‹ Les dernières années de l'impératrice JoséphineChapitre 51 sur 51 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

été nos efforts pour sauver de la destruction les Tuileries. Et cependant, après l'incendie, les murs, malgré la chute des voûtes, des planchers et des lourdes charpentes, n'avaient pas perdu leur aplomb, et ne présentaient aucune lézarde. Il y avait deux moyens de les consolider facilement. Il fallait ou les étançonner par des contreforts de maçonnerie, et en refaire toute la partie intérieure, en ne conservant que le parement; ou bien refaire les parties calcinées en maçonnerie du ciment Portland, et injecter de ce même ciments les joints intérieurs dégarnis. On aurait ainsi conservé le chef-d'œuvre de Philibert Delorme et de Jean Bullant, l'incomparable joyau de l'architecture française. Au lieu de cela on a laissé chaque jour qui s'écoulait s'attaquer à un ossement du squelette de pierre, et le froid et la pluie, agents destructeurs, sont venus compléter peu à peu l'œuvre de démolition commencée par les flammes. Mais ce n'est pas encore assez; la pioche a terminé le travail de l'incendie ; les débris même ont disparu, et cet illustre palais auquel se rattachaient les plus grands souvenirs de la monarchie et de la république, car il fut tour à tour le palais des souverains et celui de la Convention, cet édifice où notre histoire était écrite en pierres, a été rasé du sol. On a parlé de le reconstruire dans son élégance primitive, avec les proportions si gracieuses qu'il avait au beau temps de la Renaissance. Mais quand un

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pareil plan sera-t-il réalisé ? Il est plus facile de détruire des ruines que de bâtir un palais.

On avait dit, en 1876, dans un rapport présenté à l'Assemblée nationale : « Supposons un instant qu'un de nos savants explorateurs du monde ancien découvre, au milieu des vestiges des grandes cités d'autrefois, des ruines ayant le caractère grandiose de celle des Tuileries. Qui donc ne lui tresserait des couronnes ? Quel Institut ne lui ouvrirait ses portes ? Et quels sacrifices ne nous imposerions-nous pas pour assurer la conservation de sa découverte ? » Ne pourrait-on pas faire le même raisonnement à propos de la Malmaison ? Si l'on découvrait en Italie les vestiges d'une villa ayant appartenu à Cicéron ou à César, avec quelle sollicitude ne chercheraiton pas à en conserver, à en étudier les moindres débris ? Ne justifions pas ces paroles de M. Cherbuliez, dans son discours de réception à l'Académie française : « Il est écrit que si nous étonnons quelquefois le monde par l'excès de notre confiance en nous-mêmes, nous Tétonnons plus encore par nos ingratitudes envers notre passé. » Respectons toutes nos gloires monarchiques ou républicaines. A Versailles que la statue de Louis XIV et que celle du général Hoche soient également sacrées ! Que nos légendes illustres demeurent toutes unies dans un même faisceau. Le patriotisme ne doit pas être iconoclaste. Respect à tous les monuments, à la colonne de la

place de la Bastille, comme à lacolonne de la place Vendôme, aux statues des générauxde la république, comme à celles des généraux delà monarchie ! Au-dessus des partis qui passent voyons la France qui reste, et rappelons-nous les vers de Casimir Delavigne à cette grande, à cette chère Patrie :

Malheureux de ses maux et fier de ses victoires, Je dépose à ses pieds ma joie ou mes douleurs :

J'ai des chants pour toutes ses gloires,

Des larmes pour tous ses malheurs.

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