HORTENSE
L'ancienne reine de Hollande était calme dans sa retraite d'Arenenberg, quand son fils, sans la consulter, se jeta dans les aventures qui la troublèrent et l'attristèrent si profondément. L'échauffourée de Strasbourg ayant échoué, à la fin du mois d'octobre i836, la malheureuse mère, n'écoutant que son dévouement, se mit en route pour la France, afin d'intercéder pour son fils prisonnier. Elle s'arrêta chez la duchesse de Raguse, à Viry, à cinq lieues de Paris, où elle reçut la visite de M""" Récamier, et où elle apprit que son fils était déporté aux États-Unis, et qu'ellemême devait retourner immédiatement en Suisse. Elle eut d'autant plus de peine de ne pouvoir embrasser son enfant qu'elle se sentait déjà atteinte du mal dont elle devait mourir l'année suivante. M""^ Récamier fut très émue de l'excessif changement qu'elle remarqua dans les traits de cette mère infortunée, et la quitta en lui exprimant des vœux stériles. Elle ne devait plus la revoir.
448 DERNIÈRES ANNEES DE l'iMPÉRATRIGE JOSEPHINE
Après une traversée de quatre mois et demi, à bord de la frégate V Andromède^ le prince Louis- Napoléon avait débarqué à New-York. Traité en prisonnier de guerre jusqu'autermedu voyage, il n'avait recouvré la liberté que sur le sol des États-Unis. Pendant ce temps, sa mère endurait avec un rare courage des souffrances dont cette lettre de M™° Salvage à M""* Récamier retrace le tableau douloureux :« Arenenberg, ce i3 avril 1837. J'ai fait part à M'"^ laduchesse de Saint-Leu du vif intérêt que vous prenez à ses maux; je lui ai transmis tout ce que vous m^'avez dit pour elle. Elle en a été vivement touchée^ elle en a été émue jusqu'aux larmes, et elle m'a priée, à plusieurs reprises, de vous bien exprimer combien elle y a été sensible. Je ne vous ai pas répondu plus tôt, parce que j'espérais pouvoirvous donner de meilleures nouvelles. Hélas ! c'est tout le contraire... L'opinion des médecins a été qu'il n^était pas possible défaire l'opération, et ils ont été unanimes pour prononcer une sentence irrévocable, enfin ils ne nous ont laissé aucune espérance dans les ressources humaines. J'aime encore à en placer dans la bonté infinie de Dieu, que j'implore par de bien ardentes prières... Dans l'attente de l'opération, elle avait fait ses dévotions et son testament. Le 3o mars, au matin, une heure environ après qu'elle a eu communié, elle a eu la joie, qu^'elle a rapportée à Dieu, de recevoir un gros paquet contenant des nou-