Arch. nat., L. 78a
a. Arch. nat., LL. ioa6, p. 387 ; LL. ioa5, p. z 34 L. 781 ; LL. 1039, p. 70.
devant le pape ou son légat a latere. Du reste, lui, Jehan de Puigiraud, en sa qualité d’estudiant, ne relevait que du conservateur général des privilèges de l’université ; c’est devant lui qu’on devait la traduire. Touché du bien fondé de cette complainte, Robert d’Estouteville se hâta de prendre en main la cause du Prieur de Naintré et donna charge de requérir au plus tôt contre l’évêque de Poitiers et son procureur, Jehan de Brossa qui avaient déjà menacé de briser toute résistance au moyen de censures ecclésiastiques (xer février 1454 *.
Guillaume de la Chèze , sergent royal, reçut mission d’ajourner les parties à comparaître en sa présence devant le portail principal du prieuré de Naintré, le vendredi 26 avril, de 8 heures à n h. du matin, ce qu’il fit le 17 du même mois. Jehan de Brossa ne répondit pas à cette convocation. Il n’en fut de même pour l’évêque de Poitiers qui se trouva représenté par Maurice Gaudin. Jehan de Puigiraud chargea son frère Jacques de défendre ses intérêts dans cette circonstance. Le sergent du roi somma le procureur de l’évêque de respecter à l’avenir les privilèges du prieur de Naintré. Comme Maurice Gaudin n’y voulut consentir, les juges du Châtelet de Paris sévirent soumettre cette affaire. Le mardi, ier juillet i455, Cantin de Betizi, procureur des religieux de Saint-Germain-des-Prés, et Jehan Charpentier, procureur de monseigneur Juvénal des Ursins, furent invités à se présenter devant ce tribunal, au premier jour, après les vacations du mois d’août. Rien ne nous parle du résultat de cette séance juridique. Cependant nous pouvons croire que Jehan de Puigiraud gagna son procès, puisqu’il se dit toujours exempt de l’autorité diocésaine, comme nous allons le voir. Le patriarche d’Antioche était mort depuis quelques années lorsque l’un de ses successeurs, Jehan du Bellay (1461-79), réclama du prieur de Naintré un droit de joyeux avènement. Jehan de Puigiraud refusa de le payer, et, pour ce motif, il fut cité devant l’official de l’évêque. Dans la crainte de cheoir en excommuniement, il eut recours aux bons offices de Loys, seigneur de Cressol, et de Fiorensac, chevalier, grand pannetier de France, conseiller et chambellan du roi et son sénéchal en Poictou. Celui-ci prit énergiquement sa défense et commanda, sous les peines les plus graves, de ne rien entreprendre contre lui, 6 septembre i465. Ce jour même, le sieur Olivier, sergent ordinaire du roi, sur l’ordre
i. Arch. nat., S. 2969.
du sénéchal, se transporte à l’ostel épiscopal, en l’auditoire où l’on avait coutume de tenir la cour de l’oflicialité. 11 trouva et appréhenda en personne messire Jehan Tripaud, docteur es droitz canon et civil, official, maistres Jehan Petit et Jacques Aliton, procureurs de l’évêque, et maistre Guillaume Clérambault, son secrétaire. Il leur exhiba ses lettres et leur défendit de procéder contre le prieur de Naintré. Si déjà ils l’avaient fait, ils devaient se hâter de tout réparer et de mettre les choses au premier état. Quelques jours plus tard, le xie septembre. Jehan Petit répondit au nom de tous qu’il se garderait de mesprandre. Il voulait sans doute affirmer par là qu’on avait intention de mettre un terme aux poursuites engagées contre Jehan de Puigiraud *.
Le prieur de Naintré vécut en paix jusqu’en 1479, époque où mourut Jehan du Bellay. Son successeur, Guillaume de Gluny, exigea par son official, Jehan Poitevin, 60 sols tournois, comme don de joyeux avènement, et xi livres pour droits de procurations. Jehan de Puigiraud demanda de nouveau aide et secours au sénéchal de Poitiers. Il le pria de sommer l’évêque et son official de renoncer aux troubles et empêchements dont il était victime (7 octobre 1480). L’autorité diocésaine ne voulut rien entendre. En dépit de la défense qui lui fut faite de frapper de censures le prieur de Naintré, pendant le procès, sous peine de mille livres d’amende, elle l’excommunia nommément. Bien plus, cette sentence fut affichée en gros caractères aux portes des églises de Poitiers. Une telle audace méritait une exemplaire répression. Le 3 1 octobre 1480, sur l’ordre du sénéchal, Jehan Gharrousson, sergent du roi, se rendit à l’ostel épiscopal. N’ayant pu voir le prélat, il rencontra au moins la plupart de ses officiers : maistres Macé et Gauvigneau, ses vicaires, Jehan Poithevin, son official, Pierre Gorvain (!) et Denis Chauvesouris, ses procureurs et prometteurs. Il leur expose la mission qu’il a reçue et leur commande de lever la censure qu’ils ont fulminée. Comme ils allèguent divers prétextes pour ne point obéir, il saisit leur temporel et le met en la main du roi. Il déclare qu’il proposera des commissaires chargés d’en recueillir les revenus tant qu’ils n’auront pas manifesté une entière soumission. Cette mesure produisit son effet et donna à réfléchir. Le receveur de l’évêque devint lui-même moins intransigeant. Il consentit à ce que la sentence d’excommunication lancée contre le prieur de Naintré fût rapportée (3o novembre 1480 *).