ESBLY
Esbly est une agglomération de 600 habitants, sans hameau, ni écart, située près du confluent du Grand-Morin et de la Marne, canton de Crécy, arrondissement de Meaux, département de Seine-et-Marne. Au xue siècle, ce village était compris avec Montri dans la paroisse deSaint-Germain-lès-Couilly. Cependant il possédait déjà un sanctuaire qu’un chapelain desservait, les dimanches et jours de fêtes. La bulle d’Alexandre III, datée de 1177, confirmant à l’abbaye de Saint- Germain-des-Prés les bénéfices auxquels elle avait droit de présentation, mentionne Esbly.
En 1185, l’évêque de Meaux, Simon de Lizy, d’accord avec l’abbé Foulques, érigea cette chapelle en paroisse. Il fut convenu que le nouveau curé serait nommé alternativement par l’évêque et l’abbé, et que les religieux de Saint-Germain percevraient dans l’église la moitié des pains offerts le jour de Saint-Étienne et la moitié des cierges présentés le jour de la Purilication '.
G. de Jouarre, curé de Coupvray 1 2, réclamait la moitié des dîmes d’Esbly. Le Pape nomma des députés pour trancher cette question. Ils rendirent une sentence, qui mit fin à la contestation et maintint le curé d’Esbly dans la jouissance des grosses et menues dîmes (16 décembre 1191) 3. Le Saint-Siège confirma à plusieurs reprises les privilèges de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, notamment son droit de présentation aux bénéfices de Notre-Dame de Romainvilliers, de Montri et Esbly. Il ordonna même que nul ne construirait de chapelles nouvelles dans l’étendue des paroisses dépendant de cette abbaye, sans l’agrément des Bénédictins. Gaucher de Chatillon, seigneur de Crécy, viola cette défense, en élevant sur le territoire appartenant aux religieux de Saint-Germain-des-Prés le bourg et l’église de Villeneuve-le-Comte. La discussion fut vive et on parla de faire raser les nouveaux bâtiments, construits sur le sol de Romainvilliers, en dépit des ordonnances d’Urbain III. Cependant on ne tarda pas à transiger et on procéda à un échange. Il fut décidé que l’abbé
1 Arch. nat. L. 806.
2 Coupvray (Seine-et-Marne).
3 Arch. nat. LL. 1146, p. 608, S. 2963.
de Saint-Germain jouirait de la cure de Villeneuve-le-Gomte, des oblations et des dîmes, tandis que l’évêque de Meaux aurait les mêmes droits sur Esbly (octobre 1217) L
Ces dispositions furent ratifiées, l’année suivante, par le pape Honorius III 1 2.
Le village d’Esbly, bâti dans une plaine marécageuse, était entouré de pâturages, souvent recouverts par les eaux, qui formaient une sorte d’étang, s’étendant jusqu’au pied du coteau de Coupvray. C’était sur ce point que se trouvait la mouvance dépendant des religieux de Saint-Germain-des-Prés. En 1228, Hugues de Ghatillon s’était entendu avec eux pour convertir cet étang en vivier; mais les habitants qui y avaient droit de pacage réclamèrent et obtinrent un dédommagement. Plus tard, lorsque le vivier fut supprimé et remplacé par une belle prairie, ils continuèrent à jouir de leur droit, en payant chaque année une redevance de 5 livres 11 sols. Ils pouvaient aussi conduire leurs bestiaux dans une grande prairie de 360 arpents, située entre les rivières de la Marne et du Grand Morin.
L’église de Saint-Jean-Baptiste d’Esbly est petite. Elle a été reconstruite de 1690 à 1692 3 4.
1 Arch. nat. LL, 1021, p. 238, S. 2903. Bib. nat. ms. latin , 12838, p. 102.
'*■ ld. L. 2i0, n° 51.
3 ld ... LL. 1020.
4 Almanach historique de Seine-et- Marne, an 1894.
BAGNEAUX \
Bagneaux,que nous trouvons désigné dans des documents successifs sous les appellations de Balneoli, de Baigneaux, et qu’on a quelquefois confondu avec Bagneux, autre dépendance de Saint-Germain-des- Prés, située auprès de Paris, et avec une localité de même nom faisant partie du diocèse de Meaux, est situé dans le voisinage et le canton de Villeneuve-l’Archevèque, au département de l’Yonne. L’origine de cette possession nous est inconnue; elle faisait partie néanmoins du domaine primitif de l’abbaye. Bien qu’elle ne figure pas dans la partie du Polyptique parvenue jusqu’à nous, elle est mentionnée dans un diplôme de 829 parmi les dépendances, affectées par l’abbé Hilduin à la mense conventuelle. Malgré cette affectation, elle devint dans les siècles suivants un prieuré dépendant de l’abbaye; mais elle rentra, en 1578, dans la mense conventuelle.
Comme pour toutes les autres dépendances de l’abbaye, les archives ne nous ont conservé aucune trace de l’histoire de Bagneaux pendant la période carlovingienne. Au xne siècle, nous trouvons les religieux de Saint -Germain -des -Prés seigneurs spirituels et temporels de Bagneaux, qu’ils avaient érigé en prieuré, ayant haute, moyenne et basse justice sur ce territoire. Comme toujours, ce sont les luttes, qu’ils durent soutenir pour défendre leurs droits, qui nous font connaître ces derniers. Ici, comme dans beaucoup d’autres localités de leur domaine, les moines avaient à lutter contre les prétentions ou les usurpations des avocats ou avoués du monastère, descendants des anciens protecteurs et défenseurs de l’abbaye, que la cupidité avait transformés en adversaires acharnés. Nous en parlerons plus loin en détail au sujet de la seigneurie temporelle.
Le territoire de Bagneaux comprenait plusieurs hameaux, qui se détachèrent, dans la suite, pour former des paroisses indépendantes. Nous voyons les seigneurs de Maulny disputer aux religieux les d îmes de Bagneaux, de Planteiz, de Flacy 1 2 et de Courgenay 3. Wilhelm, archevêque de Sens, appelé en 1175, à terminer les différends qui existaient à ce sujet entre Hugues, abbé de Saint-Germain, et « son
1 Canton de Villeneuve-l’Archevêque (Yonne).
1 Flacy, 11ml.
3 Courgenay, Ibid.
cher fils, » Itier de Maulny, qui, comme nous le verrons plus tard, était neveu du prélat, prononça que la dîme de Bagneaux, dont la moitié appartenait à Itier, devait être transportée dans la grange dîmeresse de l’abbé et là partagée entre les deux seigneurs. Les religieux consentaient à partager également avec Itier de Maulny les dîmes des territoires de Planty l 2, de Flacy et de Courgenay, tandis qu’Itier faisait l’abandon de toutes ses prétentions sur les droits d’usage dans les prés de la chaussée de la Vanne 3 4.
Quelques années après, c’était contre les religieux de Saint-J eande-Sens que Foulques, abbé de Saint-Germain-des-Prés, eut à défendre ces mêmes dîmes de Bagneaux. Les deux parties remirent le jugement de leurs débats à l’arbitrage de Hugues, abbé de Saint-Denis, et d’un autre Hugues, infirmier de ce monastère. La sentence, rendue en 1502, décida que l’Église de Saint-Jean céderait ses prétentions sur les dîmes de Bagneaux et que celle de Saint-Germain renoncerait aux siennes sur les dîmes de Voisines 3 (de Vieillis), excepté pour les dîmes de ses propres cultures *.
Les archives nous ont conservé le souvenir de plusieurs des religieux qui exercèrent les fonctions de prieurs de Bagneaux. Parmi eux, citons les frères Séguin et Lambert, qui se succédèrent à la tête du prieuré vers le milieu du xue siècle et que nous verrons figurer dans deux chartes importantes. Un siècle plus tard, le frère Barthélemy, prieur de Bagneaux, se signala par le zèle et la sollicitude qu’il déploya dans l’exercice de ses fonctions et par les accroissements qu’il procura aux domaines confiés à ses soins. Par une charte scellée de leurs scels et datée de 1260, Gérard, abbé, et le convent de Saint-Germain, voulant témoigner leur reconnaissance pour les services rendus par le frère Barthélemy dans l’administration du prieuré de Bagneaux, assignèrent une rente annuelle de 40 sols parisis, qui devaient être prélevés sur ce domaine et versés au pitaneier de l’abbaye le jour de la fête de saint Vincent, pour la célébration de l’anniversaire solennel de ce prieur, « afin, dit le document, que ce bon serviteur, après avoir » témoigné sa fidélité par l’acquisition de biens temporels, puisse » obtenir les biens éternels 5. » Son successeur fut frère Guillaume de Troyes; son administration fut troublée par des tentatives faites
1 Planty, canton de Marcilly-le-Hayer (Aube).
2 Arch. nat. LL. 1024, p. 92.
3 Voisines, canton de Villeneuve-l’Archevêque (Yonne).
4 Arch. nat. L. 765.
6 Id. L. 765, il. 17; LL. 1027. p. 150; LL. 1056, p. 41.
contre ses droits par l’autorité civile, qui, en 1278, mit injustement le séquestre sur ses biens; le prieur protesta contre cette mesure et en appela à ses exemptions de « prêtre et d'écolier de l’Université L »
Après lui, nous trouvons le prieuré de Bagneaux transformé en une prévôté, où résidait un religieux, qui, sous le titre de prévôt, avait l’administration des domaines, avec un confrère, chargé de veiller à la juridiction spirituelle. En 1352, Pierre, sire de Villebon, lit son aveu par lequel il déclarait tenir de l’abbé de Saint-Germain la moitié des dîmes de la ville et appartenances de Bagneaux et de celles de « Mauny-lès-la-Villeneuve-l’Archevêque 2. » En 1380, Jean de Mergny fut repu comme novice et donna « en aumône » au monastère la moitié de la redevance en grain, qu’il percevait sur le moulin de Bagneaux : donation à laquelle sa femme, Lucie, son fils, Simon, et Milon de Montguillon, qui lui avait inféodé ce moulin, donnèrent leur consentement 3.
Les guerres du xive siècle s’appesantirent lourdement sur ces contrées et y causèrent de lamentables désastres. La ville de Bagneaux fut prise et détruite; il ne resta plus qu’un monceau de ruines. Les habitants, éperdus, s’étaient, enfuis de cette terre désolée, qui restait en friche et ne produisait plus rien. Écoutons le dénombrement de 1384, qui nous donne de si précieux renseignements sur cette période :
« Item, en la ville de Benniaux, entre Villeneuve-l’Arcevesque, » soloit avoir une noble prevosté, bonne maison, bon molin, grans » dismes et champars, cens et rentes, et en plusieurs autres villes » voisines, grant quantité de terres arables; laquelle maison et molin » furent destruis et arspar les ennemis du Royaume de France, et la » ville aussy; par quoy les héritaiges sont demourés en friche et les » habitans de cette ville sont alés demourer alieurs, pour ce qu’ils » n’avoient de quoy vivre, ne eulx remetre sus; et le prevost demeure » audit lieu, liqueulx n’averoit de quoy vivre, se ce n’estoit la grâce » que nous li faisons; et, avec ce doit x livres parisis au convent pour » anniversaire; item, il doit décime au Pape ; item, il doit au dit convent » pour leurs nécessités viiixx aunes de toile; item, xii pennes noires » pour fourrer leurs chaperons; item, a ledit prevost certains lieux » et bois l’en ont fait minier de fer qui puent valoir par an Ix solz. » Et tout ce advisé et considéré, la dite prévosté conste au dit
1 Arch. nat. LL. 1056, p. 51, a Id. L. 760, n. “29.
:5 Id. L. 806.
» couvent et à nous (abbé) bien xl livres chascun an, plus que elle ne » vault et le vivre de son compaignon qui doit demourer à la dite » église (monastère de Saint-Germain), pour ce que il ne auroit de » quoy vivre sur le lieu L »
Les [trieurs et prévôts des diverses dépendances de l’abbaye étaient tenus de se rendre aux chapitres généraux qui se réunissaient au monastère deux lois par an, aux tètes patronales de saint Vincent et de saint Germain. Les désastres de la période précédente avaient relâché encore les liens de la discipline monastique. Nous voyons le chapitre de 1388 frapper comme « contumaces » plusieurs officiers claustraux qui, après plusieurs avertissements, ne s’étaient pas rendus à Saint- Germain et parmi lesquels se trouvait le prévôt de Bagneaux 1 2.
Au xve siècle, les prévôts sont de nouveau remplacés à Bagneaux par des prieurs et nous les trouvons travaillant avec ardeur, par des transactions et des échanges, à réparer les ruines précédentes. En 1 4(19, le prieur céda à Jouffroy d’Avelly, sieur de Mauny-le-Bepos, 4 arpents de pré situés en l’Isle de Baigneaux, pour obtenir son désistement sur la possession de toute cette île 3 4. En 1508, le prieur obtint des héritiers de Guillaume Prat, au moyen de la cession de quelques terres sises aux lieux de Madrebanne et de la Sablonière, tous leurs droits sur le moulin de la Baye, situé à Bagneaux L Le même jour il signait un autre contrat, par lequel un fief de 100 arpents de terre, avec maison et granges, rentrait dans le domaine de l’abbaye en échange de 20 arpents de terre en friche, « assis au finage de » Baigneaux, près la Chaulnie des Couvins, » à la charge de payer au prieur 2 deniers de cens, un boisseau de froment et un boisseau d’avoine par arpent et de lui donner « un arpent de terre pour faire » maison, assis près du Marchais-au-Prieur, pour 5 sols de rente et » une poulie de cens 5 6. »
Grâce à ces efforts, les revenus de Bagneaux se relevèrent peu à peu ; c’est ce que nous indiquent les baux à ferme successifs, (pie nous ont conservés les archives pour la terre et seigneurie. Les prix du bail étaient en 4566, de 600 livres; en 1602, de 100 escus au soleil ; en 1659, de 1000 livres y.
1 Arck.nat. L.7G0,n.29. Dom Du Bouhg . L'abbaye de Saint-Germain au X 1 Ve siècle, 31 et 32.
2 Id. L. 753.
3 Id. LL. 1136, p. 630.
4 Id. LL. 1136, p. 638.
3 Id.
Ce dernier bail, passé par Dom Bernard Audebert, prieur, et les religieux de Saint-Germain-des-Prés, nous donne la description de ce domaine. Les Bénédictins baillaient à ferme pour neuf ans, au prix de 1000 livres, « le revenu de la terre, seigneurie et cbastellenie de » Bagneaux, en Champagne, consistant en maison seigneuriale, argent, » grains, vins, terres labourables, prez, rouasses, isles, espaves, la » pesche dedans tous les canaux de la rivière de Vanne, depuis le « chasteau de Flacy jusqu’au moulin de Maupas, les maisons et droits « appartenant auxdits Religieux, tant en la ville de Sens, Avrolle et » Corentin que ceux de Noisiers, les grosses dixmes de la paroisse de « Bagneaux, et de la seigneurie de Mauny et Maupas. Les fermiers » devront laisser dans le chasteau une chambre garnie pour le prieur » de Sâint-Germain et le nourrir avec son serviteur et ses chevaux » pendant 15 jours; ils envoieront un cheval à Sens ou à Montereau » pour transporter ledit prieur à Bagneaux. Us paieront 24 bischets » de blé froment à l’abbaye de Vauluisant, avec le gros du curé de » Bagneaux L »
Notons un contrat de 1534, par lequel messire Guillaume de Verdelet, sieur de Mauny-le-Repos, vend à messieurs les religieux de Saint- Germain-des-Prés sa moitié des grosses dîmes de grain et de vin dans les territoires de Bagneaux et de Maulny, pour 000 livres 1 2.
Une transaction de 1542, par laquelle le prieur de Bagneaux remet au fermier des moulins de cette ville tout ce qu’il devait de son fermage « d’autant que les dits moullins avoient esté bruslez, pendant « que le Roy estoit logé à Vauluisant, » nous signale ce désastre, sans nous dire les relations qui existaient entre ce fait et la présence de François Ier dans l’abbaye cistercienne de la contrée 3.
La plupart des monastères et des bénéfices ecclésiastiques avaient dans leurs possessions des bois de haute futaie, qui constituaient, en même temps qu’un grand embellissement pour les paysages de la contrée, une réserve précieuse pour leurs propriétaires. On comprend, sans peine, que l’exploitation et la vente de ces arbres séculaires excitaient fréquemment l’envie des possesseurs de bénéfices, qui trouvaient là un moyen facile d’augmenter leurs revenus, sansbeaucoup se préoccuper du dommage qu’ils portaient au patrimoine dont ils avaient l’administration. Des lettres du Roi, datées du 7 juin 1537,
1 Arch. liât. LL. 1039, p. 424.
2 Id. LL. 1146, p. 616.
3 Id. LL. 1146, p. 631.
faisaient défense « aux prélats et adminisirateurs des églises de faire « couper et dégrader les bois de haute fustaye, estant du fond et » heretage de leurs bénéfices, sinon en cas de nécessité concernant » le fait des églises et après inquisition et connaissance de cause L »
Le 25 août 1551, le Boi, par ses lettres patentes, autorisa les religieux à faire couper dans leurs bois de Bagneaux « les vieils » taillis, » jusqu’à concurrence de 2000 livres, pour être la dite somme employée à réparer les chaussées des moulins de la localité1 2. En conséquence de cette autorisation, le prieur de Bagneaux vendit une coupe de 18 arpents de bois de haute futaie pour le prix de 1260 livres 3.
En 1568, les religieux de Saint-Germain-des-Prés obtinrent le remboursement de 100 livres, qu’ils avaient dû payer pour la taxe du prieuré de Bagneaux dans le prélèvement du subside royal au diocèse de Sens; ce prieuré ayant été uni à la mense conventuelle, sa taxe avait été déjà acquittée lors du versement des 5000 livres tournois, représentant la part de cette mense et de ses membres 4.
Nous trouvons ici un témoignage des effets désastreux des guerres de la Fronde sur la prospérité du pays. Le 10 avril 1640, « par devant » Jacques Marthuiseau, ancien praticien, en la prevostéde Bagneaulx, » pour l’absence de M. le prevost, se présentèrent les manans et » habitants du dit Bagneaulx, requérant la diminution de la taxe de » 2000 livres, qui leur avoit esté imposée par la chambre des » amortissements pour l’usage de bois et de prés. » Ils représentaient que, « si on vendait ces bois et ces prés qui sont pierreux et » couverts de broussailles, ils ne monteraient pas à ce prix de » 2000 livres. » Ils insistaient surtout sur « la pauvreté des habitans » qui sont journellement molestés des gens de guerre, et y en avoit » encore hier et avant-hier de logés audit Bagneaux, qui font qu’ils » ont abandonné plusieurs fois et sont constraints abandonner leurs » maisons 5. »
L’année suivante les religieux, constatant que dans leur seigneurie de Bagneaux il y avait plus de cent arpents de terre restés sans culture, prirent la décision de bailler ces terres en censive à de nouveaux cultivateurs qui les feroient valoir 6.
1 Arch. nat. LL. 1146, p. 631.
2 Id. LL. 1 146, p. 638.
3 ld. LL. 1146, p. 633.
4 Id. G8* V. 49, 7, vol. 49.
& Id. LL. 1 126, p. 595.
6 Bib. nat. ms. fr. 16852, p. 242.
Lors du règlement des pensions viagères des anciens religieux, après l’introduction de la réforme de saint Maur à Saint-Germain-des- Prés, les Mauristes {mirent le parti d’assigner à certains des anciens des dépendances de la mense conventuelle, dont les revenus devaient leur tenir lieu de pension. Les sept ou huit cents arpents, qui constituaient le domaine de Bagneaux, furent adjugés au K. P. Othon, qui les administra avec peu d’habileté pendant quelques années et les laissa à sa mort, en 1059, dans un état déplorable. Les religieux de Saint-Germain durent se résigner à diminuer leurs revenus pour se procurer un fermier, qui pût remettre en production cette terre '.
Nous voyons le chapitre de Saint-Germain accorder au sieur Tiremont qui, en 1700, avait entrepris des travaux pour rendre navigable la rivière de Vannes, l’autorisation de les poursuivre sur les terres de Bagneaux, à la condition de réparer les dommages causés 1 2.
Nous terminons cet aperçu général sur le prieuré de Bagneaux, par la déclaration que présentèrent les religieux, en 1790, et qui nous fait connaître sa situation et ses revenus à la tin de son existence.
« 1° La terre et seigneurie de Bagneaux, consistant en bâti- » ments, etc., 104 arpents de terres, y compris les friches, et » 12 arpents de prés (la perche étant de 25 pieds pour les terres et » de 20 pour les prés).
» Item, la coupe environ de 80 arpents de bois taillis, sans néanmoins y comprendre les baliveaux, à raison de 9 arpents par an.
« Item, les droits de pèche, cens, rentes, lods et ventes, sur le pied » du 6°, à l’exception des droits de quint pour les fiefs et de l’indem- » nité des gens de mainmorte, etc.
» Item, la dîme des grains à la 20e gerbe et la moitié de celle du vin » à la 20e bottée de vendanges.
» Le tout loué 3000 livres, par bail du 25 février 1782, et, en passant » le dit bail, 1500 livres, faisant par an 166 livres 13 sols 4 deniers, » plus 6 dindons et 6 paires de chapons estimés 24 livres; le fermier » doit, de plus, payer au Prévôt de Bagneaux 15 livres; à l’abbaye de » Vauluisant 3 24 bichets de froment (86 livres) ; au curé de Bagneaux » pour son gros 76 bichets de froment (263 livres), autant d’orge » (205 livres), autant d’avoine (205 livres), autant de seigle (182 livres) » et 52 bichets de méteil (156 livres) (soit, en tout, 1012 livres).
1 Bib. nat ms. fr. 16856.
ü Ici. 16857, [). 338.
3 DOM Poirier, Bib. nat. ms. fr. 20848, |>. 28, 56 Arch. nat. S. 2858.
» 2° La coupe des baliveaux du bois de Bagneaux, distribuée en » 24 coupes et affermée 3000 livres.
» 3° Outre la coupe du taillis, le quart de réserve desdits bois » consistant en 60 arpents 38 perches, qui a été coupé, en 1772, » en vertu d’un arrêt du conseil du 22 octobre 1772.
» De ladite seigneurie de Bagneaux relèvent les fiels de Maupas et » de Bagneaux, en partie possédés par M. le marquis de Traisnel, » mais dont il n’y a point eu depuis de longues années de mutation » qui ait donné ouverture aux droits féodaux. »
Les religieux donnaient 200 livres au garde de Bagneaux L
Seigneurie lemporelle.
Connue nous venons de le dire, les religieux de Saint-Germain étaient seigneurs, hauts justiciers, dans tout le territoire de Bagneaux et de ses dépendances. Au xne siècle, quand les documents commencent à éclairer l’histoire du prieuré, nous les trouvons occupés à défendre leurs droits seigneuriaux contre les prétentions d’une famille puissante, qui avait son château à Mauny, sur le territoire même de Bagneaux, et qui voulaient user du titre d 'avocats ou avoués de cette localité pour supplanter les moines dans leur seigneurie.
Le plus ancien document, que nous rencontrons dans les archives sur cette dépendance de l’abbaye, est une charte d’Hugues, archevêque de Sens. Comme ce diplôme a un caractère tout spécial et nous donne des indications intéressantes sur les moeurs, les coutumes féodales et le mode de rendre la justice à cette époque, nous l’examinerons en détail et en reproduirons les caractères les plus saillants.
L’avocat de Bagneaux était, vers le milieu du xuc siècle, un chevalier du nom de Thibaud Garni ; il voulait enlever aux moines à son profit la justice de cette ville, et prétendait prendre sous sa protection (tensare) les habitants pour les empêcher de répondre aux citations devant le tribunal des religieux, et assurait que c’était lui qui devait rendre la justice entre les uns et les autres; il affirmait que les moines ne pouvaient disposer de leurs bois sans son assentiment et que, en sa qualité d’avocat de Bagneaux, il pouvait user à son gré des corvées dues par les habitants; tonies prétentions contre lesquelles protestait énergiquement Hugues, abbé de Saint-Germain-des-Prés.
i Abbaye de Vauluisant, corn, de Courgenay-Yonne.
Un jour, les deux adversaires se présentèrent dans l’église de Sainte- Étienne de Sens, où l’archevêque présidait une cérémonie ou une assemblée. Ils lui exposèrent leurs griefs réciproques et, sur son conseil, choisirent dans l’assistance quatre personnages : Hilduin le Manchot, Garnier du Fussy, Geoffroy Brise-Mœurs, Milon de Regny, qui, après enquête sur la vérité et preuves duement établies par serment, devaient prononcer leur sentence et cette sentence devait être irrévocable pour les deux parties. Cette sentence fut de tout point favorable aux religieux : il y était déclaré que Thibaud n’avait aucun droit de protection à exercer pour les habitants contre les moines, qu’il n’avait à intervenir que dans le cas où les vassaux ne voudraient pas obtempérer aux citations de leurs seigneurs, et cela dans le but de les y contraindre. Les moines, qui ne pouvaient réclamer l’assistance de personne autre que l’avocat de Bagneaux, devaient avoir toutes les amendes et les produits de la justice; Thibaud ne devait toucher que 20 deniers pour ses droits. Les moines pouvaient défricher leurs forêts ou en faire ce qu’ils voudraient sans opposition de quiconque. Ils avaient le droit de disposer de leurs terres comme ils l’entendaient, sans consulter l’avocat qui n’avait aucun droit sur la seigneurie du suivi (de Saint-Germain). Les habitants étaient seulement tenus à héberger, une Ibis par an, Thibaud avec une suite au plus de vingt personnes. Cette charte, munie du sceau de l’archevêque, fut signée par ce dernier avec les principaux de son chapitre, Etienne, abbé de Saint-Remy, Teo, cellérier, Simon, capicier, par l’abbé de Saint-Germain, avec ses religieux, et Siguin, moine et prieur de Bagneaux, par Thibaud Garni et ses amis, Hilduin de Villemaur, Melon de Regni, Odon de Paisi, Gauderic de Donzy, les chevaliers Étienne de Melun, Archambaud, son frère, Payen des
Ulcims ou Ulcimis, Hugues de Couly, les écuyers Odon de Crespy,
Pierre de Novion, Robert de Moret, les prêtres Vital de Regny,
Raynald de Molinis, Guibert de Sceaux, Foulques de Vilaines, etc. L
Cette charte, qui avait une si grande importance pour les religieux, fut copiée par eux sur leur cartulaire 1 2.
Nous trouvons une autre charte du même archevêque, remontant aussi à la moitié du xnc siècle et nous donnant des détails intéressants sur le duel judiciaire, qui était encore d’un fréquent usage. L’archevêque Hugues notilie que Lambert, prieur de Bagneaux, et le sire Henri de Donzy, qui avaient depuis longues années des démêlés au
1 Arch. ncit. L. 765, n° 2.
2 Id. LL. 1025, p. 131.
sujet des dîmes du territoire de Courgenay, résolurent de prendre, pour mettre tin à ces discordes, la voie du duel. Aussi, au jour fixé, en présence de l’archevêque, d’un certain nombre d’ecclésiastiques, d’autres personnages notables, les deux intéressés présentèrent-ils leurs deux champions, qui descendirent dans l’arène, et le combat commença. Cependant, nous dit la charte, les deux parties désiraient la tin de l’affaire. Après que les champions se lurent escrimés l’un contre l’autre pendant un certain temps, « l’archevêque et les personnes ecclésiastiques, prenant en compassion ces malheureux combattants, » allèrent trouver le prieur et le pressèrent de faire la paix, dût-il donner quelque chose pour l’obtenir. Le prieur entra très volontiers dans cette voie pacifique et, bientôt après, l’accord était conclu par lequel le prieur conservait les dîmes contestées, mais donnait 7 livres et 9 sols au sire de Donzy, qui s’engageait à ne plus rien réclamer à l’avenir. Dans cet acte intervinrent pour le prieur, les dignitaires du chapitre de Sens, Wilhelm, archidiacre, Hervé, prévôt et archidiacre, Simon, trésorier, Mathieu, préchantre, Milon, doyen de Rivière, Hilduin le Manchot et Pierre de l’Isle, et pour Henri de Donzy, Radulphe Bussan, Gautier Ruminans ferrum (mâche-fer), Garnier, chevalier, Hugues, chambellan, Gérard de Carlion, Geoffroy, maire des Ponts, et Golbert, minager. Pour garantir la paix ainsi conclue, l’archevêque apposa son scel au bas de la charte (4 150) L Mais cet accommodement ne mit pas fin aux démêlés entre les deux puissances rivales. En 1192, nous trouvons Guy, archevêque de Sens, dans l’église de Notre-Dame de Villeneuve, occupé à rétablir la paix entre ce même chevalier Henry, avocat de Bagneaux, et les habitants de cette localité; il s’agissait encore du droit de procuration exigé par le premier sur les seconds. Malgré les atténuations que la sentence de l’archevêque Hugues avait apportées aux revendications des avocats, en prescrivant qu’ils ne pourraient réclamer de procuration qu’une fois par an, le jour où ils viendraient renouveler le serment de sauvegarde, et en limitant à vingt le nombre des hommes de leur escorte, cette servitude pesait bien lourdement sur cette population très peu fortunée. Après avoir employé comme intermédiaires entre les parties trois ecclésiastiques, Guibert, doyen de Rivière-de-Vannes, Odon, prêtre de Bagneaux, et Bertrand, prêtre de Villaines, l’archevêque prononça sa sentence arbitrale, par laquelle les habitants étaient définitivement exempts de l’obligation d’héberger le chevalier et sa suite,
i Arch. nnt. L. 765, Scellé. LL. 1024, p. 58.
mais devaient en compensation payer audit avocat vingt sols de Provins tous les ans, le jour où il viendrait renouveler son serment. Cet accord se passa en présence de Foulques, abbé de Saint-Germain, accompagné de son Prieur, de Willelm, trésorier de l’église de Sens, de Regnaud de Villemaur, d’Hilduin du Triangle; il lut approuvé par Henri de Donzy, Rancia, sa femme, et Jacques, chevalier de Eschegiis, de qui il tenait son avouerie en fief : pour témoigner leur reconnaissance, l’abbé et les habitants donnèrent à Henry sept livres de Provins et à sa femme, Rancia, vingt sols. Cette charte, qui est munie du scel et contre scel de l’archevêque, a été transcrite sur plusieurs des cartulaires de l’abbaye L
Quelques années plus tard, en 1203, ce fut le roi Philippe-Auguste lui-même qui intervint pour rétablir la concorde entre l’abbé de Saint- Germain-des-Prés et le chevalier Henri, avoué de Bagneaux, au sujet des corvées que ce dernier exigeait des habitants de cette localité. Henri de Donzy renonça à ces corvées, moyennant la somme de cinquante livres de Provins, qu’il reçut de l’abbé 1 2.
L’expérience du passé avait du reste convaincu les religieux que toutes les transactions, malgré la solennité de leurs formes, malgré la dignité des prélats qui y présidaient et des personnages qui y intervenaient, étaient inefficaces pour établir une paix définitive entre deux autorités rivales et voisines ; ils reconnurent que la voie, où ils venaient d’entrer pour le rachat des corvées, était, la seule pratique et efficace pour assurer leurs droits. Aussi, en 1237, entrèrent-ils en négociation avec le chevalier Erard du Triangle, à qui sa femme, Agnès, avait apporté l’avouerie de Bagneaux-sur-Vannes; et les deux époux consentirent à vendre, pour le prix de 300 livres tournois, tous les droits de justice qu’ils avaient ou pouvaient prétendre sur cette seigneurie. La charte, qui en fut dressée, est munie des sceaux de l’abbé et du chevalier du Triangle 3.
Notons une charte de la fin du xmc siècle Q280), qui nous semble intéressante. L’abbé et le convent de Saint-Germain accordent la manumission au serf Adenet, qui, par sa mère et ses ancêtres maternels, était homme de corps de l’abbaye et désirait entrer dans la cléricature; ils demandent que « le dit Denet conserve toujours pour » l’abbé et le convent l’honneur et la révérence qui lui sont dus et » observe les déférences que rendent d’ordinaire les affranchis à leurs
1 Arch. nat. L. 765, n° 8, LL. 1056, p. 36.
2 Id. K. 29, n° 90, orig. Tardif. Cartons des rois. n° 736. p. 301, LL. 1056, p. 39.
3 Id. L. 765; LL. 1056, p. 37.
» patrons, et entendent que, pour tout le reste, il soit et reste clerc L »
Mais la paix, étant assurée d’un côté, l'ut bientôt troublée d’un autre. Les religieux, qui jouissaient maintenant de la seigneurie entière de Bagneaux, ne tardèrent pas longtemps à voir surgir des difficultés entre eux et leurs vassaux. Le dimanche avant la tète de Sainte-Madeleine de l’année 1287, nous trouvons l’official de Sens rendant une sentence arbitrale entre le Prieur de Bagneaux et les habitants de cette ville. Cette sentence, en nous faisant connaître la nature du débat, nous donne des indications sur les coutumes relatives à la pêche fluviale; il y est déclaré que les habitants auront droit de pacage et d’usage dans les pâturages de l’Isle de Vannes, ainsi que dans les bruyères et broussailles qui s’étendaient des bois du Prieur jusqu’à la ville, et qu’ils auront la faculté de défricher ces terres incultes à leur volonté; leur concède le droit de pêcher sur les rives de la Vannes, au panier, à la triboule, à la ligne, à la nasse, mais ils ne pourront avoir sur la rivière ni bateaux, ni blets massines, ni massines; ils pourront prendre des écrevisses avec des crocs; il leur est interdit de vendre des poissons avant de les avoir présentés au Prieur ou à son représentant; si ces derniers voulaient les acheter, ils ne pourraient les transporter hors de la ville ou les vendre dans la ville, à un prix égal ou inférieur à celui que le Prieur leur aurait offert; enfin, ils ne pouvaient vendre la chopinede petits poissons ou le cent d’écrevisses qu’au prix de 3 deniers tournois, prix qu’ils pourraient élever à 4 deniers pendant le carême 1 2.
Les abbés de Saint-Germain-des-Prés avaient un droit de pasl de 8 livres tournois, que leurs hommes de corps et leurs vassaux de Bagneaux devaient leur payer annuellement, le jour de la fête de saint Bemy. Or les habitants, qui étaient pauvres, comme nous le témoignent plusieurs documents antérieurs ou postérieurs à cette époque, trouvaient cette charge très lourde et surpassant leurs médiocres ressources. Ils vinrent humblement adresser leurs supplications à leur seigneur, l’abbé de Saint-Germain-des-Prés, lui représentant que la population avait tellement diminué, que ses revenus s’étaient tellement amoindris qu’ils se trouvaient dans l’impossibilité absolue d’acquitter ce droit à l’avenir, et qu’ils se verraient obligés d’abandonner la ville et d’aller mendier leur pain de chaque jour. Touché de
1 Arch. nat. L. 765.
2 Id. LL. 1026, p. 219.
compassion à la vue d’une telle misère, l’abbé Pierre accueillit avec charité les humbles supplications de ses vassaux, et, après en avoir mûrement délibéré avec son chapitre, le mardi après la fête de saint Vincent, martyr, de l’année 1317, il délivra aux habitants de Bagneaux une charte, par laquelle il les déchargeait de ce droit de past; en compensation, chacun de ceux qui tenaient feu dans cette terre devaient payer, pour la fête de saint Bemy, une redevance annuelle de 12 deniers tournois, qu’il était tenu d’apporter à la maison des religieux à Bagneaux, sous peine d’une amende de 5 sols. Cette charte nous a été conservée dans un vidimus, qui en fut fait quelques jours après par le prévôt de Sens L
Après avoir fait cesser à prix d’argent les compétitions d’autorité que provoquaient contre eux les avocats de Bagneaux, les religieux eurent à défendre leurs droits seigneuriaux de haute justice contre les tentatives hostiles des officiers royaux de la contrée. En 1490, nous trouvons « religieuse personne frère Henry de Crusy, prieur de Bagneaux, appelant, en son nom et au nom d’un certain nombre de ses vassaux, par devant François Boucher, lieutenant général du bailly de Sens, d’une sentence rendue par Jacques Lempolat (?), prévôt fermier de la rivière de Vannes, en faveur de son lieutenant, Jacques Lemaire. » Ce dernier, malgré les droits du Prieur, « qui avait toute justice, haute, » moyenne et basse sur ses vassaux de Bagneaux et l’exerçait au » moyen d’un prévôt, de sergents et autres officiers, » avait voulu forcer ces dits vassaux à comparoir devant le tribunal de la prévôté royale, avait fait saisir leurs terres, etc. Le bailly royal répondit à cet appel, en ajournant la cause « aux jours ordinaires de Sens et Champaigne du prochain Parlement 1 2. » Nous ne connaissons pas l’issue de ce procès; il est à croire que les religieux réussirent à maintenir des droits incontestables, qui n’avaient, été troublés que par un zèle inconsidéré pour l’autorité royale ou par suite de quelques rancunes personnelles. Le 6 février 1527, une sentence du prévôt de Paris vint maintenir « messieurs les religieux, abbé et couvent de Saint-Germain- » des-Prés en la haute, moyenne et basse justice de la terre et sei- » gneurie de Bagnaux, à l’encontre de Claude Prat qui avoit voulu » troubler les officiers des dits Religieux à faire les cris accoutumés » au lieu de Baignaux 3. »
A partir de ce moment, rien ne vint plus troubler les religieux de
1 Arch. nat. L. 765, n° 19.
2 Id. L. n. 765, nos 25 el 26.
^ Id. LL. 1146, p. 619.
Saint-Germain-des-Prés. dans l’exercice de leurs droits de seigneurs haut justiciers de Bagneaux; ils taisaient exercer les fonctions judiciaires par un prévôt, assisté d’un certain nombre d’officiers. En 1665, nous voyons « les religieux, prieur et couvent de Saint-Germain- » des-Prés, donner à Me Anthoine Pluchot l’estât et office de procu- » reur fiscal en la prévosté et chastellanie de Bagneaux-lès-Sens, vacant par la mort de Me Pierre Grapillard et mandant à Me Louis » Pierre Prévost, chastelain du dit Bagneaux, de l’installer dans » son office l.
Seigneurie spirituelle.
Les religieux de Saint-Germain joignaient dans leurs domaines de Bagneaux la seigneurie spirituelle à la temporelle. Saint-Germain-de- Bagneaux figure dans les bulles de confirmation, accordées, en 1177, par le pape Alexandre III, parmi les églises à la présentation de l’abbé. Nous trouvons une charte de 1186 nous mentionnant l’exercice de ce droit de présentation : Guy, archevêque de Sens, confère l’église de Bagneaux au prêtre Odon, qui lui avait été présenté par Foulques, abbé de Saint-Germain-des-Prés : le prélat imposait au nouveau curé l’obligation de payer, sur le bénéfice de cette église, une redevance annuelle de soixante solz de Provins « à son cher fils Cusset de Gorgeney. » Ce dernier personnage était-il un prêtre, nommé par l’archevêque en dehors de la présentation abbatiale et dont il fallait acheter la retraite? ou bien simplement un séculier, qui se serait fait attribuer quelque part sur ce bénéfice ecclésiastique 2?
Ce droit de collation donnait parfois lieu à des luttes longues et acharnées. C’est ainsi que, en 1208, nous voyons se rendre à Borne, pour vider devant le pape leurs différends au sujet de l’église de Bagneaux, le procureur de l’abbé de Saint-Germain-des-Prés et. le prêtre M. à qui l’archevêque de Sens avait conféré cette église. Le moine venait protester contre cette collation, contraire aux droits de son abbaye et en demander l’annulation. Le pape Innocent III termina cette discussion par une bulle, datée du Latran le xiije jour des Kalendes de février de la 11e année de son pontificat (19 janvier 1208); il déclarait que cette collation, faite au prêtre M. par l’archevêque de
1 Arch. nat. LL. 1126, p. 26t.
* Id. L. 765, n(l 6. LL. 1056, p. iü.
Sens en sa qualité de légat apostolique, était valable, mais quelle ne devait pas porter atteinte aux droits du monastère pour l’avenir L
Une autre cause venait aussi de temps en temps troubler la paix entre les religieux et l’autorité épiscopale; c’étaient les procurations <pie les archevêques exigeaient de l’église de Bagneaux et dont les moines se prétendaient exempts.
Nous avons vu que sur une partie du territoire de Bagneaux s’élevait le château de Maulny, résidence des avocats de la ville. Cette seigneurie avait à sa tête le chevalier Itier de Maulny, qui était le parent très cher de Guy des Noyers, archevêque de Sens. Profitant de son influence sur son oncle, Itier vint lui représenter l’utilité de l’érection d’une chapelle de secours au hameau de Maulny; l’archevêque consentit à accorder la permission d’élever cette chapelle pour que les habitants puissent y assister à la messe et aux offices les dimanches et jours fériés, à la condition de se rendre à l’église-mère de Bagneaux pour les fêtes solennelles. Le prélat imposa la restriction qu’on ne pourrait confier le service de la chapelle de Maulny qu’au prêtre chargé de l’église de Bagneaux : si la chapelle devenait paroissiale dans la suite des temps, elle devait toujours rester à la présentation de l’abbé de Saint-Germain 1 2. Cette charte, munie du sceau de l’archevêque, se trouve reproduite dans plusieurs cartulaires de l'abbaye.
Nous ne trouvons à relever pour la seigneurie spirituelle de Bagneaux que les débats que les religieux eurent avec M. le marquis de Tresnel pour le maintien de leurs droits monastiques. Ce dernier, à l’occasion de la mort d’un des siens, avait fait peindre sur les murs de l’église de Bagneaux une titre ou ceinture funéraire avec ses armoiries. Les religieux se soulevèrent contre cette prétention, attentoire à leurs prérogatives « de seigneurs châtelains, hauts, moyens et bas justiciers, » curés priipitifs, patrons fondateurs et décimateurs universels du lieu » de Bagneaux. » Ils établirent que le marquis de Tresnel n’avait aucun droit sur le cimetière et l’église, qui se trouvaient sur leur censive; ils firent remarquer que, s’ils avaient permis à M. le marquis de Maupas, leur vassal, d’avoir un banc dans le chœur de l’église, ce n’avait été qu’une pure tolérance, qui ne devoit pas tirer à conséquence. Néanmoins, « pour oublier le passé, éviter procès et vivre en paix et bonne amitié avec M. le marquis, » ils se contenteront d’une simple
1 Arch. nat. L. 238, n° 62.
2 Id. L. 765. n° i. LL. 1025, p. 150. LL. 1026, p. 257.
déclaration de ce dernier, par laquelle il affirmera n’avoir voulu par là s’arroger aucun droit sur cette église (1671)
Malgré leurs titres de curés primitifs, fondateurs et décimateurs, les religieux étaient déchargés d’une partie des réparations à faire à l’église. Les habitants devaient y pourvoir, comme ils le reconnaissent dans une double demande de secours, qu’ils adressent aux Bénédictins à ce sujet, en 1609 et le 16 juillet 1673 1 2. Le 16 juillet 1673, les habitants vinrent supplier « messieurs de Saint-Germain, » d’avancer les réparations à faire à l’église, promettant de les rembourser plus tard 3.
Ici, comme pour beaucoup d’autres paroisses, les luttes existaient souvent entre les seigneurs spirituels, gros décimateurs du territoire, et les curés ou vicaires perpétuels, au sujet de leurs droits réciproques et de la iixation des revenus assignés aux seconds.
En 1488, Henri de Grusy, prieur de Bagneaux, afferma à Thibaut de Nuys, curé du lieu, l’exercice de ses prérogatives; le curé s’engageait à célébrer le service divin aux quatre fêtes annuelles, au lieu et place du prieur; il percevait, ces jours, la moitié des offrandes qui revenaient au prieur 4.
En lo7o, le frère Innocent Gay, prieur de Bagneaux, fait constater par un acte public que, le 28 mai, jour de la fête de Saint-Germain, il est venu assister à l’office et a chanté la grand’messe sans opposition de la part de maître Jacques Ghenot, vicaire perpétuel 5.
On prélevait sur les revenus de Bagneaux :
1° Le v des calendes de janvier ou le 28 décembre, 10 sols, pour l’anniversaire de Garnier Trichet, prieur de Bagneaux;
2° Le v des ides de juin ou le 9 de ce mois, 40 sols, pour l’anniversaire de Barthélémy, ancien prieur de Bagneaux 6.
De 1678 à 1680, durèrent d’interminables procédures par devant le Grand Conseil entre messieurs de Saint-Germain -des- Prés et monsieur Ambroise Marais, vicaire perpétuel de Bagneaux, au sujet des dîmes de la paroisse. Le 6 juin 1680, l’arrêt définitif vint clore les débats et maintenir ledit Marais en la possession « des dîmes de pois, » fèves, vesses, chanvre, lentilles, graines, navets, blé, sarrazin, » laine, agneaux et cochons, etc. 7 . » Le 6 mai 1680, les religieux
1 A rch. nat. S. 2957.
ü Id. LL. 1146, p. 616 et Bib, nat. ms. fr. 16849.
3 Id. LL. 1146, p. 617.
* Id. LL. 1056, p. 48.
3 Id. LL. 1146, p. 616.
« Id. LL. 1027.
7 Id. LL. 1146, p. 617.
lurent de nouveau condamnés à payer au curé pour son gros : 70 bichets de froment, 70 bichets de seigle, 70 bichets d’avoine, 32 bichets de méteil suivant la mesure de Bagneaux l.