‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 37 sur 112 · NOMENCLATURE · texte numérisé non relu

NOMENCLATURE

des principaux produits vises dans les ordonnances ci-dessus

(Deuxieme tableau).

Extrait de Varrete du leT juin 1915 conceniant /’exportation des

marchandises se trouvant en Belgique ( Ges .- und Verordnungsbl., n° 84) :

Art. 1. — Les marchandises suivantes ne peuvent etre exportees qu’avec l’autorisation du commissaire du ministere de la Guerre pr6s le Gouvernement general de Belgique (Bruxelles, 65, rue de la Loi) (l’autorisation doit etre accordee pour chaque exportation) :

Bestiaux, pores, moutons, chevaux, pigeons;

Vivres et comestibles de tout genre, fourrages, y compris les succedanes des fourrages;

Machines servant a travailler les metaux et moteurs ;

Pieces d’equipement de guerre (les automobiles et pieces de rechange, motocyclettes, velos et pieces de rechange, ballons, aeroplanes et pieces de rechange, materiel de telegraphie et de telephonie, materiaux de construction et d’exploitation de chemins de fer, recipients d’acier pour gaz liquefies, materiaux servant a construire les obstacles, harnais, selles, instruments d’optique, projecteurs, fers a chevaux);

Armes, munitions;

Gomme brute, caoutchouc brut, articles en caoutchouc et en gomme, gommes usagees, gutta-percha, balata et autres produits analogues au caoutchouc ;

Metaux (principalement fer, ferraille, acier, aciers speciaux, argent, platine, aluminium, etain, cuivre, laiton, plomb, zinc, antimoine, nickel, ferromanganate, ferrosilicium, mercure, articles finis et demi-ouvres en metal, coquilles et debris de coquilles);

Minerais (principalement minerais de fer, hematite, minerais de manganese, de nickel, pyrite sulfureuse, blende de zinc, calamine, pyrite de cuivre, bauxite, minerais d’antimoine et d’etain), graphite, creusets en graphite, asbeste;

Houille, coke, briquettes et sous-produits des fours k coke;

Colorants (principalement couleurs a I’aniline) et couleurs a base minerale;

Toiles pour pansements et medicaments;

Produits chimiques (principalement nitrates, acide nitrique, acide sulfurique, soufre, acide chlorhydrique, sels de potasse, lessive de potasse, potasse solide a la chaux, glycerine, explosifs, camphre, sulfate d’ammonium, eau ammoniacale, benzol, toluol, goudron) ;

Allumettes;

LES DEPORTATIONS BELGES

Engrais (principalement phosphates bruts et superphosphates, scories Thomas pulverisees, os pulv6ris£s, guano, chaux azot6e);

Peaux, cuirs, fourrures, pelleteries, matieres & tanner de tout genre;

Lin, chanvre, laine, coton, kapok, jute, soie, fils, tissus et d^chets de soie, chiffons, sacs;

Huiles et graisses minerales, animales et veg6tales (principalement benzine, paraffine, stearine, petrole, naphte et huile de graissage), resines;

Sucre;

Bois (excepte bois de charbonnages) ;

Osier, jonc pele, jonc a canneler;

Cellulose et papiers (surtout les papiers photographiques), imprimes de tout genre, manuscrits et films.

Art. 2. — L’exportation vers l’Allemagnc, le Luxembourg et le territoire frangais occupd de toutes les marchandises non designees 4 Particle 1 est permise, quelle que soit la quantite a exporter.

L’exportation de toutes les marchandises non designees a Particle 1 vers d’autres pays que ceux mentionnes & l’alinea precedent, doit etre autoris6e par le commissaire du ministere de la Guerre s’il s’agit du chargement d’un wagon de chemin de fer, d’un bateau ou de deux voitures ou camions contenant un seul genre de marchandises (done pas de colis separes). L’exportation par colis separes des marchandises non designees a Particle 1 est done permise, quel que soit le lieu de destination.

Art. 3. — Le transport des marchandises de tout genre a Pinterieur de la Belgique n’est soumis a Pautorisation du commissaire du ministere de la Guerre, que s’il s’agit de machines a travailler les metaux, de marchandises confisquees, soumises & certaines restrictions par l’autorite ou devant etre dcclarees.

Voir les arretes suivants concernant l’obligation de d6clarer :

Benzine, benzol, etc. : arretd du 11 decembre 1914 ( Bulletin officicl des Lois et Arretes, n° 23);

Metaux et minerais : arrete du 25 janvier 1915 ( Bulletin officicl des Lois el Arretes, n° 36);

Sucre et betteraves a sucre : arrete du 2 mars 1915 ( Bulletin officiel des Lois et Arretes, n° 46).

Extrait de Varrete da 22 juillet 1915, compliant la liste des produits dont V exportation est interdite ( Ges and Verordnungsbl., n° 101) :

Instruments de chirurgie et autres;

Materiel et accessoires de bacteriologie ;

Produits servant a la culture des bouillons bacteriologiques, tels que agar-agar, teinture de tournesol;

Vaccins et scrums immunises tels que serums preventifs, curatifs et diagnostiques ;

Animaux servant aux essais de laboratoire.

LE ch6mage et ses causes generales

En outre :

Chevres, anes, mulets et mules, chiens;

Peaux, cuirs, fourrures, pelleteries et matieres tannantes (produits finis et demi-ouvres).

Extrait de Varrete du 13 octobre 1915, abrogeant les arretes du ler juin 1915 et du 22 juillet 1915 ( Ges .- und Verordnungsbl., n° 134) :

Art. 1. — L’exportation des merchandises ci-apres specifiees ne peut avoir lieu en aucun cas que moyennant automation :

Betail (race bovine), pores, moutons, ehovaux, pigeons, chevres, anes, mulets et mules, chiens;

Vivres et comestibles, fourrages et succedanes de fourrage;

Os, cornes et pieds, os broyes et piles;

Amidon, savon;

Machines a travailler les metaux et moteurs;

Pieces d’equipement de guerre (notamment automobiles et pieces de rechange, motocyclettes, bicyclettes et pieces de rechange, aerostats, aeroplanes et pieces de rechange, materiel de telegraphie et de telephonic, materiaux de construction et d’exploitation de chemins de fer, recipients d’acier pour gaz liquefies, materiaux servant a construire les obstacles, harnais, selles, instruments d’optique, projecteurs, fers a chevaux);

Armes, munitions;

Gomme brute, caoutchouc brut, articles en caoutchouc et en gomme, gommes usag6es, gutta-percha, balata et autres produits analogues au caoutchouc;

Metaux (principalement fer, ferraillo, acier, aciers speciaux, or, argent, platine, aluminium, etain, cuivre, laiton, plomb, zinc, antimoine, nickel, ferromanganate, ferrosilicium, mercure, fer-blanc, articles finis et demiouvres en metal, coquilles et debris de coquilles) ;

Minerais (principalement minerais de fer, hematite, minerais de manganese, minerais de nickel, pyrite sulfureuse, blende de zinc, calamine, pyrite de cuivre, bauxite, minerais d’antimoine, minerais d’etain), graphite, creusets en graphite, asbeste;

Colorants (principalement couleurs 4 l’aniline) et couleurs 4 base miner ale;

Produits chimiques (principalement nitrate, acide nitrique, acide sulfurique, soufre, acide chlorhydrique, sels de potasse, lessive de potasse, potasse solide 4 la cliaux, alcool, glycerine, explosifs, camphre, sulfate d’ammoniaque, eau ammoniacale et ses produits de distillation, goudron);

Ciment ;

Bandages et medicaments;

Instruments de chirurgie et autres instruments de medecine, appareils baeteriologiques, materiel pour bouillons de culture bacteriologiques tel que : agar-agar, teinture de tournesol;

154 LES DEPORTATIONS BELGES

Vaccins et serums immunises tels que : serums preventifs, curatifs et diagnostiques ;

Animaux servant aux essais de laboratoire;

Allumettes;

Engrais (principalement phosphates bruts, superphosphates, scories Thomas pulverisees, guano, chaux azotee), peaux, cuirs, fourrures, matieres tannantes de tout genre de meme que tous les produits finis et demi-ouvre3 de ces matieres;

Lin, chanvre, laine, coton, kapok, jute, soie, ensuite les fils, tissus et en general, tous les produits fabriques au moyen de ces matieres premieres, enfin leurs dechets et toutes especes de chiffons (4 1’exception toutefois des vetements et du linge usages);

Poils d’animaux et leurs tissus, feutre;

Huiles et graisses minerales, animales et vegetales (principalement benzine, paraffine, stearine, petrole, naphte et huile degraissage), resines;.

Sucre;

Bois, bois de construction, sabots, tonneaux en bois, osiers, jonc pele, jonc 4 canneler;

Cellulose et papier (specialement papiers photographiques), imprimes do tout genre, manuscrits et films, verres a vitres, plaques photographiques, disques de phonographe.

Art. 2. — L'exportation vers l’Allemagne, le Luxembourg et le territoire fran<jais occupe de toutes les merchandises non designees a Particle 1 est permise, quelle que soit la quantite a exporter. L’exportation vers la Hollande ou en transit par la Hollande de toutes les merchandises non citees a 1’article 1 n’est soumise 4 Pautorisation, que s’il s’agit de chargements de wagons de chemins de fer ou de bateaux ou simultanement de deux ou plusieurs voitures ou camions contenant un seul genre de merchandises (done pas s’il s’agit de colis separes).

L’exportation par colis separes de marchandises non designees a Particle 1 est done permise, quel que soit le lieu de destination.

Le transit de marchandises d’Allemagne vers d’autres pays est sounds a Pautorisation du Reichsamt des Innem a Berlin.

Art. 4. — Le transport de marchandises a l’interieur de la Belgique peut avoir lieu en general sans autorisation. Dans les cas suivants une autorisation est cependant necessaire :

a) Autorisation du general de Partillerie a pied pres le Gouvernement general en Belgique (10, rue de la Loi), pour les transports de machines d travailler les metaux ;

b) Autorisation du general du corps d’ingenieurs et de pionniers pres le Gouvernement general en Belgique (10, rue de la Loi), pour les transports de bois et de bois de construction ;

c) Autorisation de la Direction des automobiles pres le Gouvernement general en Belgique (10, rue de la Loi), pour les transports d 'automobiles,

de motocyclettes, ainsi que leurs pieces de reserve et de rechange, de gomme brute, de caoutchouc brut et de caoutchouc, de pneus en caoutchouc, de gomme usagee et de dechets de gomme, ainsi que les transports d’alcool, de benzine, de benzol pur et de solventnaphte ;

d) Autorisation du Bureau central des huiles en Belgique (Bruxelles, 54, rue des Colonies), pour les transports d ’huiles et de graisses ;

e) Autorisation du chef de F Administration pres le Gouverneur general en Belgique, division pour le Commerce et 1’ Industrie (30, avenue de la Renaissance), pour les transports :

De laine, de coton, de lin, de chancre, de jute, de soie, de leurs produits finis et demi-ouvres et de leurs dechets, de chiffons ;

Ensuite d’ammoniaque sous toutes ses formes et combinaisons, de chlorure de cliaux, de soufre et de matieres premieres d base de soufre, d’acide sulfurique libre et dans toutes ses combinaisons, de couleurs d’ aniline et de goudron de tout genre et tous leurs melanges, de zinc brut et ouvre, d’alun et de terre plastique sulfureuse, de goudron et des produits de sa distillation ;

Enfin de toutes les merchandises citees plus haut de a) jusqu’a e), qui sont saisies ou soumises a V obligation de la declaration [Voir arr&tes concernant l’obligation de declarer la benzine, le benzol, etc., du 11 deeembre 1914 ( Bulletin officiel des Lois et Arretes, n° 23), les metaux et minerals, du 25 janvier 1915 ( Bulletin officiel des Lois et Arretes, n° 36)].

Note de V auteur. — Un arrete du 15 avril 1916 a de nouveau soumis a autorisation toutes les exportations.

Extrait de V arrete du leT mars 1916 interdisant ^importation des produits ci-apres (pour les autres, il faut une autorisation expresse)

( Ges .- und Verordnungsbl., n° 188) :

Vic res.

Sel;

Saccharine.

Matieres animates.

Peaux, fourrures et pelleteries, brutes, appretees ou ouvrees;

Gants et maroquinerie;

Ivoire brut;

Plumes d’oiseaux de toute forme.

Matieres minerales.

Pierres, marbre, albatre, bruts et ouvr6s;

Ciment et platre, bruts et ouvres.

Matieres vegetates.

Bois ayant moins de 2 centimetres d’epaisseur et destine h la fabrication d’objets de luxe.

LES DEPORTATIONS BELGES

MatUres diverses.

Tresses cl autres articles pour la fabrication des chapeaux;

Tresses et autres articles en paille, en jonc, en sparte, en genet, en ccoree, en fibre et palme ou en crin.

Parfumeries.

Toutes les parfumeries alcooliques ou non, y compris les savons de parfumerie.

Produils chimiques.

Acide carbonique liquefie;

Soude carbonat6e;

Soude sulfat6e;

Benzol ;

Sulfite de soude;

Alcool methylique.

Papier.

Papier h cigarettes;

Papiers peints.

Metaux precieux.

Bijouterie (or, platine et argent);

Ouvrages d’orfevrerie (or, platine et argent).

Machines, mecaniques, vehicules et outils.

Machines de construction de tout genre;

Machines et mecaniques, y compris les pieces accessoires, a l’exception des machines a travailler le bois et les metaux ainsi que des machines motrices ;

Automobiles;

Motocycles;

Voitures et v6hicules de tout genre.

Instruments et montres.

Instruments de musique;

Montres ;

Boltes de montre;

Articles d’horlogerie.

Tissus.

Tous les tissus do soie, y compris les articles de passementerie et de rubanerie, les tulles, dentelles et blondes;

Les articles de passementerie et de rubanerie, les tulles et dentelles de coton, de lin, de chanvre et de jute;

Dentelles a la main;

Lingerie ;

Chapeaux garnis ou non, habillements.

Divers.

Allumettcs;

Lampes eleetriques a incandescence;

Talons de caoutchouc;

Mercerie et quincaillerie ;

Meubles;

Objets d'art;

Ustensiles et objets de menage emailles, en fonte, fer forge ou acier;

Explosifs.

Sous reserve de Fapplication, a ce tableau, de reserves et d' observations analogues a celles que nous avons faites sous le premier, on releve ici, au total, pour la periode du debut de 1915 au 12 septembre 1916, onze ordonnances principles, modifies (souvent aggravees) par douze ordonnances complementaires, soit au total vingt-trois ordonnances atteignant Factivite economique beige s’exergant en relations exterieures.

Chose digne d’attention, on trouve ici des interdictions d’ importation de produits ou matieres premieres necessaires a la consommation ou a Findustrie beiges (par exemple, des semences, des acides sebaciques, des oleines, du savon), mais dont TAllemagne ckerchait, par ces mesures, & se reserver pour elle-meme les stocks existant ou pouvant exister en pays neutres.

Un interessant point de comparaison pour juger de Fampleur de la politique economique de TAdministration allemande en Belgique occupee, est fourni par le Tableau general du commerce exterieur de la Belgique, dresse au moyen des donnees de T Administration des Douanes; ce tableau comporte environ 150 specifications, generalement plus comprehensives, il est vrai, que les mentions assez detaillees des arretes et ordonnances allemands ci-dessus analyses. Les deux nomenclatures (incompletes) de produits que nous avons extraites de ces actes 16gislatifs comprennent plus de 400 produits (ou classes de produits) distincts.

d) Finances.

En matiere de finances, meme politique.

Depuis decembre 1914, les provinces beiges sont solidairement frappees, « pour l’entretien de l’armee d’occupation et Fadministration du pays », d’une contribution de guerre permanente et mensuelle de 40 millions de francs par mois , s'ajoutant aux

LES DEPORTATIONS BELGES

amendes(l) ct aux impots ordinaires, maintenus dans l’ensemble et meme augmentes sous certains rapports. L’autorite allemande refusant en principe d’en accepter le versement en marks, elle doit etre acquittee en francs beiges dans une forte proportion. Apres avoir rapporte a l’Allemagne pres d’un milliard, cette contribution vient d’etre accrue de 10 millions par mois et portee ainsi a 50 millions de francs (ordonnances des 20 novembre et 3 decembre 1916, texte au chapitre XXI, § 2.)

Le gouverneur general von Bissing avait pourtant annonce, au nom de « 1’ autorite militaire sup6rieure » par voie de proclamation affichee le 9 janvier 1915, que, moyennant le paiement ponctuel de la contribution de 40 millions de francs par mois imposee aux neuf provinces « pour la duree d’un an, il ne serait plus impose d’autres contributions au pays, aux provinces ou aux communes que celles constituant des amendes », (Texte au chapitre XXI, § 2.)

Une autre mesure qui atteint, en ses sources vives, l’economie gen6rale de la nation fut la saisie des en caisses en billetsallemands, de la Banque Nationale et de la Societe Generale de Belgique, le 12 septembre 1916.

Cette mesure cut pour motif, en ont dit les apologistes allemands, le fait que cette accumulation de monnaie allemande etait unproductive et depassait les besoms du trafic. La verite est que l’accumulation avait ete provoquee et, on a le droit de le dire, premeditee par l’Administration imperiale elle-meme. Les causes principales en resident dans les propres mesures de celle-ci :

1° Imposition du mark au cours force minimum de lf 25 ; les debiteurs des Beiges a l’etranger ont aussitot mis a profit cette disposition pour s’acquitter de leurs dettes en territoire occupe au moyen de marks acquis a l’etranger au cours avili que les pays neutres connaissent;

2° Reglement en marks de la partie pay6e des requisitions;

3° Refus par l’autorite allemande d’accepter le versement en marks de la contribution de guerre, laquelle doit etre versee en francs, pour une forte proportion;

4° Interdiction absolue d’exporter des valeurs, fut-ce meme pour

(1) Les amendes furent, et sont encore souvent, inflig<§es 4 des communes, pour des infractions individuelles, dont kautorit6 allemande leur endoss abusivement la responsabilitd, en vertu du principe de la solidarite des habitants du pays occupe vis-^i-vis de f occupant. Elies se chiffrent au total par plus de deux cents millions de francs.

payer les denrees necessaires au ravitaillement do la population civile;

5° Levee du moratoire dans un temps oil il y avait impossibility de faire des placements industriels dans le pays.

Ces diverses mesures eurent pour resultat inevitable de provoquer en Belgique occupee l’inflation des marks et leur engorgement dans les instituts d’emission.

Lorsque l’engorgement eut atteint quelques centaines de millions de marks, Fautorite allemande se mit en devoir de se les approprier, au besoin par extorsion. Elle ouvrit une campagne de sommations, de mises en demeure et d’intimidation (arrestation et deportation de M. Carlier, Fun des directeurs de la Banque Nationale). Elle pretextait que le fait de laisser cet argent dormir au lieu de le placer a interet en Allemagne, demontrait l’intention de nuire k F Empire allemand.

Elle avouait done implicitement que, dans sa conception, ne pas employer les fonds beiges dans Finteret de FEmpire, e’etait agir contre lui.

Cependant les deux instituts beiges d’emission, la Banque Nationale et la Society Generale, ne sont point des institutions d’Etat, mais des compagnies privees, des societes par actions qui avaient pour devoir de garder intact le gage de leurs emissions et de reserver a la Belgique meme les moyens financiers que constituent leurs encaisses.

Leur resistance ne flechit que devant la supreme violence : la notification de la mise en liquidation immediate en cas de nouveau refus.

Le 12 septembre 1916, une automobile militaire allemande s’arretait devant le Palais de la Banque. Des delegues de la Reichsbank se presenterent. Au seuil des caves fortes se tenaient le gouverneur et un directeur de la Banque. Une derniere fois, ils protesterent contre la violence qui leur etait faite, puis livrerent les clefs.

Les Allemands s’emparerent des basses de billets et emporterent 430 millions de marks, dont ils laisserent repu.

Ainsi : Industrie, commerce, agriculture, finances, rien n’a echappe aux atteintes, entraves et emprises de Fautorite allemande. Dans chacun de ces departements de la vie economique du pays, Fautorite allemande a agi de la meme fa<jon : a l’encontre des necessites evidentes du relevement de la Belgique.

Enfin, il y a lieu de tenir compte de ce que la vie economique

LES DEPORTATIONS BELGES

beige a eu, en outre, a subir le contre-coup du trouble general, resultant, pour les affaires, de la succession ininterrompue des decrets de saisie et d’immobilisation et des entraves apport6es a la circulation int6rieure des gens et des choses (generalisation des passeports meme en dehors de la « zone d’6tapes » ; requisition generale des moyens de traction et transport par fer, terre et eau; enlevement des rails de lignes vicinales, etc.).

C — Caract£re intentionnel des mesures d’epuisement

ECONOMIQUE PRISES PAR L’AUTORITE ALLEMANDE EN BeL-

GIQUE

Nous touchons ici a un point sensible du debat : l’argument de la sollicitude de l’autorite allemande pour l’int6ret economique du pays que la fortune des armes lui a donne l’occasion d’occuper et, partant, le devoir d’administrer.

Les repr6sentants officiels de 1’ Empire allemand ont multiplie, sur ce point, les proclamations, protestations et assurances.

Faut-il les en croire sur parole?

Ou serait-il possible qu’ils eussent par la, consciemment et volontairement, induit les Beiges et le public des pays neutres en erreur ?

Ce que nous avons dit dans les deux premieres parties de ce paragraphe pourrait dejh, il nous semble, avoir fait l’opinion du lecteur. Evidemment la politique economique de l’Allemagne en Belgique ob6it a une pensee directrice. Quelle est cette pens6e? Elle se degage d’abord des mesures prises, considers en ellesmemes. Elle se degage aussi, et non moins lumineusement, de leur comparaison avec les desseins avoues de l’Allemagne quant a la conduite de la guerre. II suffit de rapprocher le tableau des mesures prises par l’autorite allemande, specialement les requisitions et saisies concernant l’industrie, le commerce, l’agriculture et les finances, des principes exposes au plan Rathenau en vue de l’utilisation des ressources des pays occupes, pour voir apparaitre la correspondance parfaite qui relie les lines aux autres : les ordonnances de l'autorite allemande sont celles-la m6me qu’imposait une execution m6thodique des conceptions de W. Rathenau.

II y a done, en premier lieu, au fond de la politique economique de l’Allemagne en Belgique, un plan d’action militaire.

Ce plan d’action militaire se double d’intentions de concurrence industrielle et commerciale. Les publicistes allemands ont dit et repute que l’Allemagne mene une « guerre 6conomique » en meme

temps qu’une guerre ordinaire. La Belgique etait un concurrent serieux pour l’Allemagne en divers domaines; l’Allemagne profite de sa situation d’occupant pour s’assurer la suppression ou la domination de ce concurrent; la ou sa politique n’est pas guid6e par des raisons d’interet militaire, elle Test avant tout par des mobiles de concurrence, et souvent les deux ordres de considerations sont associes et se renforcent mutuellement.

Un fait general domine la discussion : alors que, en Belgique, la stagnation des affaires est presque complete, et que, a peu pres seule, l’industrie charbonniere a conserve une activite relative, en Allemagne et aussi en Autriche, les industries concurrentes des industries beiges arretees sont, au dire des Allemands et au temoignage de certaines statistiques, restees florissantes.

Le fait a frappe les observateurs neutres.

Un journal serieux de Berne, Der Bund, Forgane ofncieux du Gouvernement federal suisse, a publie, dans son n° 540 du 16 novembre 1916, F article ci-apres ( nous soulignons ) :

La deiresse en Belgique. — Un Suisse nous ecrit :

« Afin de remedier au manque bien connu de main-d’oeuvre en Allemagne, une quantite de prisonniers ont ete astreints a des travaux militaires (fabrication de munitions, construction de machines pour des buts de guerre, construction de routes militaires et de chemins de fer).

« On voulut forcer les ouvriers en Belgique a executer des travaux d’arsenal et a construire des locomotives et des wagons pour des transports militaires. A Malines, on les arreta pour travailler k l’arsenal, et comme la majorite refusait, on enleva les rails des lignes privees (petites lignes) et on employa ceux-ci a des transDorts militaires derriere le front russe. Des lors les ouvriers ne pouvaient plus se rendre sur les lieux de leur travail. La circulation a bicyclette d’un lieu & un autre est interdite. Ainsi le nombre des sans-travail s’accrut de jour en jour.

« Toute l’exploitation des houilleres se fait pour le compte de FEmpirc allemand, quoique les mines soient des proprietes privees. Les entreprises commercials des Beiges sont arretees; des peines sont infligees pour les debts les plus minimes, les peines sont alors prononcees pour le paiement de 5.000 a 20.000 francs. La ruine de grandes entreprises beiges est imminente alors que les firmes concurrentes allsmandes et autrichiennes sont florissantes.

« L’importation de marchandises suisses a ete interdite par le Gouvernement general, malgre notre traite de commerce avec la Belgique (Voir Journal officiel pour la Belgique, n° 188, du 15 mars 1916). Les lettreR de commerce sont retenues par la censure.

« Les ouvriers beiges, que le correspondent connait de pres, desirent tra

DEPORTATIONS BELGES

vailler, mais non & des travaux diriges contre leurs compatriotes qui sont au front. Je crois que nous autres Suisses nous n’agirions pas autrement en pared cas. La grande industrie beige offrirait suflisamment d’occasions de travail en son propre pays. Les deportations en Allemagne pro file nt manifestement a V industrie allemande. »

Cette diil’erence considerable d’activite 6conomique entre la Belgique, pays occupe, et FAllemagne, puissance occupante et concurrente, est digne d’etre notee a 1’encontre des protestations de sollicitude administrative faites par F autorite allemande.

Toutefois, ce ne sont la encore que des presomptions. Seules des preuves positives et indiscutables telles que des declarations allemandes, officieuses et officielles, peuvent faire la conviction definitive.

Precisement, elles ne manquent pas. Mais il faut distinguer, au point de vue du degre de sincerite, cedes qui furent faites & Fintention de Fopinion beige ou etrangere et cedes qui furent faites a Fintention de Fopinion allemande. Evidemment, c’est dans les secondes surtout, qui constituent des explications entre Allemands, que Foil trouvera Fintime pensee de l’autorite allemande sur la gestion des interets economiques de la Belgique occupee.

D6s son entree en fonctions comme successeur du marechal von der Goltz, le general baron von Bissing eut a repondre a certaines interpellations inquietes de Fopinion allemande, qui semblait avoir pris b la lettre les promesses de relevement economique faites aux Beiges dans les proclamations oflicielles ci-dessus mentionnees. La Norddeutsche AUgemeine Zeitung le fit pour lui dans une correspcndance de Bruxelles, reproduce par toute la presse allemande (29 (16cembre 1914).

La voici traduite de la Freisinnige Zeitung de cette date :

La Belgique sous V administration allemande .

De la Norddeutsche AUgemeine Zeitung, correspondance de Bruxelles:

a Dans beaucoup de cercles en Allemagne, Fopinion semble etre repandue que le sceptre gouvernemental dans les territoires occupes est tenu d’une main trop douce; des voix se sont elevees qui orient : « Devenez « dur », qui soulevent le reprocbe que le pays ennemi est traite comme notre propre pays; des voix qui critiquent le fait que le Gouvernement allemand en Belgique se donne de la peine pour la restauration du commerce et de Findustrie, au lieu de decimer economiquement le pays entier et de porter le coup mortel a sa capacite de concurrence. De pareilles critiques temoignent qu’on porte un jugement de moyse pur

les taches a remplir en Belgique et sur ce qui a ete effectue. Meme a 1’egard de l’ennemi, et avec d’autant plus de raison a 1’egard de l’habitant du territoire occupe, la justice doit regner; une main ferme et un sentiment de justice doivent se rencontrer pour gouverner un pays dans de telles circonstances. Toute douceur exageree, toute sentimentalite doit etre evitee et est evitee, mais une vraie force doit toujours etre juste, au besoin severe, mais jamais inutilement dure. En se guidant sur un tel principe, 1'envaliisseur ne poursuit que son plus personnel interet .

« Ou bien doit-il peut-etre, par tourment ou par arbitrage, porter au d^sespoir, sur les derrieres de sa propre armee, le peuple deja fort excite sans cela? Si le Gouvernement allemand en Belg cjue fait son possible pour remettre en marche le commerce et 1’indus'rie, pour procurer & la classe ouvriere du salaire et du pain, ce n’est pas par desir de rendre des services a la Belgique, mais pour empecher que la famine et la maladie, sur les derrieres dc noire armee , n’exposent sa securite et sa sante. C’cst pour ce motif que le Gouvernement a consenti a ce que des vivres fussent envoyes des pays neutres, afin de preserver les approvisionnements indigenes et de premunir nos propres troupes contre les privations. I! a au'orise 1’ expedition des approvis onnements necessaires de charbon. 11 ne peut naitre de la une concurrence contre la production indigene (allemande), car la Belgique n’est capable de produire que ce qui est necessaire pour pourvoir aux besoins d’une population qui souffre du fro d, et d’une industrie qui se debat pour une existence pen ble.

« Avec une intelligence clairvoyante, le Gouvernement s’efforce d’introduire egalement pour 1’avenir des institutions de sol icitude sociale, ce que le Gouvernement beige — probablement par suite d’un accroisse ment des frais de production — a neglige de faire jusqu’ici. Lorsque, de la sorte, le travail et la productivite sont graduellement augmentes dans le pays, cela constitue, par le fait, un avantage, tant pour le pays lui-meme que pour les troupes d’occupation dont les besoins doivent etre couverts par les productions du pays.

« Et encore, comment la Belgique devra-t-elle produire de quoi fournir les prestations fmancieres qui lui sont imposees, si on lui coupe le moyen de vivre? C’est le droit du vainqueur et son devoir vis-a-vis de sa propre armee, d’amener le pays occupe a des prestations fmancieres qui, mde= pendamment d’une indemnity de guerre ulterieure, sont levees sous forme de contributions. Nous exigeons actuellement de la Belgique le paiement de 480 mi.lions a effectuer annuellement par paiements parcels.

« Comme beaucoup d’autres, les notions d’argent aussi se sont quelque peu embrouillees au cours de la guerre, et ce dcmi-milliard, aux yeux de beaucoup, parait ridicule. En verite, il represente la limite de la capacite actuelle de rendement du pays.

* Les pertes subies jusqu’ici en Belgique, par la destruction de valeurs sont estimees 4 une somme de plus de 5 milliards. On doit ajouter k ce

LES DEPORTATIONS BELGES

chiffre les contributions, et le montant global de celles-ci doit etre produit par la Belgique, car, dans ce pays, dont la richesse repose en premiere ligne sur son industrie, manque la classe de petits rentiers detenant, comme, par exemple, en France, la plus grande partie de la fortune nationale en argent liquide et en valeurs facilement realisables. Les gens riches ont quitte la Belgique et ont place leur argent hors du pays. On ne peut done obtenir de l’argent liquide qu’en minimes proportions.

« Par consequent, si Ton veut assurer la bonne rentree de la contribution, on doit alors ouvrir k nouveau les sources d’ou l’argent sort, e’est-h-dire que Ton doit s’efforcer de rendre de la vie au commerce et aux rapports entre habitants, de mettre debout Findustrie et l’economie rurale, en un mot, on doit favoriser partout la possibility de gagner de l’argent.

« Le Gouvernement allemand, qui prend a coeur ces taches, agit par la dans Finteret bien pese de la patrie et du territoire qui luiest con fie. »

Dans cet article du journal officiel, le point de vue des interets de la concurrence allemande apparait a peine, mais la sollicitude pour l’interet de la Belgique y est justifiee par Finteret egoiste de FAllemagne. C’est un plaidoyer pro domo dont l’argument se reduit a l’adage : « Ne tuons pas la poule aux ceufs d’or ! 11 serait peu intelligent d’epuiser d’un seul coup la Belgique; il est preferable de Fexploiter methodiquement pour lui faire rendre le plus possible. »

L’importance de la preoccupation concurrentielle apparait plus nettement dans le temoignage d’un personnage important, le Dr von Behr-Pinnow, qui fut appele, en mai 1915, en Belgique, avec le professeur Langstein, comme delegues du Kaiserin Victoria Haiis de Charlottenbourg, « pour y donner leur avis sur certaines choses relevant de l’hygiene sociale », et qui put ainsi avec son collegue « se rendre compte du travail realise par le gouverneur general von Bissing dans ce domaine ». Ce temoin oculaire autorise formula en ces termes son jugement sur la lutte entreprise contre le chomage ( nous soulignons) :

Mais ce sont encore d’autres raisons qui ont fait agir a ce point de vue le Gouverneur general : il s’agissait, dans Finteret politique de FAllemagne meme, de ne pas epuiser completement la Belgique, de ne pas Fexposer k la famine, que nous eussions eue a combattre pardel’argent allemand, ou — ce qui est encore plus onereux actuellement — par des vivres allemands, mais, au contraire, de faire en sorte que le pays put exister par ses propres moyens. C’est pour cela qu’on ne s’est pas seulement contente de permettre Fimportation de vivres d’Amerique, mais qu’on a fait habilement des tentatives couronnees de succes, pour diminuer le

chdmage par une reprise progressive de Findustrie, qui est la branche la plus importante de Factivite du pays. Cela s’ est fait dans une mesure telle que, bien entendu, Vindustrie allemande ne puisse en soujfrir.

Ainsi, Tun des soucis predominants de la politique de « rel^voment economique » de la Belgique, dans l’esprit du gouverneur general von Bissing, c’etait celui de menager Finteret de concurrence de Findustrie allemande : on ne devait, entoutcas, permettre a Findustrie beige de se relever que pour autant que le permit Finteret allemand concurrent.

Ce principe, dont nous n’avons pas a discuter ici la legitimitA ou Fillegitimite au point de vue des « devoirs de Foccupant » et des « droits du vainqueur », fut frequemment rappele par la presse allemande a F autorite allemande de la Belgique occupee. Et celle-ci ne parait pas avoir le moins du monde neglige de s’en inspirer.

On lit, par exemple, dans une etude toute recente du Dr Goetze, de Berlin, syndic de FUnion des Industriels verriers d’ Allemagne, parue dans la Wirtschaftszeitung der Zentralmachte, n° 40, du 10 novembre 1916, sous le litre de « L’industrie verriere allemande et la guerre » ( nous soulignons) :

Les autres branches de Findustrie verriere, Findustrie des glaces, du verre pour carreaux et du verre a vitres traversaient dejh (en Allemagne) une mauvaise periode avant la guerre. Le marche du batiment ayant ete presque entierement inexistant, il en resulta que le debouche interieur fut tres restreint. Au moment de la declaration de la guerre, toute perspective d’ameliorer leur situation a entierement fait defaut 4 ces industries. Cette amelioration s’est seulement produite lorsque Y arret de la vie economique en Belgique, resultant inevitablement de V occupation du pays, sort qui fut portage egalement par Findustrie verriere, frappa la puissante concurrence beige, et que les Etats neutres, qui, avant la guerre, se fournissaient de verre beige, furent obliges de se procurer le verre allemand. De la sorte, V exportation a pu augmenter et a rendu V existence possible aux usines allemandes.

Actuellement, pour pouvoir fonctionner normalement, elles doivent exporter la plus grande partie de leur production, car les besoins interieurs sont insufFisants pour consommer toute la production. Malgre les constructions de batiments nouvelles et la reconstruction des habitations dans les territoires allemands qui ont souffert de Finvasion, notre industrie du batiment n’absorbe toujours pas meme la moitie de la production allemande.

C’est par ces raisons que s’expliquent les efforts de Vindustrie allemande du verre a vitres en vue d’eliminer la concurrence beige en Allemagne, et dans les Etats neutres qu’elle peut atteindre par route ou par eau. L’Ad-

ministration civile imperiale de Bruxelles avait favorise, autant que faire se peut, la remise en marche des usines beiges, de sorte que l’industrie verriere beige a deja attaint aujourd’hui 50% de la production de paix, et produit plus que 1’AIlemagne en temps de paix. II est comprehensible que le fait de voir Vindustrie beige se dresser de nouveau en concurrente sur les marches neulres ait fait surgir les plus grands soucis parmi V Industrie allemande. La consequence fatale en fut que l’industrie allemande fut mise hors de combat par suite de ce que, naturellement, les anciennes relations entre la Belgique et les Etats neutres avaient repris. Interdire les marches neutres a 1’industrie beige est, par ce fait, devenu une question vitale pour 1’industrie allemande, et il faut convenir que l' Administration civile imperiale a entierement reconnu la necessite de la solution de cette question dans le sens de Vindustrie allemande et qu'elle a pris les mesures que la situation reclamait. Malgre cela, quelques usines beiges sont par-venues, avec 1’aide de commergants allemands, a exporter, par- la Hollande, du verre belg - dans des territoires fe mes et a influencer, de la sorte, defavorablement les conditions du marche. II faut qu’une rdgle soil creee pour eviter cela. C’est pour ce motif que les usines de l’Allemagne centrale et orientale, qui sont les principales interessees, ont provoque la promulgation d’une interdiction d’ importation, de transit el d’ exportation. L’ interdiction d’ exportation doit procurer a Vindustrie la possibilite de surveillance necessaire. L’ interdiction d’ importation et detransit doit exclure d’une faQon definitive la possibilite d’envois incontrolables de verre beige aux pays etr angers neutres (1).

A cette occasion, il faut considerer, d’une fagon approfondie, l’attitude de l’industrie autrichienne du verre k vitres. Il est h regretter que celle-ci prefere la concurrence beige et ait, en ce faisant, enleve a l’industrie alle-

(1 ) Les declarations de M. Goetze sont confirmees par nos propres renseignements. Grace aux dispositions bienveillantes du Gouvernement anglais, les maitres de verreries beiges etaient parvenus a remettre a feu neuf bassins sur vingt-sept ou vingt-huit existant en Belgique. Les exportations marcherent assez bien pendant quelques mois (de decembre 1915 jusque dans ces derniers temps) avec les pays d’outre-mer. Les montants des factures etaient bloqu6s en Angleterre, moyennant quoi le Gouvernement anglais delivrait aux industriels verriers beiges des permis d’embarquement; puis il autorisait le debloquement d’une partie importante de ces fonds — 70 % des factures — qui permettait aux usines de payer les matieres premieres, les salaires aux ouvriers et les frais g6n6raux d’exploitation.

En aout 1916, l’autorite allemande emit la pretention d’i-nterdire toute exportation devant aboutir au bloquement d’une partie quelconque du montani des factures. Apres des discussions avec les maitres de verreries beiges, elle pr6cisa ses exigences (octobre 1916) en substance comme suit : chargement dans un port hollandais; rentrAe en Belgique de la contre-valeur complete des envois, sous caution de 20 % a d6poser a la Aussenhandelstelle ; taxe d’ exportation de 1 ou 5 % au benefice de 1’ Administration beige, et de 10 % au benefice de l’occupant. Ces conditions paraissent devoir rendre impossible la continuation du travail dans les verreries beiges.

mande du verre l’oeeasion de faire connaitre ses marchandises dans les Etats balkaniques et surtout en Turquie. L’industrie autrichienm oonsidere les Balkans comme un debouclie qui lui est reserve et veut pour eels Eloigner de ce debouche la concurrence allemande. Le moyen par lequel elle s’efforce d’arriver a son but — le renforcement de Findustrie beige — k un moment oil elle n’est pas a meme de pourvoir entierement aux besoins des marches balkaniques, peut paraitre peu approprie a faire progresser l’idee d’une Europe centrale.

Quoi qu’il en soit, et en tout cas, on doit exiger que V Administration civile imperiale de Belgique s’attache avec prevoyance a protiger en toute premier e ligne les inter ets de V Industrie allemande, et qu’a l’avenir elle n’avantage plus des efforts semblables de la part de Findustrie autrichienne, par V autorisation dJ exportations du verre beige.

!1 ressort de ces declarations autorisees Faveu d’un fait tres grave : c'est que F Ad ministration allemande de la Belgique occup6e avail d’abord tolere un relevement partiel de Findustrie verriere beige, mais que bientot, sur les sollicitations de Findustrie allemande et dans une intention directe de concurrence, F Administration a, elle-meme, detruit sa propre oeuvre par des decrets destines k rendre Factivite de nouveau impossible a Findustrie beige du verre.

Ce fait porte directement atteinte a la sincerite des protestations de sollicitude desinteressee de F autorite allemande, pour le relevement economique de la Belgique.

Quand on le rapproche des dithyrambes de la presse officieuse allemande en Fbonneur de Fadministration du pays occupy (1), on reste etonne de ce que ceux-ci aient pu etre ecrits par d’autres plumes que des plumes serviles.

II n’en alia pas autrement pour F agriculture que pour Findustrie. Nous n’en voulons pour preuve que les declarations faites par le gouverneur general von Bissing, dans une assemblee de fonctionnaires allemands, tenue, semble-t-il, a bureaux fermes, a Bruxelles, le 27 fevrier 1915, et dont la N orddeutsche Allgemeine Zeitung du

(1) Exemple, cet extrait de la s6rie d articles d’ Ulrich Rauscher, publics sous le litre « La Belgique d’aujourd’hui » dans l-i Frankfurter Zeitung , puis en volume sous le litre Belgien heute und morgen (Leipzig, Hirzel, 1915) :

« Si la Belgique n’est pas aujourd’hui un desert, si ses mines, ses fabriques, ses entreprises, fonctionnent dans une certaine mesure, si ses villes son! habitees, si, dans les locality oil s’ est etendue la destruction, les habitants ont sauv6s de la situation la plus grave, ils le doivent au Gouvernement allemand, centre le gr6 de leur propre Gouvernement; sans 1'actif appui du premier, l’oeuvre de secours am6ricaine elle-memeeiit 6t6 impossible » [Frankfurter Zeitung , 7 mars 1915, lr® feuille du matin, p. 2).

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5 mars 1915 (n° 64, p. 3) a donn§ un compte rendu. Nous en extrayons ce qui suit ( nous soulignons ) :

Relevement de la vie economique beige.

On nous ecrit de Bruxelles :

« Le grand interet que le gouverneur general baron von Bissing apporte & la vie economique beige a trouve son expression dan3 Passemblee convoquee sur l’initiative du Gouverneur general, dans la grande salle des stance du Senat, a Bruxelles, le 27 fevrier dernier. Cette assemble etait composee de tous les delegues pour les questions economiques, adjoints aux gouverneurs militaires, et des presidents de PAdministration civile du territoire occupe de la Belgique.

« En ouvrant la seance, le Gouverneur general esquissa a larges traits combien il se preoccupe particulierement de guerir les blessures causees au pays par la guerre, et de procurer aux paysans les subsistences necessaires au relevement de Pagriculture. Le climat et le sol rendent possible, dans une grande partie de la Belgique, une maturite des products de la terre plus precoce qu’en Allemagne, circonstance qui pourrait aussi etre extremement precieuse pour notre pays...

<> Le Gouverneur general insista surtout sur la culture maraichere intensive de la Belgique; cette culture est appelee 4 fournir des produits precieux, des le printemps, non seulement a la Belgique, mais aussi d l’ Allemagne...

« La question se pose de savoir s’il est possible et si, en particular, il parait souhaitable pour V agriculture allemande de transformer en prairies les plaines beiges, de fagon a permettre la conservation d’une partie du cheptel allemand...

« A la fin de la seance, le Gouverneur general emit le souhait de reussir, par le travail commun et zele des fonctionnaires allemands sous ses ordres en Belgique et par la mise en oeuvre de toutes les forces existant dans le pays, 4 faire donner a Pagriculture beige une production intensive, ainsi qu’il importe pour le salut, non seulement de la population beige, mais aussi de la patrie allemande. »

Ainsi le gouverneur general von Bissing, tout en affirmant sa aollicitude pour le bien de la Belgique, declarait son intention de aacrifier Pagriculture beige aux interets de Pelevage allemand, en transformant en paturages les plaines fertiles et si admirablement cultivees du pays occupe. Tout cela, sans doute, sous le pretexte de Petat de « communaute economique entre PAllemagne et la Belgique » resultant de Poccupation de guerre de la seconde par la premiere. Qui ne voit que dans cette association forcee et momentan^e Pequilibre manque, et que la pretendue « communaute

economique » fonctionne avant tout au profit de l’Etat le plus fort?

En dehors de la preoccupation generale de profiter de l’occupation pour avantager le plus possible les interets de concurrence de l’industrie allemande, le mobile principal et immediat de 1’ Administration allemande, qui reste d ’organiser V exploitation methodique du pays an profit de Vorganisation de guerre de V Empire, apparait avec clarte dans une foule d’ articles de la presse d’Allemagne. Ces articles sont dignes d’etre retenus en consideration parce qu’ils ont re$u l’approbation de la censure allemande et ont paru, pour la plupart, en premier lieu dans des journaux officieux.

II serait malaise, faute de place, et d’ailleurs fastidieux, d’en entreprendre 1’ analyse ou simplement 1’enumeration. On nous permettra d’en citer quelques-uns seulement, a titre d’exemples.

Au lendemain de l’invasion de la Belgique, la Kolnische Vol/cszeitung, n° 763, du 28 aout 1914, imprimait deja ( nous soulignons) :

La Belgique passe a present sous l’administration allemande; elle est placee sous la garde du landsturm allemand, et elle doit desormais intervenir dans tous les domaines pour satisjaire aux besoins de noire axmee en France, a fin que la patrie allemande en soit soulagee.

Ceci etait tout simplement la repetition, a peine modifiee, d’une depeche du Quartier-maitre general, en date du 27 aout 1914, que nous avons retrouve*, citee avec cette indication de source, dans un article de 1’ Illustrirte Zeitung du ler septembre 1914. On y lit, en effet, la meme phrase, citee en un texte legerement different, en tete d’un article du Dr Christian Eckert, directeur d’etudes de Cologne, intitule : « La Belgique comme point d’appui de nos mesures militaires a l’Occident. » Le Dr Eckert la donne comme « une depeche du quartier-maitre general, datee du 27 aout 1914 a :

Ce pays (la Belgique), qui vient d’etre place sous l’administration allemande, doit etre mis a contribution pour les besoins de toute espece de rarmee, en vue de decharger les domaines nationaux.

Depeche qu’il commente en ces termes (nous soulignons) :

Avec la chute de Namur, le 25 aout, et l’organisation de l’administration civile le meme jour, ce fut non seulement le but strategique qui etait atteint, mais, en meme temps, etait creee aussi la condition preliminaire pour I’accomplissement des missions economiques qui, de leur cote, avaient a servir la guerre. Un territoire europeen, favorise par la

nature et solidement developpe, etait incorpore k notre economie au moins pour la duree de la guerre et destine a aider par ses forces & l’exdcution de nos travaux.

L’assujettissement d’un pays ennerni offre la possibility, pour autant que sa prosperity n’est pas atteinte par suite des combats, de meltre & profit V ensemble de ses ressources pour le transport, le ravitaillement et 1’ armement de I’armee Rationale... On pourra s’y efforcer d’autant plus energiquement que des cruautes comme celles dont les Beiges se sont rendus coupables, et des attentats perfides de la population contraignent k des mesures repressives efficaces...

L’auteur s’etend ensuite sur les richesses economiques de la Belgique. 11 parle de l’essor formidable du port d’ Anvers, des splendides voies de communication que constituent en Belgique les fleuves, les rivieres et les canaux, et insiste particulierement sur I’importance du magnifique reseau des chemins de fer beiges. II fait valoir Tetat florissant de 1’agriculture. Mais avant tout, rernarque-t-il, la Belgique est un Etat industriel; son industrie prospere repose sur sa richesse miniere; a cote de sa puissance metallurgique, il y a d’autres industries importantes : Findustrie textile, Findustrie verriere et les sucreries :

Parmi toutes ces branches d’industrie et a cdte des importantes mines de charbon, ce sont surtout les usines de fer de la Belgique orientale el meridionale qui sont d’une importance decisive en ces temps de guerre . La forteresse de Liege, enlevee par nous dans un assaut qui manifestait notre mepris de la mort, a autant de valeur comme centre economique que comme point d’appui strategique.

« L’industrie liegeoise d’armes, poursuit le Dr Eckert, est d’importance mondiale; la « Vieille Montagne » est 1’usine du monde qui tient le second rang dans la production du zinc. » Parlant de Cockerill, qu’il denomme le Krupp beige et dont il vante la production de materiel d’artillerie, il ajoute :

Une des premieres taches de 1’ Administration allemande a et6 de remettre ces usines rapidement en action et de les affecter, h c6te de nos usines allemandes, a completer le materiel de I’armee.

Par l’occupation solide de la Belgique, nous avons gagne un r6seau de communication excellent pour toute 1’organisation d’arriere de notre armee, pour l’evacuation des blesses et des prisonniers, pour le ravitaillement et la production d’armes el de munitions.

... Les produits du sol pourront etre affectes h l’alimentation des troupes. Les etablissements beiges procureront I’aide la plus precieuse

pour l’ habillement et Varmement de nos corps d’armee. Le capital de la Belgique doit payer pour toutes les perfidies de la population.

Le Dr Eckert declare en terminant :

La Belgique vaincue est devenue desormais Vauxiliaire du vainqueur,

Notons ici que le Dr Eckert a publie ces lignes sous la surveillance de la censure et avant la bataille de la Marne, c/est-a-dire a une epoque ou, PAllemagne paraissant victorieuse, ses publicistes n’apportaient pas, dans Texpression de la pensee officielle ou officieuse, la prudence a laquelle on devait revenir quelques mois plus tard,

Remarquons aussi la coincidence de date entre ces declarations, qui eurent leur equivalent dans presque tous les organes de la presse allemande, et la proclamation de « joyeuse entree » du marechai von der Goltz, nomme gouverneur general (affichee le 2 septembre 1914) :

Autant que faire se pourra, le commerce devra etre repris, les usines devront recommencer a travailler, les moissons etre rentrees.,* Je vous invite a lui (au Gouvemement general allemand) montrer de la confiance et a lui preter votre concours... Plus vous donnerez suite & cet appel, plus vous servirez voire patrie.

Quatre mois plus tard, la Vossische Zeitung. du 8 janvier 1915, definissait ainsi le programme de P Administration allemande en Belgique occupee ( nous soulignons) i

II faut tendre h ce que les sources productrices du pays servent i Varmee allemande et a toutes les industries qui sont a, son service.

En fevrier 1915, un autre observateur allemand, d’une autorit4 exceptionnelle puisqu!il est ami particulier et commensal de l’Em* pereur allemand, le D1' Ludvvdg Ganghofer, envoye special du journal officieux bavarois Miinchner Neueste Nachrichten, decrivait a son tour, avec un luxe de statistiques et une insist ance d’ affirmation impressionnants, Fepuisement delibere des ressources de la Belgique au profit des armees allemandes, qui etait, lui-meme le constate, le mot d’ordre de PAdministration civile allemande de la Belgique occupee ( Miinchner Neueste Nachrichten, numero du 26 fevrier 1915, article XII d’une serie infitulee : « Voyage sur le front allemand » (nous soulignons) :

i’avais ete pendant deux semaines, jour pour jour, sur pied, pour

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n’ avoir encore qu’un apergu general et grossier de ce qu'accomplit, dans le ressort d’un seul corps d’armee, la machinerie prudemment agenc6e, et travaillant dans le calme, de nos etapes. Ce que j’ai vu ici, dans un domaine limite, se repete de nombreuses fois, avec son utile resultat pour la patrie, sur toute V etendue du front occidental.

Tout le travail s’y accomplit en vertu d’un principe : « Faire venir le

A VI- UX DE L. G.ANGHOFER SUR l’ePUISEMENT SYSTEMATIQUE DES RESSOUR.GE8 DE LA BELGIQUE

( fac-simiU B)

ssds 90s? faubri), 1st £e (Safcat?, beffaben ftcf; tie cbenfo muflerfmft eingerltf)£e£en Gero fung£f)eime fur Slmtnfcfmfien unb Cffljterc, \xw/, gcbm pon einem Judenlofen Slppnrat fur gute (Jrnd^ruttg. ©a ijl aUe£ berbeigefrijafff, tea?

GrfTarfeit bee ©cfunb^eit biencn £«nn. tint well frif$e <2icc fur SMonealefjcnfen fcfjt befbmno lid), «bee int gefti:gett>erfcf)lingenbe» $r‘ege unb bfiju no d) im Winter iSufjcrff feUcn ftnb — e£ wurbe dnmai fur breijjtg Sice cut Slulontobil in So.ufci) gegeben unb fur ein JwlbeB Spfunb Sbuiter tin ganjctf SCelojipeb — brum fwben bie fceutfc&en 2lrj£e in Se Gateau cine gcf;eljfc £iif)nersu#t in,'

(laUietf. Gin grower <5cf;eunencaum rcutbe in cm SBarmljauB ftir faufcnb Rennet? msoanbeft, unb cin bef;attlic!) gtiiljenber, oon einem ©raf;£gif£er umjegcncr £>fen rebct bem gacfcrnben Boiffein bcc geficbcrfen granjSfinnen mit UebUcfyes iffiarmeflrafilen rccl;f bide, eiele Gier fur wtfere gencfenben gdbgtauen ju (egen. gafUf^e

5>i()rte befbrbern bu£ nft§U$e 2Bet? . fiberrafcyen* berweife eertragen fie \ld) fcgr gut mifeinanbet;' fie babeit bet gtiebenBarbeU fo bid ju eerri^fen, baft ficber angeborenen S?rleg6lufi obHig sergeffcn.

Faosimile des pages 220 et 221 de l’ouvrage de L. Ganghofer, Reise zur deutschen Front (Berlin, Ullstein, igi5). reproduisanl la Bn, amputee de trois alineas, de l’artiele XII de la serie d'articles des Munchner Neues'tr Nachrichten. (Cf. le fac-simile A ci-contre, hors teste).

moins possible d’ Allemagne pour les besoins de I’armee; — tirer le plus possible du pays ennemi conquis ; — et, tout ce qui est super flu pour I’armee mais qui peut etre utilise au pays, le faire passer en Allemagne. »

En trois mois, le pays conquis a couoert les quatre cinquiimes des besoins de I’armee. Maintenant meme, bien que les ressources utilisables du pays occupe par nous commencent a se faire plus rares, le pays conquis coucre encore les deux tiers de ce dont a besoin notre armee de I’Ouest. Par la,

•Sinier biefern ^etfereu QMtbtficn jlebt ewe ern|lf SBa$r§eif. SBtotef beutfcge Qinbt mupi.cn ffat ru&cen in cu^dsfem gldft, wieotd Huge ©chare ten msfjten Sss beu{fcf;en ©efjinicn aufglanjcB wieoiel ©ebuSb rnufjte ftcf) in fyilfreidje 31rbe. : oerwanbeln unb wieeld energizer SS3itie mttgt : amgefe§f toerber. in totcffame Zat, bie' inncrfjdb roeniger CKenate ing Seben gerufeu tear, wa$ f$ aufScyritt a«b Ziitt l^ter leudjfcn febe «!£ ru^tn uotten ©ietg ber beutf^en Svegfamfeit unb bed fceutfdt)es SBefeng.

d’apres une estimation moyenne, il est economise pour FAllemagne de trois millions et demi a quatre millions de marks par jour.

Ce benefice de la victoire allemande s’accroit encore notablement des profits de la guerre economique, menee conformement aux prescriptions du droit des gens contre le territoire conquis, c’est-a-dire par Futilisation des biens de FEtat, transposes en quantiles enormes de la Belgique et du nord de la France en Allemagne, tels que butin de guerre, appro visionnements de forteresse, cereales, lainages, metaux, bois precieux et autres produits, a l’exception de toute propriety privee, laquelle n’est pas r6quisitionnee, mais pourra etre saisie, en cas de necessity pour augmenter les approvisionnements allemands, en etant toutefois, en ce cas, payee a son entiere valeur. Ce que FAllemagne economise et gagne par cette guerre economique, dirigee avec un esprit commercial, peut s’evaluer journellement a 6 ou 7 nouveaux millions de marks, de telle fa§on que le profit total realise par FEmpire allemand en arriere du front occidental, depuis le commencement de la guerre, peut s’evaluer a environ deux milliards, ce qui est, pour FAllemagne, une eclatante victoire, representee par Fepargne et Faccroissement de la force economique, et, pour Fennemi, une ecrasant defaite, correspondant a Fepuisement de toutes les ressources financieres du territoire que nous lui avons enleve.

J’aurai encore a revenir sur les ramifications et sur la direction de cette guerre Economique. On apprendra ainsi a mettre au rancart V expression d' « Allemands peu pratiques ». Un officier superieur allemand, a Saint- Quentin, me caracterisait cet heureux changement accompli a notre avantage, par ces mots mi-serieux, mi-plaisants : « C’est remarquable tout ce que Fhomme apprend. Je suis pourtant, en realite, un officier de la Garde de Potsdam. A present je fais le commerce du bois et de la laine. Et meme avec succes!

Detail qui caracterise la sincerite de cet aveu, par sa destination reservee a l’usage exclusif du peuple allemand : le Dr Ludwig Ganghofer reimprimant en volume, sous le titre : Reise zur deutschen Front 1915 (Ullstein & C°, Berlin), ses douze articles des Miinchner Neueste Nachrichten, y insere (p. 207 221) Farticle XII du 26 fe-

vrier 1915, mais en ayant soind’en eliminer, sans avertir le lecteur, toute la derniere partie (trois alineas, de 67 lignes) ci-dessus traduite.

La coupure est pratiquee juste aFendroit ou commence la transition : « J’avais ete pendant deux semaines... », conduisant au paragrapbe : « Tout travail s’accomplit, en vertu dOin pnncipe... »; la transition est enlevee elle-meme de maniere que le lecteur du volume ne puisse pas se douter qu’une coupure a ete pratiquee et qu’une partie importante de Farticle original est derobee 5 sa connaissance (Voir les fac-similes).

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De plus,Fauteur a change la date d’origine de 1’article : alors qua, dans le journal, 1’ article XII etait date du 14 fevrier 1915, dans le volume, le chapitre XII, qui le reproduit, est date du 21 fevrier 1915. L’auteur a-t-il peut-etre pense qu’il depisterait ainsi plus surement les lecteurs super ficiels sur Fidentite de F article XII du journal et du chapitre XII du volume...?

Cinq mois apres le Dr Ganghofer, un autre Allemand, membre du Reichstag et de la Chambre des Deputes de Prusse, Ferdinand Hoff, dans un article du Vogllandischer Anzeiger, du 13 juillet 1915, intitule « Derriere le front par la Belgique », decrit « Fimpression d’ensemble et F administration du pays » et s’exprime, sur ce dernier point, en ces termes ( nous soulignons) :

En ce qui concerne, au surplus, Fadministration, il va de soi que les besoins et les interets de notre incomparable armee et de la patrie alle mande viennent en premiere ligne, et que les importantes forces econo uniques et autres, ainsi que Foutillage ( Einrichtungen ) du pays sont utilises au profit de Tune et de Vautre...

C/est-a-dire toujours au profit de V armee allemande et de V Empire allemand.

Six mois apres, meme esprit toujours.

Dans la seance du 15 janvier 1916, au Reichstag, certaines cri= tiques de detail out ete dirigees contre Fimposante organisation creee sous l’inspiration de M. W. Rathenau. Traitant de la question de la solde des militaires, le depute socialiste Stucklen s’est exprim6 en ces termes :

II existe partout, maintenant, aupres des administrations militaires (des pays occupes), des commissions economiques {Wirtschaftsausschiisse)] pourquoi ne coDtrole-t-on pas suivant quelle base les messieurs qui y sont occupes sont payes ?

A cette question, le general von Wandel, faisant fonctions de ministre de la Guerre de Prusse, a repondu par ces mots, qui, dans sa bouche, ont le caractere d’une declaration olFicielle :

Si le depute Stucklen critique defavorablement Foeuvre accomplie par les commissions economiques, qu’il me soit permis alors de lui objecter que, dans tous les domaines, dans Forganisation de Fagricuhure dans Findustrie, ces commissions realisent des cboses remarquables, et que si nos hommes ont ete si bien soignes, si de grands approvisionnements ont ete transportes des terriloires occupes d I’interieur du pays, nous le devons

pour une tres grande parlie a I’activite avisee et infatigahle des commissions bconomiques. Elies ont bien merite de la patrie.

On ne pouvait affirmer de fa<?on plus nette, d’une part, que les requisitions et saisies de toute nature faites par FAllemagne en pays occupe n’ctaient pas destinees, et par consequent, n’ont pas etc proportionnees aux besoins de l’armee d’occupation; d’autre part, que la rafle en a ete administrativement organisee afin de faire aflluer toutes les ressources des territoires occupes en Allemagne et de les y consacrer au reapprovisionnement de guerre de l’Empire (1).

Les paroles du ministre de la Guerre de Prusse apportent ainsi une consecration definitive a notre affirmation que les mesures ^conomiques de F autorite allemande en Belgique n’ont ete qu’une application reflechie et metbodique des principes etablis des le debut de la guerre par W. Rathenau pour scrvir de regie a l’Administration allemande des pays occupes.

La conclusion s’impose : ce n’est pas la sollicitude pour le relevement economique du pays qui a inspire la politique economique de Fautorite allemande en Belgique occupee, ni meme la considera* tion des exigences propres do la situation de ce pays en temps do guerre; Fautorite allemande a obei avant tout a la pensee d’exploiter systematiquement les ressources de la Belgique a 1’avantage exclusif de l’Empire allemand, scit pour ses besoins de guerre, soit pour ses interets de concurrence, soit pour les deux ensemble.

Elle a pratique, en Belgique, a la faveur de Foccupation, la politique bien connue, en matiere d’histoire coloniale et militaire, sous le nom de politique d’epuisement ( Raubwirtschoft ).

D - — Etendue du dommage subi par la Belgique DU FAIT DE LA POLITIQUE ECONOMIQUE DE l’aUTORITE ALLEMANDE

il serait difficile, on le comprend, de cbiffrer exactement les domrnages economiques subis par la Belgique par suite de l’application de ce systeme. L’on possede cependant quelques elements — encore

(1) On lit, du res'e. dans la Neve Freie Presse du 10 mai 1915, edition du matin, cet aveu explicite, dans un article sur la question du paiement des requisitions :

« Les stocks de marchandises existant tors de 1’occupatior, d'Anvers et autrcs villes de Belgique et du i ord de la France, fun nt saisis par le autorites (militaires allemai.des) en vue de couvrir les besoins de l’aimee d'occupation et de completer les approvisionnements de guerre. »

LES DEPORTATIONS BELGES

fort incomplets — d’information allemande, qui permettent de se faire une idee approximative de l’etendue des enlevements de richesses, produits et matieres de travail, pratiques en Belgique par l’Allemagne.

a) La contribution de guerre, par exemple, est chose certaine : etablie d’abord pour un an (Voir le fac-simile de l’arrete du 10 d6cembre 1914), elle est devenue, en novembre 1915, une contribution permanente, « jusqu’a nouvel ordre » {bis auf weiteres)\ le versement en est mensuel.

De decembre 1914 a novembre 1916, elle a ete de 40 millions de francs par mois ; le 20 novembre 1916, elle a ete elevee a 50 millions de francs par mois (Voir aux Annexes, chap. XXI- § 2, le texte de Fordonnance de cette date) (1).

Elle a done procure au Tresor de guerre allemand, de decembre 1914 a novembre 1916, 960 millions, et, en decembre 1916, 50 millions de francs; soit, au total, presentement : 1 milliard 10 millions de francs.

b) Cette contribution generale, d charge des neuf provinces solidairement, avail succede a un regime de contributions de guerre particulieres et d ’amendes frappant individuellement des provinces ou des villes, systeme qui est d’ailleurs encore reste partiellement en vigueur.

Le relev6 exact et complet n’en a pu etre dress6. Nous nous bornons a rappeler (2) les plus fortes contributions payees, remontant, pour la plupart, a la periode anterieure a decembre 1914 :

Bruxelles et Brabant (3)

Anvers

Courtrai

Tournai

Province de Li ge . . .

Liege (ville)

Namur ...

Roulers

40 millions de francs.

(1) Les r.onseils provinciaux furent mis en demeure de voter les credits n6cees;i ires 5 ret.te fin par vote d’ emprunt. I Is refuserent tons sauf un. L'autorite allemande aunuia alors leurs deliberations de refus comme « contraires & 1’interet general » et investii les autorites allemandes en chaque province du droit de prendre d'oftice les mesures pour l e ipruut et le ver ement. Voir au chapitre XXL s 2 le texte de cette nouvelle ordonnance du 3 decembre 1916.

(2) Gf. J Massart. Comment les Beiges resistant a la domination allemande (Paris, Payot, 1916), passim.

(31 La province du Brabant fut tout d’abord (20 aout 1914) frappee d’une contribution de guerre de 450 millions de Irancs. k payer au plus tard le

Les tentatives d’embauchage d’ouvriers belges par le « Bureau industriel allemancl » SOUS LE REGIME DES ARRETES DES 2 ET l5 MAI 1916

Contraf 5e Cravail

Le soussigne. Monsieur

rue £

declare contractor par la presente un engagement tie travail avec la Maison

r 11 s'engage en qualile de

aux memes laux el conditions qiie les ouvriers allemands de meme calegorie, selon le travail fourni, a Frs en moyenne par jour.

11 assure etre specialists et experiments dans ce genre de travail 2 - II reconnail expressement les lois de travail de I'Empire Allemand el le reglement en vigueur dans I'usine. tout en reconnaissant l'article 5° du present contrat 3° — L’ouvrier sera assure contre la maladie et les accidents du travail, exactement comme les ouvriers allemands.

' — — It soume! W»-4\*bVigaUo*v un lo^jem^nt qui lui sera designe, et il lui sera

ports en compte. pour le logemcnt et nourriture. par jour environ Frs d'apres les usages locaux.

3° — Ce contrat a une validile de quatre rnois. a partir du premier jour de travail, et il ne peul etre resilie par aucune des parties pendant cetle periods 6° — L’ouvrier declare £tre lihre de toule infirmile

Fait en double a Charleroi, Boulevard Audent. toi.

L’Ouvrier :

Le

En franchissant la fronti&re il est stricZement difendu d'emporler des letlres , livres, journaux, notes, etc , sauf des documents d' identity.

B ij bet ouertreden der grens is bet streng uerboden brieven boeken, dagbladen, aanteeke - ■%

ningen, enz. mede le nemen behalve bewijsstukkcn van identileil.

Type de contrat de travail olTert par les autorites allemandes avant l’arrete sur la deportation pour travail force du 3 octobre 1916. Les «blancs » sont remplis au crayon d’aniline, par des mentions que le clichage ne rend pas d’une maniere visible.

Il s’aqi. doTengagement d'un ajusteur du Hainaut, embauche pour la << Gelsenkirchener Bergwerks Ges., Abt. Hochofen, Gelsenkirchen » ; le salaire e^t fixe a yf 5o en moyenne par jour; le logement et la nourriture a /f 65; le contrat est du 16 aout igi6.

L’exemplaire photographic porte :un numero d’ordre en haut, a gauche, au crayon rouge; un autre en haut, a droite, au composteur (nous les avons enleves par discretion pour 1’ouVrier signataire qui s’est enfui), et, au-dessus de l’intitule « Contrat de travail », un chillre au crayon d’aniline: « 7 frs ».

Remarquer que la recommandation formulee au bas du document est la seule qui soit dans les deux langues, bien que la region de Charleroi comprenne un assez grand nombre d’ouvriers flamands.

Ce facsimile se rapporte aux pages 18/-188.

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ptd^tet merben wnrte. £>er 8taai§fefretat bedoiei auf bag cngfi^ifie aiunihoniaisbdtetgefejj, Dai im „fteien ©uglanb" fiie Scbfiiet fetbft einen icmn berbecften Slrbeifggmang gefdjaffea Jjabe. ®ie boo urt§ gattoffenen, aitf bem JBoben beg 55dlf'?rte(^f§ f% i-cmegenben Sbagnaljjnen feien im 2fd#e bis £?tkg§noimwt%kitm gu beimeKert.

fKlntpertelbireftot ®t. Seta a lb betmie? «ira , is ben fsefefcien ©ebieien eslafkne ©etorbmmg, monad) Seitk, hi%/ Iffenttidje llntgtftii^ung kanfprudjkn unb fid) cuf ©ffetdd«$e woften etnSljsen loffen nwHten, gut Ktbeir gmnngSaeife AOQtn -wwben' JBnnten. SDiefc SDetotbnuna kgi^e fic§ «&f bfe kfe|sten ©ebieie in Seigien, Jiorbfrantreid) tonne im Dffcen.. Sxt knbmirtfclaftlid# ©oben in ben beiefeten ©ebiefen nuiffe ©eftellt uv.b toofl auSgenufct toeyben, ba mit niajt in bet Sage fe'iat, twritiin Se&tnSmttiel auS^ufftbten. ©a bie ©tabtoetmaltung SMSe Jx*i» it? 1 1? i g nidi# gu bemegen mat, Slrbei tSfrci f te g« fteEen, fo m«|fe fc k militarifd^e ©efg^ISgettwIt etngreifen. 2>abet Ejfttkn ficg SRtagt-iffe ntdjt bOHtg ktmeiben laRtn, aber unbe[trdt&ar fgi, ba^ tcir bag ©edbt gu «net foldjert Mafena^me gotten.

©enetaC fj t i e b t i 9 gab Eugfunft fiber bic Sagcrt>er^&Itinffe in tftufyleben urtb teilte mit, bafe tnfofge bt§ Stugtau4c§ber = berttoge§ mit ©nglanb bemnaqift 600 intetniette (Snglftnbet, bie iibec 45 3aijve ait feien, au@ SRii^Ieben meg = g e f dj a ff t toerben foUten.

©ine Steifje bon © e j e t b e n mirb et&tiet t imb non ben ke* gierunggbettteietn aufgemrt SDie ©erijanblungen fmb geitradiig

oetttaulic^.

Fac-simile d’un article du Berliner Tacjeblcitt du i3 octobre 1916, edition du matin, donnant le compte rendu o’une seance du Comite central du Reichstag du n octobre 191G oil le secretaire d’Etat Helfferich et le directeur ministeriel Dr Levvald ont fait l’aveu du caractere general de la politique du travail force appliquee par 1’Allemagne a tons les territoires occupes. Cet article est traduit dans le corps du chapitre XIII.

Ce facsimile se rapporte aux Doges 226-227.

II serait possible qu’une fraction de la contribution de guerre infligee a Bruxelles et a la province du Brabant dut etre confondue avec la contribution de guerre generale mensuelle. Par contre, il y a lieu d’ajouter a ce releve diverses amendes considerables dont la Ville de Bruxelles (notamment une amende de 5 millions de francs) et d’autres villes furent frapp6es (plusieurs millions au total).

c) Destructions generates de ressources ou richesses economiques. — On a vu ci-dessus que, a la tin de decembre 1914, la N orcLdeutsche Allgemeine Zeitung, organe ofliciel de la Chancellerie imperiale, les evaluait a plus de 5 milliards (sans dire s’il s’agissait, dans sa pensee, de francs ou de marks; dans la seconde hypothese, cela representerait plus de 6 milliards 500 millions de francs).

d) Subsistance des armees allemandes, tant de I’armee d’ occupation que des armees operant sur le front occidental. — Nous possedons sur ce point les supputations du Dr L. Ganghofer, citees ci-dessus, et qui se rapportent peut-etre, dans la pensee de l’auteur, pour partie aussi aux departements envahis du nord de la France.

L. Ganghofer, 6crivant en jevrier 1915, estimait leur valeur de

millions et demi k 4 millions de marks (environ 5 millions de francs) par jour, depuis le debut de la guerre, rien que pour les besoins de Farmee, et de 6 a 7 millions de marks (plus de 8 millions de francs) par jour, pour les matieres et produits enleves et transports en Allemagne, soit, au total, pour six mois d’occupation, environ 2 milliards de marks ou 2 milliards et demi de francs.

On manque encore du moyen de controler directement ces evaluations. Elies ne paraissent pas exagerees cependant, si on les rapproebe des conclusions d’un statisticien allemand, M. Karl Ballod, qui, dans une remarquable etude : Die Nahrungsmittelcersorgimg Deutschlands itn ersten und zweiten Kriegsjahre (Le ravitaillement de Y Allemagne en vivres durant la premiere et la deuxieme annee de guerre), parue dans un annuaire economique bien connu, le Schmoller’s Jahrbuch fiir Gesetzgebung, V erwaltung und Volkwirtschajt im Deutschen Reiche (Munich et Leipzig, Duncker et Humblot, 40e annee, ler vol.), donne quelques renseignements fragmentaires sur ce qui fut soutire a Fagriculture beige (nous soulignons) :

(P- 84-85) D’abord ilfaut considerer que meme pendant les quatre pre-

ler septembre 1914, et la Ville de Bruxelles de 50 millions de francs. La contribution de la Province fut, croyons-nous, abandonnee; celle de la Ville reduite a 4o millions.

DEPORTATIONS BELGE

LES DEPORTATIONS BELGES

cuiers mois de la guerre, alors que la population civile ne s’imposait pas encore de restriction dans 1’usage des vivres, nous avons fait une extraordinaire economie du fait qu’une grande partie, au moins trois millions ie nos soldats , ont vecu en pays ennemi, tout principalement des stocks du pays ennemi, en particulier de son betail. Egalement en bles les besoins des troupes furent en grande partie couverts en pays ennemi — on sait que, pour la population beige necessiteuse, des cereales americaines (environ 600.000 tonnes de ble) ont ete importees.

II est vrai aussi qu’une partie de la Prusse Orientale a ete saccag6e, le betail de ces contrees a lourdement souffert. Mais le deficit de la Prusse Orientale a ete. plusieurs fois « sur-compense » par nos requisitions de betail beige, du nord de la France et de la Pologne. II est difficile d’evaluer exactement le montant de l’epargne provenue de l’entretien, au moyen ides stocks des pays ennemis, de plus de trois millions de nos soldats; cependant nous pouvons admettre que, par tete et par jour, il faut compter au moins 400 grammes de viande, 50 grammes de beurre et de graisse, 600 grammes de pain et autant de pommes de terre. Cela ferait pour trois millions, deja 365 X 0,4 x 3 = 438 millions de kilos de viande, 55 millions de kilos de graisse, 657 millions de kilos de pain (correspondent a autant de ble) et 657 millions de kilos de pommes de terre. Cela represente tout de memo 12 a 14 % de notre consommation de. viande et, il est vrai, seulement. 6 % de notre consommation de ble et de pommes de terre, pour autant que ceux-ci servent a l’alimentation de l’homme. Meme si le nombre cite de nos soldats ne pouvait couvrir que la moitie de ses besoins, les 6 a 7 % de la consommation de viande du temps de paix auraient ete procures en pays ennemi.

Et cependant, l’economiste qui fait ce calcul sait parfaitement, car il le note lui-meme quelques pages plus loin (p. 94), que :

Parmi les territoires occupes, la Belgique et le nord de la France ne peuvent nous (4 l’Allemagne) fournir de supplement, la population y important, en temps de paix, plus de la moitie de ses besoins en ble.

L’btude de M. Ballod n’est d’ailleurs qu’une esquisse bien incomplete des r6sultats obtenus par 1’ Administration allemande, puisqu’elle ne traite qu’accidentellement de la situation de la Belgique, et qu’elle n’examine meme, de la situation economique de l’Allemagne, quele probleme partiel du ravitaillement alimentaire durant la scule ann6e 1914-1915.

A ces donnees, il conviendrait d’ajouter toutes les subsistances enlev^es posterieurement a 1914-1915 et les matieres et produits enleves en 1914, 1915 et 1916.

La recapitulation des seuls chiffres cites dans les documents allemands donne :

a) Contribution de guerre gtotsrale (jusque fin

b) Contributions de guerre particuliferes et

amendes, plus de

c ) Destructions de valeurs k fin d6cembre 1914

(Norcld. Allg. Zeitung), plus de

(Aventuellement plus de 6 milliards 500 millions).

d) Subsistances a f6vrier 1915, avec nord de la

France : 2.500, dont moiti6 au moins pour la Belgique seule (Ganghofer)

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