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LA FRANGE DISSOCIÉE ET DÉCÉRÉBRÉE

DEPUIS leur sortie du lycée, soit quatre années, ces jeunes Français veulent agir. En Lorraine, isolés et dénués, enfoncés dans l'inertie, l'ennui, la mort, ils aspirèrent à Paris. Ils le tenaient pour un centre où ils pourraient collaborer à de grands intérêts. Ils s'y trouvent seuls, ignorés de tous, ne sachant avec qui se concerter, tourmentés par leur activité sans emploi. C'est alors qu'ils organisent ce syndicat. A défaut d'un point de ralliement et d'entente que leur offriraient des groupes naturels importants, ils entreprennent de faire eux-mêmes un corps... Autour de quoi? à quelle fin? C'est la question que pose le bon sens de Suret-Lefort et de Renaudin.

Quelque chose d'imaginaire, comme la figure de Napoléon en 1884, ne peut pas fournir à des unités juxtaposées la faculté d'agir ensemble. Bonne pour donner du ressort à certains indiv idus, cette grande légende ne peut donner de la consistance à leur groupe, ni leur inspirer des résolutions. Où les sept bacheliers peuvent-ils se

dirig^er, pour quels objets se dépenser, à quelle union s'agréger?

Les forces vivantes de notre pays, ses groupes d'activité, ses principaux points d'union et d'énergie, dans l'ordre matériel ou spirituel, c'est aujourd'hui :

1° Les bureaux, c'est-à-dire l'ensemble de l'administration, où il faut bien faire rentrer l'armée. — Qu'on aime ou blâme leur fonctionnement, ce sont eux qui supportent tout le pays, et, s'ils ont contribué pour une part principale à détruire l'initiative et la vie en France, il n'en est pas moins exact qu'aujourd'hui ils sont la France même. Il faut bien les respecter et les appuyer, quoi qu'on en ait : car, après avoir diminué la patrie par des actes qui n'ont plus de remèdes, ils demeurent seuls capables de la maintenir.

2° La religion. — Si l'on veut, nous possédons la catholique, la protestante et la juive; mais, à voir de plus haut, la France est divisée entre deux religions qui se contredisent violemment, et chacune impose à ses adeptes de ruiner l'autre. L'ancienne est fondée sur la révélation; la nouvelle s'accorde avec la méthode scientifique et nous promet par elle, sous le nom de progrès nécessaire et indéfini, cet avenir de paix et d'amour dont tous les prophètes ont l'esprit halluciné.

3° Les ateliers agricoles, industriels ou commerciaux. — Ils se proposent de produire l'argent et sont eux-mêmes à la merci de ses

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manœuvres. Le capital agiote, détruit, devient de plus en plus international et aspire à n'être pas solidaire des destinées françaises.

4° D'innombrables associations de toute espèce, que les bureaux dépouillent d'initiative, d'indépendance. Parmi elles, seuls les syndicats ouvriers ont de la vigueur, de la confiance en soi, la connaissance de leurs origines et de leur but. Ils sont nés d'un mouvement de haine contre la forme sociale existante et luttent pour l'anéantir, cependant que l'administration cherche à les écraser.

Quant à la noblesse, qui, avec les bureaux, la religion et la terre, encadrait et constituait l'ancienne société, c'est une morte : elle ne rend aucun service particulier, ne jouit d'aucun privilège, et, si l'on meta part quelques noms historiques qui gardent justement une force sur les imaginations, elle ne subsiste à l'état d'apparence mondaine que par les expédients du rastaquouérisme.

Voilà les groupements distincts qui devraient coopérer, en exécutant chacun sa tâche propre, à un effet final et total qui serait la prospérité de la communauté française. Voilà les masses selon lesquelles la nation est ordonnée. Sur les vigoureuses épaules de ces diverses équipes sont portés tous les hommes influents, tous ceux dont le nom est prononcé avec amour ou respect. Ils semblent exister par eux-mêmes : ils n'ont de solidité que s'ils sont installés sur ces blocs.

L'homme soutenu, soit par les bureaux, soit par l'une des deux églises de la révélation et de la science, soit par la terre, soit par l'argent de banque et d'industrie, soit par les associations ouvrières, c'est une puissance. Et celui qui représenterait, qui unirait en lui ces divers syndicats, serait l'homme national, le délégué général, le chef.

Mais entre ces divers groupes d'énergie, — nous venons de le constater quand nous essayions de les caractériser très brièvement, — il n'y a point de coordination... Bien au contraire, ils s'appliquent à s'annuler. Manifestement, notre pays est dissocié.

Eux-mêmes, ces fils de l'Université si désireux de jouer un rôle, ne sont reliés à aucune de ces grandes forces éparses. Peut-être, à les examiner a^ec complaisance, surprendrait-on chez deux d'entre eux des éléments de sociabilité. — Saint- Phlin aime et comprend son patrimoine de Varenues. Par un séjour annuel de quatre mois à Saint- Phlin, il donne de la réalité à ses rapports avec la patrie, dont ses champs lui enseignent vaguement les droits historiques. Leur voix existe en lui, pourrait y prendre de l'intensité. Rœmerspacher fait son noviciat dans cette importante confrérie qui demande aux recherches scientifiques, non pas seulement de contenter la haute curiosité ou d'accroître le bien-être général, mais de satisfaire notre besoin ù har-

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