‹ Les deracines (volume 2)Chapitre 14 sur 31 · LA FRANCE DISSOCIÉE ET DÉCÈRÉBRÉE · texte numérisé non relu

LA FRANCE DISSOCIÉE ET DÉCÈRÉBRÉE

Depuis leur sortie du lycée, soit quatre années, ces jeunes Français veulent agir. En Lorrraine, isolés et dénués, enfoncés dans l'inertie, Tennui, la mort, ils aspirèrent à Paris. Ils le tenaient pour un centre où ils pourraient collaborer à de grands intérêts. Ils s'y trouvent seuls, ignorés de tous, ne sachant avec qui se concerter, tourmentés par leur activité sans emploi. C'est alors qu'ils organisent ce syndicat. A défaut d'un point de ralliement et d'entente que leur offriraient des groupes naturels importants, ils entreprennent de faire eux-mêmes un corps... Autour de quoi? à quelle fin? C'est la question que pose le bon sens de Suret-Lefort, de Renaudin.

Quelque chose d'imaginaire, comme la figure de Napoléon en 1884, ne peut pas fournir à des unités juxtaposées la faculté d'agir ensemble. Bonne pour donner du ressort à certains individus, cette grande légende ne peut donner de la consistance à leur groupe, ni leur inspirer des résolutions. Où les sept bacheliers peuvent-ils se diriger, pour quels objets se dépenser, à quelle union s'agréger?

de la vigueur, de la confiance en soi, la connaissance de leurs origines et de leur but. Ils sont nés d'un mouvement de haine contre la forme sociale existante et luttent pour Tanéan tir, cependant queTadministration cherche à les 'écraser.

Quant à la noblesse, qui, avec les bureaux, la religion et la terre, encadrait et constituait l'ancienne société, c'est une morte : elle ne rend aucun service particulier, ne jouit d'aucun privilège, et, si l'on met à part quelques noms historiques qui gardent juste»ment une force sur les imaginations, elle ne subsiste à l'état d'apparence mondaine que par les expédients du rastaquouérisme.

Voilà les groupements distincts qui devraient coopérer, en exécutant chacun sa tâche propre, à un effet final et total qui serait la prospérité de la communauté française. Voilà les masses selon lesquelles la nation est ordonnée. Sur les vigoureuses épaules de ces diverses équipes sont portés tous les hommes influents, tous ceux dont le nom est prononcé avec amour ou respect. Ils semblent exister par eux-mêmes : ils n'ont de solidité que s'ils sont installés sur ces blocs. L'homme soutenu, soit par les bureaux, soit par l'une des deux Églises de la révélation et de la science, soit par la terre, soit par l'argent de banque et d'industrie, soit par les associations ouvrières, c'est une puissance. Et celui qui représenterait, qui unirait en lui ces divers syndicats, serait l'homme national, le délégué général, le chef.

Mais entre ces divers groupes d'énergie, — nous venons de le constater quand nous essayions de les caractériser très brièvement, — il n'y a point de

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