‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 53 sur 112 · L* ACHIEVEMENT DU PLAN ALLEMAND · texte numérisé non relu

L* ACHIEVEMENT DU PLAN ALLEMAND

depasser meme, un tel developpement, qu’on dut enlever au service arm6 un nombre de combattants depassant la proportion ordinaire, sans qu’une compensation fut fournie. De meme, V organisation du ravitaillemenl alimentaire se subdivisant de plus en plus, exige une armee croissante d’effectifs auxiliaires. Une dure necessity eommanda ainsi de transformer ce qui etait dej& un droit moral incontestable en un droit positif, et de mettre a la dispositioti de VEtat egalement la population civile. En temps de paix, ce serait une revolution enorme, injustifiable; en temps de necessite, le peuple trouve naturel et juste que non seulement celui qui est apte & porter les armes, mais aussi tout citoyen quelconque, serve la communaute, et qu’on l’y force, s’il refuse. »

Kblnische VolJcszeitung, 16 novembre 1916, n° 923, article intitule : « La Mobilisation civile » ( souligne par nous) :

« ... L’interet de la patrie et, en meme temps, celui de tous les particuliers, exige que le peuple allemand mette V ensemble de la main-d’ oeuvre au service de la communaute... Par la notion de service auxiliaire patriotique, il faut entendre toute activite qui, soil directement, soil indirectement, s’exerce dans Vinteret de la conduite de la guerre. A cette categoric appartient, cela va sans dire, egalement le ravitaillement de la population en toutes cboses necessaires a la viaet en tous autres objets dont l’homme a besoin. Le but de toute la mesure est de liberer le plus de militaires possible pour les remplacer par les effectifs reunis au moyen des nouvelles mesures. D’autre part, grace a 1’ augmentation dela main-d’ oeuvre, on amenera un accroissement de la production de toutes les affaires travaillant directement ou indirectement pour les besoms de l’arm6e, et aussi de l’economie rurale. »

La Vossische Zeitung du meme jour, n° 588, fait valoir que « la mobilisation de toutes les forces utiles pour le travail de guerre est, comme le service militaire, un ordre imperatif de la necessite ».

Vossische Zeitung, 19 novembre 1916, n° 594, article de Georg Munch : « Le Travail obligatoire » ( souligne par nous) :

« ... La notion d’industrie est d’ailleurs plus difficile a determiner aujourd’hui que jamais. Non seulement la fabrication de canons, de fusils et de projectiles sert a. cette industrie, mais aussi toute V armee des producteurs de fer et de charbon, de meme que I’industrie de V electricite, Vindustrie chimique, V industrie du vetement et beaucoup d’ autres choses... Oui, en verite, l’on doit dire que le dernier laboureur qui cultive la terre avec sa charrue collabore, lui aussi, a la conduite efficace de la lutte technique meme que nous menons centre un monde ennemi. »

Le meme jour, la presse allemande reproduit un communique

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du Bureau de guerre de la presse ( Kriegspresseamt ) assimilant entierement le service auxiliaire general pour la patrie au service militaire general et ajoutant que, par son but direct comme par son but mediat, la mesure repond a une utilite de guerre :

Le service auxiliaire patriotique aura comme but direct d’elever le rendement de noire Industrie de guerre et d’ameliorer le ravitaillement de la population en vivres et autres produits de pressante necessite. Le but mediat du service auxiliaire de guerre sera de liberer pour le service d’armee au front ou dans les etapes les individus jusque-la indispensables dans le service civil de guerre [die bisher im Kriegszivildienst Unentbehrlichen fiir den Heeresdienst an der Front oder in der Elappe freizumachen).

Ajoutons encore ces citations :

Norddeutsche Allgemeine Zeilung, 20 novembre 1916, n° 926, discours du lieutenant-general Groner, chef du ministere de la Guerre ( souligne par nous) :

« Les huts de la loi sont tout d’abord de procurer de la main-d’ oeuvre pour l’industrie de guerre, ensuite de liberer pour le service arrne des combattants qui jusqu’ici etaient indispensables dans des organismes de l’interieur, enfin de fournir au nouveau ministere de la Guerre une base politique solide pour son activite. »

Norddeutsche Allgemeine Zeilung, 22 novembre 1916, n° 324, article officieux : « If unite d’action s ( souligne par nous) :

« ... Ce qui s’impose en tout premier lieu pour la conduite eflicace de la guerre, e'est Funite de Faction, meme sur le front de Finterieur. La guerre n’est pas seulem nt une lutte des armements, e’est egalement une lutte tconomique. La production du materiel de guerre et le ravitaillement de la population sont tout aussi importants pour mener la guerre a une bonne fin que les operations de guerre elles-memes ; en toutes ces choses, nous avons besoin de la plus intime collaboration de tous les interesses. La plus importante mission des chefs est de produire cette collaboration et de la maintenir debout. Leur action commune sera encore une fois etablie dans la question du service auxiliaire national. »

Le texte du projet et les declarations officielles donnees en commentaire sont venus confirmer de la maniere la plus claire cette interpretation generale de la mobilisation civile.

Le projet, qui fut finalement adopte par le Reichstag le 2 decembre 1916, stipule, en effet, que tout citoyen allemand, age de dix-sept a soixante ans, pour autant qu’il n’ait pas deja ete mobilise dans les troupes armees, est tenu de remplir un service auxiliaire national pendant la guerre.

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D’apres l’expose des motifs rapporte par la Norddeutsche Allgemeine Zeitung du 23 novembre 1916, n° 325 :

Sont considerees comme faisant partie da service auxiliaire national toates les personnes employees dans des administrations, dans des institutions administratives, dans Yindustrie de guerre, dans Y agriculture, dans des services de sante et dans les organisations de guerre de toute espece ainsi que dans d’autres professions et affaires, directement ou indirectement exploitees pour la conduite de la guerre, pour autant que le nombre de ces personnes ne depasse pas les besoins.

La correlation de ces dispositions avec la mesure prise simultanement en Belgique, pour la mise des Beiges au travail force en Allemagne, est evidente. Elle s’est accusee davantage encore dans les commentaires et discussions auxquels donna lieu le projet.

Le secretaire d’Etat pour l’lnterieur, le vice-chancelier Helfferich, dans la seance du Comite central du Beichstag du 23 novembre 1916, definit ( Nordd . Allgemeine Zeitung, 24 nov. 1916, n° 326) le but de la loi : rendre disponible de la main-d’ceuvre pour l’activite economique indispensable a la conduite de la guerre, et ce, sans enlever des combattants a l’armee (nous soulignons) :

... On n’ignore pas, dit-il, que, de plus en plus, la guerre est devenue une guerre de munitions et uno guerre d’artillerie, dans laquelle Y influence des moyens auxiliaires mater icls ds la machine surgit d’une fagon toujours plus forte et plus decisive. Les quantites accrues de materiel de guerre qui devaient etre produites, exigeaient, avant toutes autres choses, la maind’ceuvre necessaire pour sa production; le maintien et V extension du raviiaillement de la population aussi, de me me que le rav itaillement de la population en objets de premiere necessity, sont essentiellement une question de main-d’ oeuvre.

Pour la conduite de la guerre et le ravitaillcment de la population, comme pour les d£partements les plus n^cessaires k la vie de notre activity 6conomique pendant la guerre, la main-d’ oeuvre devait en toute hypothdse etre rendue disponible en nombre sufflsant; le but et I’intention de la loi sont de s’assurer cette main-d’ oeuvre.

... Le nombre des personnes aptes a travailler qui sont sans occupation quelconque est, toute proportion gardee, minime aujourd’liui; le centre de gravite de l’application de la loi ne sera done pas situe dans l’affectation de ceux qui sont inoccupes, mais dans l’affectation de la main-d’ceuvre utilisee jusqu’ici pour certaines activites, a des activites en correlation avec la conduite de la guerre et le rav itaillement de la, population.

Le lendemain (seance du 24 novembre) le projet est officiellement developpe par le secretaire d’Etat pour l’lnterieur devant le

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Comity central du Reichstag, et M. Helfferich (d’apr^s la Norddeutsche Allgemeine Zeitung du 25 novembre 1916, n° 327) affirme l’extension illimitee du projet :

... On doit consid£rer comme entrant en ligne de compte pour Ie service auxiliaire patriotique (national) toute activity qui, directement ou indirectement, est d’importance pour la conduite de la guerre et pour Ie ravitaillement de la population. Cette definition ouvre cependant un large champ a ^interpretation.

Dans une autre partie de son discours, que le journal officieux allemand se borne prudemment a resumer, le secretaire d’fitat montre les liens etroits qui, dans sa pensee meme, rattachent la deportation des civils beiges a la mobilisation civile en Allemagne.

Le secretaire d’etat parla ensuite des mesures qui pourront etre prises, et qui ont ete prises, pour aflecter tjgalement au travail en Allemagne la population des territoires occup6s, dans les limites tracees par le droit des gens et par certaines considerations purement materielles.

Enfin, les derniers voiles se leverent dans la discussion publique au Reichstag le 2 d6cembre 1916. Nous empruntons au compte rendu (ofFiciel) de la N orddeutsche Allgemeine Zeitung du 3 d6cembre 1916, n° 335, les passages ci-apres qui demontrent a quel point le Reichstag, a son tour, considerait comme des mesures connexes l’arrete du 3 octobre 1916, promulgue en Belgique occupee, et le projet de loi sur la mobilisation civile allemande.

Extrait du discours du depute Haase (socialiste minoritaire) :

« ... Des milliers d’ouvriers dans les territoires occupes ont et6 soumis au travail force : nous invitons instamment le Gouvernement a rendre & ces ouvriers la liberte, specialement en Belgique. Vraiment nous n’avons aucune sympathie dans les pays neutres; meme le Pape a eleve une protestation contre ce procede, de meme que plusieurs Etats neutres. Le bon sens lui-meme commande de renoncer a ce procede qui, de plus, est en opposition avec les Conventions de La Haye, que nous avons reconnues... »

Si les deux mesures eussent ete sans rapport logique, il va de soi que le Reichstag eut oppose simplement la question prealable a la proposition de M. Haase; le Reichstag n’eut pasconsenti&laisser meler a la discussion d’un projet allemand, d’ordre purement interieur, une discussion de politique internationale. Le Reichstag n’en fit i ien : preuve que, tout en ne partageant pas l’opinion du depute

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Haase, il avait pleinement le sentiment que son discours rentrait dans l’objet de la discussion.

Le depute Behrens, socialiste majoritaire, repondit directement a Tad juration de son collegue socialiste : sans contester aucunement le rapport logique existant entre les deux mesures, il se borna a affirmer la legitimate de la deportation des civils beiges.

Apres lui, le secretaire d’fitat HelfTerich intervint pour soutenir le meme point de vue :

Extrait du discours de M. Helfferich :

« ... Je remercie 1’honorable pr6opinant (Behrens); il m’a debarrasse d’une grande partie de ma responsabilite. Qu’il me soit permis d’ajouter encore quelques mots. Le depute Haase s’est occupe de l’affectation des ouvriers beiges au travail. Il a pretendu que cette affectation peche contre le droit des gens et il a deduit de la les conclusions habituelles. J’affirme que l’affectation au travail des chomeurs beiges s’effectue foncierement dans les limites du droit des gens. Ils ne sont affectes k aucun travail auquel il ne soit permis de les affecter selon le droit des gens. Nous nous plagons ainsi, formellement et materiellement, sur le terrain du droit des gens; nous faisons usage de notre bon droit. De plus, en affectant les sans-travail beiges au travail, nous remplissons un devoir a regard de nos propres troupes. (Vive adhesion.) Ces troupes ont interet a ce que 1’ordre et la securite regnent la-bas; il n’y a pas de plus grand ennemi de 1’ordre que la paresse. Il est intolerable qu’il y ait la-bas une population desoeuvree et agitee. L’affectation au travail s’est effectuee dans une forme telle, qu’elle profite egalement a la population beige elle-meme. Il est de notre interet, et il est egalement de l’interet des ouvriers beiges, generalement braves et zeles, qu’il ne sejourne pas la des gens qui ont trouve le moyen de rester les bras croises, d’un bout de l’annee a l’autre. La population ne peut pas perdre l’espoir dans l’avenir de son propre pays. Nous n’avons pas l’habitude de faire les affaires de l’Angleterre.

Un autre depute socialiste de la minorite, Dittmann, insista alors, disant qu’il ne pouvait se ranger a l’avis du secretaire d’Etat, sur le point de droit souleve: il etait question ici, d’apres lui, non seulement de droit des gens, mais d’engagement contractuel. Il s’exprima comme suit :

Discours du depute Dittmann (socialiste minoritaire) :

En opposition avec le secretaire d’Etat, je tiens a rapporter que, lorsque, jadis, les ouvriers beiges qui s’etaient refugies en Hollande retournerent en Belgique, le gouverneur general von Bissing assura

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que ces ouvriers beiges ne seraient en aucune circonstance transferes en Allemagne. Cette declaration rassurante n’a pas ete respectee.

La Frankfurter Zeitung nous a annonce, de Washington, que la question des deportations soulevait les plus grandes inquietudes aux Btats- Unis. Cela demontre quelles difficultes une telle mesure prepare actuellement au Gouvernement allemand et combien cela porte prejudice au rapprochement de la paix.

M. Helfferich repondit, toujours sans opposer la question pr6alable :

Le secretaire d’Etat de V Inter ieur :

Je regrette extremement cette discussion. Elle contribuera a affaiblir une partie des bons effets que la loi apporte a nos soldats du front. Comme le preopinant a reproche au gouverneur general von Bissing d’avoir viole la parole donnee, je demens cette affirmation. A quelle source le preopinant se documente-t-il done? Dans des journaux ennemis et des journaux neutres qui, actuellement, en partie, plaident la cause de nos ennemis. Lorsque le depute Dittmann debite ces choses a la tribune, il soigne, qu’il le veuille ou non, les interets de nos ennemis.

Ainsi, dans la campagne de presse, ouverte pour faire comprendre aux Allemands le but de la mobilisation civile, comme dans les declarations des autorites oflicielles elles-memes au moment de la discussion du projet, on a insiste a Fenvi, et unanimement, sur son caractere de contribution patriotique allemande des civils a V effort de guerre de FEmpire et sur Fimpossibilite, pour les armees allemandes, de continuer leurs operations avec succes sans cette cooperation etroite, et sans reserves, de V element civil avec les soldats.

Or, e’est precisement pour etre verses et incorpores eux-memes, ensemble avec les civils allemands et comme travailleurs forces complementaires, dans ceite vaste organisation de guerre de la puissance economique de FEmpire, que les Beiges sont deportes en Allemagne.

Le voulut-on, il serait desormais impossible que leur travail force, en Allemagne, encadre et mis a sa place dans l’activite d’ensemble de FEmpire, tout entier militarise contre ses ennemis, ne fut pas lui-meme, suivant Fexpression du secretaire d’Etat Helfferich, « une activite economique en correlation avec la conduite de la guerre ».

La conclusion saute aux yeux : Farrete du 3 octobre 1916 applique en Belgique n’est pas une mesure de politique sociale et humanitaire; e’est une mesure de guerre.

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C/est une coercition institute directement dans l’interet militaire de l’occupant, pour associer, bon gre mal gre, les populations non combattantes et sans defense des pays occupes d 1’ oeuvre de guerre de l’Empire allemand centre leur patrie.

Elle marque le second stade de realisation du plan allemand tendant a ^incorporation totale des ressources des pays occupes, tant en hommes qu’en biens, dans Porganisme militaire de l’Allemagne.

Le premier stade avait ete P execution du plan Rathenau comportant l’epuisement methodique des richesses economiques des territoires occupes.

Le second comporte Pexhaustion methodique de leur maind’ceuvre pour la verser dans le reservoir de la main-cl’ceuvre allemande simultanement mobilisee.

Le plan parait devoir se parachever par la rafle supreme de tous les vivres restants et leur confusion dans le magasin general du ravitaillement de l’Empire.

On a pu lire, en effet, au debut de novembre 1916, dans plusieurs journaux allemands officieux, cette note significative ( nous soulignons) :

Plans economiques pour les territoires envahis.

Le Reichstag a recu un rapport etendu concernant les motions presentees au Comite d’economie domestique au sujet de la question de 1’ alimentation, et des explications y donnees par les representants des Gouvernements allies. Les declarations suivantes meritent d’etre relevees d’un discours du president de l’Office de l’Alimentation, von Batocki :

« Les plans economiques en sont au point que nous preparons un inventaire de tout ce que nous aeons. Cet inventaire se rapporte aux territoires occupes. Une discussion decisive la-dessus aura lieu le 7 novembre, a laquelle participeront des representants des territoires envahis, de meme que nous erigeons un plan uniforme pour l’economie interieure des territoires occupes afin de savoir clairement comment nous aurons a organiser notre economie entiere. Nous ne pouoons pas oublier que les territoires occupes ne sont pas beaucoup moins etendus que V Allemagne, que les espaces de terrains cultives y sont tres grands et que peut-etre nous devons songer a incorporer techniquemenl leur economie dans la notre. i- (Traduit de la Kolnische Volkszeitung, 9 novembre 1916, n° 903.)

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