‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 28 sur 112 · CO · texte numérisé non relu

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montre que cette seconde conclusion est vraie coranae la premiere : F autorite allemande n’ accuse les ouvriers beiges de « mauvais vouloir » et de « paresse » que pour reporter sur eux la responsabilite qui lui incombe d’avoir supprim6 en Belgique le travail economique ordinaire et interdit l’organisation de l’assistance par le travail.

§ 4. — La vraie cause du chomage : Fepuisement systematique des ressources economiques de la Belgique par l’Allemagne.

Le gouverneur general von Bissing, dans son long entretien avec le correspondant du New- York Times, ne fait qu’une allusion extremement discrete a Fceuvre legislative de Foccupant de la Belgique et uniquement, semble-t-il, pour avoir Foccasion de proclamer sa sollicitude et ses efforts sinceres en faveur du relevement economique du pays.

Les declarations officieuses et ofFicielles du Gouvernement general sur ce programme et sur ces intentions n’ont pas manque : le pays a ete couvert a peu pres d’autant de promesses de « reprise des affaires » qu’il y eut de grandes proclamations allemandes affichees.

La verite est tout a Foppose de ces declarations et promesses.

h’ action de F autorite allemande en Belgique a ete principalement, sinon meme exclusivement, conduite dans le dessein reflechi d’ exploiter methodiquement les ressources du pays au profit de V Empire allemand et au bendfice direct de son organisation de guerre.

A — Le plan Rathenau

On possede aujourd’hui quelques renseignements precis sur le vaste programme de mobilisation et d’ organisation generate des forces economiques de FEmpire qui fut adopte, dans la premiere semaine des hostilites, par le ministre de la Guerre de Prusse, le general von Falkenhayn, sur la proposition d’un des magnats de Findustrie allemande.

Le correspondant berlinois du Chicago Daily News, M. Raymond Swing, en a fait connaitre Forigine et les grandes lignes dans un article intitule : « A business man and war: DT Rathenau' s scheme (Un homme d’affaires et la guerre : le plan du Dr Rathenau) ». Cet article a ete redige d’apres des renseignements rendus publics a la Fin de 1915, en Allemagne, et dont le Gouvernement allemand

DEPORTATIONS BELGES q

LES DEPORTATIONS BELGES

semble s’etre efforce ensuite de restreindre la diffusion (1). En void quelques extraits traduits de la reproduction integrate parue en allemand, dans le journal suisse, les Basler Nachrichten n° 7, du 5 janvier 1916 :

Cinq jours apres la declaration de guerre par l’Angleterre, quand le blocus des cotes allemandes etait deja devenu un fait accompli, un homme d’affaires passa par le ministere de la Guerre et remit au general von Falkenhayn, ministre de la Guerre, un plan en vue de la guerre economique a opposer au blocus. Le plan embrassait la reorganisation complete de la gigantesque industrie allemande et la creation de la plus grande organisation que la guerre mondiale ait vue. Le plan devait donner la possibility a l’Allemagne de poursuivre la guerre d’une fagon illimitee, malgre ^interruption de presque toutes les importations. Le general von Falkenhayn etudia le plan, manda l’homme d’affaires et lui dit : « Voici quatre salles du ministere de la Guerre pour vous. Vous pouvez avoir de l’aide autant que vous en aurez besoin. Mettez-vous a la besogne ! »

Et sur-le-champ la campagne commenga, grace <k laquelle la moitie de la victoire allemande a ete gagnee. Le general des Matieres economiques, l’homme d’affaires allemand, etait le Dr Walther Rathenau, president de YAllgemcine Elektrizita ts- Ge sells cha ft .

Telle est l’origine du « departement des Matieres premieres au ministere de la Guerre » ( Kriegsrohstoffabteilnng im Kriegsministerium) qui fut charge, jusqu’a la mobilisation civile de novembre 1916, de controler, avec ses trente-six organismes complementaires ( Kriegsrohstojf gesellschaften ), l’immense production necessaire pour les besoms de la guerre en Allemagne.

Pour l’ensemble de l’organisation, ici sans interet, nous renvoyons a Particle de M. Swing et aux autres sources ci-apres citees. Bornons-nous a emprunter a M. Swing les passages de son article ou il decrit la fagon dont fut concu, dans ce systeme, le ravitaillement en matieres premieres. II s’exprime comme suit :

La question de Pobtention des matieres premieres etait extraordinairement compliquee. Trois voies pouvaient etre suivies ici. Les territoires

(1) II y a lieu de penser que la publicity relative donn6e a cette dpoque au plan Rathenau 6tait impos^e au Gouvernement allemand par la n6cessit6 de le d6fendre et de se d6fendre lui-meme contre des critiques assez vives dont cet organisme nouveau 6tait l’objet. Plus tard, 1’efTet de l’apologie 6tant atteint, la censure allemande a restreint la publicite donn6e aux explications sur le plan Rathenau (Voir, a ce propos, au fac-simil6 reproduisant une page du compte rendu de la conference du Dr Rathenau, la note du bas de cette page).

occupes devaient remettre leurs approvisionnements a l’Empire; quelques matieres pouvaient etre importees par les rares issues rest6es encore ouvertes pour FAllemagne ; pour le reste, on devait trouver, en Allemagne meme, des sources de production encore inconnues jusqu’ici ou bien des substituts.

On commenga aussitot, dans les territoires occupes, a rassembler les metaux, les produits textiles, cliimiques et les autres matieres. Des inventaires furent dresses, des entrepdts eriges, un trafic de bateaux cree, la repartition mise en train. Ceci seul dej& necessitait une gigantesque organisation.

Les renseignements donnes par M. R. Swing ont ete confirmes directement par M. Walther Rathenau lui-meme, dans uneconferenceapologie donnee, le 20 decembre 1915, a la Deutsche Gesellschaft 1914, a Berlin, et qui a fait ensuite l’objet d’une publication en brochure, sous le titre : « Deutschlands Rolnstoffversorgung : Vortrag, gehalten in der « Deutschen Gesellschaft 1914 » am 20. Dezember 191-5 : Stenogramm H. Geitner, veroffentlicht mit Genehmigung des preussischen Kriegsministeriums a (6e-10e mille; Berlin, Fischer Verlag, 1916) (Approvisionnement de FAllemagne en matieres premieres; conference donnee a la « Deutsche Gesellschaft 1914 », le 20 decembre 1915. Stenogramme de H. Geitner, publie avec le consentement du ministere prussien de la Guerre) ».

Nous avions pense retrouver dans cette brochure Fexpose complet du plan Rathenau, tel que le correspondant americain R. Swing Favait rapporte. Mais un espace blanc en remplace la partie la plus interessante, a la page 32; une note au bas de cette page explique 6nigmatiquement que « l’organisation et F administration du premier district principal de Fapprovisionnement en matures premieres doivent rester reservees pour communication ulterieure ». fg Force nous est done de recourir a une source secondaire; nous avons choisi, de preference, a cause de la grande publicite qui lui a ete donnee en Autriche, le compte rendu detaille de la conference de M. W. Rathenau ecrit par le conseiller de ministere et professeur, Dr Arnold Krasny, pour la Neue Wiener Zeitung (2 fevrier 1916) et dont une analyse et des extraits ont ete publies dans la Zeitschrift des Oesterreichischen Ingenieur- und A rch itekiemereincs du 21 avril

Nous empruntons a ce compte rendu ce qui suit (nous soulignons) :

Rathenau nous depend, comment, des le 13 aout 1914, fut creee la

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« Deutsche Kriegsrohstoffabteilung » (departement allemand des Matieres premieres de guerre) au sein du ministere de la Guerre, en vue de resoudre le probleme, sans precedent et d’une difficulte inoule, d’eviter une crise des matieres premieres necessaires a la conduite de la guerre et a l’economie de la nation.

A la tete du departement allemand pour lcs matieres premieres de guerre, furent places Rathenau lui-meme et un collegue militaire. Des hommes d’elite de tous les domaines de la technique, de l’industrie, du commerce et de la science se rangerent a leurs cotes comme conseillers et directeurs des organismes de province ( T eilverbande ).

En peu de mois, cette « Deutsche Kri< gsrohstoffabteilung »se developpa jusqu’a devenir la plus grande entreprise commercia'e qui ait existe dans bhistoire economique; elle a passe des transactions valant des milliards, dans ses quelque cent groupes de magasins; elle a fait reussir un organisme absolument nouveau de la vie economique de l’Allemagne.

Par un questionnaire circulaire, envoye a environ 900 fournisseurs du ministere de la Guerre, on se procura, en un laps de temps de trois semaines, Vindication, dans leurs grandes lignes, des besoins a couvrir, de la duree des approvisionnements et des principaux stocks de matieres premieres du pays.

Pour faire corresponds l’economie generate des matieres premieres au but poursuivi, il fallait assurer le « cours force » de toutes les matieres premieres du pays, en empecher le coulage sous forme d’articles de necessity secondaire et de luxe, et assurer aux besoins de l’armee la preference sur tous les autres besoins.

D’un autre cote, il fallait s’assurer par tous les moyens une augmentation des reserves de matieres premieres, tant par des achats en pays neutre que par l’ accaparement des depots trouves dans les pays ennemis occupes ; d’autre part, il fallait en troisieme lieu augmenter simultanement la fabrication nationale par des methodes nouvelles d production, par des exploitations nouvelles, et enfin rendre possible et faire poursuivre sur la plus grande 6chelle l’emploi de matieres de substitution...

... L ’occupation de la Belgique, de la partie industriellement la plus importante de la France, ainsi que de parties du territoire russe apporterent un nouveau sujet de travail a la « Deutsche Kriegsrohstoffabteilung ». Il fallait utiliser les stocks de matures premieres de ces trois territoires pour V economic nationale de guerre, notamment les reserves trouvees dans les centres du marche continental des laines ; de meme les depbts importants de caoutchouc et de salpetre devaient etre mis en valeur au profit de la fabrication nationale. La difficulte que Von eprouve a observer les lois de la guerre dans les requisitions fut aplanie ; un reseau de centres d’expedition, de depots et d’organismes de repartition fut etabli; les difficultes de transport furent ecartees; un sang nouveau rendant plus grande et plus longue la vitalite fut infuse a l’industrie nationale...

Ce plan officiel Sexploitation systematique des ressources des pays occupes fut execute ponctuellement en Belgique, pays non seulement manufacturer, mais riche en stocks de matieres premieres importees, et lui-meme producteur. Pour s’en convaincre, il suffit de rapprocher du programme de W. Rathenau les mesures prises par V autorite allemande d’occupation dans le domaine de la legislation economique.

B — Application du plan Rathenau a la Belgique. Les

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