‹ Les députés de la Provence à l'Assemblée nationale de 1789Chapitre 14 sur 38 · DURAND DE MAILLANE · texte numérisé non relu

DURAND DE MAILLANE

AVOCAT

DÉPUTÉ DU TIERS ETAT

(SKJiÉCHAlSSKE d'aRLES)

Né à S'-Rômy, le 1" novembre 1729, Pierre-Toussaint Durand de Maillane était avocat au parlement d'Aix, lorsqu'il fut élu député à l'Assemblée nationale par le tiers état de la sénéchaussée d'Arles. Il s'était déjà fait connaître par d'importants travaux sur le droit canonique. Dès son entrée à l'Assemblée, il fut nommé membre du comité ecclésiastique et fut un des premiers f[ui pensèrent que le législateur devait considérer le mariage sous le seul rapport du lien civil.

En rendant compte de son Histoire apologétique du comité ecclésiastique de V Assemblée natiomde'^), le rédacteur du Moniteur s'exprimait ainsi:

« La réforme du clergé de France et la disposition qu'on a faite de ses biens, ont sauvé l'État, ont sauvé même la religion : mais elles ont détruit dans leur source l'intolérance et le fanatisme ; en renversant les abus, elles ont dépouillé ceux qui en vivaient, ou plutôt qui en tiraient des richesses scandaleuses ; elles ont ramené l'Église à sa première pureté ; et c'est là surtout ce que les chefs de l'Église ne leur pardonnent pas. Ils inculpent à grands cris l'Assemblée nationale constituante et son comité ecclésiastique : il était naturel qu'un membre de ce comité le disculpât publiquement, lui et l'Assemblée » (2\

Élu, le 6 septembre 1791, membre de la Convention par le département des Bouches-du-Rhône, le cinquième sur onze, avec 721 voix

(1) Paris, chez M. Buisson, imprimeur libraire, rue Ildulefouille, ii» 20— 179).

(2) Réimpression du Moniteur, tome X, p. 199.

(728 votants), Durand de Maillane s'assit d'abord à côté de Potion, puis il se sépara des Girondins pour prendre place dans la Plaine, et exprima ainsi son opinion dans le procès de Louis XVI, au deuxième appel nominal (question de l'appel au peuple) « Citoyens, dit-il, nous devons une explication à l'Assemblée. Au moyen du mandat que j'ai reçu, le pouvoir de juger le ci-devant roi m'a été donné; mais la nation ne m'a pas délégué sa souveraineté, et il est aussi juste que nécessaire de lui en attribuer l'exercice dans tous les actes qui intéressent la nation entière. Je trouve que le décret qui va être rendu intéresse tous les citoyens, et je ne dois pas sacrifier des principes à des considérations qui n'ont rien de certain, puisque les mêmes considérations donnent lieu ici à la plus grande diversité d'opinions. Ainsi je conclus pour le oui ». — Au troisième appel nominal (la peine), il dit : « L'Assemblée a décrété que le jugement serait rendu à la pluralité des suffrages. Ce n'est donc qu'en législateurs que nous prononçons. Pour la sûreté générale, pour l'affermissement de la liberté j.ublique, je trouve plus d'inconvénients à la mort de Louis qu'à son existence. J'opine pour la réclusion do Louis jusqu'à la paix et le bamiissement à cette époque ».

Sa tête fut mise à prix à Marseille, en raison de son attitude à la Convention; il accusa les Jacobins d'avoir pro\oqué cette mesure contre lui et leur voua dès lors une haine implacable. Secrétaire de la Convention, le 30 mai, il fut dénoncé comme l'auteur d'une lettre adressée à la commune d'Aix contre les journées des 31 mai, 1" et 2 juin. Cependant il resta dans la Convention, mais il garda, pendant quelques mois, un silence prudent.

Le 9 thermidor (27 juillet 1794), comme Robespierre faisait appel aux « hommes vertueux «le la Plaine », Durand de Maillane, le jugeant perdu, lui lança cette apostrophe, qui fut le signal du soulèvement de la majorité contre lui : « Scélérat 1 La vertu dont tu profanes le nom doit te traîner à l'échafaud ». Durand de Maillane fut ensuite un des

agents les plus actifs de la réaction thermidorienne, dénonçant plusieurs de ses collègues et pressant TAssemblée de dissoudre partout les clubs de Jacobins. En avril 1795, il fit réintégrer aux armées le général de Prez-Crassier, destitué précédemment, et parla en faveur de l'impôt en nature. Le 6 mai, il fut nommé pour compléter la commission des onze ; le 21, il fît étendre à tout rassemblement illégal le décret contre les insurgés de prairial, et provoqua en outre l'arrestation de plusieurs représentants. En juillet, il fut envoyé dans le Midi, y poursuivit les débris du parti Montagnard, toléra les massacres qui ensanglantèrent la Provence, et couvrit de sa protection les bandes connues sous le nom de Compagnies de Jésus ^L Nommé député des Bouches-du-Rhône au Conseil des Anciens, le 23 vendémiaire an IV, par 245 voix sur 264 votants, il y apporta le même esprit ; s'opposa, le 7 janvier 1796, à l'exclusion de Job-Aymé, et parla en faveur des parents des émigrés. Il fut élu secrétaire le 19 juillet, vota le rétablissement de la contrainte par corps, s'opposa à ce que les électeurs fussent soumis au serment républicain ei sortit du Conseil, le 20 mai 1797. A la suite du 18 fructidor, accusé d'avoir favorisé la rentrée des émigrés, il passa quelque temps à la prison du Temple ; mais son grand âge le fit échapper à la déportation et il fut mis en liberté, le 25 février 1798. Il adhéra plus tard au coup d'état de brumaire et rerut de Bonaparte le poste déjuge à la cour d'appel d'Aix, qu'il occupa jusqu'en 1809, époque de sa mise à la retraite. Il mourut à S'-Rémy, le 14 août 1814.

(1) Des bandes royalistes s'organisèrenl après le 9 lliermidor, sous le nom de Compagnies de Jehu. Le peuple, ne connaissant guère Jéliu, destructeur de la maison d'Achab, leur donnait le nota de Compagnies de Jésus.

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