‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 4)Chapitre 15 sur 121 · XVI. — RELIGIEUX DE LA MERCY · texte numérisé non relu

XVI. — RELIGIEUX DE LA MERCY

Lien que cette communauté établie rue de Chaume, vis-à-vis de 1 hôtel de Guise, n’appartienne pas au faubourg, nous devons cependant

x Arch. vat. L. 767.

en parler, comme de plusieurs autres, à cause des liens étroits qui ont existé entre elle et les Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés. Tout n’est pas vertu dans son histoire. Il sera parfois nécessaire d’étendre le voile de la discrétion sur certaines faiblesses L

Un arrêt du Conseil d’État, en date du 19 janvier 1680, nomme commissaires des Religieux de la Mercy le prieur de Saint-Germain, vicaire-général de l’archevêque de Paris, et le sieur Fromager, son vice-gérant en la cour archiépiscopale, pour tant et aussi longtemps que Sa Majesté le jugera à propos. Le Roi veut et ordonne que le supérieur de la congrégation de la Merci ne puisse, sans leurs conseils et avis, changer les religieux du couvent, commencer aucune procédure contre eux, sous prétexte de fautes, publier de nouveaux règlements, ni en renouveler d’anciens hors d’usage, dans les maisons de la même congrégation, prononcer aucune sentence de déposition ou de suspension de leurs charges, de privation de voix active ou passive, d’emprisonnement ou de pénitence publique. La même discipline s’impose aussi aux commandeurs à l’égard des officiers et religieux de leurs communautés.

Le 30 avril 1686, le Père Moyssant, commandeur du couvent de Paris, assemble son conseil pour juger un religieux clerc, nommé J.-B. Godin. Accusé d’être sorti plusieurs fois le soir, sans permission et en habit séculier, d’avoir passé toutes les nuits chez une femme dont le mari était absent, couchant et prenant avec elle toutes sortes de libertés, d’avoir fait les mêmes actions avec une fille âgée de 22 ans, qui est ordinairement avec la dite personne, de s’être enfui de son couvent, après avoir fait emporter furtivement le meilleur de ses hardes, il est condamné à dix ans de prison, les fers aux pieds, à jeûner tous les vendredis pendant ce temps, au pain et à l’eau, à recevoir la discipline en plein chapitre tous les premiers vendredis du mois pendant cinq ans, à être privé de porter le capuchon pendant les dix années de sa prison. Le prieur de Saint-Germain-des-Prés ratifia cette sentence, le 2 mai.

Nous allons maintenant entendre une série de plaintes, tant du commandeur que des religieux, adressées au prieur de Saint-Germain.

Les Religieux de la Mercy font reconstruire leur monastère qui tombait en ruines. L’entrepreneur a renversé un vieux bâtiment et creusé les fondations pour en élever un autre, ce qui a rempli la maison de moellons et de platras, en sorte qu’il n’est pas resté quatre pieds

1 Arch. nnt. L. 766.

d’espace vide, où les religieux puissent prendre leur récréation. Le 18 juillet 1687, la communauté demande que le commandeur la réunisse et débatte avec elle les moyens d’accélérer les travaux. Si le commandeur refuse d’écouter ce désir, la communauté prendra le droit que les constitutions lui donnent de recourir au prieur de Saint-Germain. Une requête lui fut effectivement présentée à ce sujet.

Le chapitre général avait déclaré les religieux ayant quarante ans de profession exempts de faire hebdomadier et d’assister aux matines de nuit, parce qu’ils n’avaient plus assez de force pour chanter les messes hautes. Une réunion capitulaire du couvent de Paris, (29 avril 1687), a décrété le contraire. Un membre de la communauté adresse un mémoire à Dom Claude Bretagne, prieur de Saint-Germain, pour combattre cette décision. 11 la regarde comme nulle : elle ne peut porter atteinte aux décrets des chapitres généraux.

La même année, les religieux de la Mercy se plaignent qu’on fasse chanter avec accompagnement d’orgue les litanies de la Sainte Vierge, tous les premiers dimanches du mois. C’est une innovation qui vient du commandeur et sur laquelle les commissaires n’ont pas été consultés.

Le 23 avril 1694, plusieurs membres du couvent de la Mercy écrivent au Père de Loo, prieur de Saint-Germain, que le commandeur leur a fait savoir que leur communauté succombe sous le poids de ses dettes. Personne ne veut plus leur vendre de quoi subsister. Leurs chevaux vont périr de faim. Le commandeur a permis aux religieux de se disperser. Quel scandale, si la chose se réalise et si on les voit quêter de côté et d’autre. Us le supplient de venir à leur secours. On ne voit pas ce qui fut décidé. Après les griefs de ses subordonnés, il nous faut entendre les accusations du commandeur. Elles sont graves et multiples. C’est d’abord le Père Claude l’Ange, qui élève la voix et s’adresse au prieur de Saint-Germain, le 20 juillet 1687. Il se plaint de son vicaire-général qui, bien qu’il soit son inférieur, l’injurie publiquement, appelle aux ordres des sujets indignes, fait enlever les meubles du couvent, envoie des religieux en ville de quatre heures à huit heures du soir, sans permission, sous prétexte d’affaires urgentes. Ces religieux n’observeut pas les jeûnes, restent au réfectoire jusqu’à une heure avancée de la nuit, parlant très haut. Ces derniers méprisent aussi le commandeur. Claude l’Ange demande que le vicaire général ne lasse rien de tout cela sans sa permission et qu’il n’envoie en ville que son secrétaire, qui rentrera au moins pour sept heures et demie du soir.

L(' 10 janvier 1687, les commissaires commencent la visite cano

nique de la communauté de la Mercy. Le commandeur leur remet un mémoire. 11 s’y plaint gravement de ses sujets, qui peuvent se lever dès quatre heures pour rôder dans le monastère, mais n’ont pas la force, le courage d’assister aux matines, quoiqu’ils soient jeunes et pleins de santé. Souvent il n’y a que quatre religieux pour chanter cet office. On n’observe pas le vœu de pauvreté et on viole continuellement la loi du silence. Il nomme entre autres : les Pères de la Chaise, Sognol, Cézille. Celui-ci est un ivrogne; le Père Moyssant, un esprit cabaleur; le frère Paul, jeune religieux de dix-huit ans, est incorrigible, il se vante que personne ne pourra le réduire.

Un autre commandeur, le Père Berthier, se montre tout aussi acerbe dans une lettre au prieur de Saint-Germain. Il signale la conduite de son vicaire-général, le Père Galland, comme peu exemplaire. Il n’assiste jamais aux nocturnes. Il rentre après huit heures, se fait servir dans sa chambre et passe la soirée à boire avec des religieux. On le trouve en ville sans compagnon. Il fait entrer des demoiselles dans la sacristie et leur donne à collationner.

Le 2 janvier 1702, Dom Mathieu Gilbert, prieur de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, visite canoniquement le couvent des religieux de la Mercy. Il rappelle que les membres de la communauté doivent assister à l’ollice de nuit, même quand ils ont une infirmité occulte qui ne les empêche pas de prolonger des conversations inutiles. Il fait observer au commandeur qu’il ne peut souffrir que les religieux récitent leur office pendant leur oraison. Les entretiens avec les femmes dans l’avant-sacristie sont sévèrement prohibés. Il prononce ces paroles judicieuses : « Appetere feminas vel ab ipsis appeti criminosum est. » Des religieux avaient une étrange manière d’interpréter la règle qui défendait de sortir seul. Ils croyaient satisfaire sur ce point, en prenant un compagnon uniquement pour franchir le seuil de la porte. « Mon frère, vous pouvez rentrer, disaient-ils au portier, qui les avait escortés jusqu’aux limites de la voie publique; nous avons accompli la loi. » D’après un extrait des registres du Conseil d’État, portant la date du 16 décembre 1724, le prieur de Saint-Germaindes-Prés semble avoir été relevé de ses fonctions pour le gouvernement de l’ordre de la Mercy. Le Roi commit l’ancien évêque de Viviers et le sieur abbé Legendre, sous-chantre de l’église métropolitaine de Paris, pour prendre une connaissance exacte de l’état spirituel et temporel de cette communauté.

Réli^ieuHes habitant le fanbours ou ayant eu «les relations avec les religieux de l’abbaye «le Saint-Germain.

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