‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 23 sur 105 · LA NUIT A VARENNES · texte numérisé non relu

LA NUIT A VARENNES

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la destinée! Drouet, qui se démène dans l'ombre, est Facteur qui, dans le drame de Varennes, joue le rôle sinistre.

Louis XVI est là ce qu'il fut toujours : bon, faible, indécis, optimiste, jugeant le^ autres d'après lui-même, ne pouvant croire à la méchanceté humaine, ayant l'espérance du salut au milieu des plus grands périls. Un homme plus énergique parlerait haut et fort. Lui hésite, temporise, croit vaincre les rebelles par la douceur, la b;)nhomie. Il a 1j langage d'un père peut-être, mais assurémjnt il n'a pas celui d'un souverain. Du reste, il est gêné par la présence de sa famille. Les dangers que lui, seul, alFronterai'; volontiers, il les redoute pour sa femme, pour ses enfants et pour sa sœur. Ce qu'il craint avant tout, et par humanité, c'est l'elïusion du sang. Il ne voudrait point sacrilier pour son salut, pour le salut de son trône, la vie d'un seul soldat. Il ne veut pas qu'une seule épée, un seul sabre sorte du fourreau. 11 s'imagine toujours, avec les illusions d'une âme généreuse, que les révolutionnaires viendront à récipiscence, que ses conseils paternels ramèneront un peuple égaré. A V^arennes, il espérera jusqu'à la dernière minute, jusqu'à celle où il touchera le marchepied de la berline qui doit le reconduire à Paris. C'est ainsi que dix-neuf mois plus tard, il espérera jusqu'à ce qu'il ait mis le pied sur les marches de la guillotine, et qu'il croira au secours de quelque bataillon fidèle, comme à Varennes, dans la maison du procureur de la commune, il croit jusqu'au dernier moment à l'arrivée des troupes du marquis de Bouille. Peut-être, se dit-il à chaqi^p minute, vais-je entendre les trompettes du régiment lidèle, du Royal-Allemand. Le malheureux monarque se cramponne à la maison de M. Sauce, comme un naufragé à un roc. Ce qu"il appréhende, c'est d'être obligé de repartir pour Paris, pour la ville des douleurs et des humiliations suprêmes. Toute autre destination, ce serait encore l'espérance. Mais Paris, c'est le désespoir. Aussi lorsqu'il entend ce mot fatal : Paris, il lui semble que sous ses pas s'ouvre l'abîme.

Il ne veut pas encore avouer qu'il est le roi. On lui dit et on

lui repète qu'on le reconnaît parfaitement, lui et t(nite sa famille. € IJi bien ! s'écrie la reine, si vous le reconnaissez pour votre roi, respectez-le donc. > Ce dernier mot rend à Louis XVI toute sa franchise. Il jette son masque. Il explique son programme, le but de son voyage. Son accent paternel impose pour un moment silence à la foule qui encombre la chambre. Il insiste en termes touchants sur son ardent désir de connaître le vœu véritable de ses peuples, sur sa ferme résolution de tout faire pour leur bonheur, quelques sacrifices qui lui en coûte, quant aux droits de sa naissance, à son autorité royale et à ses intérêts particuliers. Il finit en proposant de se remettre entre les mains de la garde nationale réunie à Varennes, d'être conduit par elle à Montmédy, ou à telle autre villequ'elle choisira, pourvu que ce ne soit point Paris. Il espère avoir convaincu son auditoire, et s'imagine que la garde nationale va recevoir de lui des ordres. « Je remercie, dit-il, la commune de Varennes de ses bonnes intentions, et j'accepte l'escorte qu'elle m'offre. Ma volonté est que les chevaux soient mis à mes voitures, ahn que mon départ s'elfectue. >

Cependant l'agitation augmente. On entre pêle-mêle dans les deux j^etites chambres qui forment le premier étage de la maison de AL Sauce, où la famille royale continue à être enfermée. Au tocsin de la ville répondent les cloches des communes environnantes. Les gardes nationales du voisinage accourent pour prêter main-forte à celle de Varennes dont toute la population est sur pied.

C'est ce tumulte qui informe le chevalier de Bouille et le comte de Raigecourt de la présence de la famille royale dans la ville. Ils essayent de la rejoindre avec les chevaux et les postillons du duc deC^hoiseul, destinés au relais. Vains etibrts. Le pont est barricadé; la population est menaçante. Les deux officiers sont sur le point d'être arrêtes. Que font-ils : Ils montent à cheval, et partent au grand galop pour avertir de ce qui se passe le marquis de Bouille, qui est dans le voisinage de Stenay.

Le sous-lieutenant Rohrig a la même idée. Ce jeune officier,

MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES

qui commande le détachement de soixante hussards stationnant à Varennes, n'était pas informé du secret de son voyage. Il croyait simplement au passage d'un convoi d'argent. Il n'a point vu M. de Goguelat, qui aurait dû lui apprendre la vérité. Aussi, quand la rumeur de l'arrivée de la famille royale arrive jusqu'à lui, sa surprise est extrême. 11 croit bien faire en laissant ses hussards sous les ordres d'un maréchal-des-logis, et en se dirigeant lui-même, à bride abattue, vers Stenay, pour avertir son général.

On se rappelle qu'à Pont-de-Somme-VesIe le duc de Choiseul et M. de Goguelat, à la tête de quarante hussards, n'avaient pas attendu l'arrivée de la famille royale, et qu'avant son passage dans cette localité ils s'étaient dirigés vers Varennes. On se rappelle également qu'à Clermont-en-Argonne, le comte Charles de Damas, menacé par la population, avait dû s'enfuir presque seul, en prenant, lui aussi, la direction de Varennes. Le duc de Choiseul et M. de Goguelat, avec leurs quarante hussards et le comte de Damas, avec une escorte beaucoup moins nombreuse, arrivèrent dans cette dernière ville, près d'une heure après Louis XVI et sa famille. Au lieu de charger sur la populace, le duc de Choiseul parlementa avec elle, et entra dans Varennes, par une sorte de capitulation. Il fit mettre pied à terre à ses hussards et obtint l'autorisation de se rendre lui-même auprès de Louis XVI. La même permission fut accordée à M. de Goguelat et au comte de Damas. Nous montâmes, a dit ce dernier, dans la chambre qu'occupait la famille royale. Le roi, la reine. Madame Elisabeth, nous reçurent avec l'expression de la plus touchante bonté. Mon premier soin fut de dire qu'il fallait partir de gré ou de force. Le roi me répondit : < Ils veulent que j'attende le jour, et me donner une € escorte ; ils voulaient qu'elle fût de cent hommes, mais je suis < convenu qu'elle ne serait que de cinquante. > Nous représentâmes que le monde, qui était encore peu nombreux à Varennes, augmenterait bientôt de toute la population des campagnes, appelée par le tocsin qui sonnait partout. Nous vîmes que le parti

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