‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 12 sur 112 · COMMUNE D’ ALOST. N · texte numérisé non relu

COMMUNE D’ ALOST. N

Le 16 octobre 1916, M

doit se presenter a 8 heures du matin a Alost [tcole des pupilles), muni de :

1 couvre-chef ;

1 mouchoir de cou ;

1 gilet ;

1 pantalon;

1 paire de souliers ou de bottes ;

2 chemises;

(1) Au moins trois pour la Ville meme; il faut, compter en outre, cellesdes habitants des environs qui furent rassemb'es ^ Gand.

LES DEPORTATIONS BELGES

2 paires de chausseties ;

2 caleQons ;

1 manteau;

1 paire de gants en drap ;

1 couverture impermeable ( pouvant servir de vetement impermeable ) ;

1 essuie-mains ;

1 ecuelle pour manger;

1 cuiller, couteau et fourchette;

2 couvertures de nuit ;

On peut se munir d’ argent.

La non-comparution sera punie d’ emprisonnemenl ainsi que de privation de liberte pendant trois ans au maximum et d’une amende pouvant aller jusque 10.000 marks, ou d’une de ces peines.

La Kommandantur .

On remarquera ce qu’il y a de stupide et de barb are & la fois dans ies prescriptions de cet avis. Le travail force est institue pretendument pour preserver de la misere de malbeureux chomeurs 3ans ressources. Or, on les oblige k se munir d’un trousseau qui, au prix actuel des merchandises, vaut certainement plus de 200 francs.

De plus, on leur dit — est-ce ironie ? — qu’ils peuvent se munir d’ argent ! Enfin, les recalcitrants sont declares passibles d’une amende de 10.000 marks.

Le lundi 16, sur les 1.000 malheureux convoques, 500 k 600 seulement se presentment.

On ecarta les homines maries; il en restait alors 400. A ces victimes rdservees finalement pour le sacrifice, on voulut imposer de signer ua imprime allemand dont on refusa d’ailleurs de leur expliquer le contenu. Tous opposerent un refus keroique : sur quoi, on les retint comme prisonniers. Que sont-ils devenus? Je l’ignore. Mais on peut le deviner.

On a vu, en effet, venant de la region des etapes, deux trains remplis de jeunes gens, et allant dans la direction de 1’Allemagne. Les jeunes gens chantaient la Braban^onne et De Leeuw van Vlaanderen (Le Lion de Flandre).

On a vu aussi, 4 la limite de la region des etapes, des bandes de jeunes gens charges de leur paquet d’effets; on presume qu’ils se dirigeaient vers le point de concentration inconnu qui leur 6tait assigne.

Je sais qu’4 Termonde (1), le 16 octobre, environ 300 jeunes gens ont 6te embarques pour une destination ignoree.

Dans Tarrondissement de Courtrai (2), l’autorit6 allemande a ordonn6

(1) Ville de la Flandre orientale, situ6e au confluent de l’Escaut et de la Dendre, et qui fut enticement incendi6e et pil!6e par les troupes allemandes en septembre 1914. Les habitants y logent dans des caves et baraquemenfcs et sont en proie 4 la plus profonde misCe.

(2) Ville de la Flandre occidental, sur la Lys, zone des 6tapes.

aux bourgmestres de fournir la liste des chomeurs secourus; mais ils se Bont generalement refuses k fournir aucun renseignement.

En tout cas, en possession des renseignements qu’elle a pu recueillir, vaille que vaille, sur la population, l’autorite allemande a exige que ceux qui lui 6taient ainsi connus, chdmeurs ou non, se pr&sentassent pour un examen analogue k celui des conseils de revision. A cet examen, on ecarte les impotents ou les estropies; le reste est d6sign6 pour aller exScuter des travaux dans un endroit inconnu au salaire de 30 pfennigs par jour.

II parait que, dans la region de Courtrai seule, 4.000 personnes ont ainsi 6te deportees.

Je sais qu’on a enleve k Ninove (1) les celibataires de dix-huit h trentecinq ans, en premier lieu les ouvriers.

A Moorsel, pres d’Alost, les celibataires de dix-huit a trente ans ont 4t6 envoyes le 19 octobre en Allemagne et y sont arrives le lendemain.

Que deviennent les deportes ? Diverses versions et informations cireulent.

Quelques-uns affirment qu’un certain nombre d’hommes requisitionnes sont employes pour achever la recolte et faire les semailles d’automne en Allemagne et aussi dans le nord de la France. Mais je sais, d’autre part, que la plupart, sinon tous, sont employes h des travaux d’ordre ou d’importance militaire. Par exemple, des travailleurs beiges, aux environs de Bruges, sont employes de force au creusement d’une tranche destinee a proteger une route de 30 metres de large, construite entre Knocke et Anvers; on dit que cette route doit servir k l’evacuation du materiel allemand de la c6te beige de maniere 4 ne pas encombrer les autres routes necessaires pour le reste de 1’armee.

Enfin, il y a les deportations en Allemagne, dont la proportion parmi les enlevements ne m’est- pas exactement connue.

L’attitude des homines enieves est admirable. Ils doivent certainement impressionner leurs bourreaux par leur energie. J’ai dit qu’on avait vu passer des convois, d’ou 1’on entendait s’elever nos chants nationaux. Quelques communications indirectes venues d’Allemagne permettent d’affirmer que ces sentiments patriotiques persistent.

Un ouvrier deporte du pays flamand a pu faire savoir ceci k sa famille par un billet jete du train qui 1’emmenait :

« Voor de Duitsche werken, nooit, of nog veel min onze naam op papier zetten ! » c’est-a-dire : « Travailler pour les Allemands, jamais, ou encore beaucoup moins mettre notre signature au bas d’un papier (engagement). » II ajoutait : « Vive le roi Albert 1 »

Les mesures d’embauchage force et d’enlevement prises ainsi par les Allemands sont d’autant plus odieuses que l’autorite allemande de la Belgique occupee avait promis de ne pas se servir de ^organisation natio-

(1) Ville de la Flandre crientale, sur la Dendre, au sud de Termonde.

LES DEPORTATIONS BELGES

nale de secours pour forcer la population beige & s’employer au service de Tarmee allemande contrairement aux conventions de La Haye.

Le marechal von der Goltz et le general von Bissing avaient aussi promis avec solennite que l’autoritS allemande n’exigerait de la population beige rien de contraire k ses sentiments patriotiques. Cela avait ete affich6 partout.

A Ninove et environs ( Flandre orientate ).

Formule de convocation pour Ninove et environs :

Page 1