A BOUTEIIXER, LA LORRAINE RECONNAISSANTE
Gœury annonça qu'il attaquerait violemment la candidature de cet étranger : « Les commerçants de Nancy, les industriels, de Frouard à Pont-à- Housson, et les cultivateurs de la Seille n'ont que faire d'un professeur imposé par des journalistes. » Ce double argument pouvait nuire. L'alcoolique ne voulait pas entendre raison : Bouteiller dut s'en émouvoir. Son comité étudia les moyens de réconcilier ces deux imbéciles. Lui-même enfin décida qu'on brusquerait. Ses agents firent boire Gœury toute la nuit, la veille du congrès, et quand il se présenta, on l'expulsa, vu son iVresse manifeste. Les opposants, privé du discours qu'ils espéraient, n*osèrentbouger. L'autoritaire Bouteiller futchoisi.. . Dans les élections de cette sorte, qu'on peut dire à deux degrés, toute la difficulté est devant le congrès; Bouteiller, désigné comme candidat complémentaire de la liste républicaine unique, fut élu le 4 octobre 1885.
Suret-Lefort s'était mis pour cette campagne à la disposition de Bouteiller. DeBar-le-Duc, où il passait les vacances, il venait à Nancy pour les. grandes réunions et demandait la parole, « en qualité d'ancien élève^ qui rend témoignage à son maître ». Trois jours après le scrutin, c'est ce même thème qu'il développa, lors du « punch d'honneur et d'adieu », offert sur l'initiative de la Lorraine Républicaine au député prêta gagner son poste. La salle du gymnase mimicipal était pleine. Gomme il arrive après un succès, on eût difficilement trouvé dans Nancy un électeur qui crût avoir voté contre l'élu. Le jeune avocat, déjà séduisant par sa jolie taille et par son
m LES DÉRACINÉS
autorité, détachait chaque syllabe delà foçoh la pitrs nette et la plas agréable.
— Monsieur, disait-îl, vous allez siéger dans une grande et honorable assemblée ; après avoir élevé le niveau moral de notre région par votre enseignement, vous allez maintenant hausser le ton du concert paiv lementaire, et, parla, de toute la France, en exprimant nos volontés que vous interpréterez. Il y a quelques années, nous vous remettions notre intelligence, et nous vous avons vu à Tœuvre; aujourd'hui nous vous remettons nos intérêts complets. Vous leur ferez honneur, n'est-ce pas, Paul Bouteiller?... Après les adolescents, voici que les hommes se mettent daits vos mains. Nous qui sommes la frontière et qui sentons plus qu'aucune partie du pays la nécessité d'être un roc, nous n'aurions pas assez de nos régiof^ents, de nos forteresses, de nos trésors de guerre généreusement constitués par Thumble épargne, si nous ne pouvions appuyer sur un bon citoyen toute Tâme lorraine...
Des acclamations interrompirent Suret-Lefort, si chaleureux sous sa glace extérieure; de toute la salle, sous les trapèzes, à côté de la perche lisse et par^dessus les tremplins, des bras tendus désignaient le député, magnifique vraiment en redingote, avec ses bras croisés, son teint blême, ses cheveux noirs, ses yeux brillants et son beau front. Il allait parler... Fort raisonnablement, pour reposer le public sans le refroidir, le directeur de la Lorraine républicaine fît d'abord donner la musique. Cependant Dardinier, que Ton avait chargé dans cette belle fête d'organiser le punch, la, bière et, cemme il disait, « toute la limenade », ordonna aux garçons de servir, et quand la dernière
A BOUTEILLEK, LA LORRAlt
DOte eut expiré, levant son v( voix sympathique de pochar
— A Bouteiller, la Lorraii
— Matin ! — dit Suret-L teiller, — en a-t-il, un acceii
Et tandis qu'on applaudi pour son grand discours de répondit :
— Tout à l'heure, mon cl traitiez si généreusement, j'a j'ai'ppédit, vous vous en sou que j'admirais surtout, c'est point affranchi de toute înL lement, de touLe particuluril