‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 74 sur 112 · PROTESTATIONS D AUTORITES BELGES · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS D AUTORITES BELGES

ont eu lieu dans les Etapes, comme dans le Gouvernement general, les ouvriers requisitionnes, contrairement a l’article 52 de la Convention de La Haye, ont demande d’etre traduits devant un tribunal pour y etre entendus et juges. Ces operations d’enlevement se font avec une telle rapidite et un tel manque d’egard pour les personnes et pour leurs droits, qu’il n’y a pas de place pour la procedure que suppose une decision de justice. A raison de la declaration nouvelle de Votre Excellence, les ouvriers chretiens de Belgique vous demandent expressement de donner des ordres afin de faire respecter par les recruteurs vos propres arretes, de fa$on que les chomeurs sachent devant quel tribunal ils peuvent faire valoir leur droit et comment s’y defendre. Nous esperons que la procedure des tribunaux correctionnels beiges, de qui relevaient les chdmeurs, avant le 15 mai 1916, et ce d’apres l’arrete allemand du 15 aout 1915, est applicable aux tribunaux allemands. Cette procedure est la garantie exterieure de la justice.

Votre Excellence commente, dans son interview, 1’ alternative devant laquelle les mesures allemandes placent les chomeurs involontaires : ou bien ils signer ont volontairement un contrat de travail pour I’Allemagne. ou bien ils seront amenes la-bas de force sans contrat de travail. Dans Fun comme dans 1’autre cas, Excellence, c’est 1’exil et la deportation, c’est te travail pour l’ennemi et dans l’interet de l’Allemagne. Dans l’un comme dans 1’autre cas, un ouvrier allemand peut etre envoye au front contre nos fils, nos freres et nos peres. Travailler dans ces conditions, n’est-ce pas combattre contre la Belgique, contre la patrie?

Votre Excellence parle, dans la premiere hypothese, d’un contrat de travail volontaire, comme si la liberte du choix existait pour le malheureux chdmeur. Or, cette liberte n’existe pas. On lui dit : « Signez, ou vous n’aurez qu’un salaire de 30 miserables pfennigs; signez, ou vous serez reduit aux travaux les plus rebutants ; signez, ou vous serez puni d’amende ou de prison; signez, ou vous serez place dans un bataillon d’ouvriers civils en penitence avec nourriture reduite ; signez, ou la commune dont vous faites partie sera frappee d’amende, ou punie autrement, etc. » La formule de contrainte varie de canton a canton, mais toujours, c’est au fond la meme chose : « Ou la signature, ou les chatiments. » La liberty n’existe en aucun cas; toujours la contrainte viole la volonte; jamais il n’y a de contrat libre.

Et ce sont des signatures obtenues par de semblables moyens que la presse allemande ose qualifier de volontaires?

Nous ne pouvons y voir que des actes de force qui n’ont rien a voir avec la volonte libre des malheureuses victimes.

En somme, dans le cas de signature du soi-disant contrat volontaire comme dans le cas de non-signature, il n’y a et il ne peut y avoir qu’un enlevement du chdmeur par la violence, une condamnation pure et eimple aux travaux forces, une deportation en Allemagne, et la-bas l’es-

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clavage au milieu d’une population hostile, parlant une langue etrangere, possedant d’autres mceurs et usant d’autres modes de travail.

La plus haute autorite juridique de notre pays, la Cour de cassation de Belgique, n’a-t-elle pas fait savoir a Votre Excellence que cette mesure nous reporte au temps oil le vainqueur emmenait en servitude les populations vaincues el les reduisait en esclavage ?

Le Nieuwe Rotterdamsche Courant du 13 novembre 1916 (Oehtendblad B) publiait une depeche de 1’agence Wolff de Berlin, affirmant solennellement qu’il est contraire a la verite de pretendre que les ouvriers belge3 seraient contraints de travailler dans des fabriques allemandes (. Ilel is natuurlijk onwaar dat de Belgische arbeiders tot werken in duitsche fabrieken gedwongen zouden worden). Comment concilier cette declaration officieuse du Gouvernement de Berlin avec les declarations memes de Votre Excellence et avec les affiches allemandes qui inondent nos communes ?

La Kolnische Zeitung du 13 novembre (Abend-Ausgabe) et du 14 novembre (Erste Morgen-Ausgabe) nous fait connaitre le plan allemand de la mobilisation des forces ouvrieres de 1’Empire. C’est, en somme, la militarisation des ouvriers et meme des ouvrieres allemands.

Dans cette militarisation vont etre precipites des centaines de milliers d’ouvriers beiges.

N’est-ce pas en faire des soldats allemands?

Contre cette idee s’ insurgent toutes les forces intimes de notre ame de patriote.

Dorenavant done, pour un Beige, travailler en Allemagne signifiera non seulement travailler au profit exclusif de I’ennemi, mais devenir soldat mime de I’armee ennemie.

Voici, Excellence, ce que la classe ouvriere beige pense au moment ou nous vous ecrivons ces respectueuses observations; et Dieu sait les nouvelles informations que nous apportera demain, car, tous les jours, l’horreur de notre situation devient plus noire et plus profonde.

Mais veuillez done comprendre, Excellence, qu’en persecutant ainsi les classes ouvrieres de cette malheureuse Belgique, dont tout le crime fut de defendre sa neutrality, comme le roi de Prusse lui-meme lui en avait fait un devoir; veuillez done comprendre que vous allez creuser entre 1’ Allemagne et la Belgique un abime de haine sans fond, que rien ne pourra combler dans 1’avenir pendant des generations et des generations. Les petits-enfants de nos enfants repeteront sans fin les souffrances endurees par lours parents pendant ces jours terribles. Entre votre nation et la ndtre, ce sera une haine inextinguible. Ce sera la continuation de la guerre apres la paix. 0 1’horrible vision ! Car ces femmes auxquelles vous arrachez de force leurs epoux, ces enfants auxquels vous arracbez de force leur pere, ces parents auxquels vous arracbez de force leurs

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enfants, tout liomme de coeur peut s'imaginer leurs souffrances; nous qui les voyons de pres, nous que la meme douleur attend demain, nous les sentons. C’est affreux. Et dans quel etat reviendront ces peres, ces epoux, ces enfants? Nous savons que la-bas la nourriture est tres mesuree aux indigenes. Que sera-t-elle pour les esclaves etrangers? Nous savons, depuis la lettre du marechal von Hindenburg au Chancelier de 1’Empire ( Kolnische Zeitung du 15 novembre 1916, Morgen-Augsbade), que l’alimentation des travailleurs industriels est insuffisante meme pour les ouvriers allemands. Qu’en sera-t-il de nos malheureux compatriotes eondamnes aux travaux les plus durs? Nous qui voyons revenir d'Allemagne nos prisonniers civils, pales, amaigris, ayant souvent perdu le tiers de leur poids, anemies, malades, nous nous demandons avec angoisse dans quel etat lamentable nous reviendront nos freres deportes. Les prisonniers cependant ne doivent pas travailler, eux; nos ouvriers exiles devront peiner aux travaux les plus penibles. Nous voyons, dans un procbain avenir, Panemie generale de nos ouvriers beiges exports en Allemagne, l’affaiblissement progressif de leurs forces productives, et le jour oh la paix viendra, Timpossibilite de reprendre avec quelque chance de succes la reconstruction de l’economie domestique de leurs foyers devastes, et, partant, de l’economie politique du pays.

Dans ses declarations a la Gazette de V Allemagne du Nord, Votre Excellence soutient que « l’evacuation des ouvriers beiges n’est un dur sacrifice ni pour le pays ni pour la population ».

Au nom des cent trente mille syndiques de notre Confederation generale de travailleurs chretiens, nous devons a la verite de declarer, nous, que Votre Excellence se trompe et ne connait pas les sentiments de la population ouvriere beige.

Pour les motifs que nous venons d'exposer, aucun sacrifice ne nous parait plus dur. Et precisement la seconde partie de cette supplique vous le fera comprendre a l’evidence.

Meme si tous les motifs d’ordre economique et social produits par Votre Excellence pour justifier les mesures contre les chomeurs involontaires beiges etaient parfaitement justes, meme s’ils acqueraient par impossible une force cent fois superieure, alors encore, Excellence, la classe ouvriere de Belgique ne pourrait cesser de protester contre elles et de demander leur retrait, parce que des raisons d’ordre superieur lui en font un devoir imperieux.

Ces mesures, en efiet, sent contraires au droit, h la parole donnee, ci la civilisation, au patriotisme et a la dignite de la classe ouvriere.

Est-il etonnant qu'elles nous paraissent contraires au droit, lorsque la

LES DEPORTATIONS BELUES

Gout de cassation de Belgique les condamne solennellement comme contraires « au droit nature l, au droit positif et au droit des gens »?

Cette decision de la Cour de cassation nous frappe d’autant plus, non seulement parce qu’elle succede a l’arrete du 15 mai 1916, mais parce que tous les conseillers font rendue cette fois, dans la plenitude de leur individuality en rejetant courageusement tous les voiles de I'anonymat.

Est-il etonnant que ces mesures nous paraissent contraires a la parole donnee, lorsque nous lisons, dans la circulaire publique du cardinal Mercier du 16 octobre 1914, cette declaration officielle des autorites militaires allemandes : « Les jeunes gens n’ont point a craindre d’etre emmenes en Allemagne soil pour y etre enroles dans I’armee, soil pour y etre employes d des travaux »?

Cette declaration du general de Huene fut confirmee par votre predecesseur, Excellence, par le marechal von der Goltz. Vos arretes sur les chdmeurs du 15 aout 1915 et du 15 mai 1916 ne parlaient pas de travaux forces en Allemagne. Pourquoi votre Administration oulrepasse-t-ellr le texte de vos arretes en violent du merne coup la parole donnee par le marechal von der Goltz ?

Si des Beiges, par centaines de mille, sont rentres de Hollande et d’Angleterre, c’est qu’ils ont ajoute foi a cette parole du gouverneur general de Belgique de 1914.

Si d’autres Beiges, dont nous sommes, sont restes, c’est pour le merne motif.

Nous avons cru a la parole du premier gouverneur general de la Belgique occupee, 4 la parole d’un marechal de l’Empire allemand, 4 la parole d’un soldat. Tous les ouvriers presents en Belgique y ont cru; tous les chdmeurs involontaires y ont cru.

Va-t-on les punir, va-t-on nous punir des peines immediatement infdrieures 4 la peine capitale pour y avoir ajoutd foi?

Le premier gouverneur general de Belgique avait dit, pour que les Beiges rentrent chez eux ou y restent : « Je vous promets que jamais vos jeunes hommes ne seront emmenes en Allemagne pour y etre employes aux travaux forces, ni, a fortiori, pour y etre enrdles dans l’armee. »

Or voici que Votre Excellence applique des mesures qui aboutissent 4 la deportation en Allemagne de milliers, peut-etre de centaines de mil liers de ces jeunes gens pour y etre employes aux travaux forces et pour y dtre enrdles comme soldats 4 1’arriere.

Excellence, avant d’aller plus loin, veuillez reflechir encore aux consequences nefastes qu’aura un pared acte pour le renom de l’Empire dont vous etes le representant parmi nous.

La Belgique, pays de l'honneur, no saurait avoir qu’une opinion. Ne craignez-vous pas que l'univers entier ne partage l’opinion de la Belgique?

Quant 4 nous, les travailleurs, chdmeurs ou non, ne devrions-nous pas

PROTESTATIONS d’ AUTORITES BELGES

nous considerer comme les victimes innocentes d’une ruse sans precedent dans les annales de la guerre moderne, a l’egard des non-combattants, dont tout le crime aurait ete d’ajouter foi & la parole donnee par le premier representant de FEmpereur allemand parmi nous?

Est-il etonnant que les mesures appliquees en ce moment contre les chomeurs doivent etre considerees par nous comme contraires a la civilisation? Ces travaux forces infliges a un peuple libre, ces deportations en pays ennemi, cet emploi dans Finteret de Fennemi, au profit exclusif de Fennemi, sans controls aucun, ni de la part de nos nationaux, ni de la part des neutres, sans aucune garantie de traitement et de nourriture, sans un salaire qui merite ce nom, qu’est-ce autre chose que Fesclavage antique dans toute son horreur? Et encore, l’esclave antique pouvaifc avoir sa famille, et Finteret du maitre etait de lui conserver toute sa valeur. La Cour de cassation de Belgique elle-meme n’hesite pas a declarer : « Cette mesure nous reporte au temps ou le vainqueur emmenait en servitude les populations vaincues et les reduisait en esclavage. » Cette mesure, Excellence, nous apparait done avant tout comme un recul de la civilisation vers la barbarie. C’est le troisieme motif d’ordre superieur pour lequel la classe ouvriere chretienne de Belgique vous demande de retirer ces mesures contre les chomeurs involontaires.

Voici le quatrieme. Ces mesures, nous devons les considerer comme contraires & notre patriotisme, que le marechal von der Goltz avait solennellement promis de respecter. Nos representants politiques, ceux de Mons et d’ Anvers, ceux de Bruxelles et d’ailleurs, vous ont prouve que travailler pour FAllemagne c’est se battre contre la Belgique. Combien cette verite apparait lumineuse depuis que le plan de mobilisation des forces ouvrieres allemandes a ete porte a notre connaissance !

Chaque ouvrier beige, chomeur ou non, qui travaillera en Allemagne pour FAllemagne, sera un soldat de Farriere de l’armee allemande, Vous comprendrez, Excellence, que, dans ces conditions, notre patriotisme s’oppose de fafon absolue a donner un assentiment quelconque aux mesures que vous appliquez contre les chomeurs. Si l’on vous demandait, Excellence, si un ouvrier allemand de la region de FAllemagne occupee, un Alsacien par exemple, peut consentir h travailler ainsi pour la France, que repondriez-vous? Nous pensons que votre patriotisme allemand vous dicterait une reponse negative. Nous pensons ainsi. Et c’est parce que nous pensons ainsi et que nous croyons que vous avez a cet egard la meme opinion, que nous vous demandons de retirer vos terribles arretes contre nos chbmeurs involontaires, ces arretes qui violent au fond de notre conscience les sentiments les plus sacres d’amour envers notre chere patrie.

Enfrn les mesures dont nous demandons le retrait sont contraires a la dignite de la classe ouvfidre.

LES DEPORTATIONS BELGES

C’est de l’esclavage et du servage qu’est sortie la classe ouvridre actuelle, Excellence, elle ne peut ni ne veut y rentrer.

La classe ouvriere chretienne de Belgique, depositaire pour sa part de I’lionneur de la condition du travailleur libre, conquise apres tant de siecles, ne peut consentir a la laisser choir k nouveau vers l’esclavage. Tous les travailleurs libres du monde le lui reprocheraient & juste titre.

Cette dignite de la condition ouvriere est un bien commun a tous.

C’est notre honneur, Excellence, c’est notre drapeau.

Le jour ou la classe ouvriere du peuple beige aura ete deportee par la force en Allemagne pour y etre reduite aux travaux forces, k l’esclavage le plus terrible au profit de l’ennemi, dans l’interet exclusif de l’ennemi, au point d’etre en realite un soldat de 1’Empire allemand, ce jour-la, Excellence, une tache indelebile couvrira la condition des travailleurs libres; a raison de la solidarity internationale des ouvriers, chacun de nos freres de tous les pays, neutres et belligerants, sentira qu’une partie de sa richesse morale est atteinte, qu’une partie de son honneur d’ouvrier libre est compromise, qu’il est moins libre, puisque la-bas, en Allemagne, une notable partie de la classe ouvriere d’un pays civilise est reduite en servitude.

Quant a nous, Excellence, qui avons conscience de cette dignite autant que quiconque parmi nos freres, nous devons vous declarer en toute franchise que jamais nous ne voulons rentrer en esclavage, que jamais nous ne voulons rentrer en servitude. A nos yeux, c’est une condition pire que la mort.

Des journaux allemands ont souvent repete, Excellence, — et vousmeme 1’avez dit en plusieurs interviews, — que vous preniez interet aux questions ouvrieres. C’est pourquoi nous esperons que vous comprendrez le sentiment que nous avons de notre dignite. Et, si vous le comprenez, il nous semble qu’il vous sera impossible de ne pas faire suspends Fapplication des mesures contre les chomeurs involontaires.

Conclusion

Contre le droit, la parole donnee, la civilisation, le patriotisme et la dignite humaine, il n’y a pas de necessite qui tienne, surtout lorsque cette soi-disant necessite n’est proclamee telle que par le vainqueur, k son profit et dans son interet.

Tel est l’enseignement de la grande loi morale et religieuse a laquelle obeissent les ouvriers chretiens de Belgique.

C’est de ces hauteurs morales qu’ils prient Yotre Excellence d’ecouter enfin l’appel supreme de la classe ouvriere de Belgique.

Nous esperons encore en votre justice et en votre humanite.

C’est dans cet espoir, Excellence, que nous vous prions de bien vouloir

PROTESTATIONS d’aUTORITES BELGES 361

donner une suite favorable aux cinq desiderata suivants de la Confederation des Syndicats chretiens de Belgique :

1° En ordre principal, plaise & Votre Excellence de suspendre Papplication des arretes sur le chomage et notamment leur extension abusive, consistant k deporter les chomeurs involontaires a l’etranger, en Alleraagne;

2° Plaise k Votre Excellence de retirer son arrete du 2 mai 1916 entravant le libre essor de 1’initiative des communes, des associations et des particulars qui voudraient donner du travail aux chomeurs;

3° Plaise a Votre Excellence d’ordonner le retour d’Allemagne des travailleurs non chomeurs qui ont ete enleves contre la lettre et l’esprit dc vos propres edits, ainsi que des chomeurs qui auraient refuse de travailler pour motif base sur le droit des gens ;

4° En ordre subsidiaire, si la parole du marechal von der Goltz n’est pas tenue, de laisser pendant vingt-quatre heures aux chomeurs la faculte d’opter entre leur sejour en Belgique ou le sejour dans un pays neutre : car la foi qu’ils ont eue en la parole de votre predecesseur, Excellence, ne peut etre la cause du chatiment dont vos arretes les menacent;

5° Plaise enfin a Votre Excellence de faire observer la disposition de vos arretes concernant les tribunaux k l’egard des chomeurs qui refusent de travailler en Allemagne pour des motifs bases sur le droit des gens.

Veuille Votre Excellence recevoir 1’expression des sentiments respectueux qui lui sont dus.

Bruxelles, le 15 novembre 1916.

Au nom de la Confederation generate des Syndicats chretiens de Belgique,

(s) Abbe Joseph Cardijn, Directeur des oeuvres sociales de V arrondissement de Bruxelles.

Rue du Boulet, n° 20, Bruxelles.

§ 7. — Protestation des corps scientifiques beiges au gouverneur genera] von Bissing (29 novembre 1916).

Le 29 povee bre 191 C.

Excellence,

Les soussignes, obeissant a un- imperieux devoir, s’unissent dans un sentiment profond de solidarity pour faire part k Votre Excellence de F6motion poignante que provoquent, dans les milieux scientifiques beiges, les mesures prises contre une partie de la population : des citoyens paisibles, enleves a leurs families, sont deportes en Allemagne pour v etre employes, indirectement tout au moins, contre leur patrie.

Le projet de loi, actuellement soumis au Reichstag par le Gouvernement imperial, decrete le travail force de tous les Allemands du soxe

LES DEPORTATIONS BELGES

masculin ages de dix-sept k soixante ans. Dans Fexpose des motifs de cette loi sur le « service auxiliaire patriotique », il est aflirme que, « pour assurer la victoire, il est indispensable de mettre la force du peuple tout entier au service de la patrie ». Il est done incontestable que la population civile beige, soumise en Allemagne au regime du travail force, est contrainte a participer au « service auxiliaire patriotique ».

Les mesures appliquees a l’heure presente dans la Belgique occupee sont done, au sentiment des soussignes, non seulement contraires aux principes du droit public beige, mais encore aux regies que le droit des gens a consacrees par F entente des nations,

En desagregeant les families qu’elles livrent k toutes les miseres, elles se heurtent aux exigences les plus formelles de la morale. En assimilant d’honnetes citoyens a des malfaiteurs condamnes k la deportation et aux travaux forces, elles sont inconciliables avec le respect de la dignite humaine, si noblement proclame par Kant, lorsqu’il formulait cette maxime : « Traite toujours la personne d’autrui comme une fin et ne t’en sers jamais comme d’un moyen. »

Les soussignes soumettent ces considerations a Yotre Excellence. Ils conservent le ferme espoir qu’elle voudra user de sa haute autorite pour amener F abandon du systeme dont l’application se poursuit en Belgique.

Ils la prient d’agreer les assurances de leur haute consideration.

.4 Son Excellence le Baron con Bissing, Gouverneur general en Belgique.

SI GN A T A IRES DE LA PROTESTATION Academie royale de Belgique

Lam ee re (J.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Gossart (Ern.), membre de 1’ Academie royale de Belgique;

de Borchgrave (baron), membre de FAcademie royale de Belgique;

Prins (Ad.), membre de 1’ Academie royale de Belgique;

Leclercq (Jules), membre de 1’ Academie royale de Belgique;

Michel (Charles), membre correspondant de l’lnstitut de France (Academie des Inscriptions et Belles-Lettres);

Henrijean (Dr), membre correspondant de FAcademie de Medecine;

Fredericq (Leon), membre de FAcademie (Sciences);

Nuel (Dr), membre de FAcademie de Medecine;

Le Paige (C.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Julin (Charles), membre de FAcademie royale de Belgique (classe de Sciences) ;

Gilkinet (Alfred), membre de FAcademie royale des Sciences de Belgique;

Descamps (baron), membre de FAcademie royale de Belgique;

Vauthier (Maurice), membre de FAcademie royale de Belgique;

de Greef (Guillaume), membre de FAcademie royale de Belgique;

Brants (Victor), membre de FAcademie royale de Belgique;

PROTESTATIONS d'aUTORITES BELGES

Stroobant (P.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Lonchay (H.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Delehaye (Hippolyte), membre correspondent de FAcademie royale de Belgique ;

Lagae (Jules), membre correspondent de FAcademie royale de Belgique;

ViNgoTTE (Thomas), membre de FAcademie royale de Belgique; Frederic (Leon), membre de FAcademie royale de Belgique; de Lalaing (Jacques), membre de FAcademie royale de Belgique; Lenain (Louis), membre de FAcademie royale de Belgique; Brunfaut (Jules), membre de FAcademie royale de Belgique; Rombaux (Eg.), membre de FAcademie royale de Belgique; de Groot (G.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Khnopff (Fernand), membre de FAcademie royale de Belgique; Janlet (Em.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Hermans (C.), membre de FAcademie royale de Belgique; du Bois (Leon), membre de FAcademie royale de Belgique;

Rutot (A.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Bordet (J.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Demoulin (A.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Bayet (professeur Dr), de FAcademie de Medecine de Belgique; Bordet (professeur Dr), de FAcademie de Medecine et de FAcademie des Sciences de Belgique;

Gengou (professeur Dr), de FAcademie de Medecine de Belgique; Heger (Dr Paul), membre et ancien president de FAcademie royale de Medecine de Belgique;

Degive (professeur A.), membre et ancien president de FAcademie royale de Medecine de Belgique;

de Smet (professeur Edouard), de FAcademie de Medecine de Belgique; Gallemaerts (professeur), membre titulaire de FAcademie de Medecine de Belgique;

Goris (Dr C.), membre titulaire de FAcademie royale de Medecine de Belgique ;

Stienon (professeur Dr L.), de FAcademie de Medecine de Belgique; Glibert (Dr), de FAcademie de Medecine de Belgique;

Demoor (professeur Dr), de FAcademie de Medecine de Belgique; Malvoz (V.), de FAcademie royale de Medecine;

Gravis (A.), membre de FAcademie (Sciences);

Mahaim (F.), membre de FAcademie (Sciences morales et politiques) ; Hubert (Eugene), membre de FAcademie (classe des Lettres).

Universite de Liege

Waltzing (J.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Halkin (Leon), professeur a FUniversite de Liege;

LES DEPORTATIONS BELGES

de Senarclens (A.), professeur k FUniversite de Liege;

Orb an (C.), professeur a FUniversite de Liege;

Doutrepont (A.), professeur a FUniversite de Liege; de Koninck (L.-L.), professeur emerite a FUniversite de Liege; Janssens (Ed.), professeur a FUniversite de Liege;

Beco (L.), membre correspondant de FAcademie de Medecine; Mansion (J.), membre de FAcademie royale;

Bourgeois (Ed.), professeur a FUniversite de Liege;

Banquet (Karl), professeur a FUniversite de Liege;

Lonay (FI.), professeur a FUniversite de Liege;

Van Veerdeghem (F.), professeur a FUniversite de Liege; Legrand (L.), professeur a FUniversite de Liege;

Closson (Jules), professeur a FUniversite de Liege;

Hogge (A.), professeur k FUniversite de Liege;

Damas (D.), professeur a FUniversite de Liege;

Schoofs (F.), professeur a FUniversite de Liege;

Frost (Eug ), professeur 4 FUniversite de Liege;

Fairon (Jos.), professeur a FUniversite de Liege;

Denoel, professeur a FUniversite de Liege;

Delmer (A.), charge de cours 4 FUniversite de Liege;

Brassine (Joseph), bibliothecaire de FUniversite de- Liege; Schiffers (Fernand), professeur a FUniversite de Liege;

Firket (Dr), membre de FAcademie royale de Medecine;

Neuberg, membre de la classe des Sciences de FAcademie royale de Belgique ;

Deruyts (J.), membre de FAcademie royale de Belgique;

Malvez, membre de FAcademie royale de Medecine de Belgique ; Putzeijs, membre titulaire de FAcademie royale de Medecine de Belgique;

Jorissen (A.), membre titulaire de FAcademie royale de Belgique (classe des Sciences);

Loiiest (Max), membre de FAcademie royale de Belgique (classe des Sciences) ;

Francotte (Dr Xavier), membre de FAcademie de Medecine;

Gorin (C.), membre de FAcademie de Medecine;

Francotte (Ilenri), membre de FAcademie royale de Belgique; Deiialu (M.), professeur a FUniversite de Liege;

Galopin (G.), membre du Conseil de Legislation;

Van der Smissen (E.), professeur a FUniversite de Liege;

Capart (Jean), professeur a FUniversite de Liege; de Craene (G.), professeur a FUniversite de Liege;

Laurent (M.), professeur a FUniversite de Liege;

Fierens-Gevaert. professeur a FUniversite de Liege.

PROTESTATIONS d’ AUTORITES BULGES

Universite de Louvain

Ladeuze (P.), recteur de l’Universite de Louvain;

Van Cauwenbergh, vice-recteur de l’Universite de Louvain;

Van Biervliet (J.), secretaire de l’Universite de Louvain, professeur a la Faculte de Droit;

Sencie (J.), professeur a l’Universite de Louvain;

Cauchie (A.), membre de la Commission d’Histoire;

Gregoire (V.), professeur a la Faculty des Sciences de l’UniversitS de Louvain;

Defourny (M.), professeur a la Faculte de Droit de l’Universite de Louvain ;

de Clercq (Aug.), professeur l’Ecole coloniale de l’Universite de Louvain;

Dumont (Andre), professeur a l’Universite de Louvain;

Sal£e (A.), professeur & la Faculte des Sciences de l’Universite de Louvain;

Frateur (Theoph.), professeur a l’Universite de Louvain;

Schockaert (Dr R.), professeur a l’Universite de Louvain;

Malpague (Dr L.), professeur k l’Universite de Louvain;

de Dorlodot (Dr Henry), professeur a 1’Universite de Louvain;

Ide (Dr M.), membre de 1’Academie, professeur a l’Universite de Louvain ;

Bayot (A.), professeur a l’Universite de Louvain;

Van Hove (A.), professeur a 1’Universite de Louvain;

Janssens (A.), professeur a l’Universite de Louvain;

de Becker (Jules), professeur a l’Universite de Louvain, recteur du College americain;

Debaisieux (Dr), professeur a l’Universite de Louvain, membre de 1’Academie;

Nerinckx (A.), professeur de l’Universite de Louvain, secretaire de l’Institut de Droit international;

Blas (C.), professeur emerite de l’Universite de Louvain, membre de 1’Academie de Medecine;

Van Buggenhout (J.), professeur & 1’Universite de Louvain;

Daubresse (P.), professeur a l’Universite de Louvain;

de Jonghe (E.), professeur ci l’Ecole coloniale de l’Universite de Louvain;

Scharpe (L.), professeur de langues germaniques a l’Universite de Louvain ;

Sibenaler (N.), professeur a l’Universite de Louvain;

Nys (D.), professeur a 1’ Universite de Louvain;

Debaisieux (Paul), professeur a l’Universite de Louvain;

Bruylants (C.), professeur a l’Universite de Louvain, president de l’Academie royale de Medecine de Belgique;

LES DEPORTATIONS BELGES

Forget (J.), professeur k FUniversite de Louvain;

Dandois (Dr), membre de FAcademie de Medecine, professeur a FUniversite de Louvain;

Lemaire (Dr Albert), professeur k FUniversite de Louvain;

Brants (V.), membre de FAcademie royale de Belgique, professeur & FUniversite de Louvain;

Pasquier (E.), professeur a FUniversite de Louvain, president du Conseil scientifique de FObservatoire de Belgique;

Meunier (Alp.), professeur a FUniversite de Louvain;

Balthasar (Nicolas), professeur a FUniversite de Louvain; Bittremnieux (Joseph), professeur a FUniversite de Louvain; Bruynogiie (Dr R.), professeur a FUniversite de Louvain;

Marciial (L.), professeur a FUniversite de Louvain;

Lecoutere (C.), professeur a FUniversite de Louvain;

Bruylants (P.), professeur a FUniversite de Louvain;

Becker (L.), professeur a FUniversite de Louvain; de Muynck (R.), professeur a FUniversite de Louvain;

Lebon (J.), professeur k FUniversite de Louvain;

Vliebergh (E.), professeur a FUniversite de Louvain;

Schicks (A.), professeur a la Faculte de Droit de FUniversite de Louvain ;

Braet (Ernest), professeur k FUniversit6 de Louvain;

Lemaire (R.), professeur a FUniversite de Louvain, membre correspondant de la Commission royale des Monuments;

Thiery (A.), professeur a FUniversite de Louvain;

Harmignie (Pierre), charge de cours a FUniversite de Louvain; Miciiotte (P.), professeur a FUniversite de Louvain;

Remy (Edm.), professeur h FUniversite de Louvain;

Colinet (Ph.), professeur a FUniversite de Louvain;

Janssen (Alb.-E.), professeur a FUniversite de Louvain; de Spoelbergii (vicomte Olivier), professeur a FUniversite de Louvain;

Terlinden (Ch.), professeur a FUniversite de Louvain, membre de la Commission royale d’Histoire, membre du Conseil heraldique.

Universite de Bruxelles

Solvay (E.), membre du Conseil d’administration de FUniversite de Bruxelles;

Lepreux (0.), membre du Conseil d’administration de FUniversite de Bruxelles ;

Leclere (L.), professeur k FUniversite de Bruxelles, recteur; Maingie (Ch.), professeur & FUniversite de Bruxelles;

Mineur (Ad.), professeur a FUniversite de Bruxelles; de Vestel (Franz), professeur a FUniversite de Bruxelles;

PROTESTATIONS D?AUTORIT£s BELGES

Marcq (Ren6), charge de cours a FUniversite de Bruxelles; Ciiarlier (G.), charge de cours a FUniversite de Bruxelles; Francois (Eug.), professeur a FUniversite de Bruxelles; Jacobsen (Jules), professeur k FUniversite de Bruxelles;

Spehl (E.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Houze (E.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Van Engelen (A.), professeur a FUniversite de Bruxelles; de Reul (Paul), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Pierard (Em.), professeur k FUniversite de Bruxelles; de Donder (T.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Smets (Georges), professeur a FUniversite de Bruxelles; Behaeghel (A.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Van der Eycken (Paul), professeur a FUniversite de Bruxelles; Wuyts (H.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Boisacq (E.), professeur h FUniversite de Bruxelles; de Leener (Georges), professeur a FUniversite de Bruxelles; Gregoire (H.), professeur a FUniversite de Bruxelles; Vanderrydt (A.), professeur h FUniversite de Bruxelles;

Van Drunen (J.), professeur a FUniversite de Bruxelles; Kugener (D.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Van der Rest (E.), professeur a FUniversite de Bruxelles; Foettinger (C.), professeur k FUniversite de Bruxelles;

Van der Elst (F.), charge de cours a FUniversite de Bruxelles; Dupreel (Eugene), professeur a FUniversite de Bruxelles; de Keyser (Ch.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Brand (E.), professeur a FUniversite de Bruxelles; de Moor (D.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Slosse (Dr Auguste), professeur a FUniversite de Bruxelles; Vandervelde, professeur a FUniversite de Bruxelles; Hegenscheidt (A.), professeur a FUniversite de Bruxelles; Ley (Dr Aug.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Wodon (Louis), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Anciaux (Maurice), professeur h FUniversite de Bruxelles; Duflou (G.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Pergameni (Ch.), charge de cours a FUniversite de Bruxelles; Verhoogen (R.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Cocq (Dr V.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Thilly (H.), professeur a FUniversite de Bruxelles; Vermeylen (A.), professeur a FUniversite de Bruxelles; Querton (Dr), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Herlant (A.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Huberti (A.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Rolin (H.), professeur a FUniversite de Bruxelles;

Erp.era (Paul), professeur a FUniversite de Bruxcdles.

GHAPITRE XIX

PROTESTATIONS OFF1CSELLES DU GOUVERNEMENT 8ELGE

A — Telegramme des miisistres belges au roi Albert

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