‹ Les deracines (volume 2)Chapitre 28 sur 31 · A BOUTEILLER, LA LORRAINE RECONNAISSANTE 4S · texte numérisé non relu

A BOUTEILLER, LA LORRAINE RECONNAISSANTE 4S

ami particulier de MM. de Freycfnet, C3éiaenceaa, et de nombreux parkmfiittaires, rengagement de lai verser dix millions le jour où cette loi sera voté^^.

Ces messieurs du Panama, habitués aux maîtres chanteurs, admirent un homme de grand talent qui va être député, qm aura de Tautorité, qui vient de leur fournir un travail réel et qui se contente de cinquante mille francs. Tous les gens d'esprit, sans connaître le moyen de. Bouteiller, Tapprouveat « d'avoir su faire le nécessaire ». Lui-même se félicite d'un expédient que de plus en plus il juge raisonnable : il pressent qaé ces premières relations, outrequ'elles permettent sa réussite à Nancy, comporteront d'excellentes suites. Une fois le canal creusé et sa propre situation affermie, pourquoi n'entrerait-il pas au Conseil d'administration de la Compagnie ?jTl y trouverait les ressources fixes qui seules assurent l'indépendance et l'honorabilité d'un homme politique.

Ces cinquante mille francs furent à Bouteiller presque aussi utiles que les attaques derÉvêché. Il eut la satisfaction de vérifier la sagesse de ses pronostics : l'habileté du directeur de la Lorraine républicaint et du député sortant, la propagande de la feuille bihebdomadaire, le Mussipontin rural, qu'il avait féndée, dissipèrent chaque jour le plus gros des répugnances locales. Bref, le candidat exotique arrivait plein d'espoir au jour du congrès, quand, la surveille, le plus médiocre accident faillit tout compromettre.

Il y avait deux délégués, Gowiry et Dardinier, de petite bourgeoisie aisée, fameux dans la région pour leur ivrognerie.^Elles les déconsidérait; mais, cra-

puleux, dépensiers et très répandus, ils possédaient une influence électorale. Gœury soutint qu'il boirait plus de bière que son grand ami Dardinier : Tautre pochard releva le défi. Excités par les rires de la brasserie, ils convinrent que le perdant paierait un beau cercueil, à charge pour le gagnant de le placer dans sa chambre à coucher. Dardinier, après une série indéfinie de litres, fut empêché de faire couler la bière de Texte rieur à Tintérieur par un flot qui venait en sens contraire; il se consola d^être le second en pensant que, dans toute autre société, il eût été le premier. Il s'exécuta sans mesquinerie : le cercueil fut en cœur de chêne avec des cuivres ciselés. Goeury, comme il était convenu, le plaça près de son lit. La nuit, le bois travailla et, d'autre part, l'alcool travaillait l'homme : souvent il avait des mouches dansantes devant les yeux et d'insupportables fourmillements sur tout le corps; il se crut étendu dans la funèbre gaine et dévoré par la vermine. En vain, avec l'aube, prit-il courage : après sept nuits, il portait le cercueil au fond de son jardin. Dardinier. indigné exigea qu'il le remît en place. De la Brasserie Viennoise, le rire avait débordé au « Point Central », aux « Deux Hémisphères » et sur tout Nancy, qui commentait les cocasseries de ces deux malpropres. Gœury, après un nouvel essai, fiévreux, n'en pouvant plus, expédia le fatal objet dans la chambre à coucher d'une bicoque qu'il avait à la campagne. II satisfît, cette fois, les rieurs, mais irrita Dardinier si fort que des mots ils en vinrent aux claques.

On était à deux jours du congrès. Dardinier était connu comme partisan de Bouteiller, parce qu'il avait une action de la Lorraine républicaine;

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