‹ Les deracines (volume 2)Chapitre 25 sur 31 · A BOUTEILLER, LA LORRAINE RECONNAISSANTE · texte numérisé non relu

A BOUTEILLER, LA LORRAINE RECONNAISSANTE

Dès cet été de 1885, on peut commencer à calculer les conséquences .du crime de Billancourt: elles continuent à se développer par retentissement à travers le monde. Couper le cou à Racadot, c'est de la prudence, mais nulle expiation ne peut faire qu'un acte n'ait pas été commis. Nous avons entendu des individus d'un même plan social apprécier diversement un même cas, dont nul d'ailleurs ne méconnaît Fatrocité. Mais le curieux, c'est moins les sentiments déterminés en chacun d'eux par cette crise que les rapports nouveaux qu'elle institua entre eux.

Bouteiller, préoccupé de se couvrir, disait : — Ce misérable Racadot était un garçon d'intelligence pratique, nullement un théoricien. Il a tué pour assurer l'existence de son journal. L'idée de fonder la Vraie République a dû lui venir d'un nommé François Sturel, qui précisément en fut le directeur, esprit brillant, mais inquiet et sans discipline sociale. Quant aux divagations sur le « parasitisme » par lesquelles il a voulu donner du ton à son infamie, nul doute qu'il ne les tienne du jeune Rœmerspacher,

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garçoafort dîsttDgué d'ailleurs et que Taine estime... Le piquant, apràs le tapage des cléricaux, c'est que ce petit monde jadis m'a fait des déclarations, selon moi, anti-républicaines.

Cet historique superficiel se déformait & passer de bouche en bonche, et bieutdt ne tendait à rien moins qa'i incriminer Storel et Rœmerspacber. Chez madame de CouIoDvaux, madame Alison répétait avec complaisance :

— Je me sais totgours défiée des relations de H. Sturel. Je savais bien qu'il vivait avec des coquins.

Entre la jeune fille et Stnrel, jamais, en somme, de promesse n'avait été échangée. Après le drame et poar échapper à de continuelles et pénibles interrogations, il quitta cette rue Sainte-Beuve, s'installa sur larive droite, puis devança l'époque des vacances. C'est & Neufch&teau, par un bruit du pays, qu'il sut Thérèse fiancée au baron de Neltes.

Au Palais et dans les bureaux de rédaction, quelques rumeurs f&cheuses associaient Suret-Lefort et Bouteiller. Le proresseur passait pour être intervenu en faveur de personnes compromises, et, deux ans plus tard, on devait raconter que Racadot était son agent chargé de lui organiser un journal. Dana cet été de 1885, toutefois, le crime de Billancourt le servit, et de la façon la plus imprévue.

L'évéque de Nancy, prenant texte des fameuses déclarations de Racadot, avait publié un manifeste contre la philosophie officielle de la République. Ces attaques firent du professeur le représentant de l'euseignement moderne et de la culture scientifique. Courageusement, comme dirent ses amis, il vint &

Nancy, aux lieux mêmes où oa Taccnsait d^avoir démoralisé la jeunesse, faire appel à ses anciens collègues, à ses ^èves, à leurs familles, à leurs con* citoyens. Dans une conférence publique et dans plusieurs réunions privées, il fut de premier ordre. Le journal de Tévéché riposta. Uéaie les électeurs indifférents à ces généralités confuses jugèrent cette polémique plutôt favorable à M. Bouteiller. Il leur parut excessif qu'on attribuât une part de .responsabilité dans un assassinat à un homme dont il était impossible, après qu'on l'avait entendu parler, de contester Taustérité personnelle et le sentiment élevé du devoir.

Ce fui une préparation des plus utiles à sa candidature, qui prit ainsi un sens supérieur.

Une sérieuse difficulté restait à surmonta : — - Targent. Â peine si Bouteiller possédait 4 à 5,000 francs d'économies. Le congrès qui se réunit à Nancy et désigne les candidats républicains, a coutume, c'est inrai, de rassembler uae certaine somme pour les frais de la campagne, mais il exige que chacun des candidats sHnacrive lui-même pour 10,000 francs. La difficulté, d'ailleurs, n'est pas là« Pour paraître en bonne posture devant ce congrès qui, en réalité, décide de Télection, il y ades dépenses préliminaires. Le passage de Bouteiller au lycée de Nancy a laissé d*heureux souvenirs; sa polémique avec Tévèque le sert, mais tout de même il est un étnnger : grave objection pour le Lorrain d fiant. Cest excellent d'avoir obtenu du gouvernement une perception pour le député sortant, à demi ruiné par les charges de son mandat : heureux de cette bonne retraite, il va présenter Bouteiller à ses électeurs

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