‹ Les députés de la Provence à l'Assemblée nationale de 1789Chapitre 26 sur 38 · ABBÉ MOUGINS DE ROQUEFORT · texte numérisé non relu

ABBÉ MOUGINS DE ROQUEFORT

CLKÉ DE GHASSB

DÉPUTÉ DU CLERGÉ

(sÉ.NKCHAUSStE DE DUAGLICNAN)

L'abbé Antoine-Boniface-Charles Mougins de Roquefort, né à Grasse, le 21 avril 1732, était curé de cette ville, lorsqu'il fut élu député à l'Assemblée nationale, par le clergé de la sénéchaussée de Draguignan.

(i; Tome 1", p- 1^^-

Le 15 juin 1789, M. l'abbé Mougins de Roquefort, un des premiers, entra dans l'Assemblée et prononr-a le discours suivant :

« Messieurs, il me tardait de me rendre dans la salle nationale, pour procéder, avec le concours des ordres, à la vérification des pouvoirs, et travailler de concert à l'œuvre de la régénération publique.

« Des motifs de prudence, Tespoir de paraître avec tous mes co-députés, avaient suspendu mes démarches, sans affaiblir mes sentiments, ni altérer mes résolutions.

« Mais il ne m'est plus permis de différer ; je dois céder à mon devoir et à l'intérêt de l'État. Ma joie sera à son comble, dès que, mes pouvoirs étant légalement reconnus, je pourrai, comme vrai représentant de la nation, m'occuper sans délai des grands objets qui nous rassemblent et contribuer avec vous, messieurs, mes frères et mes amis, à la gloire du trône, au bonheur de l'État, à la félicité générale.

« Il me reste un dernier vœu à former ; il est digne de l'auguste et saint ministère que j'exerce : c'est celui de l'union générale des sentiments ; c'est celui de voir arborer, par les classes de tous les citoyens qui composent les États généraux, l'olivier de la paix et de la concorde. N'abandonnons jamais, messieurs, ce doux espoir ; il serait consolant pour la nation et bien précieux à mon cœur.

« Mes pouvoirs sont compris dans les mêmes actes que ceux des autres députés de la sénéchaussée de Draguignan. J'en demande la vérification ».

L'Assemblée applaudit vivement au discours de M. Mougins. Ses pouvoirs sont reconnus légitimes ; il ^a prendre place sur les bancs du clergé iU.

15 juin 1790. — M. l'abbé Mougins de Roquefort : « Si vous laissez

(1) Réimpression du Moniteur, lome !«', p. 70. A la page 50î? du même volumo, il est dit que M. Mougins do Roqucfûrt donna sa démission, mais celle nouvelle ne lui point conûrmée.

aux évoques la nomination des vicaires supérieurs, vous verrez bientôt des jeunes gens sans expérience, élevés à ces places, devenir des maîtres en Israël, et se permettre de donner des leçons de morale à des ecclésiastiques vertueux et expérimentés » (MoiiiteuVj tome IV, p. 636).

17 décembre. — M. Mougins, curé de Grasse, prêta le serment civique ci-après, qui venait d'être voté :

a Je jure de veiller avec soin aux fidèles dont la direction m'est confiée. Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi. Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution française et notamment les décrets relatifs à la Constitution civile du clergé » (Moniteur, tome VI, p. 738).

9 avril 1701.— M. l'abbé Mougins est élu secrétaire de l'Assemblée.

La vie publique du député de Grasse est résumée dans les documents qui précèdent. Voici quelques indications plus intimes qui nous sont fournies par une personne f[ui est en situation d'être bien informée :

« Le rôle du curé Mougins a été celui d'un pasteur, d'une piété exemplaire, bon, charitable, tendrement aimé de ses paroissiens, qui ne rechercha pas les honneurs de la députation ; qui se renfermait, sans bruit, dans ses austères devoirs religieux. Mais, comme son frère, il aimait le tiers état, et, comme lui, il était pour de sarjcs et prudentes réformes. Le clergé du second ordre, le bas clergé, comme on rappelait alors, avait toute sa sollicitude. Avant d'être curé, il avait été directeur du séminaire de Grasse, et il avait ainsi préparé la jeune génération aux saintes fonctions. De là sa popularité, qui participait beaucoup de celle de son frère. Il fut au Jeu-de-Paume, avec son frère. On voulut le faire évéque ; il se laissa poser candidat et fut heureux de succomber contre un autre candidat, Rigouard, curé de la Farlède, trop rapproché de la plus grande partie des électeurs à Toulon pour ne pas obtenir le succès. Si le sort l'avait fait élire, il aurait su mériter, tout comme un membre de la noblesse de Provence,

Tabbé de Villeneuve, élu alors cvèque de Digne, l'estime publique par ses hautes vertus et une sage administration. Il avait cru devoir, en bon citoyen, prêter le serment de fidélité à la Constitution, comme un très grand nombre d'ecclésiastiques de sa région.

« De retour de l'Assemblée, il vécut uniquement dans les pieux devoirs de sa cure. Il mourut à Grasse, le 22 septemljre 1793. Avant sa mort, il avait rétracté son serment civique » d).

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