 Arch. nat. LL, 1027, p. 152.
& Id. S. 2963.
Certains aveux et dénombrements nous font connaître les possessions de Bailly. Celui de 1384, que nous citons textuellement nous les désigne brièvement et, comme toujours, avec une note de mélancolie : Item, en la ville de Baily est un prioré. Il y a une maison petite, une grandie arse, environ viijxx arpens de terre baillés par le prieur à ferme à v muids et demi de grain; item, viij arpens de prés; item, environ lx sols de menus cens ; item, ij muids de grain de rente sur le prieur de la Celle en Brye; item, les dîmes de grain de la paroisse de Baily valent environ v muids de grain dont il en doit deux et demi au curé; item, la moitié de l’ostelaige de la cure de Baily et le quart sur la cure de Villeneuve-Je-Comte; item, la dîme des aigniaux peut valoir, montant et descendant, environ douze aigniaux; item, environ xviij arpens de petits bois pour la despense du dit prieur; item, environ iij arpens de vignes en l'ricbe; desquelles cboses dessus dites, le prieur paye décime au pape et doit avoir un compaignon religieux avec lui, et si paie au pitancier de l’église xx sols pour un anniversaire 1 .
Suivant un dénombrement du xvie siècle, le prieuré de Bailly possédait :
1° Maison, étables, bergeries, jardin avec 200 arbres fruitiers, tant pommiers que poiriers;
2° Cent-vingt arpents de terre labourable;
3° Soixante-dix arpents de pré, le tout franc de dîmes;
4° Vingt arpents de terre labourable dans la paroisse de Courtevroult;
3° Toutes les grosses dîmes de la paroisse de Bailly;
6° Le prieur perçoit deux muids de grain, l’un de froment, l’autre d’avoine, sur la ferme de Saint-Blandin, au village de Romainvilliers, qui dépend de la Celle en Brie. Par ce moyen, la ferme de Saint- Blandin est franche de dîmes;
7° Deux sols sur une pièce de vigne, contenant trois quartiers.
Le prieur a retenu une chambre en la maison du dit prieuré pour y loger lui et ses gens, toutes et quantes fois que bon lui semble. Les fermiers doivent fournir le pain pour le dîner du prieur et de ses gens.
Il a aussi retenu une étable pour loger ses chevaux, que les fermiers sont obligés de nourrir 2.
La déclaration de 1790 affirme que le domaine de Bailly se compose de 127 arpents 76 perches de terre labourable, de 7 arpents 3 quar-
1 Arch. nat. L. 760, n° 29. V. DOM nu Bourg. Saint-Germain au XIVe siècle, 32.
2 Id. S. 2963.
tiers de prés et de 3 arpents de bois taillis. Il comprend, en outre, les dîmes grosses, vertes et novales de la paroisse L
En examinant les baux à différentes époques, nous voyons que le revenu annuel de la terre de Bailly a subi des variations notables.
Au xvie siècle, les 120 arpents de terre arable et les 10 arpents de pré étaient affermés :
1° Quatre-vingt-dix livres tournois, plus 90 1.
2° Trois boisseaux de froment, valant 10 1.
3° Deux septiers d’avoine, valant 40 sols, 2 1.
4° La moitié des fruits, venant des jardins.
3° Un pourceau gras, le tout rendu au prieuré.
Les 20 arpents, situés sur le territoire de Courtevroult, étaient baillés pour 8 septiers de froment et 4 septiers d’avoine, valant environ 16 livres tournois.
Les dîmes avaient été données à ferme pour la somme de 90 livres, 8 septiers de froment, 4 septiers d’avoine, 200 gerbes de Breteault, 3 boisseaux de pois et 2 boisseaux de fèves, rendus au prieuré. Le fermier était obligé de faire dire 2 basses messes en la chapelle du prieuré, de payer les honoraires, de fournir le pain, le vin, les cierges et toutes les choses nécessaires à la célébration. En 1743, le fermier devait héberger, c’est-à-dire nourrir, loger et chauffer, le prêtre qui desservait la chapelle du prieuré 1 2.
Le revenu de Bailly montait, en 1623, à
en 1630, en 1672, en 1790,
Cette dernière somme se décomposait de la manière suivante :
1° En argent 2840 livres.
2° Six muids de blé 1728 »
3° Deux douzaines de fromages 72 »
4° Deux muids de blé au curé 480 »
5° Un septier de blé pour les pauvres 20 »
6° Un muid d’avoine 180 »
3320 livres 6.
240 livres tournois 3 4 5;
3320 livres parisis.
1 Arck. nat. S. 2858. Bib. nat. ms. fr. 20848.