ANGE PITOU ET SON JOURNAL
formes qui ont été admises dans l'exécution et les différents portraits qu il trace des agents coloniaux, Jeannet, Burnel et Victor Hugues ne laissent aucun doute à cet égard. A pénétrer l'esprit de tous les détails on voit que i auteur attribue à ces seuls agents et à leurs subordonnés, qu'il accuse d'une cu- Didité sans bornes, tout ce que les déportés ont souffert. On observe toutefois que l'auteur s' est étendu beaucoup moins sur la gestion du citoyen.
Hugues que sur celle des autres
vrage, au surplus, a un autre but que celui de la spéculation ordinaire, au moyen de Vintérêt qu'il présente, en dépit
de V extraordinaire incorrection du style, ce ne peut être que celui de montrer que la déportation à Sinnamari était, en quelque sorte, une mort lente mais certaine. On trouve, en effet une énumération de ceux qui ont péri dans la traversée ou dans la colonie et le total des morts s'élève à un tiers environ... Ce détail, concluait le préfet, peut donner un dégoût imprescriptible pour une colonie précieuse au gouver-
Ange Pitou ne"-:: '■ usons
place Saini-Genuain-r Auxerrois.
Le chanteur parisien, dessin et gravure de Pitou.
lO LES DEPORTES DE FRUCTIDOR
nement... En aucun cas, V ouvrage ne pourrait être publié sous le titre de Voyage forcé (1). »
Parai trait-il "^ Ce n était certes pas le désir des bureaux. Pouvait-on permettre à un ancien déporté de faire ainsi le public juge de sa cause? Fouché, circonvenu, donna l'ordre de vérifier la cause de la déportation et le doux Havin estima « qu'un individu sous le coup d'un jugement de déportation, doit demeurer à la disposition du ministre de la Justice, sauf r intervention du ministre de la police (2) ». Le premier résultat de cet avis fut une note au ministre pour lui proposer de faire arrêter Pitou. « // avait été envoyé à Cayenne avec les prêtres dont la déportation était ordonnée par les lois et les décrets du Directoire. Ces derniers par des mesures postérieures ont été rappelés. Pitou déporté est revenu avec eux en France. Son retour était Juste., car rien n'a encore arrêté que Cayenne etla Guyane seraient le lieu oii l'on enverrait les déportés par jugement., mais on n'aurait pas dû le mettre en liberté. On aurait du le laisser en arrestation et le tenir à la disposition du ministre de la Justice pour le conduire dans le lieu qui serait fixé. L'autorité administrative ne peut dans aucun cas soustraire un individu aux peines prononcées contre lui par un jugement. Pitou est dans ce cas. La peine est prononcée dans le code pénal. Il l'aurait subie si on avait désigné le lieu oii il doit la subir. Le défaut de signification ne peut changer son état » (3).
Le 22 floréal un mandat était décerné. Ange Pitou était, trois jours après, enfermé provisoirement à Sainte-Pélagie et confié aux soins du concierge Bochaut. Il était /«, pêlemêle avec les Septembriseurs., avec les imprimeurs Lebois et Vatar, avec le célèbre marquis de Sade (k) et on lui annonçait qu'il serait prochainement conduit à Vile d'Oléron. Il demeura dix-huit mois à Sainte-Pélagie, multipliant les lettres. Le 21 juillet 1803, on l'avertit que le départ était
(1) Archives nationales, F7 6 313. Dos. 6 569.
(2) Archives nationales, 14 floréal, F"? 6 31.S. Dos. 6 569
(3) Archives nationales, F? 6 313. Dos. 6 569.
(4) Ange Pitou, Analyse de mes malheurs, 98.