‹ Les Déplacements du Pole Monétaire et ses Conséquences Economiques de 1914 à 1923Chapitre 36 sur 37 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'exemple de l’Angleterre nous permet de revenir à quelques vérités économiques essentielles qui ne sauraient être négligées dans la conduite CURE et politique des peuples.

Constatons d’abord une situation de fait. Malgré la politique énergique de l’Angleterre, le prix de l’or, sur le marché anglais, est fixé par l’écart qu'il y a entre la livre et le dollar. Mais cependant le pôle des transactions internationales est désormais rétabli à Londres.

Quant au retour de la plupart des nations à l’étalon d'or, il reste nécessaire, malgré les difficultés qui s’y opposent dans le présent.

Assurément, l’or n’est qu’un appoint dans les règlements internationaux. Ce sont les marchandises qui règlent, c’est le seul instrument d'échange international. Car les titres internationaux eux-mêmes sont libellés en monnaies représentatives de puissance d'achat de marchandises.

Quelque forme que le crédit revête dans les règlements à effectuer de pays à pays, et quelque développement que prenne le choix de la compensation des dettes et des créances, dans la famille des peuples, un pays qui aura

reçu plus qu'il n’a fourni se trouvera toujours dans l'alternative de payer ou de rester débiteur, et s’il paie, il paiera en marchandises.

Mais un pays ne fixe pas à son gré le volume de ses exportations et il peut arriver que l'étranger soit peu disposé à prendre des marchandises du pays débiteur.

Certains économistes ont entrevu comme remède à cette situation une politique de crédits, les pays à grosses réserves d’or prêtant aux pays appauvris une partie de leurs richesses.

À la base de cette conception se trouve une erreur fondamentale : l’ouverture de crédit ne sera jamais un moyen de rétablir l’équilibre économique du monde. Elle est un secours temporaire, elle n’est pas une organisation définitive ou à long terme. Elle peut permettre de reconstituer une industrie donnée, dans un système normal de production et d’échange ; elle ne peut pas suffire à relever l’industrie et le commerce sur un marché international disloqué. Techniquement, l'ouverture de crédits n’est pas autre chose qu’une créance reportée : un moment vient toujours où il faut procéder au règlement, et ce moment, étant donné la nature même de l'opération, ne peut être indéfiniment renvoyé.

Une politique d'ouvertures de crédit aurait pu, jointe à d’autres mesures, jouer un rôle efficace, si on en avait fait usage au lendemain même de la conclusion de la paix, à une époque où le désordre monétaire de l’Europe Centrale était loin d’avoir atteint le degré de gravité où nous le voyons aujourd’hui. Si, à cette époque-là, alors que la situation financière de l’Allemague n’avait rien de désespéré, on avait écouté les suggestions françaises, si l’on avait admis la nécessité d’escompter les bons représentatifs de la dette allemande, si les Etats-Unis et l’Angle-

terre, avec le concours des neutres, avaient consenti à mobiliser cette créance, la reconstitution financière serait aujourd’hui en voie de s’accomplir. Mais les mesures nécessaires n'ayant pas été prises en 1919, il est désormais trop tard pour rechercher le salut dans cette direction.

On ne voit pas, d’ailleurs, sur quelles bases pourraient s'organiser aujourd'hui ces gigantesques opérations de crédit. Le projet Ter Meulen, par exemple, qui est peut-être le mieux étudié de tous ceux qui ont été mis en avant, établit une distinction entre les crédits à l’exportation et les crédits à la reconstitution : les premiers sont destinés à faciliter immédiatement la réouverture des marchés dans les pays appauvris par la guerre, en permettant aux producteurs étrangers de consentir des délais prolongés pour le règlement de leurs exportations ; les seconds seraieñt consentis aux pays appauvris en vue de l'établissement de voies ferrées, de canaux, de ports, d'usines, etc., afin que ces nations puissent progressivement arriver à se suffire à elles-mêmes.

Ce système ne peut pas fonctionner. Les crédits à l’exportation, par exemple, n’auraient pas pour résultat de créer des richesses nouvelles, mais au contraire, ils appauvriraient les pays qui en bénéficieraient : en effet, si l’acheteur consomme les produits acquis à crédit, il n’en retire aucun enrichissement qui puisse lui permettre d’acquitter sa dette. S’il transforme ces produits, ou s’il les revend, il faudra qu’il reçoive en paiement une monnaie appréciée par rapport à la sienne propre, sans quoi il ne pourra se libérer qu'en créant artificiellement de nouveaux moyens de paiement, de sorte que le résultat final sera une inflation internationale. Le même raisonnement s'applique, sous une forme un peu différente, aux crédits à la reconstruction. Ceux-ci, au fond, ne sont

pas autre chose que les « emprunts gagés » d'avant la guerre. Tout ce vaste système suppose réalisée une condition indispensable : c’est que les Etats dont les budgets sont fortement déficitaires, trouveront les moyens matériels d'assurer le service de nouveaux et importants em prunts extérieurs. L’emprunt gagé est une formule heureuse, autant pour la garantie du prêteur que pour le développement économique de l’emprunteur, mais il faut pour cela que le désordre financier tienne seulement à un défaut d'organisation de l'Etat. Lorsqu'il tient à des causes plus graves, parmi lesquelles figurent les obligations résultant des traités de paix pour les pays de l’Europe Centrale, l’emprunt gagé n’est pas une solution du problème : à lui seul, il ne sera jamais suffisant pour permettre à ce pays d’acquitter leurs dettes.

Si la France doit par ses seuls moyens assumer toutes les charges de ses dépenses de guerre, des réparations du Nord et de l’Est, du remboursement des dettes interalliées, elle est dans une situation aussi mauvaise que les Empires Centraux. Peut-être pire, car ceux-ci pourraient par une faillite intérieure restaurer immédiatement leur situation. En effet, ils n’ont pas de dettes extérieures, puis, avant la guerre, ils ont employé la plus grande part de leurs épargnes à accroître leur puissance de production. Dans l’état actuel, la France ne peut rembourser les crédits qui lui furent consentis pendant la guerre. À quoi servirait d'augmenter son endettement ? Surtout si ses principaux clients d’avant-guerre persistent dans leur refus d'acquérir ses vins et ses produits de luxe et lui enlèvent ainsi une de ses facultés de libération.

Essayer de faire de l’ouverture de crédit l'instrument de la restauration financière du monde, c’est se tromper gravement sur la nature de ce mécanisme. Certes, l’ouver-

ture de crédit est appelée à jouer un rôle important dans cette réorganisation qu’on doit poursuivre, mais il faudra d’abord que d’autres conditions soient réalisées. On dit aujourd’hui : « Le crédit sauvera le monde ». Oui, il sauvera le monde, mais — et ce doit être la conclusion de cette étude — le jour où le monde se sera sauvé lui-même par le travail.

En l’état actuel, nous sommes en période de déséquilibre qui apparaît dans le cours des changes, c’est-à-dire dans le prix exprimé en une quantité déterminée d’instruments de paiements nationaux, des instruments de paiements étrangers qui peuvent servir à régler une dette. Ils remplissent leur rôle qui est d’équilibrer les unes par rapport aux autres les valeurs des différents titres nationaux de créances par des marchandises. Ils provoquent l’entrée et la sortie de celles-ci.

Dès la plus légère amélioration ou la plus faible aggravation du cours des changes, l’équilibre de la balance des règlements immédiats se rétablit grâce à une entrée ou à une sortie, si le pays dispose d’une marchandise mobile. La plus mobile qui puisse être imaginée sera celle qui jouira du plus haut degré de stabiilté de valeur. = Dans un pays où l'or a un prix légalement fixé, et où,

par conséquent, une quantité déterminée d'instruments de paiement peut être à tout instant échangée contre une quantité déterminée d’or, le cours du change ne peut pas s’écarter beaucoup du prix de l'or.

Dans les pays dépourvus d’or, le cours du change montera ou baïssera jusqu’à ce que son action se fasse directement sentir sur le marché des marchandises, c’est-àdire, jusqu’à ce que le pouvoir d’achat en hausse ou en baisse des instruments de paiements internationaux augmente ou diminue les prix intérieurs suivant qu’ils sont

inférieurs ou supérieurs aux prix mondiaux, et jusqu’à ce que des espèces peu mobiles de marchandises se mettent également en mouvement pour combler par leur écoulement, à l'étranger, le solde passif.

La hausse du cours du change peut se poursuivre jusqu'à l'infini, lorsqu'un pays, en créant arbitrairement de la puissance d’achat, fait monter le prix des marchandises à un niveau tel qu’il stimule les importations à la place des exportations. Les cours du change font de nouveaux sauts pour dépasser le point de rencontre des prix intérieurs et des prix étrangers et pour maintenir, en deça de ce point, l’exportation des marchandises qui doit désormais couvrir le solde passif encore accru de la balance des règlements de la nation.

Ainsi apparaît le support économique de la politique du retour nécessaire à l’étalon d’or. Après avoir réalisé une politique d'équilibre interne, ajustant les dépenses aux ressources contributives de la nation, les Etats dont les unités monétaires sont en disparité avec l’or, doivent trouver dans des relations commerciales internationales les moyens de règlements de leurs dettes et si possible un rapatriement de la marchandise la plus mobile, donc la plus indispensable à une politique de retour à l’équilibre.

Toutes les mesures qui tendent à faciliter le retour à une spécialisation de la production entre nations, afin de porter au maximum les échanges de produits contre les produits, préparent la restauration économique du monde .Toute politique d’hégémonie reposant sur la détention du métal jaune empire la situation, et on ne peut qu'adresser à ces Etats la question de l'Américain William-J. Bryan : « Voudriez-vous donc crucifier l’humanité sur une croix d’or ? »

et "e | Montpellier, 20 Juin 1993. Se Le 20 Juin 1923 2 Le Président de la Thèse, | Le Doyen, |

M. ROCHE-AGUSSOL. MOYE.

Dep er Vu et PERMIS D'IMPRIMER :

Montpellier, le 21 Juin 1993.

Re D Le Recteur, nr DRE COULET.

nv

PL : ; ÿ VUE INC NL: ne DE SET ENS ARTES E He 45 LA LUS NO PEL MATE EE ÿ L < . . LA ALT V az x LES À RE L r k v x \ ; se € C4 h T TCA ue » Ve Ê va à 3 \ > e c | CPE f £ nl Ce ES As | Ft Ê & Ü L TEA ! 2 7 nt ' va ei RTE ‘ Es 2} tr" Je 14 r | $ se. , > r : . E EAST À 3 sf \ ' L ÿ POLE) * } : KE :

” $ i \ ot «à 14 \ “ AT Le p \ EE NES de Mot 4 SA à à à Le 3 ; | " ‘ FE DE pe # #7 ‘ }

Page 1