‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 4 sur 112 · PREPARATION DE L’OPINION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

PREPARATION DE L’OPINION PUBLIQUE

Qu’y a-t-il de vrai dans ces informations? Depuis plus d'un an, il s’est produit dans les territoires beiges occupes cet inconvenient que de nombreux ouvriers beiges tombent a charge de la bienfaisance et vivent des secours des pauvres au lieu de gagner leur vie par un travail honorable. Les arretes du Gouverneur general en date du 15 aout 1915 et du 15 mai 1916 ont ete pris pour remedier a cet inconvenient. Ces arretefournissent a l’autorite le moyen de transporter de force sur les chans tiers de travail les ouvriers qui, sans raison plausible, refuseraient d’executer un travail qui leur est offert suivant leurs aptitudes. Plus longtemps dure 1’occupation, plus grands deviennent ces ineonv^nients. et le chdmage a presente de graves dangers pour 3e calme et 1’ordre public dans le territoire occupe. II n’existe aucun indice que la situation s’ameliorera, car, en suite des mesures prises par 1’Angleterre, les matieres premieres employees par l’industrie beige ne peuvent plus etre import6es, de sorte qu’une grande partie de l’industrie chdme. Afin de prevenir le danger que cette situation peut amener, il semble opportun ( zweckmassig ) d’occuper en Allemagne ceux des ouvriers qui sont a charge de la bienfaisance publique et pour lesquels il n’existe pas de travail en Belgique. Des milliers de travailleurs beiges ont dej& accepte les offres de travail qui leur ont ete faites par 1’ Allemagne, qui leur assure des salaires plus eleves que ceux qu’ils ont jamais connus en Belgique, et travaillent depuis longtemps en Allemagne, oh ils se trouvent bien et satisfaits. Mais quant a ces personnes oisives qui preferent vivre de la charite plutdt que de travailler pour eiles-memes et leurs concitoyens, elles seront incessamment transportees de force sur 3es chantiers appropries. Il ne peut s’agir tout d’abord que d’ouvriers travaillant dans les carrieres, fours a chaux, fabriques de produits refractaires et industries similaires, industries done qui n’ont aucun rapport avec la guerre. »

Le journal « beige » ajoutait immediatement :

A rapprocher de cette correspondence un avis officiel public dans le Bien public de Gand, le 15 courant et dont voici le texte :

Concernant la mesure d’appeler au travail la population des chomeurs,. nous avons pris k bonne source des informations et nous pouvons eommuniquer ce qui suit :

« La situation dans laquelle un grand nombre d’ouvriers obtenaient du secours sans devoir effectuer aucune esp£ce de travail etait consideree depuis longtemps eomme intenable.

« Chacun reconnaitra quelles consequences cette situation doit avoir pour la classe ouvriere, maintenant que des mains habitudes au travail en sont depourvues depuis deux ans; il doit en rSsulter des plaies materielles et morales qu’il sera difficile de gu6rir.

« De grandes pertes de capacite sont a craindre pour le peuple.

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Cc sont des maux que le travail donnS aux chdmeurs est appele k combattre energiquement.

« Le bruit que les travailleurs deviendraient soldats ou se battraient au f. ont a ete r^pandu ouvertement dans le dessein criminel de suscitcr la peur parmi les travailleurs et leurs families et de les exciter k la resistance. II n’y a pas en mot de vrai dans ce bruit.

« Les hommes appeles au travail jouissent, outre une g£ne reuse liberte, du logement et d’un bon entretien, ainsi que d’un salaire moyen de 30 pfennigs par tete et par journee de travail

« Ce salaire est susceptible d’etre augmente par zele et bon travail. Les chefs d’equipe resolvent en moyenne 50 pfennigs par jour.

« Les ouvriers peuvent 6crire chaque semaine une cart© postale k leurs plus proches parents, au lieu de leur derniere, residence, et en recevoir une de leur part.

« Si plus tard les ouvriers requisition's veulent s’engager comme ouvriers volontaires afin de gagnerdes salaires plus eleves, la chose lour est toujours facultative. »

Nous esperons que ces communications feront reconnaitre tous les bruits qui circulent comme etant sans fondement.

Simultanement, un autre journal de meme nature, Le Bruxellois , publiait (nos 738, 739 et 740, des 15-16, 16-17 et 17-18 octobre 1916) une sErie de trois articles longs de deux colonnes chacun, sous le iitre : « La question des ouvriers beiges travaillant en Allemagne », vantant d'une maniere dithyrambique les avantages du travail en Allemagne et le bonheur des ouvriers beiges qui, « sans s’arreter k de faux scrupules patriotiques », avaient accepte d’y aller travailler*

Quelques passages de ces articles caracteristiques sont de nature k Eclairer sur les procedes employes pour endormir la mefiance des Beiges et obtenir plus facilement la signature des contrats d’engagement qui allaient leur etre proposes ou plutot imposes .

1 Le Bruxellois, n° 738, des 15-16 octobre 1916) :

En principe, 6videmment, les Beiges ne doivent pas, et sous aucun pr<§texte, travailler 4 aider 1’ Allemagne k faire la guerre en contribuanfe k iui fabriquer des munitions. Encore cette theorie n’est-elle strictement applicable qu’aux Beiges embrigades ofFiciellement dans une administration quelconque de 1’fitat, des provinces ou des communes, et qui chfiment volontairemenl, tout en touchant une part plus ou moins integrate de leurs traitements ou salaires. En effet, dans leur ensemble, les Beiges n’ont aucunement akdique, parce que leur gouvernement du

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moment s’est mis a la remorque des Allies de l’Entente (contrairemenl A tous nos interets), leur droit imprescriptible de penser, de juger la situation qui leur est ainsi faite malgre eux, ni surtout leur droit A vivre et A vivre en travaillant pour qui il leur plait. Ventre aflame n’a point d’oreilles, et personne n’est tenu par aucune consideration de patrio iisme, aussi etroit que mal compris, A mendier ou A recourir A 1’alimenta tion notoirement insufTisante des soupes communales et des autres orga nismes de guerre qui pourvoient plutot mal que bien A nourrir peniblement tous nos chomeurs involontaires. Ajoutez A ces verites de simple bon sens ce fait peremptoire que plus il y a de gens qui travaillent sans rien demander A la cbarite et plus les ressources de celle-ci augmentent en faveur des secourus. Aussi, pour tout homme de sens droit, exempt de prejuges ou de parti pris, la question du droit integral au travail est rAsoIue d’emblee, et tous les sophismes des patriotards n’y changeront rien. Tous les Beiges n’ont pas encore, Dieu merci, la vocation de la paresse chronique dont semblent atteints tant de nos chfimeurs, que la guerre a promus rentiers et qui, au lendemain de la paix, auront une peine Anorme A se remettre A travailler.

En attendant, et sans tenir compte des contingences et necessit&s de la situation de chacun, les pointus qui, dans les cabarets, dressent des Ustes noires, allongent celles-ci des noms des malbeureux qui, rebutes par lews patrons beiges ou fatigues de travailler, sous pretexte de guerre, pour des salaires de famine, vont resolument travailler en Alle magne.

Nous aurions encore laisse dormir cette question brulante, malgre les nombreuses lettres qui nous prient instamment d’en parler, si nous n’avions reiju ces jours-ci une epitre aussi curieuse que suggestive d’un indu6triel de l’agglomeration bruxelloise, fort symptomatique A ce sujefc* Nous la transcrivons textuellement.

Suivait la reproduction d’une longue lettre non signee racontant un entretien de I’ « industriel » en question avec une delegation de sea ouvriers venus, pretendument, lui exposer leur projet d’accepter un engagement de travail en Allemagne et lui demander conseil; Findustriel leur aurait repondu :

* Vous devez avant tout manger et donner A manger A ceux qui dependent de vous. Vous ne seriez que des criminels si vous assistiez impassibles et indifferents A 1’anemie et au deperissement lent, graduel, mais aur, de vos femmes et de vos enfants. »

U « industriel » terminait sa lettre en disant :

s Que les « ventres dores » du Havre, que les « entretenus » de Hollande et. d’.Angleterre me jettent la pierre, s’ils en ont le triste courage, peu me

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chaut t Ma conscience d’honnete homme ne me reprochera jamais mon attitude ni mes paroles. Qu’en pensez-vous? »

Et le journal concluait

Cet industriel, qui appartient a une des plus considerables families de la bourgeoisie industrielle, a parle en homme de coeur et en philosophe vraiment chretien, car il s’est inspire des divins preceptes evangeliques du Christ.

Le lendemain, le journal entreprenait de depeindre la situation des ouvriers beiges travaillant deja en Allemagne. II la repr&sentait comme une sorte de paradis en comparaison de la situation des ouvriers en Belgique :

{Le Bruxellois, n° 739, des 16-17 octobre 1916) :

Voyons succinctement quel est en realite le sort des ouvriers qui sont partis travailler en Allemagne.

Tout d’abord, il faut sincerement et honnetement reconnaitre que c’est un mensonge de plus que celui qui consiste a insinuer (comme le bruit a couru a tort) que lous ces ouvriers crbvent la-bas de faim. C’est un faux bruit colporte par les patriotards qui preferent se croiser ici les bras et entendent que tout le monde les imite en se faisant, comme beaucoup d’entre eux, nourrir, fut-ce miserablement, sans travailler.

La verite, c’est que le ravitaillement des ouvriers qui travaillent en Allemagne est au moins aussi bien assur6 que chez nous. Les ouvriers ne crevent done pas de faim en Allemagne. Dans chaque usine industrielle qui se trouve eloignee d’une ville, des dependances sont instances pour tous les ouvriers celibataires. Il existe partout dans les usines et ateliers des cantines, oh les repas leur sont comptes a raison de 1,40 mark a 2,50 marks, logement compris, selon le salaire qu’ils gagnent dans leur categorie.

Dans les grands centres industriels, des logements prives sont pr6vus oh l’ouvrier trouve le logis, les repas, etc., a des prix fixes proportionnellement a son salaire. A ce sujet, on peut ajouter que, dans la region des mines et charbonnages de Westphalie, des colonies beiges sont dejh meme installees oh des families beiges entires, homme, femme et tous les enfants, habitent une petite maison proprette avec jardin. L’homme gagne bien sa vie, etla femme soigne son menage ainsi que ses enfants, loin de la guerre et de ses horreurs.

Des prisonniers, de leur c6te, ont trouve la liberte et du travail bien remunere chez divers patrons allemands. Parmi eux, plus d’un ne songe plus h revenir en Belgique. La plupart ont, en elfet, appris l’allemand. Aussi, cette barriere du langage, qui jusqu’ici les empechait de connaitre et d’apprecier 1’ Allemagne, etant tombee, ils ont acquis tout naturelle-

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ment, sur les hommes et les choses qui les entourent et au milieu de qui ils vivent depuis plus de deux ans, des idees radicalement differentes et raeme souvent diametralement opposees k celles que la majority de nos compatriotes demeures ici professent plus ou moins raisonnablement. Aussi serons-nous fort etonnes, apres la guerre, de retrouver les Beiges retour d’ Allemagne pourvus d’une nouvelle mentalite, bien dissemblable de celle avec laquelle ils sont partis et que, bien a tort, nous leur supposons toujours a distance.

Les ouvriers beiges qui s’expatrient en Allemagne et y vont chercher un juste salaire, en attendant la fin du cauchemar, obeissent souvent, en outre, non seulement & la loi de la faim, mais desormais k la voix non moins imperieuse de la dignite humaine.

C’est, au contraire, un honneur pour eux de s’etre suffi a eux-mcmes, surtout qu’on ne les contraint nullement a travailler k la fabrication des munitions de guerre.

Leurs salaires sont les memes que ceux que gagnent les ouvriers indigenes. Ils leur permettent d’epargner de l’argent en vivant sobrement. L’ouvrier beige profite des memes avantages de la prevoyance sociale que les ouvriers allemands (assurance sur la vie, accidents, vieillesse, etc.).

L’ouvrier jouit d’une complete liberte. II peut aller oil bon lui semble. La fable de I’internement des ouvriers en Allemagne est une legende idiote et odieuse. L’ouvrier peut en toute liberte ecrire a sa famille, a sa femme, & qui il veut et quand il veut. II peut renvoyer ici le surplus de son salaire exactement de la meme fa§on que si sa femme habitait une Iocalite quelconque en Belgique et que lui-meme travaillat dans une autre.

L’ouvrier conclut un engagement de quatre mois. Le contrat ne 1’engage en aucune fagon a devoir fabriquer des munitions ou meme des produits employes pour la guerre. Libre k lui de revenir dans sa patrie apres ce laps de temps ou de conclure un nouvel engagement. Seulement les families entieres se composant de l’ouvrier, do sa femme et de ses enfants doivent s’engager pour six mois, afin de permettre de couvrir ainsi les depenses indispensables pour le voyage, la nourriture et 1'installation.

Il y a plus. Des secours sont octroy bs aux families demeurees en Belgique. Par exemple, un ouvrier s’engage par necessite, eh bien 1 sa famille restant au pays est secourue par le Bureau industriel, afin de pouvoir vivre aussi longtemps que l’homme ait pu lui renvoyer ses premieres Economies.

Le contrat de travail, dont nous avons un exemplaire sous les yeux. stipule expressement (art. 1) que l’ouvrier s’engage (en qualite de manuel quelconque specifie) aux memes taux et conditions que les ouvriers allemands de meme categorie, selon le travail found, a autant de francs en moyenne par jour.

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2. II reconnait expressement les lois de travail de P Empire allemand et le reglement en vigueur dans Pusine.

3. L’ouvrier est assure contre la maladie et les accidents du travail, exactement comme les ouvriers allemands .

4. II se soumet a Pobligation d’habiter un logerneni qui lui sera dhsign6, et il lui sera porte en compte, pour logement et nourriture, par jour, environ ...francs, d’apres les usages locaux.

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