HISTOIRE
Au temps de Charlemagne, Suresnes, Surisnas, simple hameau, dépendait, suivant, dom Grenier, de Nemptodorum, Nanterre, dont le territoire relevait du pagus Parisiacus. Le nom de Suresnes paraît dériver, nous dit Dulaure, de ces mots : sur Seine, et la position de ce lieu près les rives de la Seine semble confirmer cette étymologie. Suresnes a donné lieu à de nombreuses hypothèses. Quelques-uns prétendent que ce mot voudrait dire : pays tranquille, pays serein. Le plus ancien cartulaire qui mentionne ce lieu lui donna le nom de Surisnas. En 918, cette petite ville s’appelait Surisnœ ; en 1070, Surisnis; en 1260, Serenes. Au xme et au xivc siècle, le nom latin s’écrivait tantôt Sorenœ , tantôt Serenæ. On trouve aussi Suranus. Depuis, le nom français a subi des modilications orthographiques très nombreuses. On écrivait : Socraine, au xive siècle, Soresne et Sureynes, en 1544. Plus tard, on le rencontre diversement orthographié : Surasne, Surayne, Suraine, Sureine, Souresne, Surènes, Suresnes, Surène.
Robert, frère d’Eudes, duc de France, comte de Paris et de Bourgogne, abbé laïque de Saint-Martin de Tours et de Saint-Germaindes - Prés -léz- Paris, qui, à ses charges, à ses titres, à de grands domaines, joignait un mérite personnel lui conciliant un grand crédit, demanda, pour cette dernière abbaye, la terre de Suresnes, à Charlesle-Simple, en 918. Celui-ci, qui redoutait Robert, le seigneurie plus intluent de France, s’empressa de la lui accorder L
Suresnes fut ainsi détaché du domaine royal, et passa aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, qui se consolèrent ainsi de ne pas avoir obtenu le monastère et les propriétés de Saint-Leufroy, au diocèse d’Évreux, dont ils avaient espéré jouir. Peu après cette donation, Robert, duc de France, abbé de Saint-Germain, disputa la couronne
1 Tardif, Carton des rois , n° 228, p. 143. Arch. nat. K. 16, n° 9. Mabillon, Annales Bénéd. III, 360. Bréquignv, I, 378.
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à Charles-le-Simple et périt, en 923, sous les murs de Soissons. Son fils, Hugues-le-Grand, lui succéda dans la dignité d’abbé de Saint- Germain-des-Prés et hérita de la seigneurie de Suresnes. Il mourut puissant et honoré de tous, en 956. Après lui, Hugues Capet devint abbé de Saint-Germain et possesseur de Suresnes. La peste et la famine désolèrent cette localité pendant le xie siècle. Le muid de blé valut jusqu’à 50 sous L
Suresnes et Puteaux, séparés de Nanterre, formaient paroisse, en 1070. Ce qui nous permet de le croire, c’est l’échange qui eut lieu à cette époque entre Geoffroy, évêque de Paris, et Robert, abbé de Saiot-Germain. Celui-ci, après avoir cédé au pontife la moitié d’une terre à Garches et un moulin, situé sur la Sève, reçut les autels ou églises d’Avrainville et de Suresnes 1 2. A partir de ce moment, des acquisitions vinrent augmenter les possessions de Saint-Germaindes-Prés à Suresnes. En 1130, Hugues de Chaumont et son épouse, Pétronille, cédèrent aux religieux une partie d’un bois, appelé Jard. Par reconnaissance, ces derniers leur accordèrent 50 livres et leur promirent de les faire participer à leurs prières et bonnes œuvres 3 4.
Le 16 avril 1248, Hugues de Pontoise, prévôt de la Celle, acquit à Suresnes un fief consistant en 42 sols de rente h L’abbé de Sainte-Geneviève avait des droits de censive à Suresnes. A la suite d’un compromis et d’une sentence arbitrale rendue par Clément, archidiacre de Laon, il les céda (avril 1260) à l’abbé de Saint-Germain, qui lui donnait en retour 17 arpents de terres arables, sis près la grange de Chesnay 5. Les Bénédictins de Saint-Germain achetèrent à Suresnes, le 12 juin 1406, une maison et 15 perches de vignes, pour la somme de 9 vingts livres 6. Le 2 mai 1465, Richard Beaudouin, bourgeois de Paris, leur vendit un petit fief, situé dans la même localité, au prix de 110 sols 7.
Le 13 janvier 1578, les religieux de Saint-Germain se rendirent encore propriétaires, à Suresnes, d’une petite maison et de 70 perches de terre situées sur le chemin de Suresnes au Tartre, moyennant
1 Le sou d’or représentait une valeur de 90 f.
Arch. nat. K. 19, n° 5 2. Tardif, Carton des rois, n° 289, p. 180. Bofillart, Pièce justificative, XXXVII J .
3 Arch. nat. LL. 1041, p, 3.
4 Ibid. L. 2913.
5 Ibid. L. 800.
6 Ibid. LL. 1042, p. 84.
7 Ibid. LL. 1042, p. 8o.
330 livres l. Plus tard, le 16 mars 1648, nous lisons que Dom Charles Bullet acquit, au nom de l’abbaye de Saint -Germain -des -Prés, moyennant 12 000 livres tournois, des terres pour augmenter la châtellenie de Suresnes et de la Celle. Cette propriété consistait en : 1° un clos entouré de murs, contenant 134 perches de vignes, au territoire de Suresnes, sur le chemin allant à Rueil; 2° en trois autres quartiers, au lieu dit les Gasteaux; 3° en trois quartiers de terre plantés en osier, au lieu du petit Tertre, proche la montagne; 4° en une maison et 62 perches de terre, au village de Longuesse, au diocèse de Rouen 2.
Nous trouvons un autre contrat à la date du 13 janvier 1578. C’est l’acquisition d’une petite maison et de 70 perches de terre, situées sur le chemin de Suresnes au Tertre, pour la somme de 330 livres 3. Monsieur de Sainte-Marie, lieutenant des Cent-Suisses, vendit, le 23 décembre 1650, aux religieux de Saint -Germain -des -Prés, moyennant 42500 livres, une grande maison à Suresnes, 45 arpents de terres labourables, 14 arpents de prés sur les rives de la Seine et 10 arpents de vignes. Afin de payer cette acquisition, ils demandèrent la permission d’emprunter 50000 livres (23 janvier 1651) 4. Les années qui suivent sont encore marquées par de nouvelles acquisitions.
Le 10 juillet 1657, l’abbaye de Saint-Germain paya, au prix de 16.973 livres 10 sols, un clos de vigne de 8 arpents 10 perches, situé sur le chemin de Suresnes à Puteaux, avec 4 arpents de terre 3 perches5. Le 30 janvier 1658 vit le domaine de Suresnes s’augmenter de 2 arpents 35 perches de vignes, sis au lieu dit les Feuchères, payés 2280 livres 6. D’autres acquisitions et échanges s’effectuèrent pendant les quatre années suivantes.
Les religieux de Saint-Martin-des-Champs possédaient à Suresnes ce qu’on appelait l’arpent franc. Cette propriété consistait en plusieurs maisons, sises dans la ville même, et avait été la source de plusieurs litiges. Les moines de Saint-Germain s’en rendirent enfin acquéreurs, le 20 octobre 1661, pour le prix de 2260 livres. Ils devaient payer la rente de cette somme jusqu’à ce que les religieux de Saint-Martin-des- Champs en eussent trouvé l’emploi 7 .
Le 28 septembre 1663, le sieur de Mouton échangea 24 perches de
1 Arch. nat. LL. 1041, p. 52.
2 Ibid. LL. 1041, p. 28.
3 Ibid. LL. 1041, p. 50.
4 Chapitres conventuels. Bib. nat. ms. fr. 16 855.
5 Arch. nat. LL. 1041, p. 33.
6 Ibid. LL. 1041, p. 36.
7 Ibid. LL. 1041, p. 41,
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vignes, situées au lieu dit les Gatteaux, contre 24 perches de vignes, sises aux Feuchères et appartenant à Saint-Germain-des-Prés l. Ce monastère acquit encore, le 16 septembre 1665, pour le prix de 55 livres, 5 perches et 4/2 de vignes, sises aux Gatteaux 2 3 4. Il acheta aussi 2 arpents et 1/2 et 18 perches de vignes, situés aux Feuchères et aux Glosseaux, pour la somme de 800 livres, le 5 novembre 1680. Trois ans après, le 30 août 1683, il les revendit au prix de 1500 livres L Les religieux de Saint-Germain devinrent, le 30 janvier 1696, propriétaires d’une rente de 45 livres parisis, établie sur une maison, rue des Courtiers, pour la somme de 900 livres L De nouvelles acquisitions vinrent accroître le domaine de Suresnes de 1700 à 1702. Elles consistaient en un arpent 49 perches de terres et vignes et s’élevaient à la somme de 917 livres 5. Les habitants de Suresnes avaient coutume de déposer leurs fumiers sur les bords de la rivière de Seine. Inquiétés par les officiers des eaux et forêts qui ne pouvaient tolérer cet abus, ils demandèrent à la communauté de Saint-Germain-des-Prés trois quartiers de terre entre Saint-Cloud et Suresnes, pour y mettre leurs engrais en réserve. Ayant obtenu ce qu’ils désiraient, ils compensèrent cette cession par un échange de même valeur, 13 février 1700 6. Les sieurs Louvet et Delaporte s’étaient engagés à faire les constructions nécessaires pour conduire les eaux depuis le bas du Mont-Valérien jusqu’à la maison seigneuriale de Suresnes. Comme ce travail était défectueux, les entrepreneurs durent payer une indemnité de 180 livres 7 (1660-65). François de Gondi, archevêque de Paris, accorda un privilège aux religieux de Saint-Germain. Le 30 avril 1648, il leur permit d’avoir une chapelle dans leur maison seigneuriale, d’y célébrer la messe, même sur un autel portatif, à voix basse, sans faire l’aspersion de l’eau bénite, sans administrer les sacrements, sans admettre les domestiques et familiers, qui ne sont pas nécessaires au service de la maison. Si ces derniers, sans raison, entendaient la messe dans la chapelle privée, ils ne seraient pas exemptés d’aller à la paroisse 8.
1 Arch. nat. LL. 1041, p. 46.
2 Ibid. LL. 1041, p. 48.
3 Ibid. LL. 1041, p. 52, 54.
4 Ibid. LL. 1041, p. 61, 62.
6 Ibid. LL. 1041, p. 65. 67.
« Ibid. LL. 1041, p. 65 (8. 2912).
7 Ibid. LL. 1041, p. 27.
» Ibid. LL, 1041, p. 27.
Quatre documents nous font connaître les propriétés, que Saint-Germain-des-Prés j)ossédait à Suresnes.
Nous trouvons tout d’abord, dans l’aveu de 1384, quelques détails sur l’état misérable de ce domaine, ruiné par les maux de la guerre. Item, en la ville de Surayne, une maison appelée Prevosté, et là demeure un prevost religieux, laquelle maison est ruineuse, 2 pressoirs, 14 arpens de terre, la disme de la paroisse, chargée de 28 sestiers de grain au curé du lieu, juridiction haute, moyenne et basse ès 4 partz de la ville, les profits des pressoirs, environ 10 livres de menus cens et environ 10 livres de gros cens par an et les profits de ladite juridiction et des ventes, que puent valoir 40 livres ou environ G
Le second est un dénombrement présenté à la chambre des comptes, le 3 juillet 1521. Les religieux de Saint-Germain avaient : 1° une grande maison manable à plusieurs corps d’hôtel, grange, pressoir, bannier, colombier à pied, étable, auditoire pour exercer le fait de la justice, tant de ce lieu que de la Celle, cour, puits et grand jardin derrière avec autres aisances et appartenances. Tous ces lieux sont clos de murs, contenant environ 5 arpents en plein fond de terre, assis au bout et commencement du village, et sont iceux lieux de grand entretenement, qui peuvent bien valoir, à cause du dit pressoir, environ 10 livres, par chacun an.
2° Une autre maison à plusieurs côtés et corps d’hôtel, fort vieille, coûtant beaucoup à entretenir, assise au village de Suresnes, qui peut valoir 5 livres de loyer.
3° Une maison à plusieurs travées, de grands coûts, où sont les deux fours banaux, qui peut valoir 10 livres de loyer.
4° Cinq arpents de vignes valant 6 livres par an.
5° Onze arpents de terres labourables, assises au terroir de Suresnes, qui peuvent valoir 5 septiers de grains.
6° Un arpent de pré valant une charretée de foin.
7° Vingt arpents d’isles, en deux pièces, assis sur la rivière de Seine, qui peuvent valoir chacun an, lorsqu’elles ne sont pas noyées, 10 ou 12 charretées de foin, qui coûtent beaucoup à enlever et recueillir1 2 3.
Le 26 août 1644, le revenu temporel des seigneuries de Suresnes, La Celle, le Chesnay, etc. est affermé à Dom Charles Bullet, ancien religieux de l’abbaye, à raison de 3 300 livres 2.
5 juin 1649. Le revenu de La Celle est de 850 livres r.
1 Dom Dr Bourg. L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés . Paris, 1900, p. 27.
2 Arch. nat. LL, 1042, p. 119.
3 Ibid. LL, 1042, p. 114.
Le troisième est un bail, passé le 13 juillet 1662, où tous les objets des fermages sont signalés avec détails. Les preneurs Henri Martin et Louis Lecoq auront en jouissance :
1° Le colombier, le pressoir, la cour, le jardin de la maison seigneuriale et de la prévôté de Suresnes, la maison seigneuriale ellemême. Toutefois les bailleurs réservent la salle liante et le cabinet se joignant avec la chapelle, la chambre au-dessus de la dite salle et la chambre vis-à-vis du cabinet, la cave qui est dans la dite maison, l’usage de la cuisine et de la dépense, au temps de la vendange de chaque année, l’usage de l’écurie, lorsqu’ils en auront besoin. Ils se réservent encore l’usage du cellier, du pressoir, des cuves et baignoires pour fabriquer le vin produit par les vignes, qu’ils ont dans la localité et pressurer sans doute les vendanges que les habitants peuvent avoir.
2° Les preneurs jouiront aussi de 16 arpents de terre et de 11 arpents de pré, du four banal et de la maison qui en dépend, des dîmes de grains, à raison de 8 gerbes pour 100, des menues et vertes dîmes à payer du droit de corvée. Les charges de ces derniers consistaient en 750 livres par an aux seigneurs, à leur fournir 200 bottes de foin, 2 septiers d’avoine, de la paille pour leurs chevaux, à donner un muid de vin aux habitants de Suresnes, le jour de Pâques payer le gros du vicaire perpétuel. Ils devaient, en outre, entretenir en bon état, les bâtiments, pressoirs et cuves, charroyer les échalas nécessaires aux vignes, et rendre à la lin du bail, le colombier garni de 80 douzaines de pigeons L Le 28 décembre 1628, le sieur Martin s’offre pour continuer le bail, au prix de 700 livres seulement. Le prieur, Claude Boitard, fait observer à la communauté que cette diminution du fermage est motivée. En effet, on plante de plus en plus les terres en vignes, et par là même la dîme des grains, qui appartient au sieur Martin, perd de son importance 1 2.
La déclaration de 1790 indique les revenus et charges de la terre et seigneurie de Suresnes, qui appartient à la mense conventuelle. Les religieux possèdent à Suresnes :
1° La haute, moyenne et basse justice, le patronage de l’église.
2° La maison seigneuriale, logis du concierge, pressoir, cour et jardin, le tout contenant 1 arpent 71 perches, estimés 300 livres.
3° 20 arpents 69 perches de vigne, estimés 50 livres l’arpent,
1034 livres 10 sous.
1 Arch. nat. LL, 1042, p. 123.
2 Chapitres conventuels de Saint-Germain, Bit». nat., ms. fr. 16, p. 33.
4° 90 perches en osier, estimées 45 livres.
5° 27 arpents 17 perches de pré, estimés 50 livres l’arpent
1358 livres 10 sous.
6° Les petits loyers de 10 arpents 53 perches de terre en plusieurs pièces, louées à différents habitants, estimés 510 livres.
7° Les dîmes, estimées 1200 livres.
Ces dîmes sont grevées de la portion congrue du curé et du vicaire, de l’entretien et de la réparation du chœur et du cancel de l’église paroissiale. Le gros du curé se monte à 700 livres et celui du vicaire à 350 livres. Il ne reste donc plus que 150 livres pour l’ornementation du sanctuaire.
8° Les cens, lots et ventes, les rentes seigneuriales des chapelles, les rentes foncières sur plusieurs héritages, estimés 3000 livres.
9° Le four banal et la maison qui en dépend, affermés au sieur Cornail, pour 9 ans, au prix de 650 livres et en passant le bail 1200 livres, ce qui fait par an 133 livres 6 sous 8 deniers.
Le total des revenus nous donne la somme de 8231 livres 6 sous 8 deniers L
Parmi les charges de la rnense conventuelle, touchant les possessions suresnoises, nous lisons :
1° Pour les portions congrues du curé et du vicaire, et l’entretien de l’église 1200 livres.
2° Au concierge de Suresnes 200 »
3° Au garçon de Suresnes, pour ses gages et sa nourriture 350 »
4° Au garde du terroir de Suresnes 50 »
Le total, comme on le voit, est 1800 »
En retranchant cette somme de l’ensemble des revenus, nous trouvons un bénéfice net de 6431 livres 6 sous 8 deniers 1 2.
Le chiffre donné par Cocheris pour la somme des rentes de Suresnes est sans doute une faute d’impression 3.
Nous citerons ici les principaux prieurs, dont les noms sont le plus «connus, et les obligations qui leur incombaient :
1419, Anselme Andrée.
1437, Jehan Bourru.
1475, Jehan de Nuys.
1525, François Vatable, commendataire.
1 Arc.h. nat. S. 2858. I). Poirier, Bib. nat. ms. Fr. 20848, p. 10.
2 Ibid. [». 59.
3 Cocheris, III. 74. On lit 3231 1. au lieu rte 8231 1.
1490, Raoul du Feu, évêque d’Évreux, commendataire.
1544, Mathieu François, prieur.
1548, Jehan Buglot, prieur.
1559, Pierre Demorat, prieur.
1573, Pierre Danès, prieur commendataire.
La prévôté de la Celle et de Suresnes devait contribuer au général ou à la pitance du souper des religieux de Saint-Germain-des-Prés. C’était, une portion qu’on servait à chaque frère et qui constituait le repas du soir. L’abbé n’y pourvoyait que trois fois l’an : le vendredisaint, le jour de Pâques, et le premier jour de l’année L Le plus souvent, cette redevance était fixée par un accord préalable et se payait en argent. Le 13 novembre 1475, Jehan de Nuys consentit à donner annuellement 40 livres 5 sols 1 2. Raoul du Feu, évêque d’Évreux, et prieur commendataire de Suresnes, promit, en 1490, de payer une rente de 60 livres pour le souper des religieux 3. Ceci ne l’empêcha point d’avoir quelques démêlés avec l’abbé de Saint-Germain au sujet de son bénéfice4. En 1505, la contribution au général s’éleva à 70 livres. Le Parlement, dans un arrêt du 2 janvier 1522, la fixa à la même somme et assigna 4 livres pour le samedi-saint et le jour de Pavent, où se chante l’antienne : O Radix Jesse 5.
Enfin, comme les religieux de Saint-Germain-des-Prés devenaient très nombreux, depuis qu’ils avaient embrassé la réforme de Ghezal- Benoît, et qu’ils avaient peine à vivre, vu leur pauvreté, la malice des temps et la cherté des moyens de subsistance, ils demandèrent que les prieurés de Suresnes et de Saint-Michel de Chevaudos fussent unis à la mense conventuelle de leur monastère. Leur prière fut exaucée, le 24 mars 1574 6. Lebeuf prétend que la prévôté de Suresnes et le prieuré de Saint-Michel de Chevaudos furent unis à la communauté de Saint-Germain-des-Prés par Pierre de Gondi, évêque de Paris, pour que les revenus fussent employés à réparer les dégâts faits par les calvinistes à Verrière, Antoni, Chatillon, etc., qui s’élevaient à plus de 19 000 livres (Mars 1574) 7.
Lorsque les biens ecclésiastiques furent imposés pour une somme
2 Ibid. p. 91.
3 Ibid. p. 100 et LL. 1061.
4 Ibid. p. 106 et LL. 1041, p. 10.
5 Ibid. LL. 1042, p. 98.
6 Ibid. LL. 1041, p. 13 et 14.
7 Lebeef, Histoire du diocèse de Paris (Paris, 1883), III, 50.
de 50000 livres, le prieur de Suresnes paya, sans aliéner aucun immeuble, sa taxe particulière fixée à 312 livres (1576) L
Parmi les prieurs de Suresnes, nous en voyons deux qui, par leurs travaux ou leur caractère, méritent une mention spéciale. Le premier, François Vatable, naquit à Gamaches (Somme). Il était prieur de Suresnes, quand François Ier le nomma, en 1530 ou 1531, professeur de langue hébraïque au collège royal, qu’il venait d’établir. François Vatable a laissé une bible qui porte son nom.
Pierre Danès, célèbre helléniste, fut aussi prieur de Suresnes. Il était né à Paris en 1497. Nommé en 1557, à l’évêché de Lavaur, il assista plusieurs fois au concile de Trente. L’histoire a enregistré une de ses heureuses répliques, pendant qu’il prenait part aux travaux de cette auguste assemblée. Un orateur français venait de parler avec véhémence contre les mœurs dissolues de l’époque. « Gallus cantat, répondit avec dédain l’évêque d’Orvieto. Utinam, s’écria alors Danès, ad galli cantum Petrus resipisceret. » (Le coq chante. Plaise à Dieu que ce chant fasse revenir Pierre à résipiscence.)
Qu’on nous permette de terminer ce chapitre en résumant brièvement les événements qui se produisirent à Suresnes, pendant l’espace de six siècles.
En 1130, le village fut décimé par un fléau cruel qu’on appelait le mal des ardents. Les malades se portaient en grand nombre à la fontaine du Tertre, connue sous le nom de fontaine de Sainte- Geneviève, parce que la tradition la désignait comme ayant été l’abreuvoir des moutons de la vierge de Nanterre. La légende rapporte que tous ceux qui buvaient de bonne foi l’eau de cette source étaient guéris.
En 1358, au mois de juillet, les Anglais et les gens d’armes du roi de Navarre ravagèrent Asnières, Gennevilliers, Colombes, Rueil, Suresnes, Saint-Cloud. Les habitants surpris furent en grande partie passés au fil de l’épée. Les gens d’armes les abattaient à grands monceaux; ils en tuèrent tant, qu’ils étaient tout lassés. Aucune église ne fut respectée.
En l’année 1421, Suresnes eut à souffrir des querelles du parti Armagnac et Bourguignon. Une centaine d’habitants du pays s’étant retirés dans les donjons de Saint-Cloud, pour éviter les ravages que les Bourguignons causaient aux alentours, furent tués lors de la prise de cette forteresse, qu’ils croyaient inexpugnable. En novembre de la
1 Arch. nat. G. 8, 1203, pièce 135.
même année, les Bourguignons imposèrent des réquisitions si fortes, qu’elles mirent dans la misère ceux qui avaient échappé au carnage de Saint-Cloud, « et par telles manières demeurèrent les terres vagues que nul ne labourait. »
Pendant les guerres de religion, les habitants de Suresnes, peu rassurés sur l’avenir de leur village, et les religieux de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, inquiets de voir un de leurs plus beaux domaines menacé par des brigands étrangers, obtiennent de faire faire une enquête, en vue de fermer Suresnes par des murs. Les » démarches eurent plein succès. Suresnes se vit entouré de fossés, de murs flanqués de tourteaux (tourelles), de créneaux, de portes : la porte de la seigneurie, de Saint-Cloud, la fausse porte, la porte de Reuil, de l’Hermite, de Puteaux, la porte d’en Bas.
En 1590, Suresnes tenait pour la Ligue. Le vendredi 6 juin 1590, un détachement d’une cinquantaine d’arquebusiers était venu, sur l’ordre d’Henri IV, mettre le feu au moulin de Chantecoq, à Puteaux, et à ceux de Suresnes, puis avait poussé une reconnaissance jusqu’à l’entrée du village. Les habitants du pays, qui travaillaient aux vignes, échangèrent des mots assez vifs avec les soldats, qui devinrent subitement furieux. Les armes à la main, ils poursuivirent les catholiques impudents, qui se réfugièrent dans le clocher. Les Huguenots y mirent le feu. Tout fut consumé et les infortunés habitants, asphyxiés ou brûlés vifs, demeurèrent ensevelis sous les décombres du clocher, qui s’abattit avec fracas.
Les cartulaires et les terriers nous montrent que le chapitre de Saint-Honoré, celui du Saint-Sépulcre, le couvent des Cordelières de Lourcine, l’église de Saint-Landry, le prieuré de Saint-Martin-des- Champs avaient, à Suresnes, des propriétés en vignes, prés et terres labourables et des droits sur plusieurs autres. L’abbaye de Longchamp possédait une certaine part de territoire, qui consistait en clos de vignes, jardins potagers, vergers 1.
Le vin de Suresnes. — Jean Gonthier, médecin de François Ier, dans ses Exercitationes hggiasticœ, nous apprend que ce vin faisait les délices de la table royale. Ce vin provenait de la récolte faite dans le clos de la seigneurie et était envoyé annuellement au Roi par les religieux de Saint-Germain-des-Prés. Henri IV en envoyait en présent et l’on conserve de lui une lettre qui en fait foi.
Le vin de Suresnes perdit sa bonne réputation vers le xvme siècle.
1 Edouard Fournier, Suresnes, p. 225.
Louis XIV avait éprouvé une indisposition. Son premier médecin lui conseilla de prendre du vin Bourgogne, qui produisit le plus heureux effet sur la santé du Prince. Cet événement avait porté une grave atteinte à la renommée du vin de Suresnes, et la situation empira à la suite de l’hiver de 1709. Les vieux ceps firent place à de nouveaux, qui ne donnèrent plus qu’une piquette désagréable. Après 1736, le vin de Suresnes fut absolument décrié; il n’était plus bon qu’à faire danser les chèvres.
Quelques auteurs prétendent que le vin de Suresnes n’a jamais eu les honneurs de la table royale. A les entendre, on l’a confondu avec le vin de Suren, que l’on récoltait aux environs de Vendôme et pour lequel Henri IV avait une prédilection L