‹ Les Déplacements du Pole Monétaire et ses Conséquences Economiques de 1914 à 1923Chapitre 6 sur 37 · CR UE · texte numérisé non relu

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tout le marché ? Est-ce parce que son taux d’escompte facilite ou resserre la circulation des capitaux P Ceci était surtout vrai il y a une trentaine d’années et encore exact avant la guerre.

Mais la politique de fusion des grandes banques leur a donné de telles disponibilités qu’elles ont pu ne pas toujours suivre les indications de la Banque d’Angleterre. L'impulsion de celle-ci par le Bank rate n’a pas eu toujours l'efficacité nécessaire. La Banque d’Angleterre a eu parfois recours à des emprunts aux banques qui drainaient leur encaisse à des taux rémunérateurs et permettaient dès lors à la Banque de reprendre le contrôle du marché.

En opérant de la sorte, la Banque d’Angleterre était en définitive, la seule banque centrale à étalon d’or capable de ramener l’or en quantité suffisante chaque fois qu'il en était besoin. L’escompte était plus ou moins long à agir, mais il finissait toujours par attirer l’or. Le commerce anglais vivait en effet sur ses propres fonds, et non sur les capitaux étrangers remboursables à vue ou à terme. L’Angleterre au contraire a des capitaux placés à l'étranger, les uns à court terme, les autres à long terme. Ces derniers ne sont pas récupérables en temps de crise. Les premiers répondent aux indications des variations du taux de l’escompte.

Cette élévation est facilitée par le concours de la Banque de France. Celui-ci serait insuffisant si on ne pouvait, par ailleurs, compter sur le retour des capitaux anglais momentanément employés au dehors.

Mais c’est surtout par la concentration des soldes de comptes dans ses écritures que la Banque d’Angleterre exerce son influence. Les reliquats des comptes non compensés par le Clearing vont d’abord comporter une ins-

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cription aux comptes courants de chaque établissement affilié. Puis, suivant la situation générale de la balance des comptes, non seulement par rapport aux différents établissements sur la place de Londres, mais encore par rapport aux différentes places du monde à l'égard des Banques de Londres, il y aura ou non sortie du métal précieux.

Nous en arrivons ainsi à l’exposé du mécanisme des entrées et des sorties d’or à la Banque d’Angleterre.

L'or extrait des mines des dominions a été vendu à l’état brut, en bullion. Même au Transvaal, les mines n’opèrent pas le raffinage qui tranforme l’or brut en or fin. Elles évitent la difficulté qu'il y a à atteindre le titre exact qu’exigent les hôtels des monnaies ; les risques du vol particulièrement menaçants dans des pays dépourvus de moyen de garde et de protection.

Cet or brut est d'ordinaire vendu à une banque locale qui l’achète un prix correspondant à la teneur en or fin, puis le cède au raffineur européen ou nord-américain qui prend 1 à 2 % pour frais de commission, de transport, d'assurance, le revend à son tour soit au public pour des besoins industriels, soit aux hôtels des monnaies ou aux banques nationales. Celles-ci achètent au comptant.

Or, la Banque d’Angleterre assurait aux vendeurs d’or un débouché à un prix certain.

L'or y était coté au prix fixe de 77 sh. 10 1/2 pour une once (31 grammes 1033) au titre Standard (22/24). Sur le marché, la plus ou la moins value par rapport à ce prix de base s’exprimait non par une augmentation de prix, mais par une amélioration ou par une diminution du titre Standard. Autrement dit, le lingot à négocier était considéré comme étant d’un titre supérieur ou inférieur au titre 22/24 et l’on exprimait cette supériorité

ou cette infériorité par la lettre B (initiale du mot anglais Better qui signifie meilleur) ou W (initiale du mot anglais Worse qui veut dire plus mauvais) suivie d’un nombre que l’on ajoutait au numérateur de la fraction exprimant le titre Standard pour avoir le titre vrai.

Par exemple si l’or était coté à Londres B 1 1/2, cela signifiait que les lingots au titre Standard étaient considéré comme étant au titre

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Le problème à résoudre était alors le suivant : le lingot considéré étant censé être au titre 23 4/24 quelle est sa valeur, sachant que le titre 22/24 se paie à raison de 77 sh. 1/2 d. l’once ? Une simple règle de trois, ou une conjointe donnait immédiatement la solution.

Le fait que la Banque d’Angleterre était toujours acquéreur à ce prix explique les faibles fluctuations du cours de l’or sur le marché de Londres avant la guerre. L’once troy, Standard de 31,1 grammes ne pouvait varier que dans la marge de la prime de l’or arrêtée par la Banque d'Angleterre qui en temps de crise se transformait en marchand de métal et fixait une prime de 1 % environ.

Il faut bien entendu réserver les dépréciations dues à la qualité inférieure de certains lingots. Ainsi au Transvaal, jusqu’en 1895, les acheteurs d’or provenant de la cyanuration faisaient subir au métal de qualité inférieure une dépréciation de 15 pour 1.000.

Mais en dehors de ces variations exceptionnelles les cours étaient déterminés par le prix officiel de l’once Standard. |

La Banque ne cherchait, point, comme en France, à retenir l’or. Au contraire elle le répandait à travers le

monde. La livre sterling allait à travers les continents comme ces oiseaux migrateurs qui vont de par les océans et les terres de la planète.

L'Angleterre n'avait intérêt à posséder un marché libre que si elle évitait l'inflation. C’est pourquoi dès 1844, elle a conçu un système de circulation qui est d’un volume restreint mais avec possibilité constante d’interéchange or — billet. Les soldes seuls sont réglés par des sorties d’or. Les règlements à l’intérieur sont faits en billets ou mieux par voie de compensation.

Ainsi la livre sterling valait de l’or, quelle que fut sa forme matérielle : billets, effets de commerce ou crédits. Et de la sorte Londres possédait le moyen de réglement en marchandise accepté partout, à un cours, à peu près identique, le prix d'achat de l’or étant à peu près constant d’un pays à l’autre.

Cette situation ne pouvait se maintenir que si Londres trouvait à l'extérieur des possibilités de crédit, qui lui facilitaient ses réglements internationaux et des occasions de faire naître des créances qui alimentaient l’activité de son marché financier. Or, le commerce extérieur de l'Angleterre l’a conduite, tout naturellement à devenir créancière de l'étranger : d’abord, en amenant ses nationaux à se créer un portefeuille de valeurs étrangères qui est le plus considérable du monde, puisqu'il était évalué fin 1913, à 3.714.000.000 de livres, auxquels il faut ajouter un peu plus de 2 milliards pour le capital privé investi dans des entreprises non comprises dans les statistiques officielles, ce qui fait un total de 5 milliards de livres ou 125 milliards de francs, donnant un revenu annuel de 200 millions de livres, soit 5 milliards de francs. Ensuite, la flotte de commerce britannique — qui était en 1913 de 19.500.000 tonneaux alors que les mari-

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nes marchandes totalisées du monde entier disposaient de 44 millions de tonneaux — non seulement assurait le trafic de la Grande-Bretagne, mais encore effectuait des transports maritimes pour le compte de tous les autres pays ; les bâtiments anglais assuraient les 3/4 du trafic du monde, et les frets que recevait l’Angleterre sont évalués à 2 milliards de francs.

Enfin, le total du commerce extérieur de l’Angleterre s'élevait à 25 milliards de francs par an, ce qui entrainait des règlements internationaux très importants, qui se faisaient à Londres.

Les banquiers anglais eurent l'intelligence d’en profiter pour organiser un marché solide et fortement spécialisé dans les opérations d’escompte, et qui, avant la guerre, n'avait de rival dans aucun autre pays. Ce sont les maisons d'acceptation et d’escompte de Londres qui ont internationalisé l’usage de la traite en livres sterling, et en ont fait un instrument de crédit universel. Les pays étrangers ont pris l’habitude de passer par Londres pour régler même des opérations dans lesquelles n’entre aucun élément britannique, car ils savent qu’ils trouveront à Londres une organisation de crédit extrêmement pratique pour la négociation des effets dont les signatures ne sont pas discutées, et que, d’autre part, à cause de l’immensité des relations de l’Empire britannique, une traite en livres est négociable partout, et, partout, vaut de l’or, grâce au soin jaloux avec lequel les Anglais maintiennent le gold standard de la livre sterling.

Toutes ces considérations expliquent le rôle joué par cette monnaie dans les réglements internationaux, et le contrôle exercé par la place de Londres sur le marché des changes : c’est dans les banques anglaises que se liquident les opérations commerciales entre deux pays dont les

changes laissent apparaître une forte différence mais qui sont tous deux en relations avec Londres et c’est pourquoi le cours du chèque sur Londres traduit fidèlement l’état de la balance des comptes d’un pays envers tous les autres.

Grâce à Londres, à la perfection de son mécanisme de réglements internationaux, une nation assure presque exclusivement la délicate mission de compenser les créances et les dettes du monde entier. Magnifique résultat de la spécialisation et de la division des tâches dans un effort international. Par l'intermédiaire de Londres, la pratique des compensations et le recours de plus en plus fréquent aux ouvertures de crédit et aux acceptations réduisent au minimum les envois de métal jaune d’un pays à l’autre. L'or, sans que son importance en fût en rien diminuée tendait à jouer un rôle de plus en plus discret, à séjourner de préférence dans la caisse des banques d'émission, à ne pas franchir les frontières.

Londres avait tranformé l’utilisation de l’or par la pratique souple, rapide, des acceptations sur un marché libre où papier et métal étaient valeurs équivalentes.

La date du 1” août 1914 marque une modification radicale de cet état de choses. Désormais, on va assister à de grandes migrations internationales d’or qui auront pour résultats de soustraire à l’Europe son or et d’engorger les réserves des Etats-Unis et de quelques neutres. A la fin de la période de guerre, la situation respective des divers pays sera, à cet égard, complètement transformée, et il s’en suivra les plus sérieuses conséquences, non seulement à l’intérieur des nations intéressées, mais aussi dans leurs rapports avec le reste du monde : les régimes monétaires, les prix, les changes, auront subi des modifications fondamentales, et cette situation, favorable pour

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certains pays, désastreuse pour d’autres, maintiendra le déséquilibre économique. Dès lors, des problèmes d’une extrême gravité se poseront pour les pays dont le stock de métaux précieux a disparu ou s’est considérablement réduit : faudra-t-il essayer de revenir à la situation d’avant-guerre ? Faudra-t-il tenter de consolider la situation nouvelle ? Ne vaudra-t-il pas mieux rompre avec le passé et reprendre l'édifice par la base ? Retour à l’étalon d’or, déflation, reconstitution de réserves, dévaluation, telles sont les principales questions qui doivent être examinées sinon résolues. Le choix d’une politique métallique, et sa ferme application, doivent constituer la base de la reconstruction d’après-guerre.

Nous savons quelle était, en 1914, la situation du marché de Londres. La guerre aura-t-elle pour résultat de lui faire perdre cette suprématie, sur laquelle la Banque d'Angleterre avait veillé pendant tant d'années avec une si étroite sollicitude ?

Y aura-t-il déplacement du pôle du crédit parce qu'il y aura eu déplacement du pôle monétaire ? Quelles répercussions auront eu les déplacements monétaires survenus au cours de la guerre ?

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