I7OO
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La différence qui se trouve dans le nombre des habitants de ces trois époques n’est pas grande et ne peut provenir de la religion prétendue réformée. Il y avait très peu de religionnaires dans la campagne, lors même que la ville de Châtellerault en était remplie.
Deux raisons expliquent cette diminution du nombre des habitants. D’abord, les années de disette, et surtout la famine de 1673, occasionnèrent une grande mortalité et décimèrent la population. En second lieu, comme l’élection de Poitiers était ou passait pour être moins imposée que celle de Châtellerault, on s'y porta en foule.
La paroisse de Naintré renferme un terrain qui contient 2200 arpents. On en fera distraction parce qu’il en est parlé dans le mémoire sur la ville de Châtellerault.
Cependant, comme son exploitation contribue à la subsistance de plusieurs habitants de Naintré, je dirai que l’exploitation des bois taillis de chaque année est de 60 arpents, ce qui revient à 4oo boisse- *ées, à raison de 6 boisselées 2/3, par arpent.
Le bois de chaque coupe a neuf années et s’exploite la dixième. Il s’exploitait aussi 7 arpents de baliveaux, par année, qui sont des bois de 100 ans ; mais cet arrangement a été interverti par différents arrêtés qui en donnent souvent davantage.
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Quant aux autres terres de Naintré, celles qui sont en culture de bleds montent, suivant l’évaluation, à 14280 boisselées, lesquelles reviennent, à raison de 6 boisselées 2/3 par arpent, mesure de Paris, à 3142 arpents.
Il faut noter que la boisselée est la quantité de terre qu’un boisseau de bled froment qui pèse 3o livres peut ensemencer.
Je compte dans cette paroisse 67 métairies, dont 10 à deux charrues et 47 à une, évaluées chaque charrue à 180 boisselées — 12060 boisselées
24 borderies ou labourages à bourriques, que j’évalue à 3o boisselées, chacune,
i5o, tant journaliers, meuniers, foulons et autres qui exploitent à la bêche, ou par autrui, à argent.
J 'évalue leur travail à la culture de 10 boisselées de terre chacune
Total
— 720 boisselées
= i5oo boisselées
14280 boisselées
Les 56 feux occupés par les ecclésiastiques, les gentilshommes, les veuves et les mendiants non exploitants, remplissent le nombre de 287 feux, dont se compose toute la paroisse.
Les terres dont je viens de parler se divisent en deux parties : la moitié en seigle et la moitié en froment. Celle-ci se subdivise en 3 portions, dont l’une porte du froment, l’autre des bleds orges, et la troisième se repose. C’est ce qu’on appelle tiercer.
Il n’en est pas de même des terres à seigles qui presque toutes se partagent en deux assiettes, dont l’une porte le bled et l’autre se repose. Sur ce principe, nous deviserons la totalité des dites terres en 3 parties, dont deux en culture, et la troisième en repos.
Cette troisième partie monte à 4760 boisselées. Il reste pour la culture de chaque année 9520 boisselées, lesquelles doivent être divisées savoir :
la 1/2, en seigle le 1 /4, en froment
l’autre quart, en baillarge ou autres blés orges
Total
4760 boisselées 238o —
9520 boisselées
Ces 9520 boisselées de terre produisent, année commune, à raison de 5 boisseaux par boisselées, qui est l’évaluation la plus juste que j’ai pu y mettre 47600 boisseaux
lesquels reviennent à 470 muids, mesure de Paris, savoir :
froment :
seigle :
bleds orges :
11900 boisseaux a3oo —
Total : 47600 boisseaux
9520 boisseaux 38o8o boisseaux
Sur ce, il faut déduire les ensemencements :
Il reste pour la consommation :
La paroisse est habitée par 1148 personnes, lesquelles peuvent consommer, chacune, l'un portant l’autre, 36 boisseaux de mouture, à raison de 3 boisseaux par mois, dont chacun faisant 25 livres de pain, les 3 boisseaux donnent 75 livres. Ces dernières étant divisées par 3o, font deux livres et demie, par jour. Cette nourriture est suffisante pour les habitants.
Il y a envison la moitié d’enfants auxquels deux livres suffisent. Par ce moyen, les grandes personnes en consomment trois pour leur usage. Le tout revient à 4i3a8 boisseaux et la paroisse en produit seulement : 38o8o boisseaux ; il en manque donc : 3a48 boisseaux.
Ceci provient de ce que, dans Naintré, un grand nombre d’habitants n’exploitent pas des terres en assez grande quantité pour produire le blé nécessaire à leur subsistance. Les journaliers dont les exploitations ne rapportent pas de quoi les nourrir, gagnent de quoi acheter du bled ailleurs en travaillant aux vignes et en faisant des fagots dans la forêt et à d’autres ouvrages.
Le Clain borde cette paroisse ; on compte, dans son étendue, sur cette rivière, i5 moulins à bled et 7 à foulons. Ceux qui les exploitent ne sont pas les moins aisés de Naintré.
Les artisans consistent en 6 tisserands, 4 maçons, 4 sabotiers, 1 maréchal et 1 pescheur. Il y a un notaire royal et un sergent royal.
n y a 65o boisselées de vignes, assez mal plantées. Elles peuvent rapporter à raison d’une demi-barrique par boisselée, l’une portant l’autre, ce qui fait 235 barriques de vin, mesure de Paris, celle du pays n’étant que de 3o veltes ou setiers, qui est un dixième de moins que la mesure de Paris.
On compte dans Naintré 200 boisselées de terre en chenevrières, revenant à 3o arpents, qui rapportent 4o livres de chanvre, l’un portant l’autre; 800 boisselées de pré revenant à 120 arpents qui rapportent environ 3oo livres de foin la boisselée. Ce fourrage est my-médiocre ; il croît principalement sur les bord du Clain, qui en cet endroit produit beaucoup de joncs et de roseaux.
Il y a 5oo boisselées de terres incultes dans cette paroisse qui reviennent à 75 arpens. Ces terres servent néanmoins de pâturage, si on peut pourtant qualifier de ce nom des terres froides et marécageuses qui ne sont propres à rien et dans lesquelles on envoie les bêtes plutôt pour les empêcher de mourir que pour les nourir et les engraisser.
Les habitants de Naintré tirent encore moins de profit de 100 arpents de landes et bruyères qui sont absolument incultes et dans lesquelles il ne vient que quelques broussailles dont on chauffe le four.
Dans ces deux articles, le premier pourra servir à faire des prés de peu de valeur, à la vérité, mais qui seraient très nécessaires dans un pays où ils sont rares; il faudrait pour cela faire des saignées pour déssécher un peu les terres. Elles seraient ensuite en valeur, si on pouvait les fumer ; mais il ne se fait pas assez de fumier pour y parvenir.
Le second article pourrait être semé en bois. Il faudrait commencer par desserter et défricher.
Il y a environ 5o arpents de bois taillis qui se coupent tous les temps portés par les ordonnances, c’est-à-dire, de neuf en neuf ans. Chaque arpent peut rapporter i5o fagots, ce qui fait un total de i5oo fagots, qui sur le lieu valent 10 livres le cent, ce qui revient à i5o livres. Outre la forêt, il y a dans la paroisse quelques pieds de chêne sur les bords des pièces de terre. Ils sont d’une très grande utilité en donnant du gland pour la nourriture des porcs qu’on y élève. Il n’y a dans cette paroisse nulle industrie, ni commerce, si ce n’est un petit nombre de tisserands qui font de grosses toiles pour les gens du pays.
Chaque métayer élève une truye et quelques cochons. Les bordiers élèvent un ou deux cochons ; quant aux brebis et moutons, le pays est si peu propre à y en élever, que quoique il y en ait peu, ces brebis sont toujours à charge à ceux qui les ont, par les pertes presque inévitables qu’ils en font dans la mauvaise saison ; et on n’y tient que pour avoir quelques engrais pour les terres.
Il n’y a ni foire ni marché dans cette paroisse, les denrées se débitent à Châtellerault.
Le grand chemin est connu, il traverse la forêt ; ceux de communication d’un lieu à un autre peuvent occuper 20 arpents de terre, la paroisse étant très grande, ayant près de 3 lieues de diamètre. Naintré touche à i4 paroisses limitrophes.
L’imposition de la paroisse pour l’année 173C monte, savoir :
La taille :
La capitation :
Le louage :
Total :
La dixme des privilégiés et taillables revient
Total :
2020 livres 83o —
320 — 6 sols
3 1 70 livres 6 sols 1622 — 10 sols
5 184 livres 16 sols
Les impositions de 1684, qui est l’époque de comparaison consistant uniquement dans la taille, s’élevaient à : 3750 livres
— Les frais faits contre les habitants de la dite paroisse en 1 736 se
montent à : 8 livres
— Je ne dois par oublier, continue l’auteur du mémoire, une singularité que j’ai vue dans le cimetière de Naintré : ce sont des pierres de différentes grandeurs. Il y en a de cinq à six pieds de long sur 2 de large et presqu’aussi épaisse, qui sont d’une composition qui m’a paru, en en faisant casser, être de chaux, de gros sable et de ciment, ce qui fait un tout extrêmement dur. J’en ai vu une qui était couverte ou enduite en quelques-unes de ses parties d’un vernis de ciment très fin, de l’épaisseur d’un demi-écu. 11 y en a des restes très polis et très durs. Quoique cette composition paraisse très simple, je ne pense pas qu’on en pût faire présentement de semblable. Le mortier ou mastic qui lie les cailloux qui entrent dans la composition est si dur que lorsqu’on en casse un morceau, on casse aussi les cailloux.
S’il m’est permis de hasarder mes conjectures sur l’usage qu’on en faisait, je dirai que j’ai lu quelque part qu’on employait cette composition dans des fondements de bâtiments établis sur un fonds peu solide. On luy donnait par là telle étendue qu’on voulait. Ces blocs soutenaient le poids du bâtiments sans s’affaisser, ce qu’auraient fait des pierres de pareil volume, mais qui n’auraient pu être voiturées, ni employées par l’immensité de leur poids. Il est triste qu’on ait perdu l’habitude de faire ce mortier.
La paroisse de Naintré se vante d’avoir l’avantage de renfermer dans son territoire le plus respectable monument du Poitou, tant par sa qualité que pour son antiquité, un reste de l’ancienne ville de Poitiers, ce qu’on croit être une partie d’un temple des faux dieux que les siècles ont épargnés et qu’on appelle encore aujourd’hui le vieux Poitiers.
On prétend que ce fut au vieux Poitiers que Pépin et Carloman, après la mort de Charles-Martel leur père, s’assemblèrent, en 751, pour faire le partage de leurs vastes États.
Ce document, qui est de 1746, nous fournit des renseignements utiles. Grâce à lui, nous connaissons Naintré, son étendue, la nature de son sol, le mouvement de la population, ses charges et moyens d’existence.
Administration temporelle1
Après avoir fait ample connaissance avec le domaine que l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés possédait à Naintré, il nous reste à exposer les principaux actes auxquels il a donné lieu, soit au point de vue temporel,
i. Nous lisons dans lo Bulletin paroissial de Naintré (mai 1900) l’énumération de plusieurs lieux, dits et quelques renseignements sur leur importance.
A la fin du moyen âge, Naintré, qui possédait un prieuré et la cure, était devenu chef-lieu du bailliage du même nom.
La Plaine était un fief relevant de la vicomté de Châtellerault. Il y en avait plusieurs sur le territoire de Naintré.
i” Le moulin de Chézelles relevait de la baronnie de Monthoiron ; celui de Domine, de la Tour de Naintré, ainsi que la Simomière.
2° La Brelandière était la maison de campagne des vicomtes de Châtellerault, qui possédaient également Nerpuy, le moulin de Souez et la forêt de Châtellerault, appelée le bois de Feulboux.
3" La Tour de Naintré était déjà possédée par la famille Levrault et appelée, dans un inventaire d’aveux du duché de Châtellerault : hôtel et forteresse.
4“ Le Peux ou le Puy.
5* Le Fief-Largeau.
6° La Bertonnalière.
7® Bergeste et encore Bergeresse.
8° Nonnes.
9* Les Bordes, données, en 1 38 1 , par Charles d’Anjou, roi de Sicile, alors seigneur de Châtellerault, à Girard Guinot, son valet de chambre; puis, par Jean d’Armagnac, duc de Nemours et pareillement seigneur de Châtellerault, à Pierre Argenteau, son valet de chambre, gendre de Guinot, qui avait donné les Bordes en dot à sa fille.
io° La Brosse était en même temps une haute justice.
1 1° Le Rivault.
12” La Fontfermée était un fief relevant de la seigneurie de la Massardière.
i3° En 1738, les gentilshommes de Naintré étaient au nombre de quatre, savoir :
soit au point de vue spirituel. Nous avouons en toute franchise que les événements qui se sont passés en ce petit coin de terre nous sont presque entièrement étrangers, si nous exceptons une période de 5o ans, à la fin du quinzième siècle. A cette époque, vivait un prieur doué d’une grande énergie, qui sut défendre ses droits et fit consigner dans un registre, conservé aux Archives Nationales (carton S. 2969), les principales phases de son existence tourmentée, pour laisser à la postérité le soin d’apprécier sa conduite. Avant de parler de ses faits et gestes, nous tenons à mentionner un incident qui n’est pas tout à l’honneur des Bénédictins du célèbre monastère de Paris . En 1 42 1 , pendant les troubles néfastes de la guerre de Cent ans, Jehan Belin, prieur de Saint-Vincent de Naintré, paraît avoir, au moins momentanément, oublié son devoir et favorisé les intrigues des Bourguignons et des Anglais. Le Dauphin, plus tard, Charles VII, que la trahison avait repoussé jusqu’au fond de son comté du Poitou, était entouré de quelques fidèles sujets parmi lesquels se trouvaient deux religieux de Saint-Denis en France, nommés Robert de Bagnencourt et Jehan Compère (?). Pour échapper aux ennemis de la patrie, ils avaient quitté leur communauté et avaient cherché un refuge dans le pays poitevin. Comme ils manquaient de choses nécessaires à leur subsistance, le prince leur assigna provisoirement tous les revenus de la terre de Naintré et leur permit d’en jouir tant que le prieur titulaire n’aurait pas renoncé aux sentiments hostiles qu’il vouait à l’héritier légitime de son roi (27 février 1421 ou 1422). Jehan Assailli, prêtre, et Guillaume Défense (?) voulurent s’opposer à cette libéralité, sous prétexte que frère lehan Piron, procurateur de
Dame Marguerite de Gougeron, veuve de messire Balthasar Pagis, écuyer et seigneur de la Neuvède, propriétaire des fiefs, maisons et château de la Tour de Naintré qui peut valoir 600 livres de revenu.
Messire Gabriel Duchillault, écuyer, seigneur des fiefs de Salem et de la Tour Savary qui peuvent valoir i5oo livres de revenu.
Messire Gosme Levrault, écuyer, seigneur de la Maisonneuve, qui peut valoir âoo livres de revenu.
Messire François Gourault de la Roche-Chevreuse, écuyer, seigneur des Bordes, qui peuvent valoir 800 livres de revenu.
Les privilégiés de la paroisse étaient un maître de postes qui ne faisait rien valoir, un commis-courtier, qui faisait valoir peu de choses, deux salpètriers qui faisaient encore moins valoir, et une brigade de gabelle composée d’un lieutenant et de trois gardes à pied.
Ces détails ont été puisés dans les études sur le Châtelleraudais, publiées par M. Alfred Barbier, dans la Revue des Antiquaires de l'Ouest.
Jehan Belin, leur avait affermé le temporel du prieuré de Saint-Vincent de Naintré. Ils portèrent l’affaire devant le parlement, qui affirma ne pouvoir se prononcer qu’après avoir tout examiné sérieusement. Pendant les débats et jusqu’au jugement définitif, Robert de Bagnencourt et Jehan Compère devaient pourvoir à la célébration de l’office divin, à la culture des terres et s’approprier en retour le produit des récoltes (16 juillet i l\i i ou 1422) \
Avant de raconter les multiples procès que le prieur de Naintré eut à soutenir à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe, nous mentionnerons l’accord que les Bénédictins de Saint Germain-des-Prés conclurent avec Jehan de Bellesmains, évêque de Poitiers (1162-81). A la demande de l’abbé de ce monastère et du roi de France, le prélat s’engagea à ne plus exiger les droits de procuration pour le prieuré de Naintré, moyennant une rente annuelle de 20 sols angevins.
Toutefois il réservait les droits de ses successeurs et leur laissait la liberté d’approuver ou de résilier ce contrat®.
Nous ne savons pas combien de temps dura cette convention, et les débats qui s’élevèrent en 1 453 ne nous renseignent pas à cet égard. Le 12 novembre de cette année, l’abbé de Notre-Dame-la Grande, juge apostolique, cita Jehan de Puygiraud, prieur de Saint-Vincent de Naintré, cà comparaître devant lui. Ce dernier déclina l’ajournement. Bachelier en décret et escolier de l’Université de Paris, il en appela au conservateur général des privilèges de cet institut, Robert d’Estouteville, chevalier, seigneur de Bayne, et prouva la légitimité de son refus. Jacques Juvénal des Ursins, évêque de Poitiers, et patriarche d’Antioche (i449-i456), réclamait des droits de visite pour le prieuré de Naintré. Il violait ainsi les privilèges accordés aux Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés par le Pape régnant et ses prédécesseurs qui défendaient à tout prélat de visiter l’abbaye et les priorés en dépendant et d’y prélever des droits de procuration.
Les mêmes pontifes avaient en outre déclaré les religieux de Saint-Germain, tant en chief comme en membres, exempts de tout archediacres, évesques, archevesques, patriarches, de leurs officiaux et de tous autres juges ecclésiastiques. Hors des murs de Paris, ils n’étaient tenus de plaidier, en demandant ou défendant, que