‹ Les dernières années de l'impératrice JoséphineChapitre 47 sur 51 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

française lui suscita de nombreuses difficultés. Il parvint cependant, sans être reconnu, à traverser la Hollande, à remonter le Rhin jusqu'aux environs de Carlsruhe, et à franchir la frontière du canton de Thurgovie. Arrivé à Arenenberg le 5 août 1887, il eut la consolation de prodiguer à sa mère mourante les soins les plus respectueux et les plus tendres. Deux mois après, jour pour jour, la reine Hortense expirait, à cinq heures du matin, le 5 octobre. Avant de rendre son âme à Dieu, elle fit promettre au docteur Conneau de ne jamais quitter le prince Louis-Napoléon. Elle fut, à l'heure de l'agonie, admirable de résignation, d€ courage, de bonté. <c Mes amis, disaitelle de sa voix défaillante, priez pour moi. Je n'ai jamais fait de mal à personne, et j'espère que Dieu aura pitié de moi. Adieu, Louis! » Son fils se jeta dans ses bras; elle eut encore la force de le presser sur son cœur, et de s'écrier : « Adieu ! adieu ! ))Ce dernier effort la brisa, et elle retomba épuisée. Alors sa noble figure prit un caractère de sérénité majestueuse, ses paupières se fermèrent. Son fils se pencha vers elle. « Ma mère, disait-il, me reconnaissez-vous ? C'est votre fils, votre Louis! ma mère I... » Elle voulut répondre, mais elle ne le pouvait pas ; ses lèvres, déjà froides, étaient muettes pour toujours, et ce fut à grand'peine qu'elle donna, par un mouvement presque imperceptible, un dernier signe de vie et de tendresse, Puis son cœur si dévoué, si bon, si

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généreux, se glaça. La reine Hortense avait vécu.

Son testament, daté du 3 avril iSSy, se terminait ainsi : « Que mon mari donne un souvenir à ma mémoire, et qu'il sache que mon plus grand regret a été de ne pouvoir le rendre heureux. Je n'ai point de conseils politiques à donner à mon fils. Je sais qu'il connaît sa position et tous les devoirs que son nom lui impose. Je pardonne à tous les souverains avec lesquels j'ai eu des relations d'amitié la légèreté de leur jugement sur moi. Je pardonne à tous les ministres et chargés d'affaires des puissances la fausseté des rapports qu'ils ont constamment faits surmoi. Je pardonne à quelques Français auxquels j'avais pu être utile la calomnie dont ils m'ont accablée pour s'acquitter; je pardonne à ceux qui l'ont crue sans examen, et j'espère vivre un peu dans le souvenir de mes chers compatriotes. Je rem.ercie tous ceux qui m'entourent, ainsi que mes serviteurs, de leurs bons soins, et j'espère qu'ils n'oublieront pas ma mémoire. » Suivant le désir que la reine avait exprimé, ses dépouilles mortelles furent transportées à Rueil, dans l'église où reposait sa mère. L'inhumation y fut faite, le 8 janvier i838, par un froid de 14 degrés. Une seule des personnes de la famille Bonaparte assistait à cette cérémonie, c'était la sœur de l'empereur, Caroline, ancienne reine de Naples.

Sans doute il fut heureux pour la reine Hortense, qu'à son lit de mort, elle n'ait pas pu pré-

voir l'avenir. Elle ignorait les triomphes futurs de son fils, mais elle en ignorait aussi ses malheurs. Elle ne savait pas que l'empire serait restauré, mais elle ne savait pas non plus qu'il y aurait une journée plus fatale encore que Waterloo; elle ne savait pas que Chislehurst égalerait en tristesse Sainte-Hélène; que le second empereur mourrait dans le chagrin comme le premier, et qu'aucune fin ne serait plus tragique, plus horrible que celle du dernier des Bonaparte-Beauharnais. Napoléon III, parvenu au sommet de la puissance, ne devait pas jouir de ses succès, comme il en aurait joui s''il avait eu près de lui sa mère. La Bruyère l'a dit avec infiniment de raison : « Les choses les plus souhaitées n'arrivent point, ou, si elles arrivent, ce n'est ni dans le tempsni dans les circonstances où elles auraient fait un extrême plaisir, y) Soit souvenir des malheurs passés, soit pressentiment des malheurs futurs, le prisonnier de Ham, le vainqueur de Solférino, le vaincu de Sedan, avait sur sa physionomie je ne sais quoi de mélancolique et d'attristé, pendant sa halte de vingt-deux ans entre deux exils. La mémoire de sa grand'mère et de sa mère ne quitta point sa pensée. Lors de son mariage, il plaça, pour ainsi dire, sous l'invocation de l'impératrice Joséphine la résolution qu'il venait de prendre. « Les exemples du passé, dit-il aux grands corps de TEtat, ont laissé dans l'esprit du peuple des croyances superstitieuses;

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il n'a pas oublié que, depuis soixante-dix ans, les princesses étrangères n'ont monté les degrés du trône que pour voir leur race dispersée et proscrite par la guerre ou par la révolution. Une seule femme a semblé porter bonheur et vivre plus que les autres dans le souvenir du peuple, et cette femme, épouse modeste et bonne du général Bonaparte, n'était pas issue d'un sang royal. »

Fidèle à la mémoire des mortes, l'empereur fit construire dans l'église de Rueil, au-dessus de la tombe de sa mère, un beau monument qui est en face de celui de Joséphine. Un groupe en marbre blanc représente une femme et un ange. La femme est à genoux, elle porte un diadème royal; un long voile l'enveloppe de ses plis. Elle est dans l'attitude de la prière, les mains abaissées vers la terre, les yeux levés au ciel. Une couronne et une lyre sont devant elle sur un coussin. Un ange qui semble se détacher du fond du monument, lui tend les bras. Parmi les grandes avenues qui aboutissent au rond-point de TEtoile l'une fut appelée Joséphine, l'autre avenue de la reine Hortense. Au milieu de la première on éleva la statue de la compagne de Napoléon. Sur le piédestal étaient gravés ces mots : « A l'impératrice Joséphine, la ville de Paris, 1763-18 14. Un nouveau boulevard reçut le nom du prince Eugène, et l'on y dressa la statue de l'ancien viceroi d'Italie. Il était représenté debout, tête nue,

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