‹ Les dernières années de l'impératrice JoséphineChapitre 45 sur 51 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

velles — les premières depuis le départ de Lorient — écrites de la main de son fils. Sa lettre, qui est très longue, contient la relation de tout ce qu'il a fait, de tout ce qui lui est arrivé, et de la plupart de ses émotions, depuis qu'il a quitté Arenenberg jusqu'au moment où il écrit, le 14 janvier, à bord de la frégate V Andromède^ en rade devant Rio-Janeiro, où on ne lui permet pas de descendre. Il y avait à bord les ouvrages de M. de Chateaubriand;illesarelus, pendant une affreuse tempête qui a duré quinze jours, et qui ne permettait aucune autre occupation que la lecture, et encore à grand'peine. Dites-le à M. de Chateaubriand, je vous prie, en me rappelant personnellement à son bienveillant souvenir. »

La fidèle compagne de la reine Hortense terminait ainsi sa lettre à M""® Récamier : ^c Pensez quelquefois à moi, pensez à ma cruelle position. Donner à une personne qu'on aime, qu'on sait que l'on va perdre, des soins impuissants ; chercher à alléger, sans y réussir que bien imparfaitement, des souffrances aiguës et presque continuelles; montrer un visage calme, quand on a le cœur déchiré ; tromper, chercher à inspirer sans cesse des espérances qu'on n'a pas, ah ! croyez-moi, cela est affreux, et l'on donnerait volontiers sa propre vie. Adieu, adieu, chère amie, vous savez combien je vous aime. »

Au moment où elle croyait qu'elle allait être opérée, Hortense avait écrit à son fils cette tou-

45o DERNIÈRES ANNEES DE l'iMPÉRATRIGE JOSEPHINE

chante lettre, datée d'Arenenberg le 3 avril iSSy: « Mon cher fils, on doit me faire une opération absolument nécessaire. Si elle ne réussit pas, je t'envoie par cette lettre ma bénédiction. Nous nous retrouverons, n'est-ce pas ? dans un meilleur monde, où tu ne viendras me rejoindre que le plus tard possible, et tu penseras qu'en quittant celui-ci, je ne regrette que toi, que ta bonne tendresse, qui seule m'y a fait trouver quelque charme. Cela sera une consolation pour toi, mon cher ami, de penser que par tes soins tu as rendu ta mère heureuse autant qu'elle pouvait l'être. Tu penseras à toute ma tendresse pour toi, et tu auras du courage. Pense qu'on a toujours un œil bienveillant et clairvoyant sur ceux qu'on laisse ici-bas; mais, bien sûr, on se retrouve. Crois à cette douce idée! Elle est trop nécessaire pour qu'elle ne soit pas vraie. Ce bon Arèse, je lui donne aussi ma bénédiction comme à un fils. Je suis bien calme, bien résignée, et j'espère encore que nous nous reverrons dans ce monde-ci. Que la volonté de Dieu soit faite I Ta tendre mère,

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