ÉPILOGUE
« Domaine de la Malmaison, vente de terrains à l'amiable, paiement par annuités; plan fidèle du château, avec sa cour d'honneur, ses parterres, ses ombrages séculaires, sa rivière sinueuse, ses pelouses en pente le long des coteaux. » A l'exception d'un petit espace situé devant la façade du côté du jardin, le parc avait été divisé en carrés tracés régulièrement et strictement numérotés. Ces divers lots ont constitué autant de petites propriétés, où l'on a construit à la hâte des maisonnettes bourgeoises, entourées de jardinets, qui remplacent les belles allées, les ombrages séculaires, la poésie agreste.
C'en est fait du parc ; bientôt peut-être le château lui-même aura disparu; peut-être la bande noire est-elle là qui le guette ; peut-être la salle du Conseil, où Napoléon adopta des délibérations si importantes, la bibliothèque où il aimait tant à travailler, le salon où Joséphine recevait d'une manière si gracieuse, la chambre où elle mourut avec tant de résignation et de courage, peut-être toutes ces pièces historiques, légendaires, disparaîtront-elles prochainement sous la pioche des démolisseurs, comme des chambres inutiles et vulgaires, sans qu'une personne respectueuse du passé ait voulu, au prix de quatre ou cinq cent mille francs, sauver d'une destruction complète ce château tout rempli des souvenirs historiques les plus saisissants. Et cependant, abstraction faite de toute idée de poésie ou de
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sentiment, ce serait, même au point de vue de la spéculation, une bonne chose que de remettre en état ce domaine si justement célèbre, et d'en faire un musée où un collectionneur habile placerait des tableaux, des statues, des livres^, des meubles, des objets d'art du Consulat et de l'Empire. Cette époque, au point de vue de l'art^, n'est peut-être pas en ce moment très appréciée; mais la mode a ses engouements, ses caprices, ses révolutions, et tel objet qui, aujourd'hui, s'achète à bonmarché se revendra demain à des prix fabuleux. Le style Louis XV et le style Louis XVI, si dépréciés au commencement du siècle, sont maintenant admirés jusqu'à la folie. Le style Empire aura aussi ses fanatiques. Déjà les tableaux des grands peintres de cette période atteignent les prix les plus élevés. On commence à rechercher les beaux meubles de la même époque. Il y a dans l'hôtel du duc de Trévise, à Paris, avenue de Friedland, une salle uniquement ornée de meubles et d'objets d'art du premier Empire, que les connaisseurs visitent avec un très vif intérêt. Que serait-ce donc de la Malmaison, si elle était restaurée avec intelligence et si elle de" venait un musée spécialement destiné à la période de 1800 à i8i5 ?
En faisant un appel au respect des souvenirs, nous parlons par acquit de conscienee plutôt que par espoir du succès. Notre plaidoyer pour la Malmaison sera peut-être aussi inutile que l'ont