‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 25 sur 112 · APPEL DES OUVRIERS BELGES AUX OUVRIERS DE TOUS LES PAYS · texte numérisé non relu

APPEL DES OUVRIERS BELGES AUX OUVRIERS DE TOUS LES PAYS

DU MONDE CIVILISfi

Get Appel est parvenu, au debut de decembre 1916, a MM. H. Carton de Wiart, P. Hymans et E. Vandervelde, membres du Gouvernement beige, qui en attestent F authenticity

On devine pour quelles raisons majeures il n’a pu etre sign6 par ses auteurs.

II etait, du reste, precede d’un memorandum qui les laisse suffisamment entendre et que voici :

19 novembre 1916.

Memorandum.

Les ouvriers du pays se sont reunis secretement. Leurs delegues se sont rencontres. Tous, catholiques, liberaux, socialistes, ont redige de commun accord l’appel ci-joint.

Ils l’adressent au monde entier.

Vous voudrez bien dans ce but changer les adjectifs americains, en espagnols, en scandinaves, en suisses, etc., suivant le pays oil il paraltra.

Tous demandent que ce manifeste paraisse dans tous les journaux, soit publie et repandu le plus possible et placarde sur les murs de toutes les grandes villes, memo des plus petites localites du monde, en un mot, il faut que le plus petit ouvrier de n’importe quel coin du monde le connaisse.

(Test Fappel de F ouvrier beige qui, gemissant sous la botte allemande sans moyen de se rebeller, ne veut pas se rendre, soutenu qu’il est par la conscience d’ avoir avec lui le droit et la justice.

Peut-etre la reprobation universelle qui assaillira les Allemands arr§tera-t-elle les horreurs de Fesclavage que ceux-ci veulent instaurer

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sur une population impuissante k se defendre, et cela parce qu’elle fait son devoir.

L’ Appel qui suit est adresse, pays par pays, aux ouvriers de tous les pays du monde civilise. Nous reproduisons ci-apres le texte de Fappel destine aux ouvriers des Etats-Unis d'Amerique, qui renferme certains alineas sp6ciaux a cette nation (ils sont mis entre crochets dans le texte) :

APPEL DES OUVRIERS BELGES AUX OUVRIERS AMtfRICAINS

Au nom de la solidarity internationale des travailleurs, la classe ouvriere de Belgique, menacee tout entiere de I’esclavage, de la deportation et du travail force au profit de l’ennemi, adresse a la classe ouvriere americaine un appel supreme d’assistance energique et efflcace. Plus de paroles de sympathie, mais des actes.

Vous etes des hommes, vous nous comprenez.

Notre situation est desesperee.

L’Allemagne, vous le savez, attaqua et terrorisa la Belgique en 1914, parce que celle-ci defendait le droit de sa neutrality la foi juree et l’honneur.

Depuis lors, l’Allemagne martyrise la Belgique. Elle en a fait une prison; les frontieres sont armees centre les Beiges comme un front de bataille : tranchees, fds de fer barbeles et electrises, mitrailleuses et points d’appui. Toutes nos libertes constitutionnelles sont abolies. Plus de securite; la vie des citoyens est soumise a 1’ arbitrage policier sans limite comme sans pitie. Voila pour les personnes.

Yoici pour les richesses.

L’Allemagne a frappe sa victime d’une immense contribution de guerre qui depasse deja le milliard et qui s’accroit de 40 millions par mois. Elle a enleve, pour les transporter en Allemagne, sous forme de pillages, de confiscations, de requisitions et de ventes forcees, plus de cinq milliards de vivres et de marchandises, de produits industriels et agricoles. En meme temps, elle a pris et expedie en Allemagne la plus grande partie des matieres premieres de nos usines, les machines et leurs accessoires; elle arreta ainsi notre industrie et provoqua un chdmage presque general de la classe ouvri&re.

Depuis pres de deux ans, les Allemands entretiennent cette plaie du chomage jusqu’au jour — en octobre 1916 — oh 1’ Allemagne manquant de bras, put puiser en Belgique les forces ouvrieres dont elle a un si pressant besoin.

Ouvriers americains!

Oui, les Allemands ont cree le chomage beige et Font maintenu a leur profit :

En refusant a l’Angleterre, qui consentait k introduire de nouvelles

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matieres premieres, le controle diplomatique indispensable pour empSclier que les fabricats fussent pris par PAllemagne ;

En empechant par des edits terribles les communes beiges, les associations et les personnalites beiges, de donner du travail aux chomeurs, de soigner leur education professionnelle. de les employer 4 de grands travaux d’utilite publique. Ainsi :

Cinq cent mille ouvriers oni etc reduits au chomage et maintenus en etal de chomage.

Contrairement au bruit que les Allemands repandent a Petranger, ces chomeurs et leurs families ne sont pas a la charge des budgets publics ni de la bienfaisance publique. Us ont ete et sont soutenus, en toute dignite et fraternite, par une oeuvre privee, exclusivement beige, qui jamais ne se plaint de ses devoirs ni de sa mission. La solidarite des classes sociales beiges assure la vie de cetto oeuvre magnifique sans precedents dans Phistoire de l’entr’aide sociale.

Ouvriers americains !

A ces 500.000 chomeurs involontaires, crees par les Allemands et maintenus par eux, ils disent depuis un mois : ou vous signerez un control de travail pour V Allemagne, ou vous serez reduits en esclavage.

Dans Pun comme dans Pautre cas, c’est l’exil, la deportation, le travail force au profit de Pennemi, dans Pinteret de Pennemi et contre la patrie; chatiments formidables, les plus cruels que la tyrannic de tous les temps ait inventes pour punir les crimes. Et quels crimes dans Pespece? Le. chomage involontaire que le tyran lui-meme a cree et maintenu.

Et comme, malgre les pressions les plus odieuses, les Allemands ne parviennent pas a obtenir des signatures, — qu’ils osent qualifier de volontaires dans leurs communiques officials pour pays neutres — ils saisissent de force nos ouvriers, vos freres et les notres; ils les arretent par milliers cliaque jour; ils les arrachent a leurs femmes et a leurs enfants; au milieu des baionnettes, ils les trainent jusqu’aux wagons a bestiaux et les menent a Petranger, en France et en Allemagne.

Sur les fronts de l’Ouest, on les force par les moyens les plus brutaux k creuser des tranchees, k preparer des champs deviation militaire, k faire des routes strategiques, h fortifier les lignes allemandes. Et quand les victimes s’obstinent malgre tout a ne pas s’employer a ces travaux defendus par le droit des gens, on les aflame, on les maltraite, on les frappe, on les rend malades, on les hlesse et parfois on les tue.

En Allemagne, on les jette dans les mines, les carrieres et les fours h chaux, quels que soient leur age, leur profession ou metier. On deporte pele-mele les jeunes gens de dix-sept ans et les vieillards de soixante ans et plus. N’est-ce pas Pesclavage antique dans son horreur?

II y a deja :

plus de cinquante mille ouvriers,

chomeurs ou non, qui sont ainsi deportes, formats ou esclaves. Chaque

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jour une region nouvelle est razziee; on deploie un appareil guerrier formidable : des mitrailleuses et des soldats innombrables, et la lugubre operation militaire s’accomplit centre tous ces pauvres gens desarmes, terrorises, mais conscients de leurs droits violes.

Ouvriers americains !

N’oubliez jamais que les soldats qui se font les bourreaux des travailleurs beiges sont des ouvriers allemands. Et ainsi, cinq cent mille, peut-etre huit cent mille hommes seront deportes, si vous n’y faites obstacle.

Apr£s les homines, viendront les femmes sans doute. Encore cinq cent mille

C’est toute la classe ouvriere de Belgique qui est menacee de V esclavage, de V affaiblissement, de la mort.

Savez-vous, fr£res americains, ce que les Allemands jettent comme « salaire » a leurs victimes?

Trente pfennigs par jour ouvrahle.

Et la nourriture... Quelle nourriture !... Les prisonniers civils beiges qui reviennent d’Allemagne, apres trois mois de detention, ont perdu le tiers de leur poids; ils sont meconnaissables, anemies, malades; beaucoup ne parviennent plus a recouvrer la sante, ils languissent et meurent. Si tel est le sort des prisonniers qui ne font rien, quel sort lamentable est reserve aux travailleurs beiges deportes et sounds aux corvees les plus penibles?

Dans quelques mois, notre population ouvriere, l’orgueil de notre pays libre, sera aneantie dans sa force de travail. Le jour oh la paix viendra. il n’y aura plus guere de travailleurs beiges capables de reprendre le grand oeuvre de la reconstruction economique de ce que fut la prospere Belgique, dont tout le crime est de defendre sans faiblesse le droit des neutres a la vie et a l’honneur.

Ouvriers americains l

Nous avons tout fait pour que cette supreme epreuve de l’esclavage nous fut epargnee.

Nos plus hautes autorites sociales ont demontre a l’occupant la souveraine injustice et toute l’iniquite de ces mesures. La Cour de cassation de Belgique lui a demande de retirer ses edits parce qu’ils etaient contraires au « droit naturel », au « droit positif », au « droit des gens ».

L’episcopat de Belgique, avec a sa tete l’eminent cardinal Mercier, lui a demande le retrait des edits parce qu’ils etaient contraires a la morale et a la parole donnee. Oui, a la parole donnee solennellement en 1914 par le premier gouverneur general de Belgique, le marechal von der Goltz, qui avait proclame : « Jamais les jeunes gens beiges ne seront ommenes en Allemagne, soit pour y etre enroles dans l’armee, soit pour y etre employes a des travaux forces. « C’est parce qu’ils ont cru a cette parole d’honneur du representant direct de I’Empereur allemand, que nos ouvriers beiges sont rentres de Hollande apres le siege d’ Anvers et

LES DEPORTATIONS BELGES

que les autres sont restes. C’est pour cela que les Allemands peuvent les prendre maintenant pour les d6porter et les reduire en esclavage. Frilres americains, le souffrirez-vous?

Nos representants politiques ont demande de retirer les edits parce que, pour un Beige, travailler en ce moment pour les Allemands, c’est combattre la Belgique. Cbaque ouvrier beige en Allemagne ne permet-il pas d'envoyer un nouveau soldat allemand au front?

Nos chefs d’industrie ont demande le retrait des edits parce qu’ainsi « toute vie economique dans notre patrie deviendra impossible et qu’onlui fera rendre son dernier soupir ».

Les ouvriers, socialistes et catboliques. hommes et femmes, unis dans une meme pensee de solidarity et dans une meme angoisse, ont demande de retirer les edits cruels parce qu’ils etaient contraires aux droits, a la parole donnee, a la civilisation, au patriotisme et a la dignite de la classe ouvriere.

Tout est reste vain.

L’Allemagne, qui a un besoin extreme de bras, n’a voulu reculer l’application de ses edits ni d’un jour ni d’une heure. Pour toute reponse ellc a envoye plus de soldats et plus de mitrailleuses.

Maintenant la classe ouvrUre beige regarde du cote des puissances neutres.

Elle se demande si, cette fois, devant ce crime de lese-humanite, leur conscience revoltee ne pas va leur inspirer enfin le geste d’energie qui convient. Laisser commettre un aussi abominable forfait, n’est-ce pas s’y associer?

La classe ouvriere de Belgique se demande avec angoisse si les neutres, cette fois encore, se laveront les mains comme Ponce-Pilate, sous pretexte que les calomnies allemandes ne sont pas d’accord avec les plaintes de leurs victimcs?

La Belgique, martyre du droit, ne veut plus de constatations verbales ni de sympathies platoniques.

Elle veut des actes.

Les neutres et leurs classes dirigeantes laisseront-ils faire? Laisseront-ils reculer la civilisation jusqu’aux ages barbares oh le vainqueur menait les populations vaincues en esclavage?

Americains!

Si les autres agissent ainsi, si le monde doit assister encore une fois a un tel spectacle de lachete, vous, du moins. soyez nos amis et nos sauveurs.

Nous n’oublierons jamais que c’est grace aux fitats-Unis que la Belgique n’est pas morte de faim. Nous esp6rons que, grace aux fitats-Unis d’Amerique, la Belgique ouvriere ne sera pas r6duite h un esclavage pire que la mort.]

OPINIONS BELGES EN BELGIQUE OCCUPEE

Ouvriers americains l

Nous ne doutons pas de vous; notre cause est la vdtre.

II nous semble que, si nous ne vous denoncions pas 1’attentat qui nous menace, vous nous le reprocheriez un jour, disant : «Vous n’aviez pas le droit de vous taire et de souffrir votre martyre en silence; vous etes depositaires pour votre part de rhonneur de la condition ouvriere. Si un peuple de travailleurs civilises est reduit quelque part en servitude, toute la classe ouvriere est atteinte. C’est un precedent terrible. Nous, ouvriers de la libre Amerique, nous n’aurions pas laisse commettre un pared attentat. C’est de l’esclavage qu’est sortie la classe ouvriere moderne, elle ne peut v rentrer. »

Freres americains!

II nous semble entendre ces paroles annonciatrices de notre salut. Vous etes nombreux, vous etes puissants, vous etes energiaues. [Vous etes une force enorme, dans le plus puissant des Etats neutres, celui-la meme qui a impose l’adoucissement de la guerre sous-marine.] Seuls au monde vous pouvez nous secourir efficacement. Seuls au monde vous pouvez empecher un crime abominable contre la classe ouvriere, contre la votre. Seuls au monde, vous pouvez empecher toute la classe ouvriere d’un pays civilise de tomber dans l’esclavage.

Ouvriers americains!

Du fond de notre detresse, nous comptons sur vous.

Agissez.

Quant a nous, meme si la force reussit un moment a reduire nos corps en servitude, jamais nos ames ne consentiront.

Nous ajoutons ceci : « Quelles que soient nos tortures, nous ne voulons la paix que dans l’independance de notre pays et le triomphe de la justice. »

Les Ouvriers belges.

[Note de l’auteur. — On trouvera plus loin, dans la troisieme partie ou au chapitre XV III, le texte des diverses protestations des autorites beiges auxquelles V Appel des ouvriers fait allusion et le texte d'autres protestations d'organismes reguliers de la classe ouvriere beige.]

TR01SIEME PARTIE

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