‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 27 sur 112 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

§ 1. — Etendue du chomage.

Aucune statistique officielle du chomage actuel en Belgique occupee n’a et6 publiee.

Rien de plus difficile d’ailleurs a etablir (surtout en un temps de crise resultant de la guerre et de l’occupation) a cause du caractere essentiellement mouvant de la population affectee par le chomage, et aussi de la multiplicite des organismes qui s’occupent d’assistance. II convient d’ailleurs de ne pas confondre le chomage avec l’assistance : tous les assistes ne sont pas des ouvriers chomeurs.

En juillet 1916, les journaux hollandais ont publi6 un releve provenant, disaient-ils, de renseignements recents du Comite national de secours et d’ alimentation; d’apres ce releve, 666.349 homines, 552.000 femmes et 142.000 enfants, soit au total 1.360.349 personnes recevaient une assistance officielle et reguliere.

D’apres le correspondent bruxellois de la Frankfurter Zeitung (numero du 2 aout 1916), les chiffres auraient ete plus eleves; mais peut-etre ces differences provenaient-elles d’un classement nouveau et de l’adjonction de categories qui n’etaient pas comprises dans les premiers totaux publies. Voici les donnees du journal allemand :

En juin 1916, le nombre total des personnes secourues, en Belgique occupee, par le Comite national de secours et d’ alimentation, s’elevait a 1.585.379; ce total se decomposait de la fagon suivante : 669.966 hommes, 309.902 femmes sans travail; 605.511 enfants en dessous de seize ans.

Le 14 septembre 1916, la Vossische Zeitung (edition du matin) publiait un article officieux qui fut relance a toute la presse allemande et etrangere par les soins de la propagande allemande. Le voici :

Combien y a-t-il de chomeurs en Belgique?

A la fin de juin 1916 il y avait en territoire beige occupe 666.913 hom-

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raes, 309.552 femmes et 587.132 enfants en dessous de seize ans, sans travail. L’agglomeration bruxelloise a elle seule en compte 69.072 homines, 32.416 femmes et 41.400 enfants. Ces chiffres, qui ne sont certes pas minimes, s’expliquent par le fait que l’etat de chdmage a quelque attrait pour les Beiges en raison de ce que le Comite de secours americain (Comite national de secours et d’alimentation) rend la vie facile aux chdmeurs par ses « caisses de chdmage ». II a 6te payd jusqu’ici, en secours aux chdmeurs, 146.500.000 francs, dont 14.423.000 francs k Bruxelles et environs.

Dans le courant du mois de mai, il a ete paye aux chdmeurs beiges 11.961.675 francs, dont 1.078.500 francs k Bruxelles. Aux families que la guerre a privees de leurs demeures, il a ete payd 120 millions, dont 14.086.040 francs a Bruxelles.

Comme on le voit, ces donnees ne concordent pas entre elles. La source ne nous en etant pas connue, il ne nous a pas dte possible d’cn verifier l’exactitude. Nous ne les reproduisons done qu’a titre d’indication approximative et sous les reserves necessaires.

Notons, d’autre part, que le cardinal Mercier, dans sa protestation du 7 novembre 1916, evalue le nombre des chdmeurs secourus a 400.000 environ; le general von Bissing, dans son interview (Voir chap. VIII), le nombre des chdmeurs de 400.000 k 500.000; M. Vandervelde, dans sa lettre au Bureau socialiste international (Voir chap. XX) parle d’environ 600.000 chdmeurs.

Une note de renseignements emanant (novembre 1916) d’un Beige qui reside en Belgique occupee et est a meme, par sa situation, d’etre dument informe, dit :

Les ouvriers reduits en Belgique 4 l’inactivite ne sont pas au nombre de 600.000 si l’on ne compte dans ce chiffre que les hommes. Le nombre de ceux-ci n’atteint pas 350.000. Le chiffre exact est de 346.989. Il y a, en outre, un certain nombre de chdmeurs dits partiels, dont l’inactivitd n’est que tres intermittente.

Nous considerons cctte note comme representant exactement la realite. Les eclaircissements qu’elle donne permettent d’expliquer les contradictions reelles ou apparentes des autres renseignements.

Tel quel, le chdmage en Belgique occupee est un phenomene grave, sans atteindre pourtant aux proportions d’une catastrophe comme risqueraient de le faire croire les articles recents de la presse allemande. L’opinion que nous enomjons se fortifie encore quand, en regard des chiffres cites, on place les efforts qu’avaient faits les Beiges pour enrayer la marche ascendante du fleau.

De cette situation maintenant precisee, quelle est exactement la cause?

§ 2. — Origine du chomage. L’arret de l’industrie beige est-il dd au blocus anglais ?

Une cause doit etre, d’ evidence, mise hors de conteste : la stagnation des affaires en Belgique est premierement, et directement Tun des resultats de la guerre, c’est-a-dire de Y agression allemande.

Celle-ci fut qualifiee par le Chancelier de 1’ Empire allemand, le 4 aout 1914, au Reichstag, d’ « acte contraire au droit... », que l’Allemagne « s’ engageait a reparer » au plus tot.

L’Allemagne ne saurait esquiver au tribunal de 1’Histoire la responsabilite des consequences naturelles de cette injustice fondamentale, sous le pretexte qu’il faudrait porter aussi en ligne de compte l’interdiction anglaise d’importer des matieres premieres.

II faut bien, il est vrai, conceder, par hypothese, aux Allemands, leur position du probleme pour pouvoir en raisonner avec eux la solution. Toutefois ce n’est point ici le lieu de debattre a fond, au point de vue du droit, la question du blocus ou plutot de la politique navale et maritime anglaise.

D’abord, ce que dit l’Allemagne fut-il vrai et ses recriminations fussent-elles fondees, cela ne lui donnerait pas encore le droit, comme le remarque le cardinal Mercier, de se venger sur les Beiges, en les deportant et en les soumettant au travail force en Allemagne.

II importe, ensuite, d’eviter une equivoque.

Ce que nous avons a faire ici n’est pas de rechercher, en theoricien, l’explication scientifique de l’arret de l’industrie beige, mais, avant tout, de trancher, conformement aux regies de l’histoire, un cas de responsabilite. Suppose meme admis que le « blocus » anglais ait materielleinent influe sur la situation industrielle de la Belgique, le point important serait encore et toujours de savoir si reellement il n’etait pas possible d’echapper a son etreinte.

Les Allemands semblent croire que l’unique responsabilite engagee est celle de l’Angleterre, du seul fait que le blocus depend de sa libre volonte et qu’il lui est apparemment loisible d’y mettre fin quand, ou et dans la mesure oil elle le veut. C’est mal poser la question et raisonner en theorie pure. La responsabilite du refus de lever le blocus pour la Belgique doit s’apprecier a la lumiere de

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deux faits fondamentaux, a savoir : en premier lieu, que la Belgique est une region envahie et occupee par son ennemi, l’Empire allemand, qui est aussi Y ennemi de l’Angleterre; en second lieu, que cet ennemi pretend puiser dans sontitre d’occupant, nonseulement le droit de tirer du territoire beige ce qui est necessaire a l’entretien des troupes d’occupation, mais encore celui d’exploiter ce territoire a outrance, comme on ferait d’un pays sauvage d’ores et deja conquis. On trouvera plus loin la preuve de ces exigences et pretentions.

Cela etant, la question de savoir si l’Angleterre, belligerante et luttant pour le salut de la Belgique aux cot6s de celle-ci, pent, vis-a-vis de ce qu’elle doit a ce but meme et a l’entreprise militaire commune des Allies, ravitailler ou laisser ravitailler l’industrie beige en matieres premieres, se ramene a celle-ci : des garanties serieuses furent-elles offertes par Y occupant, donnant la certitude reelle que, bloqu6 lui-meme, il n’exploiterait pas ce ravitaillement pour renforcer sa propre situation militaire?

Quand le gouverneur general von Bissing affirme qu’il a fait tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir de l’Angleterre l’introduction en Belgique de matieres premieres, ou bien cela doit signifier qu’il a offert de telles garanties, ou bien ce qu’il affirme manque de pertinence.

Or, qu’en est-il?

L’Allemagne offrait, dit le general von Bissing, de « prendre l’engagement que les produits de l’activite industrielle beige, rendue de la sorte possible (par l’importation eventuellement autoris6e), ne seraient pas utilises par l’Allemagne et que 75 % de leur valeur seraient exportes ».

Prendre V engagement, c’est s’obliger simplement et sans plus. Mais, de la part d’un Etat qui a erige en maxime de conduite internationale le Not kennt kein Gebot, d’un contractant qui pretend n’etre pas juridiquement lie par sa propre signature du moment qu’un interet strategique, dont il reste seul juge, le sollicite de la renier, l’offre, faite a l’adversaire, de s’obliger ainsi, n’est, en v6rite, pour celui-ci qu’un mot vide ou un acte frustratoire. L’ obligation n’est rien ici; V execution est tout, et, pour l’ex6cution, il n’y a que des garanties qui comptent.

Nous insistons done en demandant : « Ou sont les garanties qu’offrait 1’Allemagne pour assurer a l’Angleterre l’ex6cution de l’engagement propose?))

Sur ce point, le Gouverneur et l’Allemagne officielle sont muets.

Faisons la contre-6preuve.

Quelles conditions de garantie comportait le pro jet dJ arrangement soumis, en aout-septembre 1915, & F autorite allemande avec Fagrement de FAngleterre (1)?

Ce projet emanait d’un groupe d’industriels beiges, formas en comite, et de la Commission (americaine) for Relief in Belgium. II comportait Fimportation des matieres premieres necessaires a la marche d’usines beiges, cboisies parmi cedes qui employaient le plus grand nombre d’ouvriers, et F exportation totale des produits fabriques avec ces matieres premieres, pourvu que lesdites matieres ne servissent qu’a ces usines et que les produits exportes fussent de provenance exclusivement beige; F autorite allemande s’abstiendrait de soumettre ces usines et leurs matieres, produits, materiel et personnel, a aucunes requisitions ou achat ou obligation de travail pour elle-meme. Comme garantie g6nerale de Fobservation de ces conditions, le projet prevoyait Finstitution d’uncontrole neutre, exerce sur place par la Commission for Relief in Belgium fonctionnant deja pour le ravitaillement en vivres sous le patronage des representants des iStats-Unis, d’Espagne et de Hollande a Bruxedes; comme garantie speciale, le depot et bloquement en banque neutre du produit net des transactions jusqu’a la fm de la guerre, mais sous une triple reserve qui devait permettre a la combineison d’atteindre son but en Belgique sans porter atteinte au blocus :

1° La Commission for Relief pourrait, k valoir sur le depot, affecter en Belgique a des secours a la population necessiteuse, les recettes de ses ventes de vivres importes pour le ravitaillement;

2° La difference en excedent, du depot ci-dessus bloque, sur les sommes ainsi depensees, pourrait devenir la couverture d’un emprunt interieur en Belgique permettant aux industriels de regler leurs frais generaux et salaires;

3° Les premiers 2.500.000 francs d’excedent du depot serviraient de gage permanent de la bonne execution des conditions par les usines beiges patronnees.

Cette proposition resta sans reponse. La Commission for Relief et les industriels beiges eurent beau faire des enquetes pour s’informer du sort que FAllemagne comptait lui faire : elles ne donnerent aucun resultat. Finalement, apres plus de cinq mois d’attente, le Gouvernement anglais saisit Fopinion publique de la question et fixa les responsabilites dans un Memorandum du Foreign

(1) Voir le dossier de ce debat en Annexes , ehapitre XVII.

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Office k la presse date du 7 fevrier, public dans le Times du 21 fevrier 1916.

L’Allemagne, alors seulement, se decida a parler, mais pour declarer que l’Angleterre emettait des pretentions inacceptables. Actuellement, dans son interview, le gouverneur general von Bissing les qualifie de « conditions completement non-economiques ».

Non-economiques, qu’est-ce que cela peut vouloir dire ? Le Gouverneur ne s’explique pas. II faut recourir, pour decouvrir sa pens6e, a deux notes officieuses publiees par le Gouvernement allemand le 22 fevrier et le 9 mars 1916, en reponse au Memorandum anglais du 7-21 fevrier (Voir aux Annexes, chap. XVII).

L’argumentation de ces notes officieuses peut se r6sumer comme suit :

« II y a duplicite de la part du Gouvernement anglais; il cherche uniquement k mettre la main sur le commerce beige, en exigeant des certificats d’origine qui constitueraient un espionnage commercial deguise au profit du commerce anglais, et a ruiner l’industrie beige au profit de la concurrence anglaise, en bloquant tout le produit des transactions dans une banque anglaise; ainsi, la Belgique acheterait des matieres premieres et exporterait des produits manufactures, mais il ne lui rentrerait pas d’argent, meme pour payer les salaires, et ses industriels courraient droit a la faillite. »

Le lecteur s’etonnera certainemcnt du defaut de correspondence entre cette argumentation et la proposition d’ arrangement ci-dessus rapportee.

C’est qu’en effet la Note officieuse allemande qui, dans sa premiere partie reproche au Memorandum anglais de celer les clauses de la proposition et pretend les reveler au public, le fait faussemenl : elle presente comme les clauses de la proposition — et encore en commettant des inexactitudes et des omissions — certaines conditions de fait d’un regime provisoire anterieur, que le Gouvernement anglais avail etabli en l’absence d’une reglementation bilaterale, pour rendre possibles diverses exportations commerciales, et auquel la proposition de la Commission for Relief avait precisement pour objet de substituer un arrangement contractuel.

Par suite de cette erreur, la Note officieuse allemande attribue & la proposition belgo-am6ricaine des conditions qui ify figuraient pas, entre autres le bloquement du produit des transactions dans une banque anglaise, tandis que le projet parlait seulement d’une banque neutre ; elle passe, au contraire, sous silence des condi-

tions importantes qui s’y trouvaient libell6es, comme, par exemple : la delivrance a la Commission for Relief d’un certificat du depot bloque dans la banque; Fautorisation consecutive de compenser une partie du depot par des dispenses faites en Belgique pour soulager la misere, au moyen du prix des vivres vendus dans le pays; Fautorisation pour le Comite industriel beige patronne par la Commission for Relief de gager, sur le solde du depot, des emprunts en Belgique qui permettraient de payer les frais generaux et salaires des usines.

Ces clauses, qui constituaient Fessentiel de la combinaison proposee, n’apparaissent nulle part dans la pretendue revelation faite par la Note ofFicieuse allemande.

D’oii vient cette representation inexacte des donnees de base de la discussion? L’ auteur de la Note officieuse allemande a-t-il commis une meprise ou confusion involontaire ? Ou bien le Gouvernement allemand a-t-il voulu, de propos deiibere, fausser les elements du debat pour se procurer, devant un public mal informe, Favantage d’une refutation en apparence decisive, en realite decevante?

Nous voudrions n’ avoir pas ici & sortir de l’hypothese de la bonne foi. Force nous est pourtant de constater que si confusion il y a eu, cette confusion est sans excuse en presence des termes explicites du Memorandum anglais qui distingue parfaitement, et qui meme oppose, par gradation, le regime provisoire des conditions de fait, mises a certaines exportations, au regime contractuel qu’il s’agissait d’y substituer :

Le Gouvernement de Sa Majeste, — disait clairement le Memorandum du 7/21 fevrier 1916, auquel repond la Note allemande, — a parfaitement compris la necessite de venir en aide a la population bejge; c’est pourquoi il a appuye la Commission for Relief in Belgium [ravitaillement en vivres] et a permis & la Belgique des exportations commerciales sous certaines conditions [regime des conditions de fait, de caractere provisoire et unilateral]. C’est aussi pour cela qu’il a decide, il y a quelques mois [aobt 1915], de faire connaitre son intention d’examiner les propositions [du Comite industriel et de la Commission for Relief ] en vue de Fimportation en Belgique des matieres premieres necessaires, sous le contrdle d’une agence [Comite industriel beige] et avec la garantie de la Commission for Relief [regime contractuel qui succederait au regime de fait].

La distinction est nette; il n’est pas possible qu’elle ait eehappe au Gouvernement allemand lors de la redaction de sa Note officieuse,

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longuement murie durant la quinzaine ecoulee du 21 fevrier au 8 mars 1916.

Si, maintenant, on laisse de cote la question de bonne foi, il reste que la Note officieuse allemande manque tout a fait de pertinence; tous les arguments qu’elle developpe tombent a cote des conditions reelles de l’arrangement qui etaient & discuter. Nous pouvons done passer outre purement et simplement, en nous bornant a constater, d’une maniere generale, les points essentiels oi-apr&s :

1° En bloquant le produit des transactions dans une banque neutre, l’Angleterre avait pour intention de soustraire ces accroissemenis du capital beige au danger de nouvelles requisitions, amendes, contributions ou emprunts forces, dont ils eussent pu £tre l’objet ou le pretexte, au profit de la puissance militaire de Foccupant;

2° Le bloquement des fonds ne devait pas empecher les industriels beiges d’encaisser, sous forme de credit, le benefice de leurs operations, ni de payer, gr&ce k un emprunt interieur, gage sur ce credit exterieur, leurs frais generaux et salaires;

3° L’operation de clearing et de virement qui devait accompagner le depot, eut permis k la Commission for Relief et au Comite industriel beige, non seulement d’entretenir une activite industrielle relative en Belgique, mais d’augmenter les ressources de l’assistance pour le rest ant des chomeurs forces, juges dignes d’etre secourus.

Dans l’ensemble, la combinaison, fort ingenieuse, etait conforme aux principes d’une saine economie industrielle et fmanciere. On n’en doit vouloir comme preuve que le fait que les industriels, commer^ants et banquiers beiges, qui sont, certes, les meilleurs juges de leur interet, avaient contribu6 en eiaborer le projet.

Peut-on dire qu’elle fut « impraticable »?

Qu’en sait l’autorite occupante qui n’en a pas meme voulu faire l’essai, alors que les Beiges le demandaient? En somme, il s’agissait seulement d’etendre aux importations de matures premieres et aux exportations de produits fabriques la competence de la Commission for Relief qui, depuis pres de deux ans, donnait — et donne encore — satisfaction aux parties interess£es en ce qui concerne le ravitaillement en vivres et a qui l’ Angleterre a octroye V exemption permanente du blocus.

En tout cas, c’ etait une negociation qui etait amorcee : pourquoi 1’Allemagne ne l’a-t-elle pas suivie? Elle critique, six mois apris,

la proposition ; mais oil est sa contre-proposition, non pas de conditions, mais de garanties pour Fobservation des conditions?

La encore, le general von Bissing reste muot.

Et, de nouveau, nous devons insister et demander : « Quelle raison majeure avait done FAllemagne de refuser ^institution de tout controle, alors qu’un controle avait ete institue et fonctionnait sans diflicultes ni inconvenients pour le ravitaillement en vivres? »

Aussi longtemps que FAllemagne n’aura pas fourni la-dessus d’ explications satisfaisantes, on sera en droit de conclure qu’elle n’ etait pas sincerement resolue, en cas de lev6e partielle du blocus anglais, a laisser a l’industrie beige le fruit integral de sa remise en activite (1).

Les Beiges en Belgique occupee ont garde Fimpression que, dans cette tentative manquee de negociation, leur industrie iFa ete aux mains de l’Allemagne qu’une sorte d’otage : FAllemagne ne se servait de ses n6cessites que comme d’un moyen de pression, pour imposer it FAngleterre le desserrement des mailles de son blocus; une fois en presence d’une proposition precise, agreee par FAngleterre et qui devait etre efficace pour le relevement de Findustrie beige, mais qui restreignait a la Belgique l’avantage de la levee du blocus, FAllemagne a decline de repondre, durant pres d’une demi-annee, et ainsi, sans avoir fait aucune contre-proposition, elle a provoque la rupture des pourparlers.

11 y a d’ailleurs un assez bon moyen de controler indirectement Fexag6ration oil verse F autorite allemande, quand elle fait retomber sur le blocus anglais toute la responsabilite de F « etranglement economique« de la Belgique : e’est de consulter ce que la presse allemande, agissant par ordre et sous la surveillance de la censure, a dit, en 1914, en 1915 et meme en 1916, de la situation economique de la Belgique.

Le dessein poursuivi alors etait autre que maintenant. Les Beiges se plaignaient am6rement des ravages de Finvasion et des rriaux de Foccupation allemandcs; il s’agissait de demontrer au public des pays neutres que ces doleances etaient sans fondement, que FAllemagne etait venue en Belgique nettoyer les ecuries d’Augias; qu’& peine avait-elle saisi les renes du pouvoir, la renaissance

(1) Rappelons & ce propos que les negotiations en vue du ravitaillement de la Pologne en bl6 amCricain echou&rent de la meme manure et pour une raison analogue : FAllemagne refusa de se prater a l'institution d’un contrdle diplomatique ou neutre; Ik aussi elle pr6tendit que FAngleterre devait se contenter de la « parole donn6e » de FEmpire.

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economique s’etait epanouie, fleurissant en quelque sorte sous les pas de Yordre allemand et de Y organisation allemande; que seul, le genie allemand pouvait ainsi tirer le bien du mal; qu’une prosperity rajeunie se fondait sur les mines inevitables de la guerre; qu’une ere nouvelle s’ouvrait, dont les debuts pleins de promesses faisaient bien augurer de l’avenir de ce pays destine a entrer dans le Zollverein, apres la victoire des armes allemandes.

Vingt mois durant, apres comme avant le blocus, ces perspectives furent exposees sous les yeux des lecteurs de la presse allemande et des depeches allemandes pour pays neutres. Le Bureau Documentaire beige a recueilli des centaines d’articles ecrits sur ces themes enchanteurs, dans les journaux d’Allemagne et dans les journaux germanophiles des pays neutres. Ils feront la stupeur des historiens futurs de la grande guerre.

fipinglons seulement, au hasard du feuillettement de nos fiches, quelques citations.

La Kdlnische Zeitung (27 novembre 1914) dit que la situation economique de la Belgique, quoiqu’il y ait quelques traces de rel£vement, reste difficile parce que les ouvriers, par scrupule patriotique, refusent de reprendre le travail. Le journal allemand les engage vivement 5 ne pas s’obstiner dans ce refus, comprehensible, d’apr^s lui, mais peu raisonnable.

Quatre mois plus tard, le meme journal, qui est l’un des officieux du Gouvernement imperial, publiait un tableau tout en rose de la situation en Belgique (26 mars 1915). La veille (n° 307, du 25 mars), il avait reproduit une correspondance tendancieuse d’un journal neerlandais, sous le titre ironique, place entre guillemets : Das « schwer gepriifte Belgien » (La « Belgique durement eprouvee ») : « On ne voit partout que champs laboures et ensemences... A Liege, letrafic habituel semble n’ avoir guere diminue; a Louvain, a Malines, 1’ activity semble renaitre, etc. »

L’optimisme de la Kdlnische Zeitung et d’autres journaux officieux est meme si extravagant que le Vorwarts (numero du 6 avril 1915) croit devoir protester dans un long article.

Neanmoins, on persiste dans la campagne entreprise.

La Frankfurter Zeitung du 13 avril 1915 affirme le fait de la reprise economique :

Partout, et surtout dans les centres industriels, 1’activite economique se developpe de jour en jour. Des fabriques se remettent a fonctionner, des hauts fourneaux sont allumes et le commerce de detail, specialement a Bruxelles, a repris en partie son activity de jadis.

Le 15 mai 1915, un journal suisse, Die Ostschweiz, reproduit un article du meme genre de M. Walter Blcem, officier allemand attache a la personne du Gouverneur general, paru dans Die Woche.

Les Miinchner Neueste Nachrichten (n° 275, Morgenblatt, du ler juin 1915; n° 276, Vorabendblatt, du 2 juin 1915; n° 277, Morgenblatt, du 2 juin 1915; n° 278, Vorabendblatt, du 3 juin 1915) publient des extraits etendus d’une relation, donn6e par M. J. Humar, delegue municipal de Munich, d’un long voyage d’6tudes qu’il vient de faire en Belgique (de la mi-mars au 10 avril 1915).

D’apres M. Humar, a cette epoque, soit apres huit mois de guerre ( nous soulignons) :

II est radicalement faux de croire que la population beige et la population fran$aise des territoires occupes soient en mauvaise situation, qu’elles souffrent de detresse et de famine et qu’on doive leur adresser de l’argent... En general, on peut dire que ces populations vivent, en ce moment, exactement comme elles vivaient en temps de paix... II n’y a pas du tout de rencherissement... L’argent allemand doit etre accepte au coura force de lf 25 par mark...

... Actuellement, il y a un grand nornbre de charbonnages et de mines a minerais qui travaillent comme en temps de paix. Les fabriques ont a executer des commandes, en partie meme des commandes pour l’armee (qu’on leur a passees) pour leur donner la possibility d’employer leurs ouvriers. Les centrales electriques et les usines d’installations electriques travaillent comme en temps normal. Dans les parties occupies de la France, comme par exemple k Charleville, la vie commerciale est prisentement plus active que naguere.

L’ Administration allemande fut moins beureuse dans d’autres circonstances. Je rappelle simplement le dessein qu’on avait de remettre en activity les Usines Cockerill a Liege. Des l’occupation de la ville, on racontait en Allemagne que ces usines travaillaient pour le compte de 1’ Administration sup£rieure allemande, sous la direction d’un commandant, et qu’il avait ete promis aux ouvriers 50 % d’augmentation de salaire au cas oil ils se comporteraient bien. Cependant, la chose n’a pas ete simple k ce point. II semble que, tout d’abord, on ait un peu m^sestime les sentiments du monde ouvrier. Mais, rien que d’apr^s les Conventions de La Haye, on ne pouvait pas exiger des ouvriers qu’ils fabriquassent des armes pour les ennemis de leur pays. En tout, il y a environ 4.000 ouvriers qui travaillent, c’est-a-dire environ 50 % du nornbre habituel.

D’ailleurs, on n’y fabrique pas d’armes pour l’Allemagne.

Pour resumer, on peut dire que la plus grande partie des fabriques, des

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charbonnages, etc., travaillent. La oh il le faut, la direction est aux mains de fonctionnaires allemands...

... De meme, l’Administration allemande a pris de nombreuses mesures centre le chomage et Voisivete. Des milliers d’ouvriers et de fonctionnaires out naturellement trouve du travail par la reprise des services postaux et f err 6s, ainsi que par la reprise de Vindustrie et de V agriculture. Pour autant qu’elle s’en est tenue 6 ses fonctions, on doit reconnaltre que la police des villes travaille de fagon satisfaisante et qu’elle collabore efficacement avec l’Administration allemande. C’est le landsturm allemand qui est charge de l’ordre et de la securite publics. Des groupes d'ktres guenilleux postes aux coins des rues, tels qu’on les decriva.it nagulre, ne sont plus a voir actucllement dans les villes beiges...

... La fort nombreuse classe ouvriere qui ne dispose pas d’6conomies ne laisse pas de vivre parcimonieusement et avec des soucis, mais ceux a qui manque une besogne remuneratrice sont secourus par les administrations communales et les institutions de charite dont il a dejci 6t6 question plus haut.

Le 14 juin 1915, un journal germanophile de Berne, le Berner Tagblatt, publie un eloge de Pceuvre economique du gouverneur general von Bissing et des resultats heureux qu’il a atteints. Cet article est un de ceux qui ont fait le tour de la presse allemande.

Le 9 juillet 1915, le Berliner Tageblatt (n° 345) relate le voyage d’un groupe de deputes allemands qui ont trouvd la Belgique en pleine apparence de prosperite, sauf une ombre au tableau, le chSmage : mais c’est le fait de la paresse ou du mauvais vouloir des Beiges.

En octobre 1915, dans une interview accordee a M. W. Scheuermann, correspondant de guerre officieux, et rapportee par la presse allemande sous le titre : « Une annee d’administration allemande en Belgique et ses resultats : Un entretien avec le Gouverneur general imperial, Excellence baron von Bissing v ( Die Post, 19 octobre 1915; Neue Badische Landeszeitung, 19 octobre 1915; etc.), le gouverneur general von Bissing, apres avoir note — en se les attribuant — les heureux rdsultats de l’activite de la Commission americaine for Belief in Belgium dans le domaine du ravitaillement, s’est exprime comme suit ( nous sonli-gnons) :

Le relevement de l’industrie s’est developpe d’une maniere moins satisfaisante. 11 y avait ici 4 surmonter des difficultes qui, pour partie, ne pouvaient etre ecartees ni ne le peuvent etre, aussi longtemps que la guerre empeche l’importation et l’exportation, rend les conditions d’achat anormales et retranche l’importation de beaucoup de matifres

premieres. De la vient que certaines branches d’industrie ont dechu pendant la guerre, en Belgique comme partout (in Bclgien, wie iiberall).

Heureusement est ici intervenue la Commission economique form£e par moi, et par laquelle les possibilit6s de relever et d’alimenter l’industrie sont. recherchees et trouv&es.

En decembre 1915, on fait donner les temoins « neutres ». La presse allemande repand le compte rendu tout a fait optimiste du voyage en Belgique d’un technicien, l’ingenieur americain J.-E. Noeggerath; le Bureau Wolff le communique au public neutre (Voir Schweiz. Bodensee Zeitung du 18 decembre 1915):

Beaucoup de categories de travailleurs ont une bonne occupation et, si les Beiges riches ne s’6taient pas enfuis, elles pourraient etre encore bien plus occupies, car moins de 1 % des fabriques sont detruites.

Puis c’est le tour du temoignage d’un pasteur americain, J.-B. de Ville, qui aurait atteste au Chicago Herald que la situation en Belgique est excellente a tous les points de vue. La Kolnische Zeitung (29 decembre 1915, n° 1815) resume son appreciation avec complaisance :

« J’ai constate une situation etonnamm< nt bonne dans les provinces qui se trouvent sous 1’autorite allemande. » Les conditions qui r^gnent dans l’agriculture sont a peu pres normales. D’importants progres ont ete realises dans la reprise de l’industrie. II (le pasteur) donne le nombre d’ouvriers qui sont revenus et le trouve proportionnellement considerable... II termine son rapport par la conclusion suivante : « Je crois qu’en general le nombre des pauvres et des indigents en Belgique eat moindre, et qu’on y prend soin d’eux, plus que dans mainte ville d’Am6rique. »

La presse allemande tout entiere, jusqu’aux journaux locaux, tels que la N iederrheinische V olkszeitung du 29 decembre 1915, la Gelsenkirchener Allgemeine Zeitung du 30 decembre 1915, etc., reprend cet article, relance aussi a l’etranger par le Bureau Wolff.

La Vossische Zeitung du 31 decembre 1915, n° 667, se basant sur un autre temoignage, est d’avis que la situation en Belgique est moins mauvaise qu’on ne se la represente generalement : « L’industrie et le commerce rentrent dans des voies reglees et normales. »

Le Deutsche Export du 4 fevrier 1916, journal technique, ne signale cependant en Belgique qu’une legere amelioration, comme il dit.

En janvier-fevrier 1916, le Stockholnis Daghlad publie une s6rie

LES DEPORTATIONS BELGES

(f articles d’inspiration allemande affirmant que la Belgique n’est pas si necessiteuse qu’on le croit; il y a du travail, mais les Beiges sont des faineants qui pr^ferent vivre de secours; P auteur fait un vif eloge de 1’ administration allemande et de ses r6sultats (1).

Le 26 fevrier 1916, P Allgemeine Rundschau public le temoignage d’un aumonier allemand a Anvers, nomme L. Hurter, affirmant que Pactivite industrielle n’a pas cesse en Belgique.

Le 15 mai 1916, un ex-consul suedois au Congo beige, germanophile av6re, M. Sjogreen, publie dans 1 e Aftonbladet de Stockholm un article d’impressions sur la Belgique oil il affirme lui aussi qu’il y a du travail en Belgique, mais que les ouvriers beiges, par fain^antise, n’en veulent pas (2).

En juillet 1916, trois deputes socialistes danois et trois suedois font un « voyage d’etudes » en Allemagne et en Belgique. Le compte rendu en parait, sous forme d’interviews et d’articles, dans la presse du Danemark et de la Suede (notamment : Social Demokraten de Copenbague, 5 et 8 aout 1916; Soderhomns Kuriren, 2 aout 1916; Aftonbladet de Stockholm, 10 aout 1916, etc.). Leur description des conditions economiques et sociales de la Belgique est mirifique. Le Bureau Wolff, qui les a suivis pas a pas dans leur voyage, par ses communiques a la presse neutre, a note dans ceux-ci leurs impressions ravies (3); puis la presse allemande reprend les relations etendues publics par la presse scandinave, elle les traduit, les commente, les relance en pays neutres, ou ces extraits font flores durant tout le mois d’aout et meme jusqu’a la fin de septembre

(1) M. G.-H, von Koch, membre de la premiere Ghambre du Rigsdag suSdois, a repondu a ces articles dans le Dagens Nyheter du 16 fevrier 1916 (Cahiers documentaires du Havre, livraison 40).

(2) R6porise de M. G.-H. von Koch, dans Y Aftonbladet du 28 mai 1916 ( Cahiers documentaires du Havre, livraison 46).

(3) T6l6gramme Wolff de Bruxelles, relanc6 de Berlin le 24 juillet 1916 ( Politiken de Copenhague, 25 juillet 1914, p. 6; Social Demokraten, ibid,, 25 juillet 1914, p. 4; Kolnische Zeitung, n° 746, du 25 juillet 1916) :

« Les hommes politiques socialistes scandinaves ont 6tudi6 soigneusement h Bruxelles les oeuvres sociales d' assistance du Gouvernement general. Les fabriques etablies en vue de reduire le chomage, la distribution, par la Croix- Rouge, de laine aux ouvrieres occup6es k domicile et les creches repurent leur approbation unanime.

« Le gouverneur general baron von Bissing salua les messieurs scandinaves k l’exposition des oeuvres sociales d’assistance et il s’entretint avec eux sur les impressions de leur voyage.

« Dimanche ils ont visite Louvain.

« Dans l'apres-midi et le soir, les visiteurs scandinaves eurent l’occasion de voir la joyeuse vie populaire h Bruxelles et aux environs. »

LE CHOMAGE ET SES CAUSES GliNERALES 121

1916 (Cf., par exemple, Weltchronik de Berne, 23 septembre 1916).

Les appreciations des voyageurs, pilotes et documents par les autorites allemandes en Belgique occupee, furent resumees le 7 aout 1916 dans un telegramme de Copenhague, vise par la censure de Berlin, qui fit le tour de la presse allemande. On y lit, entre autres choses (nous traduisons d’apres la Nordd. Allg. Zeitung, n° 217, du 7 aout 1916, en respectant les passages soulignes) :

En Belgique, on fut frappe d’dtonnement par 1’aspect des champs cultives de meme que par le fait que la plupart des etablissements industrials etaient en pleine activite. La recolte de cette annee en Belgique est, dans sa totalite, extraordinairement brillante et dejct a present requisitionnee pour la propre consommation de la Belgique. Alors qu’au lendemain de l’occupation, il y avait en Belgique de 120.000 & 130.000 sans-travail, il n’y en a plus a present que de 40.000 a 50.000... Les conditions d’alimentation en Belgique sont depeintes comme meilleures qu’a Berlin. On n’eprouve pas l’impression que la population beige soufTre de misere ou soit trop peu alimentee. Naturellement, nous devons penser constamment a la guerre, mais, en hommes d’honneur, nous ne pouvons pas nous abstenir d’attester que les Allemands ont deploye un vrai talent d’organisation pour eliminer autant que possible les consequences de la guerre.

A son tour, la Rheinisch Westfalische Zeitung du 10 aout 1916, 3e edition, publiait le compte rendu presque lyrique d’une conference du deputd danois C.-F. Madsen, de Copenhague, sur son voyage, ou Fon lisait entre autres (nous respectons les passages soulignes) :

Qu’il y ait de la misere dans une telle guerre, cela est vrai, mais il y a aussi du ch6mage et de la misere ailleurs et j’ai gagne la conviction que tout ce qui pouvait etre fait pour panser les plaies a ete fait. Dans la voie od Fon est entre, je crois que Fon arrivera & ce but. En tout cas, F impression d’ ensemble donnee par la Belgique est que, si Fon ne savait pas que Fon est en guerre, on pourrait a peine s’en apercevoir en Belgique, car, par rapport a l’etendue du pays, le nombre des maisons detruites est relativement tr6s petit. Le travail it la campagne se poursuit; la population, a mon avis, vit meme mieux qu’en Allemagne.

Meme en ddcembre 1916, apres les deportations commencees, la manoeuvre de presse se poursuivait encore de-ci de-ld par poussees. Nous avons releve dans la Kolnische Zeitung, n° 1232, du 4 decembre 1916, et tous les autres journaux allemands de la meme date,

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une note du Bureau Wolff intitulee : « Maeterlinck ment de nouveau », et qui contient cette phrase etonnante ( nous soulignons) :

Maeterlinck ignore que ...la Belgique est, d’enlre tous les pays europiens, celui dont la situation, au cours de la guerre mondiale, est la meiUeare au triple point de vue social, economique et hygienique.

Inutile de relever ici les exagerations manifestes des appreciations port^es en ces divers articles sur la situation de la Belgique. II nous suffit d’observer qu’aucun d’eux ne laisse entendre que la Belgique soit irremediablement condamnee au chomage et h la ruine par les cir Constances de la guerre. Tous represented, au contraire, sa situation comme s’am6liorant d’une maniere progressive.

L’optimisme allemand, qu’il fut d’aillcurs fonde ou non, n’a done jamais consid6re le blocus anglais comme l’obstacle insurmontable de nature a rendre impossibles non seulement l’activit6 relative, mais meme la « renaissance » economique de la Belgique. « Cette renaissance est chose acquise; on aurait tort de se plaindre; s’il reste du chomage, la faute en est aux seuls Beiges, notamment au mauvais vouloir et a la paresse des ouvriers trop assists. * Telle est la conclusion que la presse allemande n'a cesse de faire valoir jusqu’au jour ou il lui a fallu chercher une justification de fortune au d6cret militaire de deportation des Beiges.

§ 3. — Le chomage a-t-il pour causes le mauvais vouloir et la paresse des ouvriers beiges ?

A Le « MAUVAIS VOULOIR » DES OUVRIERS BELGES

L;ouvrier beige, pris dans sa generalite, n’a jamais refus6 que les travaux qui lui paraissaient etre en connexion etroite ou evidente avec les besoins de l’armee allemande d’operation. Les Allemands conviennent que tel est bien le motif universellement donne par les Beiges, chaque fois qu’ils rejet£rent des offres de travail faites par l’ennemi. Mais les Allemands disent que ce motif n’etait pas fonde ou bien provenait d’un faux point d’honneur patriotique.

Les Allemands ne sont evidemment pas en droit de faire un grief aux Beiges de leur refus general de travailler pour I’armee allemande. Les Conventions deLa Haye, signees par l’Empire allemand, denient a l’occupant le droit de contraindre les populations des territoires occup6s a collaborer aux operations de ses armees.

En refusant le « travail de guerre » offert par l’occupant ou par son mandataire, le Deutsches Industrie-Buro, les Beiges usent d’un droit imprescriptible et remplissent en meme temps un devoir positif, dicte par la loi morale : le droit du citoyen de n’etre pas forc6 de porter les armes ni d’employer ses forces contre sa patrie; son devoir de ne rien faire qui lui nuise, en assistant ses ennemis dans leur lutte contre elle.

II peut evidemment s’elever des doutes, dans la pratique, sur certains cas d’application de cette regie; mais il n’en va pas autrement de la plupart des devoirs liumains; cela n’empeche pas la morale d’exister ni ses lois d’etre obligatoires. Le doute, du reste, n’existe point du moment qu’il s’agit d’une industrie dont les produits sont destines specialement ou immediatement aux besoins de la guerre, tels que la fabrication des armes, du materiel et des munitions de guerre, le trafic des trains militaires, etc. La presse allemande parait le reconnaitre.

II ne peut guere exister de doute non plus, il nous semble, au sujet de toute fabrication mixte dont les produits, servant surtout, en temps normal, a la consommation civile, sont soumis, en temps de guerre, a une consommation redoublee et exigent une production intensifiee (Exemple : ciment, sacs, fils de fer et decuivre, etc.). 11 faut admettre que, pour ce cas, l’ouvrier du pays occupe a le droit de ne pas se preter a une intensification de la production depassant les besoins ordinaires de la consommation interieure de son pays et de Farmee d’occupation, parce que ce surplus ne peut que servir directement aux operations militaires de Fennemi.

D’une maniere generale, il ne faut pas aller chercher ailleurs que dans la conduite de Foccupant meme, le criterium d’exercice du droit de chomage volontaire des industriels et ouvriers d’un pays occupe. Comme les lois de la guerre n’autorisent, en principe, le belligerant a requisitionner, dans le pays qu’il occupe, que ce qui est necessaire au ravitaillement ou a l’entretien de Farmee d’occupation, et ce meme en laissant toujours de quoi subsister a la population civile, celle-ci trouve, dans Fetendue et la nature des requisitions de Foccupant, une base depreciation pratique et certaine du travail qui sert ou qui ne sert pas Fennemi (1). Elle a le droit de se refuser a travailler pour ces requisitions, sous la seule reserve des

(1) Un certain nombre des arretes allemands interdisant vente ou decr6tant saisie, invoquent comme motif que les produits ou matures vises « servent aux besoins de la guerre ». Exemple : 1’arrete du 26 octobre 1914 cit6

LES DEPORTATIONS BELGES

besoins de subsistance d’elle-meme et de l’armee d’ occupation, dont la charge incombe au pays occupe. De meme, si Foccupant r6quisitionne pour lui les produits indispensables a la population, en entamant le necessaire de celle-ci, le droit de la population d’arreter le travail devient, en principe, incontestable.

Or, il est de fait qu’en Belgique rien n’a echappe aux requisitions militaires de Fennemi, ni mSme a ses saisies administratives (preuves plus loin); la valeur des requisitions militaires seules depasse plusieurs milliards de francs; elles ont entame a ce point le necessaire de la Belgique que Foccupant s’est derobe au devoir qu’il avait d’assurer la sustentation du pays occupe et qu’il fallut pourvoir, d’une part, a Fassistance d’une partie considerable de la population beige a l’aide de secours etrangers et, d’autre part, au ravitaillement regulier du pays en vivres par une organisation etrangere, le tout sans aucune espece d’ intervention finanriere de V Allemagne.

Ne parlons done pas de la « mauvaise tete » de la population beige, qui use de son droit en refusant de travailler pour des requisitions allemandes incessamment renouvelees, pas plus qu’on n’eut parle, sans doute, de « mauvais vouloir » de la part des Danaldes de la fable, si elles se fussent arretees a la longue de remplir leur tonneau sans fond.

11 n’y a pas eu ici « mauvais vouloir », mais seulement observation des prescriptions du patriotisme; il y a eu aussi peut-etre quelque lassitude de la part de gens qui se voyaient impuissants a rassasier F insatiable.

On ne songe point ici, d’ailleurs, a contester tel ou tel cas particulier contraire a cette observation d’ordre general. On n’essaie pas non plus de nier ou d’attenuer F attitude reservee et mefiante de l’ouvrier beige vis-a-vis de toute offre de travail allemand. Mais, pour apprecier avec equite cet etat d’esprit, il faut tenir compte du peu de credit dont jouissent en Belgique, — et sans doute aussi en beaucoup d’autres pays — depuis le 2 aout 1914, toute assurance ou protestation tombee d’une bouche allemande.

De ceci, k qui la faute? La confiance ne s’impose pas; elle se

plus loin (§ 4, B.) : * ArrSte relatif au traftc des matures servant aux besoins de la guerre. »

Si les Allemands se jugent en droit de saisir ces matures pour ce motif, les Beiges sont fond£s pour le meme motif k en refuser la fabrication au profit de l’ennemi. L’occupant r6vele, par ses saisies et requisitions monies, les choses que le patriotisme interdit a la population de produire ou de manufacturer pour lui.

merite. D’autre part, elle ne s’entretient que par une fid61it6 scrupuleuse a la parole donnee. La population beige peut-elle etre incriminee pour avoir garde le souvenir du discours du Chancelier allemand au Reichstag, le 4 aout 1914? — celui de Fentretien historique sur le « chiffon de papier »? — le souvenir aussi des deceptions que Tautorite d’occupation a frequemment m6nagees a sa bonne foi, surtout dans les requisitions de main-d’oeuvre au cours de l’annee 1915 (1)?

La Frankfurter Zeitung (30 octobre 1916), citee ci-dessus, allegue que la rdcolte en Belgique a ete jusqu’ici principalement effectuee par les troupes d’oceupation, et meme avec leurs attelages.

Meme si Taffirmation etait vraie, on ne voit pas comment l’astreinte au travail, par deportation en Allemagne, des travailleurs agricoles beiges, aboutirait 4 modifier en Belgique la situation denoncee par le journal allemand.

Mais cette affirmation est erronee : les Beiges seuls, et sans aucun concours des troupes d’occupation, ont jusqu’ici cultivd leurs terres et fait leurs recoltes; l’occupant, on le verra, n’a pris souci de ces dernieres que pour s’en emparer.

Une note de faits, venue de Belgique et emanant de personnes autorisees, dit a ce propos :

La culture des terres en Belgique a ete faite exclusivement jusqu’4 present par les Beiges et au moyen de leurs attelages; nulle part et jamais les Allemands n’ont participe a ce travail.

Chacun peut s’en rendre compte en traversant le pays. Au contraire, non seulement la population agricole a continue 4 vaquer avec la meme ardeur qu’avant la guerre k ses occupations habituelles, mais encore la plupart des chdmeurs ont employe leurs loisirs forces a mettre en culture les coins de terre delaisses. C’est ainsi que, dans les environs des villes et des centres industriels, tous les terrains vagues, impropres a l’agriculture, ont ete transformes en jardins maraichers : des milliers d’hectares ont ete mis en culture dans le pays par des ouvriers, afin d’augmenter les ressources alimentaires de leur famille.

Peut-etre aurons-nous un jour 4 contempler le triste spectacle de sol-

(1) On a pu lire ci-dessus (chap. Ill) divers arret6s allemands prouvant que l'autorit6 militaire allemande refuse toute autorit6 I6gale aux stipulations de la Convention de La Haye, quand elles font obstacle aux exigences de Tint6ret militaire allemand.

On lira en outre plus loin (chap. XIV, § 1, et XVIII, § 5) le texte des engagements formels pris par l'autorit6 allemande, en octobre 1914, de s’abstenir de toute astreinte des Beiges au travail en Allemagne, et nombre d’autres preuves de la « bonne foi » allemande vis-4- vis des Beiges.

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dats ennemis labourant les champs de notre pays. Mais quand cette derniere amertume nous sera reservee, ce n’est pas a notre indifference ou a notre paresse que nous le devrons; si nos terres restent en friche, c’est parce que nos cultivateurs auront ete emmenes en Allemagne et que nos cbevaux auront ete requisitionnes pour le service de l’armee. L’enlevement des chevaux a occasionne une situation si grave dans certaines regions que l’autorite allemande a deja envisage la reglementation de leur emploi dans les travaux agricoles.

On remarquera que le gouverneur general von Bissing s’est bien garde, dans son interview an New- York Times, de reprendre pour son compte cette accusation de la presse allemande contre les agriculteurs beiges. 11 ne Feut pu faire sans se mettre en contradiction avec lui-meme. Car, dans son interview avec le correspondant officieux W. Scheuermann (citee ci-dessus, cf. Die Post, 19 octobre 1915), il s’etait plu a faire un tableau idyllique de Fetat des campagnes beiges, en opposant, en outre, leur etat d’esprit a celui des vjlles (nous soulignons ) :

A la campagne, au contraire, et cela doit etre toujours proclame de nouveau (disait-il), regne une parfaite tranquillite du caractere le plus rassurant (befriedigendsten). C’est un plaisir de voir avec quelle assiduite les gens vaquent a leur travail, avec quelle bonne volonte ils observent les ordonnances des autorites allemandes, etc...

Et cette attestation de l’activite persistante des agriculteurs beiges etait certainement Fexpression de la verite, puisque le dengue municipal munichois J. Humar, dans la relation citee ci-avant de son voyage en Belgique en mars et avril 1915, notait deja le meme fait, comme une des caracteristiques de Fetat economique de la Belgique ( nous soulignons) :

On sait que, par la politique d’affamement de FAngleterre, la Belgique fut en proie a de serieux soucis quant a la question des vivres. La famine et les maladies en eussent ete les suites naturelles si Fon n’avait pris des mesures en temps utile.

En consequence, FAdministration allemande a volontiers collabor6 a l’approvisionnement au moyen de vivres de pays neutres... Mais (elle) ne s’en est pas tenue la. Elle a songe a regler la difficile question de l’alimentation pour Favenir. Cela ne pouvait se faire qu’avec la collaboration de l’agriculture indigene. La fertility du sol beige 1 y aida heureusement, mais aussi en partie une Constance louable de la part du paysan beige, qui a su apporter la comprehension n6cessaire aux mesures de FAdministration allemande. Tout comme a Vautomne [1914]

on fit en sorte de pouvoir rentrer la recolte, au printemps [1915] on s’employa a ensemencer les champs en temps utile.

A ces temoignages, nous pourrions en joindre bien d’autres sur betat des campagnes en 1916 (Voir notamment ci-dessus la description pretee par les notes Wolff aux deputes socialistes scandinaves en juillet 1916).

Ainsi, des temoignages allemands successifs et continus s’accordent a dire que la recolte de 1914, les semailles et la recolte de 1915, les semailles et la recolte de 1916 se firent normalement, et ils notent la Constance au travail de l’agriculteur beige. Ou done la presse allemande peut-elle avoir pris le droit de dire, subitement, en octobre-novembre 1916, que les militaires allemands ne pouvaient plus tolerer de devoir faire la recolte beige avec leurs attelages, pour les Beiges?...

B La « PARESSE » DES OUVRIERS RELGES

Et peut-on parler davantage de paresse?

La population ouvriere beige est universellement reputee pour son esprit de labeur. La moyenne de la journee de travail en Belgique est d’une duree plutot longue. L’ouvrier charbonnier beige passe, a juste titre, croyons-nous, pour l’un des mineurs europeens qui fournit le plus rude effort quotidien; les conditions du travail industriel et agricole sont relativement dures dans les Flandres; la prosp6rite extraordinaire et soutenue de la Belgique, pays essentiellement industriel et le plus dense du monde, ne pourrait s’expliquer, s’il fallait admettre chez bouvrier beige un penchant anormal a la paresse. Est-il sense de croire que cet ouvrier, place dans les conditions de rencherissement general de la vie que la guerre a engendr6es, et ayant une perspective de beaux salaires a gagner, se f<H refus6 en masse a travailler, perdant boccasion de tels gains et se condamnant, deux ans durant, 4 la misere, s’il n’avait pas eu un empgchement de conscience insurmontable?

La meme note de faits, de source beige, a laquelle nous avons d6ja fait des emprunts, dit :

II est souverainement in juste de generaliser certains cas particuliers et de representer des exceptions comme la regie normale. Personne ne nie qu’il n’existe en Belgique, comme dans tous les pays d’ailleurs, certains elements pour lesquels le travail a plus de repulsion que d’attrait ; mais il ne viendra non plus k besprit de personne de s’attendre 4 ce que

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la guerre ait ameliore leur mentalite. Habitues k vivre de ressources de hasard, ils ont trouve dans ^organisation de secours aux chdmeurs et aux necessiteux la certitude du lendemain dont ils n’avaient jamais joui auparavant. On ne s’etonnera pas qu’ils ne desirent pas de changement a un etat qui repond completement a leurs aspirations. Mais qu’on interroge ces centaines de mille ouvriers qui, jusqu’a la guerre, avaient v6cu et eleve leur famille dans une aisance soffisante; peut-on croire que c’est par horreur du travail qu’ils se condamnent aux privations et qu’ils se contraignent a l’huiniliation de recevoir des secours? II faudrait bien peu connaitre le caract^re beige pour pouvoir l’affirmer de bonne foi. Loin de les demoralise^ ces souffrances, qu’ils acceptent volontairement, pour obeir a un ideal superieur de patriotisme et de justice, epurent leurs sentiments et el^vent leur caractere.

II faut faire remarquer de plus que 1’ autorite allemande ne s’efforce nullement d’enlever surtout les « chomeurs de profession » pour les mettre au travail; au contraire, elle laisse en general de cote ces « indesirables » et s’ attache surtout k choisir, pour ses deportations en Allemagne, les ouvriers de metier les plus qualifies, n’hesitant m&me pas k les arracher k leur travail regulier.

Au reste, de deux choses Tune :

Ou bien il y avait du travail « de paix » et honnete offert en Belgique aux chomeurs; ou bien il n’y en avait pas.

S’il y en avait, je comprends qu’on ait a examiner Tbypothese du « mauvais vouloir » et celle de la « paresse » de la classe ouvriere beige.

S’il n’y en avait pas, il ne peut etre question ni de l’une ni de l’autre : le chomeur beige est un chomeur forct, non un chomeur volontaire.

Or, il y avait, a en croire l’interview du general von Bissing, si peu d’occupation economique ordinaire & trouver en Belgique, que ce serait cela meme qui, dit-il, l’a accule k la necessity d’organiser le travail force des Beiges en Allemagne!...

Faut-il deslorstirer la conclusion logique immediate et dire que le general von Bissing a calomnie les ouvriers beiges en les taxant d’insubordination et de faineantise?

Ou bien, allant plus au fond des choses, doit-on aussi mettre en doute sa veracite et dire qu ’il y avait du travail a trouver ou a organiser en Belgique et que l’astreinte ou, en tout cas, 1’alTreuse epreuve de la deportation pouvait etre epargnde a la population beige, si

SETTLEMENT L AUTORITE ALLEMANDE l’ AVAIT SINCEREMENT VOULU ?

Ce que vont reveler les documents allemands, ci-apres mis au jour.

La conference de W. Rathenau du 20 decembre i q i S La stenographic censuree ( facsimile A).

(angten (Sinarbeituug, 2luffid)t, OJiitrairfung ; jmifcben beiben Slufgaben fampften mir um ben 2lusbau unferer 21bteilung, um fRaum, 3ttenfd)en, Orbnung unb ©efdjdftsgang — unb fd)on trat eine neue 2lufgnbe gemaltigen Umfangs, fyeifo er^e^nt unb bocpmillfommen an uns beran.

Unfere fiegreirf)en 5)eere maren norgebrungen, 23elgien unb ein Xeil uon 5ranfreid) mar unter= morfen, unb aud) in fRufeianb rourbe es beder.

3e^t mar ein gemaltiges 2Barengejd)dft unferer Slbteilung angegiiebert, bie fdjon bamals auf ben Umfang eines tnerfaniilen 2Beltuntemebmens an= geroad)fen mar; ba traten non neuem fd)mere ©efabren auf. Unb um biefe ©efabren ju febilbem, mid id) gleid) in bas tieffte gabrifationsproblem greifen unb mill etmas erjablen — 3a^en merbe id) nid)t nenneti — con ber ©tidftoffaufgabe, bie fid) uns bot.

*) Die Organifation unb Serooltigung bes erften jgnuptgebictes ber Dtobfloffnerjorgung mug fpdterer SSerirfjterftattunp, Dorbefjalten bleiben.

Fac-simile de la page 3a de la stenographic officielle de la conference de YV. Rathenau, partie sous le litre Deutschlands Rohstojfversorgnng, von Watthpr Rathenau. G. Fischer, Verlag, Berlin, 1916.

Le rapprochement de ce fac-simile A du fac-simile B permet de voir que la censure allemande a fait supprimer de la stenographic officielle precisement les passages oil \V. Rathenau donnait des renseignements sur'l’enlevement des matieres premieres en territoires occupes.

Ce facsimile et le suivantse rapportent aux pages i3i-i32.

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