‹ Les deracines (volume 2)Chapitre 26 sur 31 · A BOUTEILLER, LA LORRAINE RECONNAISSANTE · texte numérisé non relu

A BOUTEILLER, LA LORRAINE RECONNAISSANTE

influents, llilais il faut que la presse s'en mêle. 11 faut qu'à Nancy Bouteiller subventionne de 30,000 francs te Lorraine républicaine^ journal d'une grande autorité, probablement mal administré et dont les actionnaires, déjà engagés pour 500 francs chacun, sont las de faire des sacrifices. Il faut aussi qu'à Pont-à-Mousson il fonde un journal bi-hebdomadaire. Les élections, en apparence, se feront au scrutin de liste; en fait, c'est le député de Pont-à-^ Mousson (une fraction de Nancy, les cantons de Pontà-Mousson et de Nomeny) qu'il s'agit de remplacer. Bref, tout réglé modestement et dans les circonstances les plus favorables, c'est 50,000 francs à trouver.

Bouteiller est une valeur de premier ordre. En outre, sa passion le porte d'une telle violence versle Parlement qu'il considère de son devoir d'y entrer: en effet, si fort qu'il se contraigne, il ne peut plus accomplir de toute son âme, comme il se l'était imposé, sa tâche professionnelle. Dès lors, l'honnêteté le force à descendre de sa chaire.

Est-il admissible que, promis à un si bel avenir politique, et avec ses relations, il se laisse arrêter par une question d'argent?... 11 ne serait pas celui que nous supposons, si une difficulté de cette catégorie lui fermait la vie publique. Et, d'autre part, notre société serait à la fois à flétrir et à plaindre, si elle était privée du concours d'un tel serviteur faute de 50,000 francs.

Tant d'honmies, qui ne connaissent l'aclion que par l'histoire et les belles biographies, diront, considérant le cas d'une façon abstraite : « Qu'est-cequ'une difficulté d'argent? 50,000 fr., cela se trouve tou-

jours quand on peut devenir ministre I » Ils citeront cent hommes d'Ëtat aussi dépourvus et qui surent y remédier... Il faudrait connaître le pourcentage de ceux qui précisément se perdirent par leurs expédients pécuniaires. Et ceux qui surnagèrent, les triomphateurs, acceptèrent plus de choses vulgaires, ennuyeuses, vilaines et faites pour blesser notre délicatesse, qu'il n'en subsiste dans leur biographie.

La vie est une brutale. Nul n'est contraint de se donner à la politique active, mais celui qui s'en mêle ne crée pas les circonstances ; on n'atteint un but qu'en subissant les conditions du terrain à parcourir.

Quels moyens Bouteiller a-t-il de faire de l'argent?... Souvent un parti politique possède une caisse électorale. Il la remplit par des ventes de services, s'il occupe le pouvoir, ou par des ventes d'espérances, s'il est dans l'opposition. Mais solliciter Taide d'un parti, c'est s'engager envers un chef. Bouteiller entendait débuter ^u Parlement en toute liberté. Certes, il eut été fort beau qu'un patriote, partageant les idées de l'éminent professeur, le dotât du nécessaire. Mais à un tel patriote, il faut généralement offrir, par bonne réciprocité, une croix de la Légion d'honneur, et c'est le moindre article d'échange dans les opérations des parlementaires.

Bouteiller, avec ses habitudes de travailleur, répugnait à admettre que l'argent ne fût pas représentatif d'un travail réel. Aussi était-il prédisposé à préférer, entre tous les expédients, la combinaison que lui ménagea le baron Jacques de Reinach. Il prit en main l'organisation de l'enthousiasme pour la Compagnie du Panama*

Page 1