‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-PrésChapitre 85 sur 168 · Id., S · texte numérisé non relu

Id., S

3. Id., L. 760, n° 39, Saint-Germain-des-Prés au XIV’ siècle.

4. Beauchet-Filleau, Dictionnaire des familles de l’ancien Poitou, édit, de i84i, t. I,

Renaud ou Arnaud de Sainte-Maure, ayant voulu secouer le joug des Anglais, comme son père et un grand nombre de jeunes seigneurs de cette époque, fut vaincu et demeura prisonnier pendant io ans. Ses possessions furent confisquées et données à un seigneur anglais, ce qui expliquerait la prise et reprise de Jonzac par les armées de Charles VII. Peut-être l’ancien château, détruit par ces guerres cruelles, fut-il reconstruit par les Anglais, qui s’en étaient rendus maîtres et avaient voulu en faire une de leurs places fortes. Lorsque Charles VII eut chassé les envahisseurs, il rétablit Renaud de Sainte-Maure dans tous ses biens, que les Anglais avaient confisqués pour punir Arnaud ou Renaud de s’être révolté. Il était mort à cette époque et n’avait pas vu la victoire de son pays. Jonzac fut arraché aux ennemis, en i45o et i453. Le triomphe de Castillon mit un terme aux guerres qui l’avaient ensanglanté pendant trois siècles.

Rappelons en passant que, le 6 juin i36a, Edouard III, roi d’Angleterre et seigneur d’Aquitaine, manda à son sénéchal de Saintonge de ne point inquiéter l’abbé de Saint-Germain-des-Prés, pour le domaine qu’il avait dans cette contrée, et de lui permettre de différer jusqu’à la prochaine fête de Pâques l’hommage qu’il lui devait de ce chef. Une puissante influence avait intercédé en faveur du prélat. L’abbé de Cluny, le cardinal Andoin ou Adrien de la Roche, était intervenu. Le pape Innocent IV le décora de la pourpre pour avoir pacifié la Bretagne et réconcilié les rois de France et d’Angleterre (i36i) *.

Renaud de Sainte-Maure avait épousé, en i456, Françoise Chabot de Jarnac, et plus tard, en secondes noces, Claire de Chastenet de Granzac. Ses enfants furent : Renaud, Foucaud, Jean, seigneur de Mosnac, Philippe, seigneur de Chaux, auteur de la branche de Chaux.

Le 20 septembre i463, Renaud se reconnut l’homme-lige de l’abbé de Saint-Germain-des-Prés. Lorsque la paix fut rétablie, songeant au bien-être et à la prospérité de ses sujets, il se hâta de rétablir les foires de Jonzac qui étaient tombées en désuétude pendant les dernières années de guerres. Il fit appel au lieutenant général du roi des merciers, en Saintonge, témoin le curieux document qui suit, daté du 26 mars 1473 :

« Pierre Petys Dorin, lieutenant général du roi des merciers, au pays

1. Histoire de Cluny, par P. Lorain, Paris, i845, P- ao5. Rymer fœdera, t. III, pars a*, p. 59.

et comté du Poitou, Xaintonge, Lirnosin, Péregort, Angoulmoys, Armaignac et ailleurs, en la duchée de Guyenne, à tous ceux que ces lettres verront, salut... 1

« Comme nous soyons transportés au lieu, ville et bourg de Jonzac, pour nous informer des foyres et marchés du dit lieu que disait avoir d’ancienneté en ce lieu, très noble et puissant seigneur Régnault de Sainte-Maure, escuyer, seigneur dudit lieu de Jonzac, et que ayons esté et soyons encore deuement informez, comme lieutenant susdit, tant par hommaiges, lettres anciennes que autrement, deuement par tesmoings, assavoir est, par les dépositions de Guillaume Roclie-dieux, Lucas Regnier, Jehan Rethé, Arnauld Melquin, et plusieurs autres anciens du dit lieu de Jonzac, que a accoustumé avoir de toute ancienneté six foires et les marchés chascune semaine, en cliascun jour et festes saint Andrieu, saint Mathieu, le jour de la conversion de saint Paul, le jour de la mi-quaresme, le jour et feste de saint Jean Porte-Latine et le jour saint Cristophe, jour des dites foyres et par cliascun jour de vendredi, jour de marché, et pour ce, pour les causes susdites et autres à ce nous mouvant, avons donné et donnons par ces dites présentes, par vertu du pouvoir à nous donné et commiz en cette partye, comme lieutenant susdit, plain pouvoir, authorité et puissance espécial au dit de Sainte-Maure, seigneur susdit, pour luy et les siens, de tenir et faire tenir doresnavant perpétuellement les dits foyres et marchés, es dits jours et festes, ainsi qu’il a accoustumé, et d’en prendre et lever les droicts, debvoirs, prouffits, revenus et esmoluments à luy appartenant, à causes des dites foyres et marchés, ainsi par la forme et manière qu’il est contenu es ordonnances par nous et la compagnie du dit mestier de mereyer cy-dessoubs nommés sur ce fait. Et si aucun débat sordissoyt ou naissoyt entre les compagnons mereyers du dit mestier, touchant l’office de la mercerie seulement, en iceluy cas, nous en retenons la cognoissance en notre court, et sy aucune amende y avait, nous y aurons la moitié, et le dit seigneur, l’autre moitié, tout ainsi qu’il est contenu en lettres de nos privilèges. Et lequel de Sainte Maure, seigneur susdit, nous a payé nostre droicts et debvoyr, pour

i. La corporation des merciers était la plus puissante et la mieux organisée des corporations. Le roi des merciers étendait sa juridiction sur toute la France, et, comme on le voit dans le document ci-dessus, il avait des lieutenants généraux régionaux. François I" supprima la charge du roi des merciers qui ne fut rétablie que temporairement sous Henri III et définitivement abolie par Henri IV, 1597.

ce à nous dheu, et aussi celuy des compagnons et mercyers dudit mestier. Sy mandons et commandons par ces dites présentes, par vertu et authorité de notre dit office et du pouvoir à nous donné et commiz par iceluy, à tous et chascun les mercyers, compagnons et autres jurez du serment du dit mestier de mercerye, que doresnavant perpétuellement, ils aillent, viennent et desployent es dictes foyres et marchés, et que en icelles foyres et marchés, ils ne mettent, ny souffrent estre faict ou mis par eux ne par aultre aucun destourbis, ne empeschement, mais en souffrent et lessent doresnavant jouyr et uzer le dict de Sainte Maure, et les siens perpétuellement, ensemble des droicts et debvoirs pour ce à luy dheus *. »

D’après un partage qui eut lieu, le 1 5 septembre 1470, Renaud de Sainte-Maure conserva la châtellenie de Jonzac, et son frère Léon, celle de Montauzier. En 1489, il soutint un important procès contre le seigneur d’Archiac, au sujet de la délimitation de leurs seigneuries respectives. 11 fut un des principaux bienfaiteurs de la maladrerie fondée, en 1481, par Bertrand de Yilot, à quelque distance de Jonzac, sur la route de Montendre et dont on voit encore les vestiges. En 1497, Renaud de Sainte-Maure n’existait plus, et son fils aîné le suivit bientôt dans la tombe. Le second, Foucaud de Sainte-Maure, prieur de Saint-Gervais, prêta, comme seigneur de Jonzac, le 5 mai 1499» serment de foi et hommage à l’évêque de Ghâlons, abbé de Saint-Germain-des-Prés *. Il ne conserva pas longtemps sa châtellenie, il mourut en i5oa. Ses droits et héritages passèrent à son frère Jean, déjà seigneur de Mosnac. François, se trouvant moins bien partagé que ses frères, demanda qu’on lui fît bâtir, à Cadillac, un logis du tiers de la valeur de celui de Chaux.

Le château de Jonzac, dit-il, est situé en bon et fertile pays : la terre s’afferme au moins 7 sous 1/2, par journal ; le four banier vaut bien 5o sous de rente ; une belle fuie en pierre, bien garnie, assise sur la rivière, rapporte au moins 10 livres ; la pierrière, qui est belle et grande, donne 10 livres de droit seigneurial ; il y a de belles pêcheries, droit d’anguilles de moulins, une métairie, en Neulles, un pré sur la Seugne. De plus, les forêts, les bois de Jonzac et de Mosnac, ceux d’Ozillac, de Clam, ont plus de valeur en raison de la proximité de ces

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