‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 50 sur 112 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

L’ACHEVEMENT DU PLAN ALLEMAND : INCORPORATION DES RES- SOURCES TOTALES DE LA BELGIQUE, EN HOMMES ET EN BIENS, DANS L’ORGANISATION DE GUERRE DE L’EMPIRE ALLEMAND

L’ouvrier beige a qui sa conscience interdit de contracter un engagement dit volontaire dans les conditions que nous avons decrites, est mis au travail en Allemagne ou en France de vive force et pour le salaire de 30 pfennigs par jour. C’est ce que le Gouverneur general appelle « une benediction pour la Belgique ».

Les journaux allemands denient de leur cote — on a vu avec quelle energie — qu’il y ait une correlation entre Farrete du 3 octobre 1916 et l’organisation de guerre de F Empire.

II faudrait done croire que la mesure prise ne Fa ete que dans une pensee exclusivement humanitaire, pour la satisfaction elevee de faire du bien aux Beiges, en depit de leur ingratitude trop certaine, et pour Fhonneur d’avoir servi, avec un parfait desinteressement, le baut ideal de la culture allemande?... ,

Treve de mots! Les faits seuls doivent compter.

II est un premier fait : c’est que Farrete du 3 octobre 1916 emane du Grand Quartier general allemand : il a done essentiellement le caractere d’une mesure d ’interet militaire (1).

Ce n’est, en Belgique occupee, un mystere pour personne que, au debut, le gouverneur general von Bissing se montrait personnellement hostile a Fextension de la mesure au territoire soumis & son administration civile et Fon croit etre certain que son voyage a Berlin, lors de l’interview donn£e au correspondant du New- York

(1) Le comte zu Reventlow dit dans la Deutsche Tageszeitung, n° 434, du ler d6cembre 1916, Edition du soir : « L'emploi des chomeurs beiges a eu lieu sous les auspices du commandement superieur militaire. Cell constitue une mesure irrSprochable au point de vue du droit des gens et qui, d’autre part, est prise dans Fint6ret des sans-travail comme dans l’ interet militaire et patriotique de noire cause allemande. »

DEPORTATIONS BELGES

LES DEPORTATIONS BELGES

Times, avait eu pour but de faire une supreme demarche en vue de detourner Fautorite gouvernementale allemande de la faute qu’elle allait commettre. Cette demarche n’ayant pas reussi, il ne restait plus au Gouverneur general qu’a se rallier a 1’ « avis du plus fort ». 11 le fit dans l’interview avec tout le zele du neophyte.

II est un second fait d’evidence : c’est que la deportation et Fastreinte de la population civile beige au travail en Allemagne auront pour resultat de liberer, pour le service de l’armee allemande, un nombre egal d’Allemands mobilisables.

11 importe peu ici de savoir si les Beiges deportes seront ou non aflectes a la fabrication des munitions et du materiel de guerre. En quelque chantier allemand qu’ils soient verses, ce qu’un travailleur beige sera contraint d’y faire, un travailleur allemand devait Fy accomplir, qui en sera desormais exonere, devenant, par consequent, disponible pour d’autres taches non circonscrites par la Convention de La Haye. Comme le dit le cardinal Mercier, tout Beige deports vaut un soldat de plus aux armees allemandes.

Que ce resultat ait ete voulu comme tel, comment le nier, puisqu’il est la suite inevitable de la mesure prise et qu’il tourne au profit de celui qui la prend?

Qu’il ait ete intentionnellement recherche, qu’il soit done le but categorique de la mesure, comment en douter puisqu’il est le but ofFiciel sur lequel F Allemagne a oriente, precis^ment a ce m£me instant, toutes les activites de sa propre vie economique dans laquelle elle introduit de force le travailleur beige deporte?

La est le point capital de toute Faffaire.

Le regime d’esclavage industriel en Allemagne, institue par Farrete du 3 octobre 1916, n’est pas un regime d’exception applique isolement a la Belgique.

C’est la traduction en un decret « beige », d’une mesure d’ordre general arretee pour tous les terriloires occupes par les armees allemandes, aussi bien au front oriental qu’au front occidental et peut-etre dans les Balkans.

Le 13 octobre 1916, e’est-a-dire le jour meme ou la Gazette de Cologne se faisait ecrire de Bruxelles la correspondance rapportee au chapitre II, annon^ant l’application de Farrete du Grand Quartier general, le Berliner Tagehlatl (edition du matin) publiait, sous le titre general : « La contrainle au travail dans les regions occupees le compte rendu d’une reunion du Comite central des dengues des partis au Reichstag, tenue la veille; on y lisait entre autres choses ( passages soulignes par le journal meme) :

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