LA NUIT A VARENNES
était pris d'attendre. Je ne sais si les quarante hussards qu'avait amenés M. de Choiseul, réunis aux soixante qui étaient dans la ville, auraient pu, employés à l'heure même, dissiper ce rassemblement encore peu considérable ; je ne sais même si ces quarante hussards entrant au galop n'auraient pas fait fuir cette populace, et si quelques charges dans les rues ne les aurait pas facilement rendus maîtres de la ville ; mais on espérait d'autres secours, qui, cependant, étaient bien éloignés. > Une heure plus tard, les hussards, réunis aux bourgeois, étaient presque tous ivres, et avaient pris pour chef un officier de la garde nationale.
Au dire du comte Louis de Bouille, mieux valait tout risquer que de rester enfermé dans une maison et d'y attendre que la faible population de Varennes s'augmentât de toute celle des campagnes, appelée par le tocsin. Mais tout ce qui ressemblait à une décision énergique répugnait au caractère du roi. Les conseils du comte de Damas ne furent pas accueillis, et le malheureux colonel, désespéré de cette inaction, n'eut qu'à courber respectueusement la tête.
Louis XVI, toujours crédule, se montrait plein de confiance dans les fallacieuses promesses de la municipalité. Son maintien était ferme et tranquille. Il répondait avec complaisance aux importuns qui entraient sans cesse dans la chambre et le questionnaient avec un sans-façon bien peu en harmonie avec les lois de l'étiquette. La reine et Madame Elisabeth prenaient souvent la parole avec une véritable dignité. Le dauphin dormait profondément sur le lit. Sa sœur était debout, auprès de M"" de Tourzel.
Cependant, le jour commençait à poindre. Le tumulte augmentait de quart d'heure en quart d'heure, et la situation devenait de plus en plus critique. Vers six heures du matin, il y eut encore une lueur d'espoir. AL Deslon apparut à Varennes, avec soixante hussards venant de Dun, l'étape qui séparait Varennes de Monîmédy. Il attendait le roi avec son détachement, lorsqu'il apprit l'arrestation de la famille royale parle passage à Dun du chevalier
MARIE-ANTOINETTE AUX TUII.ERIÎS
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de Bouille et du comte de Raiiiecourt. Sans avoir reçu d'ordres, et n'écoutant que son zèle, il partit immédiatement, à quatre heures du matin, et arriva un peu avant six heures du matin à Varennes, ayant fait cinq grandes lieues en moins de deux heures. Son projet était d'attaquer sur-le-champ, et de parvenir de force à la maison où le roi était prisonnier. Il y avait déjà préparé son détachement par des exhortations et des promesses, lorsque, à vingt pas de la ville, il aperçut qu'on y avait élevé des barricades qui barraient le passage à la cavalerie. Il obtint pour lui seul la permission de pénétrer dans la maison de M. Sauce, et se présenta devant Louis XVI. Il lui dit que ses soixante hussards étaient à la porte de Varennes, prêts à verser pour leur souverain jusqu'à la dernière goutte de leur sang ; que les barricades les empêchaient pour le moment de lui être utiles, mais que le marquis de Bouille allait venir d'un instant à l'autre, et que les deux forces réunies ne manqueraient pas de délivrer les augustes captifs.
Le capitaine Deslon parla ensuite en allemand à la reine, puis il prit congé du roi en lui demandant hautement ses ordres devant la foule qui encombrait la chambre. Louis XVI répondit qu'étant prisonnier il n'avait plus à donner d'ordres. Le colonel de Damas dit en allemand au capitaine, le plus bas qu'il put : < A cheval et chargez î » On cria : « Point d'allemand ! » et le capitaine Deslon sortit. Alors il envoya chercher par un brigadier le maréchal-deslogis qui, depuis le départ du sous-lieutenant Rohrig, commandait les soixante hussards du détachement de Varennes. Mais le brigadier revint seul, et dit que les soixante hussards, bloqués dans leur casernement, ne pouvaient agir. La double attaque que M. Deslon projetait, comptant sur un accord des deux détachements, ne pouvait donc pas se réaliser. Il resta dans l'inaction attendant l'arrivée du marquis de Bouille.
Après cette cruelle nuit, la famille royale ne voulait pas encore désespérer. Elle prêtait une oreille anxieuse à tous les bruits du dehors, croyant toujours entendre les pas des chevaux du Royal- Allemand. Mais tout dans ce fatal voyage n'est qu'une suite de