‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 11 sur 112 · DEPOT TA3 I3NS Z BLGLS · texte numérisé non relu

DEPOT TA3 I3NS Z BLGLS

LES DEPORTATIONS BELGES

A Swcoegkem (Flandre occidental), en juin 1915, plusieurs centaines d’ouvriers de la fabrique de fil de fer Bekaert avaient et6 soumis a un traitement inhumain, eux et leurs femmes, puis toute la commune, parce qu'ils refusaient de reprendre une fabrication qui, de par sa nature meme, devait servir aux besoins militaires de Farmee allemande (1).

Au reste, meme des esprits non prevenus ne pouvaient manquer d'etre frappes de la contradiction qui apparaissait entre la tactique persuasive des journaux officieux de F Administration allemande en vue d’obtenir des engagements dits « volontaires » et le recours & la force institue simultanement pour « convaincre » d’autorit6 ceux qui auraient r6siste a la seduction des promesses.

On ignore combien d'ouvriers beiges cederent, avant le mois d'octobre 1916, aux offres de hauts salaires qui leur etaient faites par les embaucheurs allemands.

Le gouverneur general von Bissing dans une interview au New- York Times (Voir plus loin, chap. VIII) cite le chiffre de 30.000 travailleurs beiges presents en Allemagne en septembre ou octobre

II nous serait impossible de dire si ce chiffre est exact. Nous inclinerions plutot a penser qu’il est superieur a la realite.

II resterait d’ailleurs aussi h s’assurer s’il ne comprend que des travailleurs dont la presence en Allemagne etait la suite d’un engagement vraiment volontaire, car, deja au cours de Fete 1915, des travailleurs, en nombre indetermine, desFlandres, du Hainaut et d’autres provinces, furent deportes et retenus en Allemagne, comme travailleurs forces, pour avoir refuse de travailler en Belgique dans Fint6ret de l’armee allemande.

Quoi qu’il en soit, le nombre des engagements « volontaires » de travail dut £tre relativement peu eleve et ils n'eurent qu’un caract^re exceptionnel, puisque, on le verra, l’autorite allemande elle-m§me invoque, entre autres, cette circonstance pour expliquer qu'elle ait dh fmalement avoir recours, le 3 octobre 1916, a l’institution du travail force avec deportation (2).

(1) Cf. les XVIIIG et XIX e Rapports de la Commission d’enquete beige sur la violation du droit des gens en Belgique. Paris. Berger-Levrault, 1915 ; volume II, pages 75 et 81. Voir ci-apr£s, chapitre XXI. le r6sum6 de la deposition d'un ouvrier de Sweveghem deporte en Allemagne, en juin 1915, pour refus de ! ravailler dans l'interet de ParmCe allemande.

(2) Voir Tinterview du general von Bissing reproduite au chapitre VIII, in fine

GHAPITRE IV

EXECUTION DE L’ARRfcTE DU 3 OCTOBRE 1916 DANS LA BELGiQUE OCCUPEE

La presse allemande a ete sobre d’informations sur l’ex6cution de I’arrete du 3 octobre 1916. A Ten croire, tout se serait pass§ normalement et sans encombre; les transports se seraient effectu^s de la maniere la plus humaine; les ouvriers, touches par la mesure,. s’y seraient pretes de bonne grace; ils se seraient meme montres, en general, heureux de Fobligation qui leur etait faite de se remettre an travail pour gagner un bon salaire. De F emotion 6norme soulevee en Belgique par F execution de l’arrete, pas un mot, du moins jusqu’h ce jour.

Les premieres depeches officieuses expedites a Fetranger mettent une insistance particuliere a relever de petits details secondaires capables de diminuer aupres de lecteurs superficiels Fimpression de Id violence faite aux deportes. Elies evitent le mot « deportation »; elles parlent, par euphemisme, du « transfert », du « deplacement » ( Abschiebung ) des ouvriers chomeurs, en ajoutant parfois le qualificatif « force » ( zwangsweise ) (depeche Wolff, du ler novembre 1916, citee plus loin).

Quelques jours apres, d’autres depeches officieuses emploient les memes procedes pour accentuer Timpression d’ « humanite ». Exemple, dans les journaux allemands du 9 novembre 1916 :

Berlin, 8 novembre. — L’ envoi des chomeurs beiges vers 1’Allemagne a suivi son cours dans le plus grand calme. En dehors des soldats et des medecins militaires, des fonctionnaires de l’administration civile participant a l’execution des mesures. Les ouvriers se comportent tout a fait raisonnablement. Beaucoup d’entre eux font comprendre qu’apres la longue periode de « rien faire » et d’absence de salaires, la perspective d’un travail remunerateur leur est, au fond, bienvenue et qu’ils avaient attendu depuis longtemps une pareille mesure. La circonstance que ces

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gens peuvent ern porter avec eux des paquets parait avoir un effet d’apai* sement et les bons soins donnes au cours du transport ne restent manifestement pas sans agir sur l’6tat d’esprit. Ce qui est caractSristique encore, c’est que le nombre des inscriptions volontaires a augments (Kdl~ nische Zeitung, 9 nov. 1916, n° 1440).

On verra plus loin ce qu’il faut entendre par ces « inscriptions volontaires ».

Les Miinchner Neueste Nachrichten (9 novembre, n° 571) ajoutent 4 cette depeche une reflexion qui doit donner tout 4 fait le change au lecteur etranger, mal instruit des details de la vie publique actuelle en Belgique occupee :

L’attitude intclligente de la presse beige contribue sensiblement 4 ce que s’execute, de la maniere souhaitee, cette mesure, n£cessaire pour le bien de la Belgique ainsi que pour noire propre security.

Car la « presse beige » dont on invoque ici F autorite en faveur des deportations est la presse pseudo-beige paraissant sous Finspiration ou la censure de FAdministration allemande, et dont le chapitre II a donne des exemples.

A plusieurs reprises, des depeches Wolff dementirent qu’il efit dd etre fait aucune espece de violence pour executer les enlevements (Voir notamment un dementi de la Norddeutsche Allgemelne Zeitung, du 14 novembre 1916, telegraphie partout et reproduitpar la presse suisse-alemanique du meme jour). Les themes incessamment repetes et orchestres sont : « Ruhe » (tranquillite), uOrdnung » (ordre), « Freude » (joie), « Befriedigung » (apaisement).

A ne lire que les journaux allemands, on croirait que la population de la Belgique occupee est restee impassible ou meme indiff6rente devant la destruction, pour un temps indefini, de tant de ses foyers et qu’elle a trouv6 toute naturelle la contrainte faite par Fennemi simultan6ment 4 des milliers de citoyens beiges.

Quant aux critiques dont la mesure etait Fobjet 4 F6tranger, aux protestations des fCtats neutres, par exemple, on les repr6sente comme de simples demandes d’information faites « en vue de permettre a ces Etats de r6pondre eventuellement 4 une version fausse que ne manquera pas de r6pandre le Gouvernement anglais, comme pretexte a une nouvelle aggravation illegale du blocus » (1).

Enfin, les protestations du Gouvernement beige sont accueillies

(1) Voir plus loin, chapi' re XIV, § 5.

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comme un phenomene d’incomprehension administrative de sa part et comme un scandale d’ingratitude de la Belgique envers l'Allemagne, qui ne cherche que le bien de la population beige.

Cette faQon de representer les faits est tellement denude de vraisemblance qu’elle se refute d’elle-meme. On en sent f inexactitude, II importe n6anmoins aussi de la constater.

Metis, k defaut des informations de fait auxquelles se refuse la presse allemande en se cantonnant dans des gen^ralites et des discussions polemiques, force est ici de recourir, par exception, aux informations de sources beiges et hollandaises pour se faire une idee nette de la situation en Belgique apr6s la publication de 1’arrete du 3 octobre et de la procedure d’execution adoptee par T Administration allemande.

Dans 1' ensemble du pays, 1’autorite allemande suivit, en effet, une

m6thode uniforme.

Les autorites locales beiges furent sommees, sous menace d’amende, de prison et de deportation, de livrer les listes de chomeurs et de personnes assistees qu’elles pouvaient poss6der; 16 ou ii n'en existait pas, il leur fut ordonne d’en etablir d’urgence. La plupart des bourgmestres et colleges echevinaux se retranch6rent dans l'abstention, ne voulant pas s’associer a ce qu’ils estimaient 6tre un criant abus de pouvoir de Loccupant, moins encore coop6rer k la violence faite k leurs administres.

L’autorite allemande s'empara alors de force des listes de chomage qu’elle put saisir; ailleurs, elle utilisa les registres de population et les listes electorates ; partout elle mit k profit les renseignements recueillis a la faveur du controle des hommes en 6tat de porter les armes (dix-huit 6 quarante-cinq ans), astreints, comme on le sait, 6 comparaitre p6riodiquement devant des bureaux sp6ciaux {Meldeamten). Toutes les personnes dont elle put ainsi se procurer les noms furent convoqu6es indistinctement. En certains endroits, on proceda aussi par appels generaux des sujets males de dix-sept ans au moins sans limite d’age, et par rafle des passants rencontres au hasard dans les rues.

Les individus ainsi rassembles furent d’abord soumis 6 un examen corporel permettant d’op6rer parmi eux un certain triage. On n’elimina pourtant, en general, que ceux qui manquaient manifestement des forces physiques n6cessaires pour travailler. Le reste, riches ou pauvres, chomeurs ou personnes simplement inoccupees, parfois meme ouvriers occupes, fut retenu inexorablement. L’ autorite allemande leur donna option entre la signature d'un engagement,

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pretendument volontaire, de travail en Allemagne, « bien remunerE », disait-elle, et la deportation avec astreinte au travail et salaire rEduit (en general, 30 pfennigs par jour).

En plusieurs endroits, les contrats d’engagement presents etaient rediges en allemand et ne furent pas traduits.

En certaines villes, entre autres Bruges et Gand, les moyens de coercition les plus durs furent employes pour en obtenir la signature : menaces, emprisonnement des recalcitrants pendant plusieurs jours dans des locaux trop Etroits, non appropries et non chauffes; mise au secret; privation de nourriture, etc. Plusieurs de ces malheureux durent ceder finalement a la contrainte de la faim et de la soif ; un grand nombre resistErent; il semble que, de guerre lasse, on se soit decid6 k les expedier pele-mele de force en Allemagne ou sur le front de France.

Parfois Texamen corporel fut suivi de Tembarquement immediat ; parfois les individus retenus, apres examen, pour la deportation, furent renvoyes provisoirement chez eux avec injonction de se representer a la premiere convocation. Les convocations individuelles ou collectives portaient ordre de rassemblement a jour et lieu fixes, souvent pour l’embarquement le lendemain. II y eul aussi des convocations lancEes sans que l’objet en fut indiquE; les hommes s’y rendirent sans savoir ce qu’on leur voulait, done sans vivres ni vetements, et ils furent embarques sur-le-champ sans avoir pu prendre conge des leurs ni meme les faire avertir.

Bien que la plupart des personnes convoquees fussent denudes de ressources et que leur etat de misere fftt le pretexte legal invoque par Tarrete du 3 uctobre pour justifier le regime d’astreinte au travail, certaines convocations imposaient l’obligation de se munir d’un trousseau couteux de vetements, d’ustensiles de menage et d’objets de couchage.

On ne garda pas plus d’egards dans l’organisation du transfert. Les deportes, parques en troupeaux dans des locaux divers aux points de concentration, furent entasses dans des fourgons et wagons (au debut, dans des wagons a bestiaux ou dans des wagons ouverts, qui devaient les laisser exposes & toutes les intemperies d’une saison dej& avancEe); on les dirigea par trains entiers vers 1* Allemagne ou vers les regions occupees de la France.

Des mesures de rigueur furent prises dans certaines grandes villes (Anvers, Mons, etc.) pour empecher les families eplorees d’accompagner les deportes jusqu’aux gares d’embarquement et d’approcber des voies ferrees, les privant ainsi de la supreme consolation

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de jeter de loin un dernier adieu a ceux qu’on arrachait a leurs foyers.

Ceux qui, en petit nombre, cedant k la faim, aux menaces ou a i’appat du gain, accepterent de signer un engagement volontaire, furent traites d’une maniere aussi peu humaine, quoique differente : on les separait d’abord du troupeau des recalcitrants, puis, un pai un, on les faisait defiler devant des agents de bureaux industriels ou des representants d’usines qui, en vue de faire un choix dument raisonne, leur infligeaient rhumiliation d’un examen approfondi de leur personne exactement comme eussent proced6 des acheteurs de chevaux en foire.

Tels sont les traits principaux, et pour ainsi dire g6neraux, de la procedure adoptee par Fautoritd allemande.

On va les retrouver — avec d'autres — dans les documents ci-apres, de sources beiges ou hollandaises, qui donnent un exemple de ce qui s’est passe dans les diverses regions du pays.

Nous laisserons aussi aux pieces elles-memes, soit dans ce chapitre, soit dans le chapitre XIV, soit en Annexes, le soin d’apprendre au lecteur quel est le sort fait, en Allemagne et en France, aux malheureux deportes.

Zone des Etapes en general.

Une note beige, publiee au Havre le 9 novembre 1916, dit :

Le Gouvernement beige a regu confirmation du fait des enlevements et deportations systematiques des civils beiges pour travail forct? aux chantiers aliemands. Ces enlevements ont commence vers la mi-octobre et so sont etendus h toute la « region des etapes »(comprenant, en Belgique, les Flandres et le Tournaisis) et a la region de Mons. Du 15 au 24 octobre, la rafle n’a pas atteint moins de 15.000 hommes rien que dans les Flandres. Parmi eux se trouvent aussi un certain nombre de civils fran<?ais.

Les malheureux sont entasses dans des wagons ouverts, exposes a toutes les intemperies, et expedies comme du betail vers des destinations diverses. Ces trains sont diriges vers 1’ Allemagne, d’autres vers le sud. 11 n’y a pas de doute qu’ils doivent dans b ensemble etre employes a des travaux d’ordre militaire.

Contre cette violation particulierement abominable de l’article 3 de ia Convention de La Haye, le Gouvernement beige a d6eid6 d’61ever une protestation solennelle aupres des pays neutres.

A Bruges,

Une autre note beige du meme jour, redigee d’apres des informal' tions sdres. donne des renseignements precis sur ce qui s^tait passe

a Bruges, en execution de Farrete du 3 octobre 1916, ou peut-£tre aussi d’un ordre special de F autorite militaire (Bruges est situ£e dans la « zone des stapes ») :

L'autorite occupante avisa l’6dilite beige qu’elle avait k lui foumir, sans delai, quatre 6quipes de 100 ouvriers.

L' Administration communale repondit qu’elle ne pouvait acc6der k cette demande; tout au plus pouvait-elle consentir k faire connaitre aux ouvriers la demande de l’autorite occupante, mais en leur laissant toute liberte quant k Facceptation ou au refus du travail. Le College 6chevinal n’entendait pas, en effet, aider les ennemis dans leurs enterprises militaires.

A la suite de cette reponse, le College dut comparaltre devant les chefs militaires. On lui dit qu’il n’avait pas & discuter, mais k ob£ir. et que pour le'punir de sa resistance, il dtait destitue; le bourgmestre et les 6chevins avaient k rentrer chez eux et k ne plus en sortir jusqu’d nouve! ordre; enfin la caisse communale devait payer 100.000 marks d’ amende par Jour de retard.

Ub bourgmestre allemand fut charge de Fadministration des affaires de Sa eit<§; c’etait 1c bourgmestre de Schwerin. Yoberleutnant Rogge.

M. Rogge fit savoir & M. Van Caillie, directeur du service d’assistance, qu’il evait k lui communiquer, sans retard, les listes des cbdmeurs seoourus. Le directed, s’y refusant, fut arrets le soir meme, & son domicile; on le conduisit au bureau du chdmage oh, sous ses yeux, on s’empara des registres; M. Van Caillie fut alors emprisonn6. II a subi la plus dure incarceration pendant douze jours; il a dd, en outre, payer 300 marks d’ amende.

La Bourse du Travail regut aussi la visite des Allemands ; on y saisit la lists de ceux qui cherchaient du travail; tous furent convoques; puis les gendarmes allemands se repandirent en ville, arretant tous les homines ayant Failure d’ouvriers. Au bureau du contrdle militaire, pendant que les hommes &g£s de seize k quarante-cinq ans venaient signer, on arretait tous ceux qui paraissaient aptes au travail et on les menait, par petit s paquets, k la caserne. Le iendemain, tous ces pauvres gens furent embar qu&s pour la region frontiere du nord.

Le public etait en proie k la plus vive emotion. Les femmes et les enfants en larmes s’assemblaient devant la caserne, mais les soldats allemands dispersdrent brutalement les groupes.

Des peines de prison frapperent les prisonniers recalcitrants.

Les hommes deportes furent absents pendant liuit jours; ils avaient 6te payes k raison de 28 pfennigs l’heure, deduction faite de la nourriture ct de la cotisation d’assurance. Plusieurs ne sont pas encore revenus.

Ce qui s’ est passe k Bruges a eu lieu dans d’autres communes avec pen de variantes.

Lorsqu’une sent sine se fut ecoulee, le College put reprendre ses fonc-

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tions, a l’exception du bourgmestre, le comte Visart de Bocarmd. La ville etait frappee d’une amende de 400.000 marks.

M. le comte Visart de Bocarme, que les Aliemands traiterent avec tant de rigueur, est agd de plus de quatre-vingts ans (1). Au cours de sa longue magistrature communale, il a reussi a se concilier les sympathies de toute la population, sans distinction de parti politique ou de crovance.

A Gand.

D’apres d’autres informations parvenues simultanement au Havre, l’execution de l’arrete n’a guere 6te meins violente a Gand (Flandre orient ale, « zone des etapes »).

A Gand, e’est le 12 et le 13 octobre que les operations d’enlevement ont commencd. Un poste militaire fut installe a la fabrique « la Gantoise ». Bientdt 2.000 malheureux se trouverent rassembles dans les locaux de 1’usine. II y avait aussi par mi eux des « petits bourgeois » et des travailleurs encore occupes dans les ateliers.

Tous refuserent avec energie de signer un contrat par lequel ils s’engageaient d travailler pour les Aliemands. On recourut alors a des moyens de pression. On les maintint entasses dans des locaux qui sont loin de suffire k l’hebergement d’une pareille foule; le regime qui leur etait inflige dtait le suivant : pas de lit, alimentation insuffisante, absence totale d’hygiene, une heure de promenade par jour, interdiction de correspondre avec le dehors.

Dejd, anterieurement, la direction des ateliers Van den Kerkhove, a Gand, avait oppose un refus & l’autorit£ militaire, qui la voulait contraindre d travailler pour elle. Les Aliemands s’etaient alors installes dans la fabrique, pretendant faire travailler les ouvriers beiges sous les ordres de contremedtres aliemands. La greve avait repondu a ces injonctions. Les Aliemands repliquerent par l’arrestation de 32 travailleurs. Ils sont incarceres maintenant depuis des semaines. C’est en les affamant que Ton se flatte de les reduire.

La chasse d l’homme sevit dans toutes les communes de la Flandre orientale. Beaucoup de travailleurs se sont sauves on ne sait oh. Les families ouvrieres sont en larmes. La desolation croit en meme temps que la haine de I’envahisseur.

Le fait, signale dans cette information, de 1’alternative imposee aux personnes rassemblees d’opter entre la signature d’un contrat de travail et la deportation avec travail force est confirme par d’autres informations beiges et hollandaises, par l’avis insere dans

(1) II est d6putd de Bruges depuis plus de quarante ans et est actuellement doyen d’age de la Chambre des Repr6sentants. (Note de Vauteur.)

LES DEPORTATIONS BELGES

ie Bien Public (cite ci-dessus, chap. II), par divers journaux allemands (citations ci-apres), par de nombreuses affiches (notamment celle d’Antoing, citee ci-apres) et par l’aveu officiel du Gouverneur general von Bissing, dans son entretien avec le correspondent berlinois du New-York Times (chap. VIII).

Voici la copie (traduction du flamand) des convocations qui furent envoyees aux deport6s des environs de Gand (Cf. aussi le fac-simile) :

Mob. Etappen. Kommandantur. — ■ J. Nr.

Gand, 8 octobre 191G.

Vous devez vous presenter le 12 octobre 1916 k la Plezanteoest, n° 5, k 3 heures de l’apres-midi, 6tant muni de :

1 couvre-chef

1 foulard;

1 costume civil ou de travail ;

1 paire de souliers;

2 chemises;

i paire de chaussettes;

1 calegon;

1 pardessus;

1 pantalon de drap;

1 couverture impermeable;

1 essuie-mains;

l gamelle;

1 couvert, cuiller, couteau et fourchette;

2 couvertures de nuit.

II est perrnis de se munir d’argent.

La Kommandantur des Ptapes.

Un jeune ouvrier beige, enlev6 de son lit la nuit parlessoldats allemands et retenu prisonnier, ecrit h un camarade qui s’occupait de le secourir :

Je te remercie pour les tartines que tu m’as envoyees. Elies me vinrent k point, car la ration de pain est tres minime ici. Si cela t’est possible, envoie-moi du pain pour deux jours. Je t’envoie mon certificat de travail. Fais-le parapher k la Kommandantur; peut-etre pourra-t-il me d61ivrer. Ce matin, nous avons pu nous promener un petit laps de temps le long de l’eau. Nous chantames le Lion de Flandre. Les soldats allemands 6taient furibonds. Get apres-diner, 500 civils devaient aller travailler k Port-Arthur (Gand). Ils y furent men6s par la force militaire. Demain,

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peut-dtre apres-demain, notre groupe devra travailler. Je t’ assure que je n’en ferai rien. J’ai ete soumis k Pexamen medical, et le docteur a trouve que je n’etais pas malade.

II y a eu a Gand plusieurs fournees de deportation (1). On assure que des convois de ddportes furent emmenes de la ville le jour tneme (21 octobre) ou le Gouverneur general, inaugurant l’Universite de Gand transformer parluien institution pseudo-flamande, assurait solennellement la population flamande de Belgique que l’Allemagne etait resolue a travailler k son relevement dconomique, intellectuel et social.

A Alost, h Termonde, a Courtrai, etc.

A Alost (petite ville de la Flandre orientale, a mi-chemin entre Bruxelles et Gand), les Allemands, raconte un temoin beige k la tin d’octobre 1916, ont procede ainsi:

En execution de l’arrete qui avait ete placard^ la semaine precedente, ies hommes en etat de porter les armes furent convoques le jeudi 12 pour se presenter le lendemain.

Environ 1.700 jeunes hommes de dix-huit & trente-cinq ans furent reunis. On les examina comme du betail ou des esclaves ; les moins forts furent ecartes, le reste, 1.300, furent retenus & Alost; un nouvel examen en fit eliminer encore 300. Les 1.000 restants furent enfermes, et le bourgmestre, par ordre de l’autorite militaire, dut declarer qu’ils n’avaient rien k craindre et qu’ils seraient utilises a des travaux de chemins de fer. Ils furent alors relaches et invites a se representer le 16, munis d’un trousseau decrit dans un imprime, dont voici copie :

Mob. Etapp. — Kommdtr.

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