‹ Les dernières années de Marie-Antoinette [microform]Chapitre 26 sur 105 · LE DÉPART DE VARENNES · texte numérisé non relu

LE DÉPART DE VARENNES

Entre six et sept heures du matin, arrivèrent de Paris à Varennes M. Romeuf, aide de camp de La Fayette, et M. Bâillon, officier de la garde nationale. Ils apportaient le décret par lequel TAssemblée ordonnait d'arrêter la famille royale partout où on la trouverait, et de la ramener de gré ou de force à Paris. Au moment de leur arrivée, Louis XVI était loin d'avoir perdu toute espérance. La populace se montrait de plus en plus agitée. Les cris : < A Paris ! à Paris ! > retentissaient de toutes parts. Mais la berline n'était pas attelée. Le roi croyait pouvoir gagner encore du temps, et se flattait toujours de la pensée que son sauveur, le marquis de Bouille, allait venir. La foule hésitait, malgré ses passions révolutionnaires, à violenter son roi. Ce fut la présence des deux émissaires parisiens qui triompha de ses derniers scrupules.

Les cheveux et les vêtements en désordre, M. Bâillon entra le premier dans la chambre où était enfermée la famille royale, et dit d'une voix haletante, saccadée: < Sire, vous savez... tout Pans s'égorge peut-être... nos femmes, nos enfants sont peut-être massacrés... vous n'irez pas plus loin... Sire, l'intérêt de TÉtat... oui, Sire, nos femmes, nos enfants... > A ces mots, la reine, lui

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montrant le dauphin qui dormait sur le lit de M. Sauce, s'écria : « Et moi, ne suis-je pas mère aussi :- » < Ijifm, que voulez-vous ? » dit Louis XVI. « Sire, un décret de l'Assemblée. — Où est-il ? — xMon camarade le tient. > Alors M. de Romeuf s'avança, tenant le papier à la main. Après en avoir pris rapidement lecture, Louis XVI dit tristement : « Il n'y a plus de roi en France. > La reine prit ensuite la parole. l':ile demanda à M. de Romeuf comment il avait pu se charger d'une pareille commission, et imputa tous ses malheurs à M. de La Fayette. M. de Romeuf dit que La Fayette n'était rien moins que l'ennemi du roi et de sa famille.

< Il Test, reprit la souveraine. Il n"a en tète que ses Etats-Unis, sa république américaine ; il verra ce que c'est qu'une république française... Eh bien! monsieur, montrez-le-moi, ce décret dont vous êtes porteur. > M. de Romeuf remit le décret à la reine.

< Les insolents ! > dit-elle en le rejetant sans avoir été jusqu'à la fin. Le papier tomba sur le lit où dormaient le dauphin et sa sœur. La reine le reprit avec vivacité, et s'écria en le jetant par terre :

< 11 souillerait le lit de mes enfants î >

L'attitude de M. de Romeuf ne lit pas la même impression à M. de Valory et à M. de Damas. D'après la relation de M. de Valory, on se ferait dilHcilement une idée de la dureté, de 1 arrogance avec laquelle les deux émissaires remplirent leur mission. D'après le récit de M. de Damas, au contraire, M. de Romeuf avait Tair consterné ; sa conduite, ses discours donnèrent lieu de croire qu'il était entraîné par son compagnon de voyage, qu'il remplissait sa mission avec répugnance, et qu'il aurait souhaité que la famille royale eût pu lui échapper.

Cependant, M. Bâillon pressait le départ. La populace, se sentant soutenue par le décret de l'Assemblée nationale, trépignait et vociférait. On attelait les deux voitures, et on menaçait les tugitifs de les y faire monter de force, s'ils ne voulaient pas y entrer volontairement. Les amis du roi employèrent tous les moyens pour retarder le moment funeste. Une des deux femmes de chambre s'étant trouvée mal, ils prolongèrent autant qu'ils purent

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es so.ns que son état exigeait. Mais la femme reprit connaissance. 11 n y avait plus de prétexte pour résister. Louis XVI, craignant non pour lu. mais pour sa famille, et croyant que, s'il „e cédait pas, la populace allait se Hvrer à des actes de violence, ne lutta pas plus longtemps et se décida à partir. « Les voitures, a dit M. de Valory lurent amenées devant la porte de la mai.son. On vint annoncer que les illustres victimes pouvaient v monter. 11 fallut vo,r un père fait pour être adoré, un roi plein d'amour pour son peuple, contraint dobéir à ses sujets, et quels sujets, mon Dieu ! > Le duc de Choiseul et le comte de Damas voulurent monter a cheval pour accompagner le roi et sa famille. Mais malgré les ellorts de M. de Romeuf, ils furent arrêtes et emprisonnes. M. de Komeuf lut arrêté lui-même comme .suspect et on ne le relàclia que le lendemain. . La douleur qu'il nous témoigna est-il d,t dans la relation du comte de Damas, le soin qu'il prenaii de se disculper de celte abominable mission, nous portaient à nous étonner qu'il n'eiit pas déchire le décret dont il était porteur, et qu'il ne .se fût pas réuni à nous pour retarder le départ du roi'. Je pense qu'il l'eut fait s"\] eut été seul. >

Il était huit heures du matin quand la famille royale sortit de Varennes. Une heure et demie plus tard, le marquis de Bouille et le Royal-Allemand apparaissaient sur les hauteurs qui dominent la ville.

Pendant les premières heures de la nuit, le général avait attendu des nouvelles avec une anxiété liévrcuse. Il était monté à cheval à Stenay, vers neuf heures du soir, avec son lils, le comte Louisde Bouille, et tous deux s'étaient diriges du côté de Dun pour être à portée de rece^•oir plus promptement des nouvelles du roi. Arrivés à un quart de lieue de cette ville où leur entrée aurait été trop remarquée, ils s'arrêtèrent sur le bord de la route et s'établirent dans un fossé, laissant leurs chevaux en arriére. Le comte Louis de Bouille, dans un curieux mémoire, a décrit ainsi leurs impressions : « ,1'aurai toujours présente à la pensée cette nuit d'une si longue et si grande attente, où le moindre bruit, le

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MARIE-ANTOINETTE AUX TUILERIES

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