‹ Les Déplacements du Pole Monétaire et ses Conséquences Economiques de 1914 à 1923Chapitre 5 sur 37 · SR · texte numérisé non relu

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politique. Les résultats en étaient plus modestes que ceux qu'avait obtenus notre Institut d'émission, en raison des affectations différentes données aux disponibilités de capitaux provenant des épargnes annuelles. Nous les consacrions à des prêts extérieurs qui augmentaient nos rentrées de métal ; les Allemands les affectaient à accroître leur outillage productif à l’intérieur, ou bien à prendre des participations dans les entreprises industrielles en Russie, en Amérique du Sud, etc. Cette politique, aussi bién que la situation géographique faisaient de l’Allemagne un lieu de transit pour le métal destiné à la Russie et à l’Autriche.

L'Italie avait aussi accru son encaisse de 650 millions de francs de 1900 à 1910,.afin de pouvoir soutenir la politique de reprise des paiements en espèces. L’Autriche-Hongrie faisait un effort parallèle, se procurant 412 millions de francs afin d’assainir sa situation monétaire. En Extrême-Orient, le Japon avait accusé sa volonté d’être un pays détenteur du stock de métal jaune. L’encaisse passait à la Banque du Japon de 172 millions de francs à 684, soit une augmentation de 412 millions.

Tels étaient les faits qui expliquaient que malgré une production mondiale passant de 1.364 millions à 2.861 millions de 1900 à 1910, l’or au lieu d’être menacé d’une . dévaluation était apprécié. Si en 1903 et 1904, la presse financière des deux mondes avait pu se demander quel serait l’avenir du métal or, en raison des résultats croissants d'année en année de l’extraction des mines d’or, à la veille de la guerre on était inquiet, on redoutait au contraire une insuffisance de production. Les résultats des mines d'or sud-africaines étaient exceptionnellement favorables. Leur part prépondérante dans l’augmentation 83 % du surplus, leur assurait 37 % de la production

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aurifère annuelle du monde entier. Toutefois on remarque en 1913, que le progrès tend à se ralentir ; les difficultés qu'éprouvent les compagnies minières à se procurer de la main-d'œuvre, la nécessité d'exploiter des filons de plus en plus profonds et de moins en moins riches sont les principales causes de ce phénomène. D’autres centres de production donnent lieu à la même remarque : l’Australasie voit diminuer lentement la quantité de métal extraite annuellement de son sol ; les Etats-Unis ont une production stationnaire et, parmi les autres, il en est, comme le Canada, dont l’activité minière, au moins en ce qui concerne l’or va en déclinant (1). La producion aurifère annuelle n’était pas loin d’atteindre son maximum ; elle était peut-être même appelée à diminuer dans un délai assez court, si on cessait l’exploitation de nouveaux champs et surtout sans doute, des parties profondes des mines déjà exploitées quand leurs filons ne donnaient pas de rentabilité.

La Banque d’Angleterre seule n’avait point fait une politique d’accroissement de son encaisse. Il s’élevait à 720 millions en 1900 et à 791 millions en 1910, soit

(1) Production de l’or de 1901 à 1910 Millions de Francs Ô

Années Afrique du Sud Béats-Unis Australasie Russie Mexique Canada Autres pays Total 1901 43 407 . 398 1182053 0125 220 1.364 1902 198 414 423 117. 53 107 21215593 1903 839 381 462 1282855298 223 1.686 1904 429 417 455 128205104890 /21821-707 1905 564 457 445 1152282276 216 1.956 1906 672 489 427 1012796 7062 827 2.074 1907 749 468 392 138 97 - 48 2402127 1908 823 490 380 145 116 51 284 2.289 1909 850 516 368 168 124 51 277 2.354 1910 873 498 343 1706126025? 293 2.361

Totaux 5.540 4.537 4.093 1.334 868 750 2.419 19.541

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71 millions de francs en dix ans, alors que le marché anglais avait reçu 7.688 millions d’or en dix ans, sur une production mondiale de 19 milliards.

Ce résultat s'explique par le mécanisme parallèle du pôle monétaire et du pôle de règlement des crédits internationaux. Le marché libre de l’or ne peut être compris que si l’on a saisi le rôle de Londres dans le mécanisme des crédits commerciaux, si l’on connaît ses moyens de règlements, la puissance et la spécialisation de son outillage bancaire.

La situation insulaire de la Grande-Bretagne l’a amenée de bonne heure à développer son commerce extérieur et ses relations de toutes sortes avec l’étranger. Au cours du XIX° siècle, dans la période allant de 1840 à 1870, la place de Londres, favorisée en cela par l’adoption du libre échange et par l’accroissement rapide de l’importance de sa flotte marchande, qui en fut la conséquence, acquit une situation prépondérante dans les réglements internationaux. La prépondérance de la livre sterling dans les paiements extérieurs fut d’ailleurs facilitée et par l’importance des relations de l’Empire britannique avec ses colonies, et par la situation créditrice de Londres vis-à-vis des Etats-Unis dont elle commanditait l’essor économique ; et enfin par ce fait que la plus grande partie de l’or produit dans le monde était ensuite portée à Londres, qui devint le principal centre de vente du métal jaune.

Pour toutes ces raisons, il se forma à Londres un vaste marché de l’escompte, ainsi que l’a fort bien montré Bagehot, dans « Lombard Street ». Au contraire, le marché de Paris, qui eut également un bel essor de 1840 à 1870, se spécialisa dans les prêts offrant toute sécurité et pouvant être réalisés surtout par des placements en

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fonds d'Etat. Tandis que le tempérament marchand des Anglais faisait évoluer Londres vers la spécialisation dans les réglements internationaux, le tempérament d'épargne et la prudence des Français faisait évoluer la place de Paris vers le rôle de banquier du monde. Ainsi, au cours du XIX° siècle, alors que les autres peuples étaient encore dans l’enfance du crédit, l’Angleterre posséda une organisation vraiment adaptée aux nécessités du monde commercial contemporain, tel que l’ont modifié la rapidité des moyens de communication et l’étendue des relations entre les peuples.

La place de Londres devait être abondamment pourvue de capitaux disponibles afin d’arriver au plus haut degré de perfection dans la pratique des règlements intérieurs sans recours à la monnaie. La pratique du chèque, aboutissant à des compensations dans Îles « clearings » a été le résultat de l’organisation des Joint Stocks Banks. Spécialisées plus strictement que ne le sont les banques dites de dépôts, en France, elles drainent les ressources liquides du public. Elles ouvrent à leurs clients des crédits immédiatement transformés en dépôts. Elles soutiennent et satisfont toutes les demandes de crédit à court terme, toutes les opérations concernant la gestion des patrimoines mobiliers : ouverture de comptes courants, exécution des ordres.

Ces besoins étant satisfaits, il faut songer à soutenir les affaires. Ce seront les banques privées ou trust companies qui rempliront ce rôle et se consacreront aux émissions de titres, au placement des valeurs mobilières.

Quant aux opérations d’escompte du papier de commerce elles sont assurées par les discount houses et par

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les bill brokers ou courtiers en traites qui sont d’ailleurs soutenus par les fonds qu’ils empruntent aux banques.

La spécialisation dans le mécanisme de l’escompte est à la base même du système qui permet le fonctionnement du marché libre de l’or. Certaines banques n’escomptent que les effets correspondant à des transactions à l’intérieur du Royaume-Uni. D’autres traitent des effets provenant des tirages internationaux. Si l’on en croit M. E. Syker, secrétaire de l’Institut des banquiers, le montant des acceptations pour le compte des seules maisons allemandes et autrichiennes était, en 1912, de la grandeur de 1.750 millions de francs. Dans un discours à la Chambre des Communes, en novembre 1914, M. Lloyd George estimait à environ 10 milliards de francs l’ensemble des acceptations de traites par l’Angleterre.

Leurs origines étaient soit des opérations de ventes ou d’achats réels intéressant ou non le Royaume-Uni, soit des opérations commerciales traitées entre deux personnes de régions très éloignées, Russie par exemple et Amérique du Sud, domiciliant leur paiement à Londres Si ces effets étaient acceptés par une maison de premier ordre de la place, ils équivalaient à une valeur or, car en faisant l’hypothèse d’un règlement par un autre mode que la compensation, l’accepteur, au jour du paiement trouvait auprès de la Banque d’Angleterre l’or nécessaire pour régler définitivement la dette. |

À Paris il n’en allait pas de même. La Banque de France ne devait que le remboursement du billet en espèces. Donc elle pouvait s’acquittér en écus d’argent. Et en temps de resserrement monétaire elle usait de cette faculté.

Ces traites commerciales n'étaient pas régulièrement réparties sur toute l’année. Le volume de leurs présen-

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tations est commandé par les livraisons saisonnales des récoltes : blés, cotons, jutes. Aussi la pratique de création de traites purement financières contre des dépôts de valeurs mobilières, contre la garantie du crédit d’un tiré ou d’un avaliseur, s’est-elle développée afin de favoriser une contre partie aux traites commerciales. Les finance bills ou effets d’origine purement financière ont complété le système du marché international de Londres.

Pour qu'il puisse fonctionner sans heurt, il faut un personnel spécialisé dans ces négociations ; un régulateur du marché afin d’éviter des excès de position créditrice ou débitrice d’origine purement financière, une possibilité de réglements des soldes assurée par l’or.

La spécialisation des négociateurs de lettres de change, d’acceptations est poussée à Londres à un degré qu’ignorent toutes les autres places du monde, car seule Londres a une multitude de banques qui limitent leur activité aux transactions avec une région déterminée du monde. Par exemple : La « Honkong and Shanghaï Bank » a la première place dans toutes les opérations d’Extrême- Orient. Elle possède des dossiers, des moyens d’information qui lui permettent d’être renseignée sur la solidité du crédit des maisons de commerce des villes ouvertes aux Européens, en Chine.

Cette documentation est un des supports du commerce des devises étrangères sur la place de Londres. Le crédit mondial y est apprécié par des banquiers ou des courtiers dont l’aceptation donne aux tirages sur Londres une valeur réglable désormais en or, si le solde des comptes l’exige.

Le régulateur du marché en temps normal «est le taux de l’escompte. Il y a lieu d’ailleurs de distinguer le taux en banque et le taux hors banque. Le premier

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est dicté par la Banque d’Angleterre. C’est le Bank rate qui est à la base de tous les autres. La Banque détient ainsi le moyen de défendre son encaisse-or au cas où les demandeurs se présenteraient trop nombreux pour obtenir la convertibilité des dépôts en métal. La hausse des taux provoque en effet un afflux de capitaux étrangers en quête d'emploi rémunérateur. Le change national hausse. Les sorties d’or sont ralenties. D'ailleurs depuis le début du XX° siècle la Banque de France facilitait le fonctionnement des convertibilités en or de la Banque d'Angleterre en lui offrant dès les premiers symptômes de tension monétaire du métal, sous forme de prêts temporaires, ce qui avait l’avantage d'éviter, par un remède préventif, une tension des changes.

Cette mesure n’était pas inutile, étant donné l’acte de Robert Peel de 1844, qui n’autorise l’émission des billets que jusqu'à concurrence du stock or, plus une somme de 18 millions et demi de livres, soit en fait, en 1913, une quarantaine de millions de livres d’or, tandis que le montant total des dépôts à la Banque d'Angleterre autres que ceux de l’Etat se chiffraient à & : 54 millions et demi ; ceux de l'Etat à 17 millions de livres.

En temps normal les sociétés de crédit escomptaient le papier de commerce à un taux moindre que la Banque d'Angleterre. L’abondance de leurs dépôts le leur permettait. Le taux d’intérêt versé à ceux-ci était généralement inférieur de 1 5 à 2 % au taux d’escompte de la Banque d'Angleterre. Le taux d’escompte hors banque se fixait entre ces deux cours.

Enfin il existait un quatrième taux : celui des prêts aux bill brokers, réagissant sur le taux de négociation des traites internationales.

Comment la Banque d'Angleterre domine-t-elle en fait

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