PROTESTATIONS D* AUTORITES BELGES
S’il y a des exceptions, elles sont rares, tres rares. Pourquoi punir du fait de ces quelques exceptions plus de cinq cent mille chomeurs involontaires innocents? L’ article 50 de la Convention de La Haye ne defend-il pas Ies peines collectives?
En verity nos ouvriers, chomeurs ou non, n’ont refuse le travail que lorsqu’il etait contraire au droit des gens : tels, le creusement des tranchees ennemies, les travaux a des routes strategiques pour l’ennemi, la collaboration a l’exploitation des chemins de fer diriges par 1’ Administration ennemie militarises, le travail dans les usines qui fabriquent des produits destines aux armees et aux operations militaires ennemies. L’article 52 de la Convention de La Haye ne leur donne-t-il pas ce droit et le patriotisme ne leur en fait-il pas un devoir?
La presse allemande et les communiques allemands nous disent ensuite que les arretes sur les chomeurs sont nes de trois circonstances determ inantes : du danger que le cbdmage faisait courir a l’ordre public, de la charge financiere qu’il imposerait a l’economie politique du pays et specialement a la bienfaisance publique, et enfin du desir de sauver le chdmeur de la depreciation physique et morale qui le ronge a la longue.
Le danger : mais ou done l’ordre public fut-il trouble par le chdmage? Peiidant les vingt-sept mois d’occupation allemande, la classe ouvriere beige offre le spectacle d’un calme, d’une maitrise de soi et d’une endu“ ranee extraordinaires, qui c ntribuera pour sa part a la grandeur morale de la Belgique martyre.
« Le chdmage, dit-on, pese lourdement a la fin sur l’economie politique beige. » C’est evident, il pese sur cette pauvre economie beige comme taut d’autres choses, mais bien moins que la formidable contribution de guerre de 40 millions qu’il faut payer chaque mois, bien moins que les requisitions sans cesse renouvelees qui depassent 4 milliards, bien moins que les ventes forcees de tous nos produits et fabricats par le systeme des Centrales ou autrement, etc.
Le cbomage est une charge dont jamais les Beiges ne se sont plaints aux autorites allemandes; la charite a fait des miracles en Belgique depuis deux ans. Elle en fera encore.
On affirme dans les journaux allemands que le cbdmage surcharge les budgets publics.
Yotre Excellence sait qu’il n’en est rien. L’entretien de nos chomeurs involontaires n’est pas supporte par le budget de l’Etat beige, dont Yotre Excellence a le controle en vertu de la Convention de La Haye.
En vain dit-on dans la presse allemande que le chomage ecrase la bienfaisance publique beige, qui est cependant le patrimoine de nos pauvres. Ce qu’il faut craindre, e’est qu’a cause des mesures que vous prenez contre les chomeurs, des centaines de milliers de femmes et d’enfants n’aillent tomber maintenant 4 la charge des budgets publics, par la
DEPORTATIONS BELGES
LES DEPORTATIONS BELGES
raison bien simple que ce n’est pas avec leurs 30 pfennigs de « salaire » qu’ils se soutiendront eux-memes et leur famille.
Le fardeau du chdmage est supporte par une oeuvre speciale exclusivement beige, qui ne s’est jamais plainte a Votre Excellence du poids qui s’impose a son devouement et a sa pbilantliropie. Jamais aucun Beige ne peut avoir suggere comme remede le travail force, car celui-ci repugne k nos moeurs, h nos lois, a notre mentalite, a notre dignite.
Le chomage prolonge, dit-on encore, conduit a la depreciation physique ct morale du travailleur. C’est encore une verite d’ordre general que personne ne contestera. Mais la question est de savoir si pour remedier k cette nuisance sociale, il n’y a que la deportation en Allemagne ou le travail force au profit de l’ennemi : trois chatiments terribles ! Les Beiges qui aident leurs concitoyens k subir l’epreuve qui nous tourmente depuis plus de deux ans avaient songe a d’autres remedes, conformes a nos traditions et a l’humanite. Ils avaient demande aux Allemands de ne pas enlever les matieres premieres qui encombraient nos usines en 1914. En vain. 11s avaient demande aux Allemands de ne pas enlever les machines et les accessoires. En vain. Ils avaient demande d’organiser un vaste systeme d’education professionnelle qui devait perfectionner notre main-d’ oeuvre pour le jour de la renaissance nationale, lorsque la paix luirait. En vain. Ils avaient demande d’utiliser les bras disponibles a de grands travaux d’interet public. En vain. Et, pour comble, il y a quelques mois, au debut de mai, un arrete allemand vint mettre les entraves les plus severes aux communes, aux associations, aux oeuvres et aux particuliers qui chercheraient a donner du travail aux chomeurs 1
La classe ouvriere chretienne de Belgique a la conviction, Excellence, qu’on a tout fait pour empecher les Beiges de remedier a la crise du ch6mage; on a entrave toutes leurs initiatives; on les a mis dans l’impossibilite d’en produire de nouvelles. Dans ces conditions, est-il juste de frapper la classe ouvriere de Belgique des peines reservees aux crimes les plus graves, sous pretexte que ce soient la les seuls remedes qui restent pour guerir le chomage, ce mal social qu’on a empeche les Beiges de guerir?
Faut-il faire remarquer que la solution proposee par les Allemands a cette troisieme nuisance du chdmage ne peut se trouver dans 1’emploi force en Allemagne aux mines et aux carrieres, a la construction des routes et aux travaux semblables, qui sont les seuls que les communiques allemands nous ont rapportes etre ceux qu’on reservait la-bas & nos chomeurs involontaires, ouvriers qualifies ou non?
Dans 1’entrevue qu’elle donna au correspondant berlinois du New- York Times, Votre Excellence rappelle que le droit de refuser le travail base sur le droit des gens est et reste reconnu aux chomeurs. Deja, les arretes du 15 aout 1915 et du 15 mai 1916 le disaient dans leur article 2. Mais e’est en vain que dans les rafles des ouvriers, chdmeurs ou non, qui,