‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 39 sur 112 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LE CHOMAGE IMPOSE DE FORCE AUX OUVRIERS BELGES

La crise du travail provoqu^e en Belgique par 1’ Administration allemande offre ceci de particulier quo ce sont les Beiges, reduits a chomer malgre eux, qui ont lutte contre le chomage, et que ce sont les Allemands, auteurs et denonciateurs de la crise, qui ont enraye leur effort et l’ont empeche de reussir.

§ 1. — La lutte des Beiges contre la misdre et le chomage.

A — Assistance directe

Les grandes souffrances endurees par la Belgique en 1914 et les sacrifices qu’elle a faits pour defendre a la fois son independance et la religion des traites, historiquement confondues dans sa cause, lui ont attire la sympatkie et 1’ admiration universelles; pourtant, la Belgique est, croyons-nous, plus grande encore par l’energie de sa reaction contre l’infortune des armes et contre toutes les influences deprimantes d’une occupation prolongee.

La pire epreuve de la captivite d’un peuple laborieux est l’immobilisation de sa volonte de travail par la contrainte de Tautorite etrangere. Neanmoins, dans cette epreuve, la Belgique n’a cesse d’etre « le pays qui ne veut pas mourir ».

On ne connaitra bien qu’apres la guerre les merveilles accomplies par Fexaltation du patriotisme et du sentiment de l’entr’aide, parmi les Beiges du territoire occupe : riches et pauvres rivaliserent les uns de generosite, les autres d’abnegation; toutes les oeuvres charitables existantes furent maintenues; une multitude de nouvelles surgirent des besoins et miseres nouvellement apparus. Maints observateurs neutres ont rendu hommage a ce magnifique

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developpement de la fraternite entre les Beiges, digne en tous points de l’elan de charite qui fit affluer en Belgique les dons volontaires des nations neutres; ils ont note aussi le remarquable esprit d’ingeniosite, d’ordre et de methode dont firent preuve les autorites locales beiges dans l’organisation des secours et dans le ravitaillement general du pays. L’activite du « Comity national beige de secours et d’ alimentation », secondee puissamment par celle de la « Commission de secours pour la Belgique » ( Commission for Relief in Belgium ) (1), a pu etendre ses bienfaits meme aux regions envahies du nord de la France.

Notons, pour repondre en passant au reproche d’incurie et d’indifference fait au Gouvernement beige par la presse allemande, que ce Gouvernement contribue a fceuvre de la Commission americaine par un subside mensuel regulier de 25 millions de francs; verse depuis octobre 1914, il a deja depasse 600 millions de francs et vient d’etre notablement augmente.

De meme, il est tout a fait hors de propos, de la part des journaux allemands, d’alleguer, comme justification supplemental de l’arrete du 3 octobre 1916, la necessity d’arreter au plus tot, dans l’interet meme de la Belgique, le flot montant des dettes que le pays contracte du fait des vivres dont on lui fait l’avance et dont le remboursement onereux s’imposerait tot ou tard. Les vivresenvoyes en Belgique pour le ravitaillement americain sont payes d’avance, au moyen du subside regulier dont on vient de parlor. La Belgique n’a aucune dette vis-a-vis de la Commission americaine. Les comptes de celle-ci sont publies : il n’y figure aucune creance a charge de l’Etat beige.

En meme temps que fonctionnait ainsi l’assistance directe, les autorites locales beiges avaient organise pour les chomeurs, d’une maniere que nous decrirons dans un instant, un enseignement technique special et fassistance par le travail.

Le resultat de ces efforts?

Durant plus de vingt mois (jusqu’en juin 1916 et meme encore plus tard), voulant sans doute donner le change a l’opinion etrangfere sur les doleances des Beiges pressures par la legislation que nous avons decrite, 1’ autorite allemande, on Fa vu plus haut, fit

(1) La Commission for Relief in Belgium (G. R. B.) est geree par un personnel americain sous la direction de M. H.-G. Hoover et sous les auspices et le controle des ministres des Ltats Unis et d’Espagne et du charge d’affaires de Hollande a Bruxelles. Le bureau principal en est a Londres; d’autres bureaux importants fonctionnent a New-York, Rotterdam et Bruxelles.

propager en Allemagne et dans la presse neutre des informations < rnpreintes d’un optimisme excessif sur le pretendu relevement economique de la Belgique occupee. Rien ne serait ici plus facile que d'en tirer argument contre sa these actuelle, et de la prendre au piege de ses propres feintes. Mais la realite doit etre prefer^ aux jeux de la dialectique.

En fait, le sort des petites gens vivant d’assistance dans la Belgique occupee ne fut jamais rejouissant; mais enfin, grace a Fintervention incessante de la charite privee beige, aux subsides des autorites locales, a la generosite etrangere, a Fintervention de la Commission americaine, elle-meme soutenue par le subside mensuel regulier de 25 millions de francs du Gouvernement beige grace enfin a la stoique patience de la classe laborieuse, ce sort restait encore supportable. Personne, que nous sachions, n’esi encore mort de faim en Belgique, et si longtemps que dut se prolonger Fepreuve, si penibles que fussent les privations, on eut « tenu » comme cela, herolquement, « jusqu’au bout », dans Fattente du jour de la liberation.

Comme condition, les Beiges, qui n’ont jamais rien voulu solbciter ni recevoir de F Allemagne, n’attendaient de celle-ci qu’une seule chose : qu’elle les laissat continuer 4 se tirer d’affaire euxmemes avec Faide des Americains. L’occupant, de soncot6, ayant. au regard du droit des gens, le devoir strict d’assurer la subsistance de la population du territoire occupe, et etant decbarge de ce soin par Finitiative americano-belge, ne participant, d’autre part, en quoi que ce soit aux charges fmancieres de Fassistance directe ni de Fassistance par le travail, F autorite allemande efii du, semble-t-il, mettre son point d’honneur a ne pas contrarier dans Fexereice de son pouvoir legislatif, Feffort personnel des Beiges.

Le general von Bissing le sent si bien qu’il s’attribue, dans son interview du New- York Times, Fbonneur d’avoir inspire aux auto rit6s beiges Finitiative des travaux publics pour chomeurs (Notstandsarbeiten), et qu’il se vante d’avoir lui-meme tout fait pour combattre le chomage.

En realite, les communes et provinces beiges ne n6gligerent jamais leur devoir a ce sujet et elles n’attendirent pas les admc nestations ou remontrances du Gouverneur general allemand pour le pratiquer.

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B — Enseignement professionnel obligatoire et travaux

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