‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 87 sur 112 · Sur le front allemand en Flandre et en France · texte numérisé non relu

Sur le front allemand en Flandre et en France

L’autorite allemande affirme que les Beiges deportes pour travail force sont affectes exclusivement a des travaux sans rapport avec les necessites de la guerre et les besoins de l’armee allemande d’operations.

Cette assertion est inexacte et non sincere.

L’avis appose a Antoing (environs de Tournai) par ordre du major commandant d’etape (N° 1691 du 20 octobre 1916) (Voir le texte complet au chapitre IV) disait :

« On ne forcera jamais la population (mise au travail) d faire des travaux exposes au feu continu. ><

Cette assurance equivalait a l’aveu qu’on l’emploiera a des travaux proches du front de combat et pouvant etre bombardes par l’artillerie ou les avions.

En eft'et, l’evencment est venu confirmer les apprehensions inspires par l’avis d’Antoing.

Vers la mi-decembre 1916, une information sure a ete regue au siege du Gouvernement beige au Havre, disant :

Des ouvriers flamands, enleves par les Allemands a la fin du mois d’octobre et dans la premiere semaine de novembre, pour etre diriges vers la France, sous pretexte d’y effectuer des travaux agricoles, viennent d’etre ramenes a Gand et a Alost, blesses par des shrapnelis frangais. D’apres les declarations de ces mallieureux, ils reviennent de la region de Soissons, ou on les forgait, a coups de crosse et de baton, a travailler dans les tranchees.

D’autres informations ont ete regues, de sources diverses, sur le sort des Beiges deportes immediatement a 1’arriere du-front allemand en Flandre occidentale et en France, particulierement dans l’Aisne et dans la Somme.

Ces informations n’ont pu, on le comprend, etretoutes controlees; mais, dans leur ensemble, elles paraissent etre dignes de foi. Les temoins de qui certaines d’ent e elles emanent ayant encore des membres de leurs families en territoire occ-upe, leurs noms ne peuvent encore etre livres h la publicity.

Ii resulle d’un rapport des autorites militaires beiges du front que, le

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25 novcmbre 1916, deux soldats russes, prisonniers des Allemands, reussirent a gagner les lignes anglaises pres d’Ypres. Ces deux prisonniers avaient ete employes & construire les reseaux de fils de fer barbeles d’une troisieme position de defense pr6s de Becelaere (Flandre occidentale). Cette position est organisee par des civils beiges, qui sont contraints, declarent ces Russes, a creuser les tranchees et les abris comme a preparer les emplacements de mitrailleuses et de batteries. Les travailleurs civils beiges ont un gardien allemand par groupe de dix hommes. On est tres mal nourri et, parmi les prisonniers russes, la moitie sont mourants. II est a noter que la position allemande en construction pres de Becelaere est a 4 kilometres seulement des lignes britanniques. done sous le bombardement journalier de l’artillerie alliee.

Deux convois assez importants de rapatries venant du nord de la France, qu’ils avaient quittee deux jours auparavant, ont traverse Berne les 5 et 6 decembre 1916.

Les declarations suivantes ont et£ faites par eux, a la presque unanimite et sans contradiction :

Quatre mille civils beiges se trouvent actuellement a Laon. Les trois premiers jours de leur arrivee, ils n’ont regu aucune nourriture. Le quatrieme jour, ils ont regu une ration eomposee d’un melange de bl6 et de bettcraves crues. Actuellement, ils sont fort mal nourris et d’une fagon insuffisante. II est completement interdit a la population frangaise de leur fournir la moindre nourriture. Une infraction & cet ordre est punie, soit par la prison, soit par des coups de crosse.

A Parisis, Septvaux et les environs, toute la population frangaise a ete evacuee et a ete entitlement remplacee par des Beiges qui avaient refuse de travailler aux tranchees allemandes.

Le premier jour, on les a prives de nourriture, puis apres on leur a donne egalement du ble et des betteraves crues. Ils ne regoivent jamais de pain. Tous ces civils beiges sont ages de seize a trente-cinq ans.

A Marleffe se trouvent dans les memes conditions 800 Beiges, Flamands des environs de Gand, charges des travaux pour la construction des voies de chemin de fer.

Plusieurs ayant refuse de travailler aux voies ferrees, on les a charges. II y a eu quatre ou cinq morts. Ces malheureux tombent de misere et il est defendu de leur rien donner.

En tout, il y aurait, dans la region de Laon, environ 20.000 Beiges, originaires presque tous de la Flandre orientale. La population frangaise jette du pain dans les haies pour qu’ils le trouvent et puissent se nourrir. Les regardcr travailler est puni de 30 marks d’amende; leur parler entrainc la prison. Ceux qui deperissent sont acheves h coups de crosse ct de bette.

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Rcnscignements ulterieurs :

A Cilly (departement de l’Aisne) se trouvent environ 500 Beiges deportes des environs de Gand.

A leui' arrivee, comme ils refusaient tout travail, on les a prives de nourriture et forces de dormir dans la boue. II etait formellement defendu aux habitants de leur venir en aide. Les malheureux sont dans le denuement le plus complet. II parait qu’ils regoivent 2 marks par semaine.

Les Allemands ont promis de les nourrir convenablement, de leur donner des chaussures et 4 marks par jour, s’ils signent un engagement de travail. Tous ont refuse de signer le contrat. Le travail auquel on les emploie est la construction de quais d’embarquement pour les troupes, le long d’une voie de chemin de fer conduisant a Maries (Aisne).

— A X..., paroisse des environs de Laon, les Allemands ont menace de fusilier des deportes beiges qui refusaient de faire des travaux contraires au droit des gens. A cet endroit, les deportes regoivent comme nourriture, le matin, du cafe noir et 125 grammes de pain; a midi, une soupe faite avec des betteraves, un peu de riz et tres rarement quelques petits morceaux de viande; le repas du soir est compose de cafe noir et du reste des 125 grammes de pain du matin.

Sournis a ce regime, les malheureux deportes sont anemies et mourants de faim.

— A Coucy (Aisne) se trouvent environ 5.000 Beiges, dont beaucoup de Flamands; ils ont tous refuse de travailler aux travaux militaires. On les a completement deshabilles et laisses sans vetements et sans nourriture pendant trois jours. Ils se sont revoltes; on a fusille au moins un Beige et un Russe. Certains ont ete deportes en Allemagne. Ceux qui ont ete fusilles ont ete enterres par leurs compatriotes. II est interdit a la population frangaise de parler aux Beiges.

Les deportes sont enfermes dans des cours entourees de reseaux de fds de fer barbeles. On donne des coups de pied et des coups de crosse aux gens du pays qui veulent leur donner a manger.

— A leur arrivee a Laon (Aisne), les deportes beiges ont refuse energiquement tout travail. Les Allemands les ont laisses quarante-huit heures sans un morceau de pain et sans une goutte d’eau; beaucoup de ces malheureux sont tombes d’inanition; finalement, a force de brutalites, les Allemands ont reussi a les contraindre a se mettre au travail.

Ils leur font construire, aux environs de Laon, centre de chemins de fer important, de nombreuses voies d’evitement, pour remplacer celles qui seraient atteintes par les obus.

Ce travail s’accompagne de sevices cruels, tels que des coups de crosse. Lorsque des Frangais compatissants de la contree veulent porter a manger a ces pauvres gens, ils sont egalement l’objet de sevices graves ou sont condamnes a huit ou quinze jours de prison ou meme davantage.

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Les Beiges deportes dans cette region sont ages de seize a quarante ans; les plus vieux surtout succombent rapidement a ce regime.

— D’apres plusieurs relations, certains deportes seraient litteralement morts d’inanition.

Un fait acquis est que la nourriture donnee est tout a fait insuffisante et mauvaise. Toutes les relations affirment qu’on sert une soupe de betteraves bouiilies; plusieurs disent que les betteraves ne sont pas lavees au prealable et ajoutent que, lorsque les trains de troupes allemandes passent par Laon, on fait vider aux soldats, dans un bac, le fond des gamelles qui contiennent encore un peu de riz, et les deportes beiges doivent manger cela.

Les malheureux sont tellement tirailles par la faim qu’on les voit se precipiter sur des detritus de legumes se trouvant dans les poubelles.

Une femme qui avait mis un seau d’eau a leur portee sur le cbemin qu’ils suivent pour se rendre au travail a ete condamnee a quinze jours de prison.

D’apres plusieurs relations, on emploie aussi les deportes a creuser des tranchees en arriere du front.

— Les Beiges amenes par les Allemands sont astreints a des travaux de construction de lignes de cbemin de fer; on les entoure de fils de fer barbeles, afm que les populations ne puissent les ravitailler. Ils sont obliges, sous la garde de sentinelles et pour ainsi dire sans nourriture, de fournir un travail tel que beaucoup tombent d’epuisement a bout de forces. La population frangaise a une telle pitie pour ces pauvres gens que, bien que n’ayant pas grand’cbose a manger elle-meme, elle voudrait bien leur donner une partie de son necessaire; mais la garde autour d’eux est si rigoureuse qu’il ne peut en etre question.

Des ouvriers de Gand qui, apres avoir ete deportes sur le front allemand en France, ont du etre ramenes chez eux completement epuises et malades, ont fait devant des autorites beiges la declaration ci-apres, d’une authenticity incontestable :

Le 20 decembre 1916.

Nous soussignes, ouvriers requisitionnes de Gand, qui sommes rentres, attestons par les presentes la veracite des declarations suivantes, que nous avons faites a la « Commission de secours et d’assistance aux requisitionnes et a leur famille » aux fins d’ameliorer le sort malheureux de ceux qui ne sont pas revenus :

Notre vie a la v Gantoise », a Gand. — Nous etions places par numero, et devions nous coucher, d’aucuns dans des « bridges », d’autres par terre ou sur des copeaux.

Beaucoup de paquets furent envoyes par des membres de la famille. Des bouteilles de biere fluent achetees. Le Comite distribua des effets et des couvertures.

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Les medecins firent une visite rapide dans les salles. Tous devaient se presenter. Ceux-14 seuls qui faisaient valoir une reclamation etaient examines, devaient se deshabiller en presence des autres ouvriers de tout age et de toutes conditions.

Le manger consistait en : le matin, du cafe avec un quart de pain; le midi, de la soupe au riz ou aux choux; le soir, cafe avec une boite de plata pour dix-sept, meme pour trente-cinq personnes, et parfois aussi pour quarante-trois personnes.

Jeudi 26 octobre : depart. — Vers 10 beures du soir, places par rangees de quatre, le paquet au dos, nous fumes conduits, entre une double rangee de soldats, a la station du Rabot.

Le voyage. — Vers minuit et demi, charges sur wagons, environ quarante personnes par wagon, nous partimes par chemin de for. Arrives vers 7h 15 du matin a Mons, oil chacun re$ut une ecuelle de riz et viande. Depart vers 8h 15; nous passons par Avennes, Hirson, Verviers et Maries ou resterent quelques detachements; d’autres allerent jusqu’a Dercy- Mortier.

Arrivee. — Vers 4h 30 du soir on dut marcher a Maries pendant une heure, par une route boueuse et obscure, de telle maniere que nous devions nous tenir pour ne pas tr^bucher ou tomber dans les fosses. De cette fa<jon, nous arrivames a une grande ferme ou, au~nombre de 650 hommes, nous fumes cantonnes dans des granges et des ecuries. Plusieurs durent se coucher sur la paille repandue sur un sol d’argile. Seulement le troisieme jour, nous obtinmes des planches pour nous reposer. Une heure apres 1’arrivee, on nous servit du cafe. La moitie des hommes, deja completement extenues par le long voyage (seize beures et demie) et par la marche d’une heure, s’etaient couches habilles et n’eurent pas la force de songer a manger.

Sejour. — Ncanmoins on fut reveille au son du claircn le matin tot, a 5 heures. Les hommes refuserent de sortir sans feu ni lumiere. L’appel fut remis jusqu’a 7 heures. Ranges dans la cour de la ferme, chacun eut a se munir de sa gamelle pour aller au travail. La moitie des hommes dut partir; 1’autre moitie put rester a la ferme. Apres avoir marche pendant une heure, on nous donna des pelles, beches ou pioches et nous fumes menes jusqu’h un chantier pres du chemin de fer. Dans le lointain nous vimes des soldats du genie allemand. A cette vue, nous refusames de continuer notre chemin, faisant remarquer au sous-officier qu’a Gand on nous avait certifie que nous serions bien soignes sous le rapport de la nourriture et du logement, que nous travaillerions en Belgique et que d’ailleurs nous n’aurions rien a voir dans la guerre. Nous refusames done le travail. Les sous-ofliciers repondirent qu’ils ne pouvaient rien y faire. Nous dumes rendre les outils pour retourner bien vite a la ferme. Ensuite le samedi et le dimanche nous eumes repos.

Lundi 26 octobre : a 5 heures, appel et a 6h 30 a l’ouvrage, cette fois tous ensemble. Les outils furent apportes au travail par une vingtaine

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de soldats du genie. Tous nous declarames ne pas vouJoir travailler pour les raisons que nous etions mal soignes, que nous nous trouvions en France et non en Belgique, et que le travail avait un but militaire.

Notre commandant, assez affable, nous conseilla de travailler, sinon qu’il pourrait, en resulter des consequences facheuses. Alors le commandant alia prevenir le chef du genie qui s’avanca a cheval, accompagne d’un autre officier. L’officier nous donna 1’ordre de travailler. Nouveau refus general. La-dessus, les deux cavaliers foncerent sur nous, frapp^rent quelques-uns de leur cravacbe et nous refoulerent ainsi jusque dans une prairie situee a proximite. Des soldats ont battu egalement quelques-uns des notres. Les ouvriers continuerent k refuser, disant qu’on ne tenait pas les promesses faites a Gand. Le chef du genie fit avancer quelques-uns d’entre nous pour s’entretenir avec eux;une dizaine sortirent des rangs et rappelerent a notre commandant ses paroles a la « Gantoise » : « que nous aurions bonne nourriture et couchage et que nous ne travaillerions pas en dehors de la Belgique ». Les delegues et les travailleurs persisterent dans leur refus. A ce moment, le chef du genie ordonna a une vingtaine de soldats de charger leurs armes, d’epauler et de viser la foule. Pris de peur, quelques-uns flechrrent, et, une heure apres, tout le monde etait a 1’ouvrage, cedant a une telle menace et une telle pression.

Le travail lui-meme se fit dans les conditions les plus facheuses : par la pluie et le vent, avec des vetements trrmpes qu’il etait impossible de secher la nuit dans notre grange et qu’on devait revetir le lendemain a 1’etat mouille.

Insuffisamment nourri, chacun ressentit la terrible angoisse de la faim; il se fit que les travailleurs mangerent crus des choux, des clioux verts et des pommes de terre, et meme un herisson pris la nuit et prepare sur le poele de la ferine. Les faibles furent vite epuises, et les malades s’affalerent. Les plus solides parmi nous n’auraient pu supporter cela durant un mois, sans en eprouver des suites pendant leur vie.

La visite d’efficiers de tout grade eut lieu a differentes reprises. Chaque fois, ils firent de nouvelles promesses : le logement serait ameliore, la nourriture augmentee. Neanmoins, tout resta comme par le passe.

Les chefs d’equipe furent charges de porter a notre connaissance que nous pouvions ecrire toutes les semaines pour demander de la nourriture, que, chaque semaine aussi, un paquet de 1 kilo pourrait etre envoye. Cependant, le samedi, tout etait de nouveau change : on pouvait ecrire une fois par semaine (le samedi), nous avions le droit de recevoir un paquet de 5 kilos par mois.

L’offieier declara qu’il nous etait permis de demander a notre famille du manger (graisse, lard, etc.) et reconnaissait ainsi que nous avions trop peu.

Engagements au travail volontaire. Dimanche, 8 heures. — - Paiement de la solde a la ferme. D’abord l’offlcier fit une allocution : il venait,

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disait-il, de recevoir des ordres de Sa Majeste Imperiale pour demander aux gens de signer volontairement 1’engagement de travailler pour elle, moyennant un salaire de 4 marks pour les ouvriers et de 6 marks pour les hommes de metier. 1,80 mark serait a payer pour le logement, ce qui nous assurait ainsi 750 grammes de pain, 250 grammes de viande, avec bon potage, cafe et couchage; 1’ Administration allemande aurait procure des vetements suffisants a ceux qui n’en possedaient pas. Apres les heures de travail, cliacun etait libre d’aller ou il voulait et ne se trouvait plus sous la surveillance des soldats. L’engagement etait de six mois. Tous refuserent. Apres le paiement de la solde, 25, l’officier fit annoncer que l’engagement de six mois etait reduit a trois mois et qu’on pouvait retourner, au prealable, alamaison pendant quatre jours, pour se pourvoir du necessaire. Nouveau refus general. Peu apres, vint l’avis de defense d’ecrire ou de recevoir des paquets ou lettres.

Vetements. — Nos vetements a tous etaient insufiisants.

L’officier nous fit inscrire pour des effets et des couvertures. Jamais rien n’arriva. Une fois il vint des sabots qui furent vendus a ceux qui travaillaient deja depuis quinze jours en mauvais sabots ou en bas.

Inspection medicale. — A Gand, elle avait ete super ficielle, et ceux-la qui etaient infirmes ou atteints de maladies speciales furent seuls exemptes. Le dimanche ici, a Maries et Dercy-Mortier, eut lieu une grande visite. Les malades furent envoyes au lazaret. Deux personnes atteintes de maladies veneriennes furent expedites, sans plus ample examen, au lazaret, ou elles furent placees au milieu des autres malades, sans autres soins et y resterent jusqu’au moment oil on les mit ensemble dans une ecurie, pour attendre l’instant du depart. Aucun soin, aucune nourriture speciale ne fut prescrite pour les malades; on se borna a distribuer des pilules contre la toux pendant les trois a quatre semaines de 1’internement. Rassemblement des malades et des mineurs de toutes les compagnies des environs, a Montigny, dans une ecurie de 30 metres de longueur, ou aboutissait une fosse a purin, sans feu, et de la paille comme couchage. Un sous-officier enleva a chacun son numero et son bandeau et promit de nous laisser partir le lendemain matin tot vers 5 heures.

11 faisait tres froid, nous revetimes ceux qui etaient gravement malades de nos couvertures, et, pendant la nuit, nous faisions le tour de notre logis a fin de nous rechauffer. Le matin, a 5 heures, quand le garde vint, nous nous enquimes du train. Il ne savait rien et repondit qu’on servirait le cafe. Ce dernier se fit attendre jusque 8h 30. A llh 30, soupe a 1’orge perle et ensuite cafe avec un quart de pain pour toute la journee.

Le dimanche 19 novembre, De Crocq Jos. devint si gravement indispose que les autres malades le porterent dans , ou la

dame parvint 4 le retablir en lui pla^ant des couvertures sur le ventre et des pierres chaudes aux pieds.

Puis nous le reportames a l’ecurie, le couvrimes de nos vetements;

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a notre sens, c’est a ces precautions qu’il doit d’avoir echappe a une mort certaine.

A cette heure, des poeles furent apportes, nous dumes les placer nousmemes.

Lundi 20 novembre : a 9h 30 cafe, a 2h 45 riz et bouillon, un quart de pain et un petit morceau de fromage de Herve. Apres, on nous laissa sans manger pendant vingt-quatre beures. Nous cuisimes du froment que nous cherchions nous-memes; rien d’autre n’etait a trouver.

Visile du medecin et du commandant de Maries. — Nous nous plaignimes de notre mauvais logement et de notre famine. On nous promit plus de feu, ainsi que notre renvoi cbez nous dans le plus bref delai possible. Quelques pilules furent encore distributes, et ainsi se passa une semaine, dans Pattente de notre depart.

Le 21 novembre, les malades qui en avaient la force durent aller chercber eux-memes leur manger dans un village, a une petite heure de la. Un quart de pain, un sixieme de fromage de Herve et, a 1 heure, soupe au riz. Ils apporterent a Montigny la soupe et le pain destines aux malades gravement atteints et aux faibles qui n’avaient pas ete en etat d’aller si loin pour prendre leur manger. II se fit de la sorte qu’ils resterent vingt-cinq heures sans nourriture.

Pendant ces huit jours il nous fut impossible d’acheter quoi que ce soit, aussi a n’importe quel prix. Nous cuisions, pendant des soirees

entieres, du froment que nous avions re^u de , afin

de pouvoir apaiser notre faim de cette maniere. 250 kilos de froment environ furent consommes par les 80 malades, mais tous, apres peu de temps, furent pris de maux d’estomac.

Nous, malades, nous nous vimes obliges de trainer la cuisine de campagne, de Montigny vers un village voisin.

Le vendredi 24 novembre, le garde vint nous dire que le lendemain tot nous pourrions retourner a la maison.

Nous tachames de trouver de quoi manger. Le garde apporta du chocolat : 3 marks le paquet de 12 morceaux, il etait tres mauvais.

La dame de , laquelle etait animee de bons senti-

ments a notre egard, prepara un bon potage aux pois. Une brave sentinelle autorisa une vieille femme a nous vendre 1 kilo de riz a raison de 2£ 50. Nous le mimes a cuire avec de la confiture, et Pay ant laisse s’epaissir, il devint un bon mets pour quatre d’entre nous.

D’autres firent bouillir du ble pour f emporter en voyage. Le plus grand nombre resta eveille toute la nuit, surtout les jeunes gens de seize ans; transport es de joie ils jouerent aux cartes.

Retour. Samedi 25 novembre. — A 4 heures on nous prevint du depart. Nous resumes un quart de pain avec un petit morceau de fromage de Herve et nous partimes a pied a 5h 30 vers Maries oil nous arrivames vers 6 heures, apres avoir ete examines et non sans etre transis de froid.

Nous passames par Laon, Guise, Le Gateau (ou nous attendimes de

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4h 15 k 11 heures du soir), Aulnois, Valenciennes (2h 15), Lille (511 30), Roubaix (6!l 45 matin), Courtrai, Deynze, et arrivames a Gand-Saint- Pierre 4 9h 30, sans avoir obtenu ni k manger ni a boire durant ce long voyage de retour.

Telle est Fexistence des malheureux compagnons de travail de la ville de Gand qui sont restes en arriere et qui nous ont adresse les paroles les plus pressantes, pour faire tout ce qu’il etait possible afin d’arriver a adoucir et a am61iorer leur sort malheureux.

Nous ne voulons pas rompre nos promesses sacrees et nous avons le sentiment de remplir 4 juste Litre notre devoir, Messieurs les Membres de la Commission locale, en vous mettant au courant du sort de vos compatriotes, nos compagnons de travail, dans le but de les voir traiter comme des ouvriers contraints et requisitionnes, mais non centime des esclaves tyrannises.

Cette declaration porte la signature de vingt ouvriers de Gand. Elle a fait l’objet d’une protestation motivee des autorites beiges qui la requrent, aupres de F autorite allemande. D’apres des renseignements particulars, celle-ci aurait fait repondre que le sort des deportes etait bon et qu’il etait superflu de leur envoyer autre chose que des douceurs, du tabac, etc.

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